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Abandon, baston.

 
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Vost
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MessagePosté le: 03/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Un bouge sordide, tout sauf candide.~ *


* ~ Tout était flou, confus. De la clameur de la foule qui déferlait dans ses oreilles jusqu’au mélange d’effluves qui imprégnait ses narines. Même les silhouettes naviguant sur son champ de vision demeuraient brumeuses. Une bande de soûlards, dont les beuglements résonnaient pareils à des tirs de canon, se dessinait vaguement à l’horizon. Le premier rang de ces insolites spectateurs semblait accoudé sur de vétustes palissades de bois formant la misérable arène dans laquelle Vost tanguait ; une petite bicoque tachée de sang et d’alcool, triste écho de sa personne. Ses veines inondées de whisky et son torse encore couvert de bandages, il avait embarqué pour noyer son chagrin dans une marée de phalanges. Combattait-il depuis des heures ? Des jours ? Impossible de le dire, la notion du temps avait pris le large avec ses sombres pensées ; seul son désir d’en découdre subsistait. Malgré sa pugnacité, son regard vitreux peinait à faire la mise au point sur son opposant. Ce bougre oscillait telle la houle ; à moins que ce ne fût le contraire... Une chose était néanmoins certaine : il dépassait allégrement le Démon, en hauteur comme en largeur.

* ~ Face au navire qui s’apprêtait à l’éperonner, l’albinos resta aussi stoïque que le lui permettait son ivresse. La position de son assaillant, lors de sa charge, indiquait une attaque à la tête. Il tenta de la contrer par une hasardeuse manœuvre. Malheureusement, il s’agissait d’une feinte. Au lieu d’un choc frontal sensé lui démettre les cervicales, un puissant uppercut vint secouer son flanc droit. Par chance, son situs inversus insoupçonné l’avait prémuni d’un coup au foie ; vu sa griserie, une simple pichenette sur son organe cirrhotique aurait suffi à le coucher. Il chancela toutefois, en proie au mal de mer, avant de baisser sa garde. Grave erreur car, sans laisser le moindre répit, un coude percuta son arcade dans un bruit sourd. Emporté par le joug de l’impact, le pugiliste grivois dériva jusqu’à la barricade sur laquelle il s’échoua avec fracas. Ses deux bras appuyés contre la paroi de bois, il sentait un épais filet de sang ruisseler le long de son sourcil gauche. Bien que sonné, il n’avait guère le luxe de se reposer : le sable de la lice crissait de nouveau sous les pas de son adversaire massif. Inspirant profondément au mépris de sa poitrine ravagée par la douleur, Vost recouvra sa concentration ; une éphémère méditation qui dilata pourtant les secondes. Avant que la première goutte vermeille n’atteignît le sol, il volta promptement puis, aidé par l’élan, abattit le revers de sa main droite sur la pommette du colosse. Ce dernier, stupéfait d’une telle vivacité, n’avait point paré. Étourdi, il vacilla mais ne sombra pas. Par conséquent, l’albâtre continua à le harceler. D'abord un direct du gauche, frappant au même endroit que l'assaut précédent ; la brute tomba à genoux, désarçonnée. Ensuite une botte renforcée, fermement enfoncée dans la nuque ; la brute lécha la poussière, inconsciente.

* ~ Trois coups. Il lui avait fallu trois coups.~ *


* ~ Sans grande surprise, après des jours de coma dans un état critique, ses capacités physiques se trouvaient nettement amoindries. Il pesta silencieusement ; ce duel aurait dû se terminer au premier échange. Incapable de savourer sa victoire, il extorqua une bouteille à un spectateur trop couard pour protester en dépit de l’atmosphère belliqueuse qui régnait. Ne prêtant aucune attention à l’extatique populace qui l’entourait, il déversa un flot continu de scotch dans son gosier puis sur sa plaie ; des picotements sillonnèrent alors toute une moitié de son visage. Son bras dégoulinant de sueur essaya vainement d’essuyer ses paupières tandis que ses lèvres crachèrent un abject mélange de sang, de houblon et de salive qui donna à la terre battue une teinte rougeâtre. À présent prêt pour le prochain round, il dégaina d’une voix éraillée :

« Suivant ! »

* ~ Si le volume de cette réplique était conséquent, le ton n’en demeurait pas moins blasé. Libérées du tumulte de la mêlée, les tristes réflexions du Démon refaisaient rapidement surface. Ainsi, il précipitait les rencontres afin de limiter les temps morts propices à la dépression. Cependant, ni les organisateurs circonspects, ni les badauds étonnés ne semblaient disposés à l’épauler dans sa quête de distraction : ils le dévisageaient d’un air dubitatif, persuadés qu’il allait s’écrouler d’une minute à l’autre. Face à leur immobilisme, le challenger réitéra sa demande d’un timbre encore plus rauque et agacé qu’auparavant. Sa résilience avait-elle chassé la témérité de l’assistance ? Non, bien sûr que non.

* ~ Bientôt, une nouvelle silhouette, plus petite que la précédente, émergea de la foule. Lorsqu’elle pénétra dans l’arène, les beuglements du public retentirent de plus belle ; s’agissait-il d’un combattant de renom ? Aucune importance, Vost se contrefichait de son pédigrée autant que de son apparence, tout ce qui l’intéressait était de conclure cette rixe en une passe. En guise d’ultime préparation, il fit craquer l’ensemble de ses articulations en se focalisant sur la réponse de ses tissus musculaires ; réponse d’une faible intensité mais il devrait s’en accommoder. Sans plus de cérémonie, il chargea avec détermination. Dans sa lancée, il arma son poing droit au niveau de ses côtes, feignant un uppercut. Il comptait ensuite enchaîner avec un crochet du gauche, toutefois l’autre lutteur avait vu clair dans ses manigances. Celui-ci contrecarra la volée en opposant son bras avant de saisir la toison de l’albinos de ses deux mains rugueuses. S’ensuivit un violent coup de boule accompagné d’une rotule dans le plexus. L’estropié à la peau blême manqua de rendre le contenu de son estomac – principalement du whisky à moitié métabolisé. Il parvint néanmoins à se dégager à l’aide d’une habile pression sur le pharynx de son adversaire dont la respiration fut un instant coupée. Le Démon profita de ce délai pour reculer et reprendre ses esprits. Une mélodie dissonante, presque irritante, se jouait dans sa tête : « Ta garde ! ». Il grinça des dents, sans oublier de froncer les sourcils. Ses souvenirs le poursuivraient-il jusqu’en enfer ? Même dans ce taudis immonde il avait l’impression qu’elle l’observait.

* ~ La paranoïa, une séquelle de son trauma crânien ?~ *

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Dernière édition par Vost le 15/07/2018; édité 1 fois
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MessagePosté le: 03/07/2018    Sujet du message: Publicité

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Lynn
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MessagePosté le: 05/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

    La porte de la chambre numéro une se ferma derrière l'Orthros, laissant le Traqueur un peu trop collant loisir de faire les avances qu'il désirait au pauvre Irkaal..

    Soupir.

    Elle se déchargea de ses affaires, notant au passage la présence d'une blouse blanche sur le sol. Blouse donnée aux patients d'Arena. Se remémorant les dires de l'autre Traqueur et l'absence de Katy et Renji à l'infirmerie après leur excursion au Temple de la Foudre, ce vêtement ne pouvait appartenir qu'au Démon. À ses pieds, un étrange objet... Un cathéter qu'elle ramassa, tout comme la blouse. Apparemment, Monsieur Vost avait décidé de jouer les échappées belles, ayant fuit l'infirmerie sans l'accord préalable du médecin des lieux.

    La notion du temps un peu confuse aux vues des derniers événements, de la mission et de la fatigue, Lynn avait du mal à mettre à plat la possible chronologie. Combien de jour avait-il passé dans le coma ? Dans quel état était-il à présent ? Et quelles étaient les séquelles qui en découlaient ?
    Pour qu'on vienne à lui demander d'aller le chercher, sa disparition remontait à plus de quarante-huit heures... Et si il lui était arrivé quelque chose en dehors de l'école ? L'inquiétude la gagnant, elle se pinça l'arrête du nez. La douleur lancinante de sa mâchoire et de son arcade sourcilière l'empêchait de réfléchir correctement.

    Observant alors la chambre et les lits de ses colocataires, l'Orthros retint un nouveau soupir. Leurs draps n'ayant point bougé, et leurs armures n'ayant pas réapparu, les deux Elites, comme l'avait indiqué le Traqueur, n'étaient toujours pas revenus. Elle retint une moue de dépit. Peut-être que la Protectrice n'avait pas fait attention au nouvel arrivage d'Illusiens et d'Areniens au sein de l’hôpital dans les contrées glacées...
    Qu'en était-il de Renji ? Si sa colocataire était capable de se mouvoir à sa guise au sein du centre médical, elle n'avait pas vu le Vampire. Etait-il la raison pour laquelle la demoiselle était toujours là bas ? Probable...
    Lynn chassa tant bien que mal cette nuée de plumes noires venant envahir son esprit pour pouvoir se re-concentrer sur le Petit Démon. Avec les derniers événements, l’enchaînement des missions et des passages à l'infirmerie, ils n'avaient pas eu l'occasion de se croiser ou bien même d'échanger quelques mots. Puis, il était vrai que ces derniers temps, elle s'était souvent retrouvée avec une certaine personne... Malgré elle, parfois mais... Peut-être que si elle avait été plus présente pour son colocataire dépigmenté, celui-ci ne se serait pas retrouvé à déserter.
    En proie à une culpabilité certaine, la Guerrier remarqua également l'absence de l'équipement de son colocataire. Etait-il parti à la recherche d'un monstre à abattre pour se défouler ?

    Douchée, changée et prête, la Féline se décida à s'arrêter momentanément à l'infirmerie. Non pas pour renouveler sa prescription de cachets (elle en avait encore une bonne pelletée), mais pour les questionner quant à Vost et si possible, glaner quelques informations supplémentaires.

    Gabriel Sorden.
    C'était le prénom qu'il avait répété plusieurs fois avant de disparaître.
    Aux vues du manque d’intérêt et de temps, Lynn ne s'attarda pas plus longtemps à l'infirmerie. Elle prit la direction de la sortie.

    À peine eut-elle le temps de faire quelques mètres à l'extérieur de l'enceinte qu'une présence se fit sentir... Ses yeux balayèrent alors les environs et, une lame dégainée, elle se prépara à frapper quand elle se stoppa net dans son mouvement.
    Aidan.
    Celui-ci ayant prévu le coup se téléporta sur son autre côté, avant d'enlacer fortement l'Orthros à la moue déconfite. Elle ne put s'empêcher de couiner et de grimacer lorsqu'elle se sentit portée. La douleur dans ses cotes se réveillant, elle cria à l'égard du Traqueur de la relâcher, chose qu'il fit dans un sourire à la fois désolé et amusé. Bienheureux de voir sa « Maitresse » en « bon état », il ne put s'empêcher, comme tout bon Félys de venir coller son visage au sien et de le frotter en attendant un geste affectueux...


    * Par tous les Gardiens... Mais ils sont tous survoltés ?! * Pensa-t-elle, reprenant son souffle.

    Et, sans avoir le temps de réaligner ses pensées, voilà que Aidan commençât à se perdre dans un monologue récapitulant son ancienne mission, son ennui profond, l'état de ses autres maîtres, avant de finir sur un...


    «  Je t'attendais. Tu m'as manqué.
    - Hein ? »

    Il l'attendait ? Les yeux ronds, elle le regarda de longues secondes. Totalement décontenancée, elle fût bien aise de voir que le Félys ne s'attendait pas à une quelconque réponse, étant donné que celui-ci renchaîna de plus belle...
    Le mélange de décrépitude laissa rapidement place à une certaine plénitude. Peut-être devrait-elle lui demander s'il connaissait l'autre Orthros ? Vu leur caractère, peut-être que ces deux pourraient s'entendre...
    Néanmoins, Lynael ne tarda pas à se concentrer rapidement sur le but premier de sa sortie : retrouver Vost. Connaissant le penchant pour l'alcool de celui-ci, il s'était peut-être destiné à épancher sa tristesse dans un bar miteux... ?

    Grâce à cette apparition imposée, elle put profiter d'un portail en direction de la Capitale. Bien sûr, le Chaton décida de la suivre, prétextant devoir retrouver quelqu'un également. N'étant pas pressé, il continua à suivre son amie Féline dont la moue traduisait son sentiment égaré. C'était la première fois qu'elle devait chercher quelqu'un et pour être honnête, elle ne savait pas où commencer dans cette immense ville... Bien sûr, elle pouvait tourner dans tous les bars du coin, demandant au consommateurs s'ils n'avaient pas vu un Albinos dépressif... Il ne devait pas y en avoir des centaines... si ?


    « Généralement, quand j'ai ce genre de missions, j'ai tendance à visiter les bars à pu... services. Hum. Généralement, t'as neuf chances sur dix que les gars que tu cherches sont en train de décuver là bas, après avoir grillé tous leurs écus... Ils sont incapables de mettre un pied devant l'autre ou bien de se rappeler de leur prénom...
    - Je ne suis pas sûre que Vost fréquente ce genre de lieu...
    - Tu veux qu'on aille jeter un coup d’œil aux courses de Bolkens ? Elle fit un « non » avec la tête, continuant à réfléchir. Combats de coq... ? De chiens... ? Robots ? Elle plissa cette fois ci le nez, tentant de masquer la décrépitude quant aux propositions.
    - Oh... Combats clandestins ! »

    Un vague souvenir de l'évocation de ses lieux dans la bouche de Katy remonta à la surface. Vost et elle discutaient à voix basse dans la chambre. Allongée sur le lit, elle n'avait pu s'empêcher d'entendre quelques propos...
    Vost était sous tension ; il avait probablement besoin d'évacuer celle-ci en faisant parler ses poings... Bien sûr, cela voulait aussi dire quartiers mal famés, paris illégaux, etc, etc... Au moins, cela réduisait le périmètre de recherche.
    Alors qu'elle se tourna de nouveau vers Aidan, celui-ci lui tapota doucement le crâne avant de l'enlacer, puis de s’éclipser. Il avait aussi d'autres chats à fouetter.

    Il ne fallut pas longtemps à la Guerrière pour arriver dans les méandres des bas-quartiers de la Banlieue.
    L'insalubrité ambiante accentuait l'insécurité ressentie... Des ombres se glissaient au travers des ruelles tandis que les rats grouillaient parfois dans des poubelles malodorantes. Là encore, Lynn pesta : retrouver Vost ici ne s'annonçait pas comme une partie de plaisir...
    Elle avait souvent droit, en guise de réponse à des :
    « On fait payer les infos », « On peut s'arranger pour le paiement... (avec un regard appuyant le sous-entendu) », « casse-toi pouffiasse, sinon j't'égorge ». Le dernier, après un soupir blasé, avait fini la tête dans le caniveau, quelques unes de ses dents ajoutées à la collection de celles déjà manquantes...

    « Un Albinos... C'est quoi ? Attends, tu veux dire un mec tout pâle aux cheveux blancs ? Vost ? Ah... Ouais j'en ai entendu parlé. Si tu veux le mater faut aller là bas, par contre, si tu veux parier, je sais pas c'que ça vaut... »

    ~_~_~


    « Ta garde ! »

    L'Orthros pesta. Ces lieux étaient remplis de sueurs, de sang, d'alcool... Le niveau de testostérone était également très élevé et elle essuyait des regards ou des commentaires déplacés. Tenter de capter l'attention de son colocataire pourrait s'avérer risqué, surtout pour lui. Interrompre le duel ? La foule électrique ne laisserait certainement pas passé cela... Beaucoup de parieurs s'étalait autours de la maigre arène de bois.
    L'odeur et le brouhaha ambiant achevèrent l'humeur de l'Orthros. Excédée et exécrable, elle darda d'un regard furieux la grande perche qui lui avait, malencontreusement, donné un coup de coude. Il se contenta de commenter, l'haleine fortement alcoolisée quelque chose sonnant un peu comme : « La craquinette, casse-toi, ta place est pas là ». Les nerfs un peu à vifs et électrisée par l'ambiance, elle se permit de lui frapper dans le creux du genou pour le forcer à se plier puis, lui saisissant le crâne, elle aplatit celui-ci sur la barricade de bois. Son geste passa inaperçu ; le duel faisait rage au centre et à la lumière miteuse.
    Vost était couvert de bandages, de sang, de crasse. Il était clair qu'il devait avoir passé la plupart de son temps dans les environs... Avec l'absence de fenêtre et d'horloge, il devait également avoir perdu la notion du temps... Un peu comme toutes les personnes ci présentes.

    Un uppercut placé à la pointe du menton fit basculer la tête de l'opposant à l'arrière. Avant même que celui-ci n'entame sa chute, le Démon lui écrasa un lourd coup de poing dans le plexus solaire...

    Dès lors, sans attendre que le responsable des lieux -si tant est qu'il y en ait un- ou l'Albinos n'ait appelé le participant suivant, Lynn passa par dessus la barricade. D'abord acclamée, puis rapidement huée, elle attrapa le bras du Démon et sans un mot, le tira hors de la cage de sang. Elle dut néanmoins dégainée sa lame lorsqu'un des spectateurs tenta de lui barrer la route.

    Un peu plus au calme, la Féline força le Guerrier à s'asseoir sur un tonneau boisé. Jaugeant de ses blessures, elle commença à examiner la tête de l'ancien comateux avec plus d'application.


    « Tu te sens comment ? Il répondit par un haussement d'épaules, mais ce mouvement lui arracha une légère grimace. Arborant une moue dubitative, elle posa délicatement sa main sur l'épaule de celui-ci. J'te jure... J'ai passé quelques jours à courir après un lézard et... À peine rentrée, on m'envoie te chercher... D'un même coup d'épaule, il dégagea la paume amicale, avant de tourner la tête. Son expression était masquée par ses cheveux dépigmentés. Lynn ne put retenir un soupir, puis un léger sourire. Apposant alors sa main sur le crâne blanc, elle le tapota délicatement.
    Tu m'as inquiétée, pauvre truffe. »

    Rassurée de voir son colocataire en bon état , -comprenez : vivant-, l'Orthros s'était permis de l'enlacer doucement faisant attention à ne pas appuyer sur les blessures de son colocataire et les siennes. Puis, se décrochant, elle n'émit aucun commentaire sur l'horrible odeur émanant de Vost. La mâchoire fatiguée par l'effort surhumain, elle ajouta :

    « Aller, direction Arena histoire qu'ils te retirent de la liste des déserteurs...
    - Ça fait... deux jours ? Articula-t-il, la voix enrouée. Lynn apposa des yeux ronds sur lui.
    - Oui. Comme ta dernière douche. »

    Le ton cinglant laissa un blanc s'instaurer. Le Démon cligna plusieurs fois des yeux tandis que la Féline attendait un semblant de réaction, un commentaire... Rien.
    Il se contenta juste de se redresser difficilement et de tituber en direction de... quelque part.


    « Attends... c'est plus ? »

    Trottinant alors derrière lui, l'Albinos se dirigea vers une sorte de casier miteux pour récupérer ses affaires...
    À présent, il leur restait à espérer que leur trajet se déroule sans accroches... Des bas-fonds de la banlieue jusqu'à Arena, autant dire que le trajet pouvait s'annoncer long.

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Vost
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MessagePosté le: 08/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Dans ses mains traînait un T-shirt à manches longues, aussi sombre et oubliable que lui. Ce triste morceau d’étoffe ne manquerait absolument pas dans sa terne garde-robe ; s’en servir pour éponger sa plaie ruisselante, faute de matériel de suture, était largement tolérable. Ainsi, sans tergiverser davantage, Vost enfila son plastron sur son torse nu, passa ses gantelets puis endossa son manteau. Comme prévu, il essuya ensuite son visage à l’aide de son maillot noir avant de l’appliquer sur son arcade sourcilière. Enfin, il s’assura que son zanbatō usé par les combats, sinistre allégorie de sa propre personne, rampait toujours le long de son échine. Une fois prêt – du moins autant que pût l’être un ivrogne belliqueux après une interminable séance de pugilat –, il se tourna vers Lynael. Malgré les nombreuses blessures qui l’accablaient, elle souriait.

* ~ Une once de clarté dans l’obscurité.~ *


* ~ La mine qu’elle arborait, plus enjouée qu’à l’accoutumée, ne trouvait aucun écho dans les réflexions du Démon. Apparemment forcée à délayer un repos amplement mérité, elle avait plongé dans les quartiers les plus mal famés de la Capitale pour débusquer un immonde poivrot en pleine autodestruction. Alors pourquoi cette relative gaité ? Pourquoi entonner des mélodies rassurantes en dépit d’une mâchoire récalcitrante ? Pourquoi cette attitude affectueuse envers une épave calamiteuse ? Si l’on en croyait ses paroles retors, elle semblait sincèrement se soucier de son sort. Cette potentialité rendit l’albinos extrêmement honteux ; notion qu’il appréhendait seulement depuis peu. Malpropre, comme elle l’avait si pertinemment soulevé, ravagé par la boisson, comme en témoignaient ses titubations, rongé par la solitude, comme l’indiquait sa décrépitude ; il se présentait à elle sous son plus mauvais jour. Pour couronner le malaise, son attitude irresponsable l’avait entraînée avec lui dans sa chute. Face à tant de culpabilité, il ne savait pas où commencer ; les mots défilaient dans son esprit mais aucun ne seyait à la situation. À la suite d’un long silence, ses lèvres, engourdies par le whisky et les heurts, se décidèrent à bouger :

« Me juge pas. »

* ~ Le ton était calme, dépourvu d’animosité. Cette réplique ne tenait ni de l’agression ni du reproche ; Elle manifestait simplement une profonde inquiétude. Réjoui qu’on daignât s’enquérir de son état, quelle qu’en fût la raison, il craignait pourtant que sa déplorable condition n’altérât l’opinion d’une des rares personnes qu’il pouvait qualifier d’amie. Heureusement, Lynn ne se départit pas de sa bienveillance : après avoir haussé les épaules, elle tapota gentiment le crâne de l’albâtre. Ce geste chaleureux suffit à l’extraire de sa torpeur.

* ~ Son sentiment d’abandon repoussé par une agréable présence, il se résolut à regagner à Arena ; pour une fois, il n’arpenterait pas ce chemin sinueux seul. Néanmoins, il avait encore une affaire à régler avant de partir. Tandis qu’il soutenait le regard l’Orthos en affichant la plus affable expression que son visage austère était capable de revêtir, il avança dans sa direction. Lorsqu’il la dépassa, ses yeux se détournèrent afin de se braquer sur sa cible : un petit homme au nez rougi par le vin. Celui-ci cachait sa calvitie naissante et ses tempes grisonnantes sous un chapeau rapiécé, aussi miteux que son costume. Arrivé à son niveau, Vost tendit sa main, paume vers le plafond décrépi, puis dégaina de son timbre le plus caverneux :

« Ma part. »

* ~ Si le principal objectif de cette virée en banlieue restait le défoulement, il n’avait pas pour habitude de laisser autrui profiter du fruit de son labeur. Au vu des mètres de bandages qui l’enserraient et de la difficulté qu’il éprouvait à suivre des trajectoires rectilignes, les paris avaient sans doute joué en sa faveur, au moins lors des premiers affrontements. Une coquette somme – toute proportion gardée – attendait donc d’être cueillie. À cette fin, ses doigts s’actionnèrent, invitant son interlocuteur à ne pas abuser de sa patience. L’organisateur des combats, connaissant à présent les compétences martiales du sauvage qui réclamait son dû, céda rapidement.

* ~ Pas de petits profits.~ *


* ~ Dehors, les rayons du soleil, tantôt réfractés par une épaisse nappe de pollution, tantôt interceptés par des barres d’immeubles délabrés, peinaient à atteindre les rues. Par conséquent, en l'absence d'horloge ou de montre, déterminer l’heure de la journée s’avérait impossible ; surtout pour un albinos qui redécouvrait le monde après des jours d’exil. Il se fiait alors à sa camarade qui ne semblait pas trop se soucier du temps les séparant du couvre-feu. À l’affût du moindre comportement suspect, elle se préoccupait davantage des résidents des bas-quartiers que des monstres du Néant. Visiblement, elle n’était pas familière avec les sombres recoins de la Capitale. Dans le but de la tranquilliser mais aussi de prendre de ses nouvelles, le Démon la questionna au sujet de sa précédente mission ; une boucherie sans nom qui avait ajouté d’innombrables lésions à sa collection. Le récit morcelé qu’il venait d’écouter amplifia grandement son sentiment de culpabilité. Il voulait se confondre en excuses, cependant sa loquacité ne le lui permettait. Seul un fruste « Désolé » s’échappa de sa bouche ; un mot qui, bien que d’une profonde sincérité, lui paraissait fort léger comparé aux torts causés. Lynn ne put toutefois répondre à ce court mea culpa car une bande d’énergumènes tatoués interrompit leur conversation.

« Hé Blanche-neige ! Ouais toi, avec ta tronche de lamantin ! Laisse-nous nous amuser un peu avec la bombe atomique que tu promènes ! »

* ~ Une étrange impression de déjà-vu s’installa. Décidément, la bombe susmentionnée possédait un réel don pour charmer les pervers ; ce qui expliquait certainement sa rencontre avec Kira. Avant qu’elle n’explosât, Vost la retint fermement par le bras. Quand des iris métalliques se posèrent sur son visage, il secoua furtivement la tête. Parmi les dessins qui parcouraient les membres de leurs agresseurs, se trouvait le symbole d’un des gangs les plus influents du Velm. Si, d’ordinaire, le pugiliste cédait promptement à la provocation et se souciait peu des conséquences de ses actes, il demeura cette fois stoïque : son amie était impliquée. Dans leur état, sortir d’une telle bataille sans y laisser la vie relevait de l’exploit. De plus, même dans l’improbable éventualité d’une victoire, ils s’exposaient à de lourdes représailles ; or l’albinos refusait catégoriquement d’attirer de nouveaux ennuis à sa colocataire, il avait déjà fait suffisamment de mal. Ainsi, ses doigts détachèrent précautionneusement la bourse qui pendait à sa ceinture avant de la glisser dans la paume d’un malfrat.

« Tu nous as jamais vus. »

* ~ L’argent efface les différends.~ *


* ~ Après un long moment, les deux guerriers chancelants atteignirent finalement des quartiers plus accueillants. Peu à peu, la tension s’estompait, tout comme les effets de l’alcool ; le déserteur commençait à subir le contrecoup de sa débauche. Les violentes décharges, qui électrisaient l’ensemble de son système nerveux, le contraignaient à ralentir l’allure. Sous le joug d’intenses douleurs, il manquait de choir à chaque pas. Sûrement prise de pitié, Lynael le soutint au mépris de ses propres maux. L’abnégation dont elle faisait preuve, en plus de toucher l’albâtre acariâtre, accentua sensiblement sa honte. Désireux de ne pas aggraver son cas, il préféra se taire. Néanmoins, le dégrisement fit ressurgir une pensée qui le poussa à rompre le silence :

« Il s’est passé quoi, au temple de la foudre ? »

* ~ Sa béquille le darda de ses yeux ronds, traduisant une immense surprise. Devant cette circonspection, l’amnésique apporta des précisions concernant la raison de sa question :

« Je ne me souviens de rien... »

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MessagePosté le: 10/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

    Il ne se souvenait, de rien... ?
    Lynn cligna plusieurs fois des yeux, ses lèvres traduisant également sa surprise. Muette, elle regarda autour avant d'indiquer, d'un signe de tête, de vieilles caisses en bois. Avec difficultés, le duo d'Arenien parvint à se poser. Bien que plus accueillante, la rue n'en n'était pas plus animée. De temps à autres, des silhouettes traversaient la rue adjacente. Les yeux de la Féline balayèrent tantôt cette maigre distraction, tantôt la carcasse d'une banane esseulée.
    Affichant à présent une moue, elle tenta de réunir ses idées, ses propos, ses souvenirs quant à la mission suicidaire...


    « Pour commencer, on a été séparé en deux groupes... Tu étais avec Katy, Erwan, Raphaël et bien sûr Renji. Je ne saurai pas vraiment dire ce qu'il s'est passé quand on était séparés, mais aux vues des nombreuses blessures que vous avez récolté, ça ne devait pas être de tout repos. L'ambiance était toujours électrique entre Renji et toi, bien sûr. Pour l'ascension finale, on était tous ensemble. Pas grand chose de notable. On a réussi à détruire les piliers et le Temple à commencer à s’effondrer... J'ai perdu connaissance donc je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé ensuite mais on a été rapatriés. Tu t'es probablement pris quelque chose de gros sur le coin de la figure pour que ça te laisse dans un coma... Tu devrais peut-être voir avec Irkaal ou Eöl... Ils doivent certainement en savoir plus que moi... »

    Devait-elle lui dire que Gabriel était actuellement au Refuge ? Ou bien le savait-il déjà ?
    L'Orthros porta sa main à sa cote douloureuse tandis que le silence s'installa entre eux. Devait-elle ajouter quelque chose ? Parler de Kira ? De leur échange dans les couloirs du Temple... ? Ou bien de sa présumée relation avec Irkaal ? Cela l'intéresserait-il ? Ne voulant pas l'embêter davantage avec ses maux, Lynn resta muette tout comme son colocataire. Ils récupéraient, tentaient de se remettre les idées en place.
    Tout deux, certainement pris dans un labyrinthe de pensées moroses relevèrent la tête lorsque quelque chose s'agita dans leur champ visuel.

    Une ombre capée se dessina à l'entrée de la ruelle tandis qu'une masse imposante se dirigea vers eux d'un pas décidé. Lynael se redressa sur ses deux jambes ; il s'agissait là de deux élites Areniens.
    Pourquoi avaient-ils été envoyé ? Elle avait été chargée de le ramener, n'étaient-ils pas au courant ?
    L'immense masse se dessina comme un Élite bourru. D'une taille bien supérieure à la moyenne, il dévisagea longuement les deux élèves. Si ses sens ne la trompaient pas, il s'agissait d'un Lycan et aux vues des micro-réactions de Vost et de ce dernier, tout deux se connaissaient déjà. D'une prothèse métallique, il indiqua l'ombre derrière et de sa voix grave, il lança :


    « Bien. Tu l'as trouvé Sloan. On se charge de la suite. Tu peux rentrer maintenant, Dahlia te téléportera sous peu. »

    Lynn le regarda avec des yeux ronds et tandis qu'elle se préparait à rétorquer sèchement quelque chose, ce même Élite jeta lourdement un sac rempli d'affaires à l'égard de Vost. Ses yeux dévisagèrent moins amicalement le Démon, puis l'Orthros comme s'il l'invitait à déguerpir avec plus de rapidité. Il ajouta un « Maintenant. » pour sommer de nouveau l'apprentie Traqueuse à s'éloigner. Celle-ci après avoir échangé un regard plein d'incompréhension avec son colocataire, s'exécuta sans conviction. Vost l'avait également incité, d'un signe de tête, à suivre les ordres du Géant.
    Décontenancée, elle ne comprenait pas pourquoi elle se retrouvait envoyer de manière aussi expéditive à l'école, ni pourquoi les affaires de son ami avait été amenées. Elle n'eut pas non plus le loisir de réfléchir à ce sujet vu l'empressement de l'Elite.

    Arrivée au niveau de la dénommée Dahlia, Lynn nota que les pieds de celle-ci n'était en fait que de grandes serres... Une race rappelant de grands oiseaux, probablement. Elle dépassait également la Féline d'une bonne tête, si ce n'est plus. Celle-ci retira sa capuche, révélant alors de longs cheveux tressés. Ses yeux azurés affichèrent une certaine malice tandis qu'un sourire se dessina sur ses traits androgynes. Les deux Guerriers ne semblaient guère échanger quoi que ce soit pour l'instant. Le Lycan attendait certainement le départ d'oreilles indiscrètes...


    « Souhaites-tu un Portail pour Arena ou as-tu d'autres projets dans la Capitale ?
    - Non... Un Portail... articula l'Orthros tandis qu'elle inclina doucement de la tête. »

    La Féline tourna une dernière fois la tête vers son colocataire dépigmenté tandis qu'un portail commençait à apparaître. Le Démon capta néanmoins son regard et avant qu'elle ne s'engouffrât dans cette bouche magique, elle put lire sur les lèvres de celui-ci, un mot... « Harpie »... ?
    Prise d'incompréhension, elle plissa les yeux tandis qu'une moue se dessinait sur son visage. Parlait-il de l'autre Traqueuse présente à ses côtés ? Probablement... Une femme mi-humaine, mi-oiseau. Lynael inclina néanmoins la tête, se préparant à se faire happer par le Portail.

    « Ah... « Merci »... »

    Un pâle sourire se dessina sur les lèvres de l'Orthros, comprenant alors le sens entier du mot muet. La Traqueuse lui adressa un clin d’œil et l'apprentie disparue.

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Vost
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MessagePosté le: 15/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Ses rubis ardents goûtèrent une dernière fois à la l’éclat métallique des iris de Lynael. Confuse, marquée au fer rouge par l’incompréhension et la miséricorde, elle arborait une mine éteinte. La voir ainsi dépouillée de sa lueur provoqua une douleur irradiante dans la poitrine de Vost. À maintes reprises, elle l’avait enveloppé de sa chaleur, l’avait inondé de sa radiance capable de repousser les ténèbres. En retour, qu’avait-il fait ? Rien. Jamais il ne lui avait accordé une parole réconfortante, jamais il ne l’avait extirpée de l’obscurité, jamais il ne l’avait remerciée. Il se décida à cet instant mais il était trop tard ; elle ne l’avait pas entendu, ni compris. Bientôt, sa silhouette s’évanouit dans un tourbillon d'étincelles, emportant avec elle la flamme de l’espoir.

* ~ Une ruelle noire, en proie au blizzard.~ *


* ~ Semblables à un déluge de grêle, les doigts d’Ezek martelaient sa prothèse d’acier. Bras croisés, il s’impatientait en dévisageant le Démon de son air le plus sévère. Ses premiers mots, comme des vents mordants, balayèrent la dernière braise qui réchauffait le cœur de l’esseulé :

« C’est bon ? »

* ~ Pas de provocation, juste une certaine froideur dans le ton. Effaçant les réponses, anéantissant les potentielles objections, la tempête continua à souffler :

« Tu sais pourquoi je suis là ?

- Non. »

* ~ Les deux statues de granit se toisaient, impassibles, immuables. D’ordinaire, l’albinos aurait répliqué avec une impertinence à faire pâlir la messéance elle-même. Néanmoins, telle désinvolture n’était permise par l’atmosphère glaciale qui régnait. Le protecteur mutilé n’avait évidemment pas bravé la vermine pour rendre une visite de courtoisie, toutefois la véritable raison de sa venue demeurait mystérieuse. Une punition pour l’acte de désertion pouvait attendre leur retour à Arena et ne requérait pas la présence d’effets personnels. Alors pourquoi le colosse de marbre avait-il précipité l’Orthos vers la sortie ?

« T’es viré. »

Fonctions motrices : gelées. Noyau cognitif : gelé. Prise en charge de l’information par les procédures de bas niveau... Recherche d’une correspondance dans la base de synonymes... Correspondance trouvée : « banni ». Renvoi vers la notion d'appartenance à une entité... Concordance unique : Arena. Analyse conjointe : « banni » + « Arena »... Interrogation du registre mémoriel... Résultat :

« Impossible.

- Faut croire que non. L’état-major a fait une exception pour toi.

- Pourquoi ?

- T’oses demander ? Tu te fous de moi ? Si je devais faire la liste de toutes tes conneries, j’en aurais pour la journée. »

* ~ Un léger rictus déchira la peau de l'albâtre. Son mutisme intensifia les bourrasques :

« Tu saccages le matériel, tu fous le bordel dans les missions d’importance capitale, tu laisses crever tes camarades comme des chiens, y a même des Elites qui déposent des plaintes à ton sujet… »

* ~ Ses artères frissonnèrent, ses dents grincèrent. Des Elites ? Sûrement un clébard parti chialer dans les jupes de sa maîtresse. L’ouragan crépita :

« Et maintenant tu désertes pour te saouler comme un vulgaire déchet. Tu commences à percuter, ou je continue ? Oh, tu veux que j’te fasse un dessin peut-être ? »

* ~ Son sang se mit à bouillonner. L’orage détona :

« Bon, t’as capté. Tes affaires sont là. T’as intérêt à ce que Renji et Katy revoient plus jamais ta sale gueule de monstre. »

Surchauffe des systèmes. Le noyau cognitif a cessé de fonctionner. Contrôle des tissus musculaires perdu. Protocole d’urgence engagé :

* ~ Vost explosa. En un éclair, il bondit ; prêt à incruster son poing dans le crâne d'Ezek. Ce dernier l'immobilisa d'un bras, contra de l'autre. Le contact froid du fer sur son nez ramena le forcené à la dure réalité, ainsi qu'au sol.

« Reste là, ce trou minable est parfait pour toi. Oh et, fais-moi plaisir, noie-toi dans ton vomi. »

* ~ Une chaleur âcre consumait ses nerfs tandis que les pavés glacés pétrifiaient sa joue. Il désirait ardemment se lever, cependant ses muscles transis le lui refusaient. Une singulière dualité irradiait dans son corps figé. Une soif de destruction le tiraillait ; s'éterniser à terre l'attirait. Ne plus jamais capter la lumière du phare qui le guidait jadis, sombrer pour toujours dans les abîmes de l'humanité... Cette idée éveillait en lui des sentiments contraires : rage et tristesse, indignation et résignation, fureur et abattement. La lame, chauffée à blanc, s'était brisée lors de la trempe.

* ~ Une nuit noire, en proie aux cauchemars.~ *


* ~ Sur le mur décrépi, un miroir qui reflétait les ombres ; devant cette glace ébréchée, une enveloppe, une coquille vide, qui recousait machinalement ses plaies. En vérité, le mannequin blafard était incapable de déterminer la cause de ses récents agissements. Déambulant au hasard, hagard, il avait fini par reconnaître une enseigne susceptible de lui offrir le gîte pour la nuit. Mécaniquement, il avait poussé la porte, aligné la monnaie puis gravi les escaliers. À présent, l'aiguille piquait, transperçait, charcutait mais il ne bronchait pas. Le fil se resserra sur son épiderme livide, le pic chuta dans le lavabo écaillé. Ensuite, l'automate inerte entreprit de réparer son appendice olfactif cabossé ; un craquement, un coton dans chaque orifice. Sa tâche terminée, il exécuta la suivante sur sa liste de priorité : se réapprovisionner en carburant.

* ~ Tel un bulldozer, il avala les marches le séparant du bar. Une fois au comptoir, il effectua une série de signes à l'attention du tenancier qui, après un court temps de chargement, lui apporta une bouteille, ainsi qu'un verre. Le robot décoloré abreuva lentement son récipient, ses iris ternes rivés sur les remous du fluide alcoolisé. Patiemment, il attendit que les tourbillons s'estompassent pour laisser place à un liquide stagnant, immobile. Lorsqu'il éleva la coupe jusqu'à ses lèvres, déversa la liqueur dans bouche, il sentit une flamme glisser le long de son œsophage. Néanmoins, elle ne diffusa point ; l'habitacle resta désempli, dépourvu de sa substance, jusqu'à ce qu'un son interrompît son apathie :

« C'est sympa de payer ta tournée, blanche-neige! »

* ~ Son regard tourna en saccades sans que son expression traduisît une quelconque émotion. L'androïde analysa sommairement son locuteur : aucune correspondance dans la base de données, intérêt nul. Il vaqua donc à ses précédentes occupations, blasé. Toutefois, le gêneur ne s'arrêta pas là : il s'empara irrespectueusement de la fiasque de whisky. Grave erreur. Le Démon s'anima promptement. Ravivé par la colère, il écrasa la tête du malotru contre la console. Dans la continuité de son geste, il le projeta en arrière avant de le rejoindre à terre. Une volée frénétique débuta alors.

* ~ Au premier direct dans le visage, le malandrin tenta de repousser son agresseur. Au deuxième, une partie sa fougue le quitta. Au troisième, ses bras tombèrent. Au quatrième, un spasme le secoua. Au cinquième, il ne s'agita pas. Au sixième, le juke-box s'enrailla. Au septième, l'audience se tût. Au huitième, un son dégoûtant retentit. Au neuvième, même chose. Au dixième, pareil. Au onzième, le rythme ralentit. Au douzième, la cadence se languit encore. Au treizième, le poing véhément s'immobilisa définitivement.

* ~ Vost haletait bruyamment, à genoux sur le plancher. Peu à peu, sa respiration se calma, tout comme son humeur ; la fureur s'était enfuie, et avec elle la vie. Son atonie recouvrée, il regagna nonchalamment le comptoir. Sur celui-ci, il déposa avec flegme deux poignées d'écus ; une pour la bouteille qui n'avait pas survécu, l'autre pour s'en procurer une nouvelle. Soucieux de ne pas contrarier son client turbulent, le barman livra précipitamment le second flacon. L’albinos, quant à lui, saisit doucement son verre, persuadé de pouvoir siroter son whisky sans être importuné. Il ne se doutait pas que son pronostic était erroné :

« Alors, on reprend du service ? »

* ~ Personne ne semblait disposé à le laisser profiter de sa tranquillité, même pas ses vieilles connaissances. L'énergumène qui venait de l'interpeller s'appelait Béliar, un touche-à-tout de la pègre rencontré quelques années plus tôt. Proxénète le lundi, trafiquant le mercredi et parieur le dimanche, il se distinguait de ses pairs grâce à sa mesquinerie exacerbée. Au vu des porte-flingues qui l'accompagnaient, cette roublardise lui avait sûrement permis gravir quelques échelons. La carcasse blanchâtre ne prit pas pour autant la peine de répondre, escomptant vainement que son silence le fît déguerpir. Au lieu de ça, le malfrat enchaîna :

« Toujours aussi causant, hein? Puis toujours aussi énervé. Tu sais qui tu viens de buter au moins ?

- Un type qui m'a dérangé. » répliqua l'albâtre excédé. Il marqua une courte pause avant de reprendre : « Tu me déranges. »

* ~ Bien que sous-jacente, la menace n'en demeurait pas moins claire. Pourtant, le visage malingre du bandit se fendit d'un large sourire édenté. D'un signe de la main, il intima à ses sbires de ranger leurs revolvers pendant qu'il poursuivait la conversation :

« Pas la peine de t'foutre en rogne! Mes gars t'ont vu botter des culs au Fitzpanic, du coup j'suis venu t'faire une proposition! Ça t'dirait t'battre pour moi ? »

* ~ Face à une suggestion si prévisible, l'ex-pugiliste soupira profondément, ce qui suscita une vive réaction chez le truand :

« Attends, attends! J'te parle d'trois poivrots qui s'envoient des beignes, j'te parle d'l'arène des bas-fonds mon vieux ! Toi et moi, on va s'faire un max de blé! D'puis l'temps, l'quartier t'a oublié, tu vas créer la surprise, c'est sûr ! J'te promets des paris à cinq contre un, qu'est-ce que t'en dis ? »

* ~ Le pantin coincé plongea ses yeux vides dans son gobelet à moitié plein. Avait-il réellement le choix? Se battre, tuer, il ne savait rien faire d'autre ; surtout pas esquiver les balles. Lui qui cherchait un exutoire... Enfermé dans son carcan violent, il n'avait trouvé qu'une nouvelle prison.

* ~ Une période noire, en proie au désespoir.~ *


* ~ Depuis une semaine, les duels s’enchaînaient ; une bataille ininterrompue. Ce jour-là, l'épéiste croisait le fer contre un Félys. Ses sabres tranchaient l'air comme des moulins. Aucune ouverture. Le bretteur pâle lui tournait autour, espérant que la fatigue le gagnât ; mais rien. Il fallait changer de stratégie. Mû par sa témérité déraisonnée, il s'avança tête baissée. Son gantelet dévia la première lame, la seconde se ficha dans sa cuirasse. Trop tard, il avait déjà armé son zanbatō. Sa force démesurée le lança à toute vitesse ; un coup de taille qui heurta son opposant de plein fouet. Celui-ci décolla, sa chair s'éparpilla ; un bruit répugnant s'échappa. Il atterrit un peu plus loin, dans une mare rougeâtre.

* ~ Vost tentait péniblement de reprendre son souffle. Tel un soldat rompu, il quitta l'arène, incapable de savourer sa victoire. Y avait-il vraiment une victoire à célébrer ? Son flanc ravagé entravait sa respiration, sa volonté brisée l'empêchait d'avancer. Seule la rage le maintenait en vie, seule la fureur le poussait à lutter. Éreinté, Il n'était plus que l'ombre d'un guerrier rongé par la haine de l'ennemi ; il ne voyait le monde qu'à travers le prisme du combat.

* ~ Ses pas chancelants le conduisirent instinctivement dans les vestiaires, où l'attendait un repos aussi éphémère qu'illusoire. De manière automatique, il ôta son plastron en dépit de l'exténuation. Ses doigts, munis de fil, s'occupèrent de sa plaie sans qu'il ne s'en rendît compte. La véritable blessure se trouvait ailleurs, dans son esprit anéanti par la solitude, la guerre et l'alcool ; hors de la mêlée il peinait à exister. Heureusement, on l'y rappelait déjà : le prochain affrontement allait bientôt débuter. Gorgé de flegme, rempli d'absinthe, il se rhabilla avant de tituber en direction de la lice. Quelle stupéfaction lorsque ses rubis sanguinolents interceptèrent les jades du challenger...

*~. Katy .~*


Surcharge émotionnelle détectée. Seuil critique dépassé. Surchauffe de l'ensemble des composants. Refroidissement de secours enclenché... Diagnostic : aucun effet sur la surtension généralisée. Perte de contrôle imminente. Tentative de récupération manuelle... Alerte : corruption du gestionnaire des tâches. Procédure "lyrisme" exécutée par défaut.

* ~ Son ange descendait finalement des cieux pour inonder la vermine de sa lumière sacrée. Il ne parvenait pas à l'admirer tant sa splendeur l'éblouissait ; mais elle était là, radieuse, majestueuse. Elle avait fendu l’obscurité pour l'extirper des ténèbres, allait-elle le guider vers la salvation? Pendu à ses lèvres chaleureuses, il attendait qu'elle lui offrît un espoir, une raison de se battre, quand soudain...

« Je viens car j'ai reçu l'ordre de te former en tant qu'Officier. »

L'application "lyrisme" a cessé de fonctionner. Erreu^r fat@ale:/. A$rr@êt d$e l'#en{s%em\ble d|es ^p¨roc@$/%@.

Non, bien sûr que non.


* ~ Encore une fois, il avait cru au mensonge de la vie, s'était persuadé qu'il subsistait une lueur au-delà de cette enceinte.

Ironique, hilarant.


* ~ Sa main blanche agrippa son visage fendu par le plus malsain des sourires.

Risible, stupide.


* ~ Ses yeux écarquillés observèrent Gabriel par les fissures de ses doigts.

Ridicule, pathétique.


* ~ Son monde, bâti sur un socle de tromperies, menaça de s'écrouler.

Irrationnel, illogique.


* ~ Ses épaules tremblèrent comme les fondations de son édifice mental.

Inepte, absurde.


* ~ Il ria, puis tout s'effondra.

* ~ Vost se dégagea des décombres, sa gorge toujours déployée. Chaque éclat lui redonnait la foi ; celle que tout se terminerait incessamment, qu'il disparaîtrait sous peu. Sans se départir de son rictus carnassier, il dégaina son arme puis se retourna en la laissant crisser sur le sable. De son bras libre, il harangua la foule dont la clameur résonnait tels les tambours de l'apocalypse. Galvanisé, le Démon démoli confronta à nouveau son adversaire. En guise d'ultime provocation, son pouce glissa en travers de son cou. Enfin, il s'élança.

* ~ Le martèlement de ses pas fut bientôt couvert par le bruissement de la barre d'acier qu'il traînait derrière-lui.~ *

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Katy
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MessagePosté le: 20/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Gabriel ouvrit les yeux. Devant elle se projeta l'écran sombre et miteux des poutres rongées de termite enchâssées dans le plâtre centenaire. Elle referma ses paupières, inspira un grand coup et bloqua sa respiration. L'air était moite, saturé de poussière et de l'odeur âcre de la moisissure qui empêtrait les draps, les murs... non, la charpente tout entière de cette auberge sans-âge. Le lot des bas-fonds de la Capitale. Des relents diffus d'alcool, de vomi et de gerbes de sang que l'on n'avait pu nettoyer, traînaient en notes finales sur le clavier de l'odorat. La guerrière soupira. Passant une main las sur son visage sans repos depuis plusieurs nuits, elle murmura pour elle-même d'une voix qu'elle n'avait pas utilisé depuis plusieurs jours : "C'est l'heure. Lève-toi."
Son timbre lui parût difficile à reconnaître, pas seulement parce que ses cordes vocales s'étaient enrouées par l'absence de communication; plutôt comme si une autre personne s'exprimait au travers d'elle. Elle eut la brève vision, plus hallucinatoire que réelle, que la Traqueuse Avemain se dressait là sur le côté et la dévisageait du haut de sa silhouette noire qui ne laissait entrevoir que des pieds en serres et des yeux d'un bleu surnaturel. Elle tendait une main diaphane vers la Protectrice alitée. Avec le même ton persuasif avec lequel elle lui avait fait l'argumentaire qui était la raison de la présence de l'Humaine ici, dans cette fange urbaine, elle ordonna : "Lève-toi, t'ai-je dit". Mais de nouveau, l'inquisition sortit de la bouche même de Katy, qui après un silence et une moue perplexe envers elle-même, se redressa en essuyant d'un revers de main son visage trempé de sueur. La voix répéta "Tu n'es pas une simple femme coincée dans un triangle amoureux qui te dépasse. Tu as un rôle à jouer : tu es une guerrière. Comme en combat, tu dois dépasser ce que te dictes ton cœur et accomplir ton devoir. Tu peux le faire comme tu l'as fait pour ta précédente formation. Tu dois le faire pour l'Ecole et pour lui." Un nouveau soupir tomba dans l'atmosphère morbide dans laquelle elle baignait, avec en guise de bassin les quatre murs délabrés de cette chambre miteuse. Katy épongea de nouveau son front du mieux qu'elle put, se frotta les yeux et les tempes avec affectation; au fond d'elle-même, jeune femme avait conscience d'être complètement déphasée, mais était impuissante face à cela. Finalement il s'agissait de l'état idéal pour se détacher d'elle-même, comme on le lui avait ordonné de le faire. A présent que tous ses gestes semblaient déconnectés de sa volonté, ralentis, que son cerveau ne formulait plus ses pensées avec cohérence, il lui semblait qu'elle pouvait exécuter les tâches les plus ingrates sans frémir. Regardant ses mains caleuses et couvertes de cicatrices, Gabriel sentit naître en elle une petite flamme de volonté au sommet des braises froides de son âme. Ses poings se serrèrent en deux masses solides où jaillirent jointures et veines violacées.

- Finissons-en rapidement.


*~*~*~*



Vost attaqua dans le plus pur délire de haine et d'autodérision. Malgré la vitesse démentielle avec laquelle il avait amorcé son assaut, son flanc était resté beaucoup trop à découvert. Gabriel aurait pu y trancher le cuir comme l'on découpe une motte de beurre. Elle avait toujours été plus vive que lui, un avantage contre lequel d'habitude le Démon compensait par la tactique et la force pour tâcher d'être à la hauteur des aptitudes martiales de son opposante. Ses efforts payaient assez souvent pour qu'elle ne puisse pas relâcher sa vigilance face à lui. Mais ce duel était différent de tous les entraînements qu'ils avaient pu orchestrer durant leurs années ensemble à Arena, pour la simple et bonne raison qu'un véritable mobile animait leur envie de s'entretuer - ou du moins il y en avait un, tout simple, qui habitait l'albinos en proie au génie de la haine: la vengeance. La vengeance pour la haute-trahison qui avait été faite à son cœur, pour le putsch qui avait renversé, piétiné puis réduit en cendre son estime des autres et de lui-même.
Gabriel esquiva sans mal l'assaut. Les suivants ne lui posèrent pas plus de problème et ceux qui suivirent pas plus encore, malgré les soufflements hargneux et frustrés du Démon. A aucun moment durant cette phase du combat basée sur l'esquive et la déviation des coups, la jeune femme ne riposta. L'épuisement et la lassitude aidant, elle profitait en réalité du grand vide qui trônait en elle pour observer et mûrir sa réflexion sur les aptitudes de combattant de son élève . De toute évidence il était loin de maîtriser "Méditation"... Mais comment lui donner les clés pour qu'il l'apprenne ? C'était encore une autre histoire.
Sentant malgré tout la fatigue la gagner à force d'être toujours sur la défensive et de laisser le combat se prolonger, l'Arenienne verrouilla ses pieds au sol. Au moment ou la Zanbato s'abattait dans sa direction, elle avança d'un pas dans la garde de son adversaire et le frappa violemment du plat de Scorpion dans le ventre, là où son plastron ne le protégeait pas. Sans attendre elle prolongea le mouvement avec deux pas de plus avec une légère inflexion des poignets, broyant au passage les intestins de son adversaire, avant de finir sa "coupe" et de redresser son épée devant elle. Le bretteur ploya sous le choc qui lui avait coupé le souffle. Il tomba à quatre pattes et après avoir douloureusement toussé il éructa d'une bile aux puissants relents d'alcool et de misère. Gabriel debout à quelques pas l'observait d'une moue peinée, le cœur lui serrant dans sa poitrine. Elle luttait intérieurement contre l'envie de le rejoindre, de le soutenir par l'épaule et de l'aider à se relever. Elle brûlait de s'excuser et de le ramener à Arena avec elle. Au lieu de ça, sa mission lui dictait de l'achever, moralement si ce n'est physiquement. De sa voix la plus atone et irritée possible, elle articula :


- Qu'est-ce que c'est que ce combat ? Même lorsque tu es arrivé à Arena il y a trois ans de cela tu valais mieux, et ce n'est pas peu dire. Où est passé ta technique à une main ? Tu me prends pour une bête sauvage ? Si tu veux m'affronter il va falloir que tu fasses preuve de plus de sang-froid et de maîtrise que cela. Je ne me bats pas contre les amateurs.

Elle n'était pas certaine que le ton employé ait été aussi dur et méprisant qu'elle le désirait. Néanmoins Vost n'était pas en état de faire la différence, lui semblait-il, et la composition seule des mots devait suffire à aggraver l'hémorragie de son cœur. La jeune femme ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose puis, après un temps de réflexion, se ravisa. Elle tourna le dos à l'arène sous la huée des spectateurs. Malgré leur stupéfaction de voir leur champion mis hors-jeu aussi facilement par une épéiste inconnue, ceux-ci désiraient ardemment du sang sur le sable ! À la clameur de joie qui suivit, Gabriel sut que Vost s'était relevé. Un rapide coup d’œil par-dessus son épaule le lui confirma - puis sa vision se brouilla sous le mouvement du combattant.
La seconde d'après Vost se jetait sur elle, toute sa rage concentrée dans sa monstrueuse épée.
Katy dévia l'attaque du fil de son arme non sans avoir fait un petit pas sur le côté pour se décentrer. Les deux épées s'accompagnèrent au sol dans un chant métallique aux gerbes d'acier puis Scorpion, profitant de sa lame plus fine et de son allonge plus courte, dessina une belle courbe dans l'air avant de flanquer son dard tranchant sous la gorge du guerrier. La Protectrice tenait alors son arme de sa main droite; de sa main gauche la plus proche de son opposant, elle frappa sur les mains du guerrier avec son bouclier en métal, lui brisant peut-être un ou deux os et l'obligeant en tout cas à lâcher la poignée de la Zanbato. L'ancien élève d'Arena se rendit avec plus de facilité qu'escompté pour l'endiablé qu'il semblait être. D'un geste rapide, fluide, la jeune femme lui frappa l'arrière des genoux pour le faire s'agenouiller et limiter ses mouvements. Son épée menaçait toujours la gorge de son adversaire. Vost ne l'avait pas quitté du regard. Ses rubis furieux, hémorragiques, sanguinaires, la transperçaient comme des tisons ardents. En retour, Gabriel le dévisageait le visage crispé par un flux d'émotions contradictoires difficilement contenues.

- Et tu m'attaques par derrière...
- Tue-moi, grinça le Démon d'une voix à peine audible.
- Quoi ?
- Tue-moi, je t'ai dit.
- Je ne suis pas là pour ça, mais si tu ne te montres pas plus...
- TUE-MOI !

Le silence s'était fait dans les tribunes alentours face à ce cri d'une rare violence.
Le Démon rapprocha sa gorge du fil de l'épée et le sang commença à couler. Dans un mouvement de panique, la guerrière retira son arme. Le Démon en profita aussitôt pour se jeter sur elle. Il était trop proche pour qu'elle puisse utiliser Scorpion; elle le repoussa donc avec son bouclier et, le souffle-court, décida de l'assommer avec celui-ci.
Quelques secondes plus tard, le bretteur était à terre, définitivement hors-jeu, une arcade sourcilière explosée.
Sable rouge. Tâchant de maîtriser l'imperceptible tremblement de ses mains, Gabriel alla vérifier son pouls. Vivant.
Ne voulant pas s'attarder une seconde de plus, elle laissa la mafia se charger de récupérer le corps et de le soigner, tandis qu'elle même disparaissait dans la marée humaine de supporters, racoleurs, fâcheux qui lui barraient le chemin, brassant des bras pour percer la houle.


*~*~*~*


"Tue-moi".



Cette injonction traînait comme la partition désespérante d'une musique triste qui nous entête.
Katy était adossée contre un pilier, assise sur une rambarde de balcon qui donnait sur l'activité fourmilière des quartiers pauvres de la Capitale. Une de ses jambes reposait sur la rambarde, encerclée par ses bras, l'autre traînait au sol pour l'équilibre. Elle tapait du pied, était agitée de soubresauts nerveux, qui rythmaient avec tempo ses sombres réflexions. Son cerveau passait décidément le plus clair de son temps à lui ressasser des ordres auxquels elle ne voulait pas obéir. Tantôt des flashs faisaient apparaître devant elle la Traqueuse au long manteau noir et aux pieds de serre, tantôt c'était l'albinos aux yeux ardents qui la menaçait et suppliait à la fois.
Interrompant le fil de ses pensées, un groupe d'enfants riants malgré leurs haillons s'approchèrent d'elle pour qu'elle autographe des cahiers leur appartenant. La jeune femme haussa un sourcil décontenancé à la demande. Ces derniers jours avaient été passé à l'arène à combattre différents adversaires au niveau ridicule pour tout Arenien forgé au combat et elle les avait tous balayés du ring sans les tuer. Cela lui avait valu autant de mauvaises appréciations que d'excellentes de la part du public. Les organisateurs, eux, étaient clairement mécontents, mais continuaient de l'inviter uniquement parce que sa force les impressionnait et qu'ils espéraient que leur champion une fois remis sur pied terrasse pour de bon cette
"Guerrière d'Arena" ou "Ange Gabriel", comme le voulaient les deux surnoms qui circulaient le plus sur elle. Si Katy se contrefichait à peu près de ce que tous ces gens pouvaient penser d'elle ou qu'ils la nommassent comme le bras droit du Dieu ayant maudit leur monde, elle ne s'attendait pas à éveiller l'admiration de petits êtres des rues. Elle signa ce qu'ils leur demandaient sans broncher, recouverte de leurs rires et de leurs petits cris de joie. Une des gamines caressa avec admiration ses cheveux blonds dont elle ne prenait pourtant pas grand soin. Avec un sourire, Gabriel dégaina son épée -ce qui les fit reculer de plusieurs mètres- et se coupa une mèche de cheveux qu'elle lui donna. Les réactions suscitées, exagérées pour un présent de la sorte, lui redonnèrent du baume au cœur et les enfants repartirent en laissant derrière eux un peu du bonheur et de l'insouciance qu'ils portaient avec eux. Un cadeau bien plus beau qu'un fragment de chevelure.

Le regard de la jeune femme se perdit de nouveau au milieu du torrent humain en contrebas et s'attarda sur une tête blanche qui perçait quelque peu la muraille de badauds. Elle reconnut aussitôt Vost. Elle profita de son poste d'observation pour le contempler à sa guise, son cœur battant légèrement plus fort dans sa poitrine, avec douleur et expectative à la fois. Il avait cet air fermé, triste et rancunier qu'elle lui avait trouvé les premières fois qu'ils s'étaient rencontrés. Les paroles d'Ezek lui revinrent :
"Il a été diagnostiqué psychiatriquement dans le passé comme ayant un comportement intrépide suicidaire". Mais Vost avait beaucoup changé pendant ses années à Arena. Certes, il ne riait jamais et détestait toujours autant le reflet que lui renvoyait les miroirs. En cela, il différait beaucoup de Renji, qui s'esclaffait ou souriait aisément, mais souvent de façon sarcastique et mauvaise. Toutefois avec le temps Vost avait appris à sourire pour exprimer son bonheur par moments, presque malgré lui. A communiquer avec apaisement, à se maîtriser et à vivre en société. Les souvenirs des moments passés tous les deux sur cette montagne où ils avaient contemplé les étoiles, leurs sorties au bar, leurs moments d'intimité, leurs baisers... revinrent percuter la mémoire de Katy et lui enserrèrent la gorge comme un étau. Sa poitrine se comprima et elle sentit ses yeux lui brûler. Pouvait-elle encore le sauver ? Mais elle repoussa cette question et cette vague d'émotion aussi promptement qu'elle en était capable. Elle les mit sous scellé dans cette boîte de Pandore mentale où elle enfermait tout ce qui était susceptible de la submerger de souffrance. Il était temps : le Démon continuait sa progression dans la rue et passait sous elle à présent.
Profitant de l'occasion, la jeune femme le héla. S'arrêtant brusquement, le duelliste leva ses prunelles écarlates vers la guerrière qui, toujours perchée en hauteur, le regardait intensément. Gabriel se sentit sourire de façon incontrôlée, heureuse malgré tout de le voir en bon état. Mais le tout passa fugacement sur son visage et, reprenant sa gravité, elle continua :


- Es-tu prêt pour demain ? Seul le silence lui répondit. Tiens fermement ton épée dans la main gauche, sers-toi de la main droite uniquement pour guider au besoin. N'oublie pas que je suis plus expérimentée que toi, tu ne m'auras pas sans ruser. Je t'attendrais sur le ring, exprima-t-elle comme une promesse. Ne me déçois pas cette fois-ci... je n'aime pas perdre mon temps.

Le Démon la dévisageait avec animosité et incompréhension. Comprenant qu'elle en avait terminé, il détourna le visage et continua son chemin sans lui adresser la moindre parole. Gabriel le suivit du regard par-dessus son épaule, au-delà du pilier... autant qu'elle le put, jusqu'à ce que les aléas et la foule l'emportent loin d'elle. Puis elle se recentra, le crâne reposant contre le dossier de plâtre. Elle poussa un profond soupir, qui ressemblait à un sanglot.

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MessagePosté le: 22/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston.

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