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Abandon, baston.

 
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Vost
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MessagePosté le: 03/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Un bouge sordide, tout sauf candide.~ *


* ~ Tout était flou, confus. De la clameur de la foule qui déferlait dans ses oreilles jusqu’au mélange d’effluves qui imprégnait ses narines. Même les silhouettes naviguant sur son champ de vision demeuraient brumeuses. Une bande de soûlards, dont les beuglements résonnaient pareils à des tirs de canon, se dessinait vaguement à l’horizon. Le premier rang de ces insolites spectateurs semblait accoudé sur de vétustes palissades de bois formant la misérable arène dans laquelle Vost tanguait ; une petite bicoque tachée de sang et d’alcool, triste écho de sa personne. Ses veines inondées de whisky et son torse encore couvert de bandages, il avait embarqué pour noyer son chagrin dans une marée de phalanges. Combattait-il depuis des heures ? Des jours ? Impossible de le dire, la notion du temps avait pris le large avec ses sombres pensées ; seul son désir d’en découdre subsistait. Malgré sa pugnacité, son regard vitreux peinait à faire la mise au point sur son opposant. Ce bougre oscillait telle la houle ; à moins que ce ne fût le contraire... Une chose était néanmoins certaine : il dépassait allégrement le Démon, en hauteur comme en largeur.

* ~ Face au navire qui s’apprêtait à l’éperonner, l’albinos resta aussi stoïque que le lui permettait son ivresse. La position de son assaillant, lors de sa charge, indiquait une attaque à la tête. Il tenta de la contrer par une hasardeuse manœuvre. Malheureusement, il s’agissait d’une feinte. Au lieu d’un choc frontal sensé lui démettre les cervicales, un puissant uppercut vint secouer son flanc droit. Par chance, son situs inversus insoupçonné l’avait prémuni d’un coup au foie ; vu sa griserie, une simple pichenette sur son organe cirrhotique aurait suffi à le coucher. Il chancela toutefois, en proie au mal de mer, avant de baisser sa garde. Grave erreur car, sans laisser le moindre répit, un coude percuta son arcade dans un bruit sourd. Emporté par le joug de l’impact, le pugiliste grivois dériva jusqu’à la barricade sur laquelle il s’échoua avec fracas. Ses deux bras appuyés contre la paroi de bois, il sentait un épais filet de sang ruisseler le long de son sourcil gauche. Bien que sonné, il n’avait guère le luxe de se reposer : le sable de la lice crissait de nouveau sous les pas de son adversaire massif. Inspirant profondément au mépris de sa poitrine ravagée par la douleur, Vost recouvra sa concentration ; une éphémère méditation qui dilata pourtant les secondes. Avant que la première goutte vermeille n’atteignît le sol, il volta promptement puis, aidé par l’élan, abattit le revers de sa main droite sur la pommette du colosse. Ce dernier, stupéfait d’une telle vivacité, n’avait point paré. Étourdi, il vacilla mais ne sombra pas. Par conséquent, l’albâtre continua à le harceler. D'abord un direct du gauche, frappant au même endroit que l'assaut précédent ; la brute tomba à genoux, désarçonnée. Ensuite une botte renforcée, fermement enfoncée dans la nuque ; la brute lécha la poussière, inconsciente.

* ~ Trois coups. Il lui avait fallu trois coups.~ *


* ~ Sans grande surprise, après des jours de coma dans un état critique, ses capacités physiques se trouvaient nettement amoindries. Il pesta silencieusement ; ce duel aurait dû se terminer au premier échange. Incapable de savourer sa victoire, il extorqua une bouteille à un spectateur trop couard pour protester en dépit de l’atmosphère belliqueuse qui régnait. Ne prêtant aucune attention à l’extatique populace qui l’entourait, il déversa un flot continu de scotch dans son gosier puis sur sa plaie ; des picotements sillonnèrent alors toute une moitié de son visage. Son bras dégoulinant de sueur essaya vainement d’essuyer ses paupières tandis que ses lèvres crachèrent un abject mélange de sang, de houblon et de salive qui donna à la terre battue une teinte rougeâtre. À présent prêt pour le prochain round, il dégaina d’une voix éraillée :

« Suivant ! »

* ~ Si le volume de cette réplique était conséquent, le ton n’en demeurait pas moins blasé. Libérées du tumulte de la mêlée, les tristes réflexions du Démon refaisaient rapidement surface. Ainsi, il précipitait les rencontres afin de limiter les temps morts propices à la dépression. Cependant, ni les organisateurs circonspects, ni les badauds étonnés ne semblaient disposés à l’épauler dans sa quête de distraction : ils le dévisageaient d’un air dubitatif, persuadés qu’il allait s’écrouler d’une minute à l’autre. Face à leur immobilisme, le challenger réitéra sa demande d’un timbre encore plus rauque et agacé qu’auparavant. Sa résilience avait-elle chassé la témérité de l’assistance ? Non, bien sûr que non.

* ~ Bientôt, une nouvelle silhouette, plus petite que la précédente, émergea de la foule. Lorsqu’elle pénétra dans l’arène, les beuglements du public retentirent de plus belle ; s’agissait-il d’un combattant de renom ? Aucune importance, Vost se contrefichait de son pédigrée autant que de son apparence, tout ce qui l’intéressait était de conclure cette rixe en une passe. En guise d’ultime préparation, il fit craquer l’ensemble de ses articulations en se focalisant sur la réponse de ses tissus musculaires ; réponse d’une faible intensité mais il devrait s’en accommoder. Sans plus de cérémonie, il chargea avec détermination. Dans sa lancée, il arma son poing droit au niveau de ses côtes, feignant un uppercut. Il comptait ensuite enchaîner avec un crochet du gauche, toutefois l’autre lutteur avait vu clair dans ses manigances. Celui-ci contrecarra la volée en opposant son bras avant de saisir la toison de l’albinos de ses deux mains rugueuses. S’ensuivit un violent coup de boule accompagné d’une rotule dans le plexus. L’estropié à la peau blême manqua de rendre le contenu de son estomac – principalement du whisky à moitié métabolisé. Il parvint néanmoins à se dégager à l’aide d’une habile pression sur le pharynx de son adversaire dont la respiration fut un instant coupée. Le Démon profita de ce délai pour reculer et reprendre ses esprits. Une mélodie dissonante, presque irritante, se jouait dans sa tête : « Ta garde ! ». Il grinça des dents, sans oublier de froncer les sourcils. Ses souvenirs le poursuivraient-il jusqu’en enfer ? Même dans ce taudis immonde il avait l’impression qu’elle l’observait.

* ~ La paranoïa, une séquelle de son trauma crânien ?~ *

_________________


Pinguin maléfique du Velm


Dernière édition par Vost le 15/07/2018; édité 1 fois
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MessagePosté le: 03/07/2018    Sujet du message: Publicité

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Lynn
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MessagePosté le: 05/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

    La porte de la chambre numéro une se ferma derrière l'Orthros, laissant le Traqueur un peu trop collant loisir de faire les avances qu'il désirait au pauvre Irkaal..

    Soupir.

    Elle se déchargea de ses affaires, notant au passage la présence d'une blouse blanche sur le sol. Blouse donnée aux patients d'Arena. Se remémorant les dires de l'autre Traqueur et l'absence de Katy et Renji à l'infirmerie après leur excursion au Temple de la Foudre, ce vêtement ne pouvait appartenir qu'au Démon. À ses pieds, un étrange objet... Un cathéter qu'elle ramassa, tout comme la blouse. Apparemment, Monsieur Vost avait décidé de jouer les échappées belles, ayant fuit l'infirmerie sans l'accord préalable du médecin des lieux.

    La notion du temps un peu confuse aux vues des derniers événements, de la mission et de la fatigue, Lynn avait du mal à mettre à plat la possible chronologie. Combien de jour avait-il passé dans le coma ? Dans quel état était-il à présent ? Et quelles étaient les séquelles qui en découlaient ?
    Pour qu'on vienne à lui demander d'aller le chercher, sa disparition remontait à plus de quarante-huit heures... Et si il lui était arrivé quelque chose en dehors de l'école ? L'inquiétude la gagnant, elle se pinça l'arrête du nez. La douleur lancinante de sa mâchoire et de son arcade sourcilière l'empêchait de réfléchir correctement.

    Observant alors la chambre et les lits de ses colocataires, l'Orthros retint un nouveau soupir. Leurs draps n'ayant point bougé, et leurs armures n'ayant pas réapparu, les deux Elites, comme l'avait indiqué le Traqueur, n'étaient toujours pas revenus. Elle retint une moue de dépit. Peut-être que la Protectrice n'avait pas fait attention au nouvel arrivage d'Illusiens et d'Areniens au sein de l’hôpital dans les contrées glacées...
    Qu'en était-il de Renji ? Si sa colocataire était capable de se mouvoir à sa guise au sein du centre médical, elle n'avait pas vu le Vampire. Etait-il la raison pour laquelle la demoiselle était toujours là bas ? Probable...
    Lynn chassa tant bien que mal cette nuée de plumes noires venant envahir son esprit pour pouvoir se re-concentrer sur le Petit Démon. Avec les derniers événements, l’enchaînement des missions et des passages à l'infirmerie, ils n'avaient pas eu l'occasion de se croiser ou bien même d'échanger quelques mots. Puis, il était vrai que ces derniers temps, elle s'était souvent retrouvée avec une certaine personne... Malgré elle, parfois mais... Peut-être que si elle avait été plus présente pour son colocataire dépigmenté, celui-ci ne se serait pas retrouvé à déserter.
    En proie à une culpabilité certaine, la Guerrier remarqua également l'absence de l'équipement de son colocataire. Etait-il parti à la recherche d'un monstre à abattre pour se défouler ?

    Douchée, changée et prête, la Féline se décida à s'arrêter momentanément à l'infirmerie. Non pas pour renouveler sa prescription de cachets (elle en avait encore une bonne pelletée), mais pour les questionner quant à Vost et si possible, glaner quelques informations supplémentaires.

    Gabriel Sorden.
    C'était le prénom qu'il avait répété plusieurs fois avant de disparaître.
    Aux vues du manque d’intérêt et de temps, Lynn ne s'attarda pas plus longtemps à l'infirmerie. Elle prit la direction de la sortie.

    À peine eut-elle le temps de faire quelques mètres à l'extérieur de l'enceinte qu'une présence se fit sentir... Ses yeux balayèrent alors les environs et, une lame dégainée, elle se prépara à frapper quand elle se stoppa net dans son mouvement.
    Aidan.
    Celui-ci ayant prévu le coup se téléporta sur son autre côté, avant d'enlacer fortement l'Orthros à la moue déconfite. Elle ne put s'empêcher de couiner et de grimacer lorsqu'elle se sentit portée. La douleur dans ses cotes se réveillant, elle cria à l'égard du Traqueur de la relâcher, chose qu'il fit dans un sourire à la fois désolé et amusé. Bienheureux de voir sa « Maitresse » en « bon état », il ne put s'empêcher, comme tout bon Félys de venir coller son visage au sien et de le frotter en attendant un geste affectueux...


    * Par tous les Gardiens... Mais ils sont tous survoltés ?! * Pensa-t-elle, reprenant son souffle.

    Et, sans avoir le temps de réaligner ses pensées, voilà que Aidan commençât à se perdre dans un monologue récapitulant son ancienne mission, son ennui profond, l'état de ses autres maîtres, avant de finir sur un...


    «  Je t'attendais. Tu m'as manqué.
    - Hein ? »

    Il l'attendait ? Les yeux ronds, elle le regarda de longues secondes. Totalement décontenancée, elle fût bien aise de voir que le Félys ne s'attendait pas à une quelconque réponse, étant donné que celui-ci renchaîna de plus belle...
    Le mélange de décrépitude laissa rapidement place à une certaine plénitude. Peut-être devrait-elle lui demander s'il connaissait l'autre Orthros ? Vu leur caractère, peut-être que ces deux pourraient s'entendre...
    Néanmoins, Lynael ne tarda pas à se concentrer rapidement sur le but premier de sa sortie : retrouver Vost. Connaissant le penchant pour l'alcool de celui-ci, il s'était peut-être destiné à épancher sa tristesse dans un bar miteux... ?

    Grâce à cette apparition imposée, elle put profiter d'un portail en direction de la Capitale. Bien sûr, le Chaton décida de la suivre, prétextant devoir retrouver quelqu'un également. N'étant pas pressé, il continua à suivre son amie Féline dont la moue traduisait son sentiment égaré. C'était la première fois qu'elle devait chercher quelqu'un et pour être honnête, elle ne savait pas où commencer dans cette immense ville... Bien sûr, elle pouvait tourner dans tous les bars du coin, demandant au consommateurs s'ils n'avaient pas vu un Albinos dépressif... Il ne devait pas y en avoir des centaines... si ?


    « Généralement, quand j'ai ce genre de missions, j'ai tendance à visiter les bars à pu... services. Hum. Généralement, t'as neuf chances sur dix que les gars que tu cherches sont en train de décuver là bas, après avoir grillé tous leurs écus... Ils sont incapables de mettre un pied devant l'autre ou bien de se rappeler de leur prénom...
    - Je ne suis pas sûre que Vost fréquente ce genre de lieu...
    - Tu veux qu'on aille jeter un coup d’œil aux courses de Bolkens ? Elle fit un « non » avec la tête, continuant à réfléchir. Combats de coq... ? De chiens... ? Robots ? Elle plissa cette fois ci le nez, tentant de masquer la décrépitude quant aux propositions.
    - Oh... Combats clandestins ! »

    Un vague souvenir de l'évocation de ses lieux dans la bouche de Katy remonta à la surface. Vost et elle discutaient à voix basse dans la chambre. Allongée sur le lit, elle n'avait pu s'empêcher d'entendre quelques propos...
    Vost était sous tension ; il avait probablement besoin d'évacuer celle-ci en faisant parler ses poings... Bien sûr, cela voulait aussi dire quartiers mal famés, paris illégaux, etc, etc... Au moins, cela réduisait le périmètre de recherche.
    Alors qu'elle se tourna de nouveau vers Aidan, celui-ci lui tapota doucement le crâne avant de l'enlacer, puis de s’éclipser. Il avait aussi d'autres chats à fouetter.

    Il ne fallut pas longtemps à la Guerrière pour arriver dans les méandres des bas-quartiers de la Banlieue.
    L'insalubrité ambiante accentuait l'insécurité ressentie... Des ombres se glissaient au travers des ruelles tandis que les rats grouillaient parfois dans des poubelles malodorantes. Là encore, Lynn pesta : retrouver Vost ici ne s'annonçait pas comme une partie de plaisir...
    Elle avait souvent droit, en guise de réponse à des :
    « On fait payer les infos », « On peut s'arranger pour le paiement... (avec un regard appuyant le sous-entendu) », « casse-toi pouffiasse, sinon j't'égorge ». Le dernier, après un soupir blasé, avait fini la tête dans le caniveau, quelques unes de ses dents ajoutées à la collection de celles déjà manquantes...

    « Un Albinos... C'est quoi ? Attends, tu veux dire un mec tout pâle aux cheveux blancs ? Vost ? Ah... Ouais j'en ai entendu parlé. Si tu veux le mater faut aller là bas, par contre, si tu veux parier, je sais pas c'que ça vaut... »

    ~_~_~


    « Ta garde ! »

    L'Orthros pesta. Ces lieux étaient remplis de sueurs, de sang, d'alcool... Le niveau de testostérone était également très élevé et elle essuyait des regards ou des commentaires déplacés. Tenter de capter l'attention de son colocataire pourrait s'avérer risqué, surtout pour lui. Interrompre le duel ? La foule électrique ne laisserait certainement pas passé cela... Beaucoup de parieurs s'étalait autours de la maigre arène de bois.
    L'odeur et le brouhaha ambiant achevèrent l'humeur de l'Orthros. Excédée et exécrable, elle darda d'un regard furieux la grande perche qui lui avait, malencontreusement, donné un coup de coude. Il se contenta de commenter, l'haleine fortement alcoolisée quelque chose sonnant un peu comme : « La craquinette, casse-toi, ta place est pas là ». Les nerfs un peu à vifs et électrisée par l'ambiance, elle se permit de lui frapper dans le creux du genou pour le forcer à se plier puis, lui saisissant le crâne, elle aplatit celui-ci sur la barricade de bois. Son geste passa inaperçu ; le duel faisait rage au centre et à la lumière miteuse.
    Vost était couvert de bandages, de sang, de crasse. Il était clair qu'il devait avoir passé la plupart de son temps dans les environs... Avec l'absence de fenêtre et d'horloge, il devait également avoir perdu la notion du temps... Un peu comme toutes les personnes ci présentes.

    Un uppercut placé à la pointe du menton fit basculer la tête de l'opposant à l'arrière. Avant même que celui-ci n'entame sa chute, le Démon lui écrasa un lourd coup de poing dans le plexus solaire...

    Dès lors, sans attendre que le responsable des lieux -si tant est qu'il y en ait un- ou l'Albinos n'ait appelé le participant suivant, Lynn passa par dessus la barricade. D'abord acclamée, puis rapidement huée, elle attrapa le bras du Démon et sans un mot, le tira hors de la cage de sang. Elle dut néanmoins dégainée sa lame lorsqu'un des spectateurs tenta de lui barrer la route.

    Un peu plus au calme, la Féline força le Guerrier à s'asseoir sur un tonneau boisé. Jaugeant de ses blessures, elle commença à examiner la tête de l'ancien comateux avec plus d'application.


    « Tu te sens comment ? Il répondit par un haussement d'épaules, mais ce mouvement lui arracha une légère grimace. Arborant une moue dubitative, elle posa délicatement sa main sur l'épaule de celui-ci. J'te jure... J'ai passé quelques jours à courir après un lézard et... À peine rentrée, on m'envoie te chercher... D'un même coup d'épaule, il dégagea la paume amicale, avant de tourner la tête. Son expression était masquée par ses cheveux dépigmentés. Lynn ne put retenir un soupir, puis un léger sourire. Apposant alors sa main sur le crâne blanc, elle le tapota délicatement.
    Tu m'as inquiétée, pauvre truffe. »

    Rassurée de voir son colocataire en bon état , -comprenez : vivant-, l'Orthros s'était permis de l'enlacer doucement faisant attention à ne pas appuyer sur les blessures de son colocataire et les siennes. Puis, se décrochant, elle n'émit aucun commentaire sur l'horrible odeur émanant de Vost. La mâchoire fatiguée par l'effort surhumain, elle ajouta :

    « Aller, direction Arena histoire qu'ils te retirent de la liste des déserteurs...
    - Ça fait... deux jours ? Articula-t-il, la voix enrouée. Lynn apposa des yeux ronds sur lui.
    - Oui. Comme ta dernière douche. »

    Le ton cinglant laissa un blanc s'instaurer. Le Démon cligna plusieurs fois des yeux tandis que la Féline attendait un semblant de réaction, un commentaire... Rien.
    Il se contenta juste de se redresser difficilement et de tituber en direction de... quelque part.


    « Attends... c'est plus ? »

    Trottinant alors derrière lui, l'Albinos se dirigea vers une sorte de casier miteux pour récupérer ses affaires...
    À présent, il leur restait à espérer que leur trajet se déroule sans accroches... Des bas-fonds de la banlieue jusqu'à Arena, autant dire que le trajet pouvait s'annoncer long.

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Vost
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MessagePosté le: 08/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Dans ses mains traînait un T-shirt à manches longues, aussi sombre et oubliable que lui. Ce triste morceau d’étoffe ne manquerait absolument pas dans sa terne garde-robe ; s’en servir pour éponger sa plaie ruisselante, faute de matériel de suture, était largement tolérable. Ainsi, sans tergiverser davantage, Vost enfila son plastron sur son torse nu, passa ses gantelets puis endossa son manteau. Comme prévu, il essuya ensuite son visage à l’aide de son maillot noir avant de l’appliquer sur son arcade sourcilière. Enfin, il s’assura que son zanbatō usé par les combats, sinistre allégorie de sa propre personne, rampait toujours le long de son échine. Une fois prêt – du moins autant que pût l’être un ivrogne belliqueux après une interminable séance de pugilat –, il se tourna vers Lynael. Malgré les nombreuses blessures qui l’accablaient, elle souriait.

* ~ Une once de clarté dans l’obscurité.~ *


* ~ La mine qu’elle arborait, plus enjouée qu’à l’accoutumée, ne trouvait aucun écho dans les réflexions du Démon. Apparemment forcée à délayer un repos amplement mérité, elle avait plongé dans les quartiers les plus mal famés de la Capitale pour débusquer un immonde poivrot en pleine autodestruction. Alors pourquoi cette relative gaité ? Pourquoi entonner des mélodies rassurantes en dépit d’une mâchoire récalcitrante ? Pourquoi cette attitude affectueuse envers une épave calamiteuse ? Si l’on en croyait ses paroles retors, elle semblait sincèrement se soucier de son sort. Cette potentialité rendit l’albinos extrêmement honteux ; notion qu’il appréhendait seulement depuis peu. Malpropre, comme elle l’avait si pertinemment soulevé, ravagé par la boisson, comme en témoignaient ses titubations, rongé par la solitude, comme l’indiquait sa décrépitude ; il se présentait à elle sous son plus mauvais jour. Pour couronner le malaise, son attitude irresponsable l’avait entraînée avec lui dans sa chute. Face à tant de culpabilité, il ne savait pas où commencer ; les mots défilaient dans son esprit mais aucun ne seyait à la situation. À la suite d’un long silence, ses lèvres, engourdies par le whisky et les heurts, se décidèrent à bouger :

« Me juge pas. »

* ~ Le ton était calme, dépourvu d’animosité. Cette réplique ne tenait ni de l’agression ni du reproche ; Elle manifestait simplement une profonde inquiétude. Réjoui qu’on daignât s’enquérir de son état, quelle qu’en fût la raison, il craignait pourtant que sa déplorable condition n’altérât l’opinion d’une des rares personnes qu’il pouvait qualifier d’amie. Heureusement, Lynn ne se départit pas de sa bienveillance : après avoir haussé les épaules, elle tapota gentiment le crâne de l’albâtre. Ce geste chaleureux suffit à l’extraire de sa torpeur.

* ~ Son sentiment d’abandon repoussé par une agréable présence, il se résolut à regagner à Arena ; pour une fois, il n’arpenterait pas ce chemin sinueux seul. Néanmoins, il avait encore une affaire à régler avant de partir. Tandis qu’il soutenait le regard l’Orthos en affichant la plus affable expression que son visage austère était capable de revêtir, il avança dans sa direction. Lorsqu’il la dépassa, ses yeux se détournèrent afin de se braquer sur sa cible : un petit homme au nez rougi par le vin. Celui-ci cachait sa calvitie naissante et ses tempes grisonnantes sous un chapeau rapiécé, aussi miteux que son costume. Arrivé à son niveau, Vost tendit sa main, paume vers le plafond décrépi, puis dégaina de son timbre le plus caverneux :

« Ma part. »

* ~ Si le principal objectif de cette virée en banlieue restait le défoulement, il n’avait pas pour habitude de laisser autrui profiter du fruit de son labeur. Au vu des mètres de bandages qui l’enserraient et de la difficulté qu’il éprouvait à suivre des trajectoires rectilignes, les paris avaient sans doute joué en sa faveur, au moins lors des premiers affrontements. Une coquette somme – toute proportion gardée – attendait donc d’être cueillie. À cette fin, ses doigts s’actionnèrent, invitant son interlocuteur à ne pas abuser de sa patience. L’organisateur des combats, connaissant à présent les compétences martiales du sauvage qui réclamait son dû, céda rapidement.

* ~ Pas de petits profits.~ *


* ~ Dehors, les rayons du soleil, tantôt réfractés par une épaisse nappe de pollution, tantôt interceptés par des barres d’immeubles délabrés, peinaient à atteindre les rues. Par conséquent, en l'absence d'horloge ou de montre, déterminer l’heure de la journée s’avérait impossible ; surtout pour un albinos qui redécouvrait le monde après des jours d’exil. Il se fiait alors à sa camarade qui ne semblait pas trop se soucier du temps les séparant du couvre-feu. À l’affût du moindre comportement suspect, elle se préoccupait davantage des résidents des bas-quartiers que des monstres du Néant. Visiblement, elle n’était pas familière avec les sombres recoins de la Capitale. Dans le but de la tranquilliser mais aussi de prendre de ses nouvelles, le Démon la questionna au sujet de sa précédente mission ; une boucherie sans nom qui avait ajouté d’innombrables lésions à sa collection. Le récit morcelé qu’il venait d’écouter amplifia grandement son sentiment de culpabilité. Il voulait se confondre en excuses, cependant sa loquacité ne le lui permettait. Seul un fruste « Désolé » s’échappa de sa bouche ; un mot qui, bien que d’une profonde sincérité, lui paraissait fort léger comparé aux torts causés. Lynn ne put toutefois répondre à ce court mea culpa car une bande d’énergumènes tatoués interrompit leur conversation.

« Hé Blanche-neige ! Ouais toi, avec ta tronche de lamantin ! Laisse-nous nous amuser un peu avec la bombe atomique que tu promènes ! »

* ~ Une étrange impression de déjà-vu s’installa. Décidément, la bombe susmentionnée possédait un réel don pour charmer les pervers ; ce qui expliquait certainement sa rencontre avec Kira. Avant qu’elle n’explosât, Vost la retint fermement par le bras. Quand des iris métalliques se posèrent sur son visage, il secoua furtivement la tête. Parmi les dessins qui parcouraient les membres de leurs agresseurs, se trouvait le symbole d’un des gangs les plus influents du Velm. Si, d’ordinaire, le pugiliste cédait promptement à la provocation et se souciait peu des conséquences de ses actes, il demeura cette fois stoïque : son amie était impliquée. Dans leur état, sortir d’une telle bataille sans y laisser la vie relevait de l’exploit. De plus, même dans l’improbable éventualité d’une victoire, ils s’exposaient à de lourdes représailles ; or l’albinos refusait catégoriquement d’attirer de nouveaux ennuis à sa colocataire, il avait déjà fait suffisamment de mal. Ainsi, ses doigts détachèrent précautionneusement la bourse qui pendait à sa ceinture avant de la glisser dans la paume d’un malfrat.

« Tu nous as jamais vus. »

* ~ L’argent efface les différends.~ *


* ~ Après un long moment, les deux guerriers chancelants atteignirent finalement des quartiers plus accueillants. Peu à peu, la tension s’estompait, tout comme les effets de l’alcool ; le déserteur commençait à subir le contrecoup de sa débauche. Les violentes décharges, qui électrisaient l’ensemble de son système nerveux, le contraignaient à ralentir l’allure. Sous le joug d’intenses douleurs, il manquait de choir à chaque pas. Sûrement prise de pitié, Lynael le soutint au mépris de ses propres maux. L’abnégation dont elle faisait preuve, en plus de toucher l’albâtre acariâtre, accentua sensiblement sa honte. Désireux de ne pas aggraver son cas, il préféra se taire. Néanmoins, le dégrisement fit ressurgir une pensée qui le poussa à rompre le silence :

« Il s’est passé quoi, au temple de la foudre ? »

* ~ Sa béquille le darda de ses yeux ronds, traduisant une immense surprise. Devant cette circonspection, l’amnésique apporta des précisions concernant la raison de sa question :

« Je ne me souviens de rien... »

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Lynn
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MessagePosté le: 10/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

    Il ne se souvenait, de rien... ?
    Lynn cligna plusieurs fois des yeux, ses lèvres traduisant également sa surprise. Muette, elle regarda autour avant d'indiquer, d'un signe de tête, de vieilles caisses en bois. Avec difficultés, le duo d'Arenien parvint à se poser. Bien que plus accueillante, la rue n'en n'était pas plus animée. De temps à autres, des silhouettes traversaient la rue adjacente. Les yeux de la Féline balayèrent tantôt cette maigre distraction, tantôt la carcasse d'une banane esseulée.
    Affichant à présent une moue, elle tenta de réunir ses idées, ses propos, ses souvenirs quant à la mission suicidaire...


    « Pour commencer, on a été séparé en deux groupes... Tu étais avec Katy, Erwan, Raphaël et bien sûr Renji. Je ne saurai pas vraiment dire ce qu'il s'est passé quand on était séparés, mais aux vues des nombreuses blessures que vous avez récolté, ça ne devait pas être de tout repos. L'ambiance était toujours électrique entre Renji et toi, bien sûr. Pour l'ascension finale, on était tous ensemble. Pas grand chose de notable. On a réussi à détruire les piliers et le Temple à commencer à s’effondrer... J'ai perdu connaissance donc je ne sais pas trop ce qu'il s'est passé ensuite mais on a été rapatriés. Tu t'es probablement pris quelque chose de gros sur le coin de la figure pour que ça te laisse dans un coma... Tu devrais peut-être voir avec Irkaal ou Eöl... Ils doivent certainement en savoir plus que moi... »

    Devait-elle lui dire que Gabriel était actuellement au Refuge ? Ou bien le savait-il déjà ?
    L'Orthros porta sa main à sa cote douloureuse tandis que le silence s'installa entre eux. Devait-elle ajouter quelque chose ? Parler de Kira ? De leur échange dans les couloirs du Temple... ? Ou bien de sa présumée relation avec Irkaal ? Cela l'intéresserait-il ? Ne voulant pas l'embêter davantage avec ses maux, Lynn resta muette tout comme son colocataire. Ils récupéraient, tentaient de se remettre les idées en place.
    Tout deux, certainement pris dans un labyrinthe de pensées moroses relevèrent la tête lorsque quelque chose s'agita dans leur champ visuel.

    Une ombre capée se dessina à l'entrée de la ruelle tandis qu'une masse imposante se dirigea vers eux d'un pas décidé. Lynael se redressa sur ses deux jambes ; il s'agissait là de deux élites Areniens.
    Pourquoi avaient-ils été envoyé ? Elle avait été chargée de le ramener, n'étaient-ils pas au courant ?
    L'immense masse se dessina comme un Élite bourru. D'une taille bien supérieure à la moyenne, il dévisagea longuement les deux élèves. Si ses sens ne la trompaient pas, il s'agissait d'un Lycan et aux vues des micro-réactions de Vost et de ce dernier, tout deux se connaissaient déjà. D'une prothèse métallique, il indiqua l'ombre derrière et de sa voix grave, il lança :


    « Bien. Tu l'as trouvé Sloan. On se charge de la suite. Tu peux rentrer maintenant, Dahlia te téléportera sous peu. »

    Lynn le regarda avec des yeux ronds et tandis qu'elle se préparait à rétorquer sèchement quelque chose, ce même Élite jeta lourdement un sac rempli d'affaires à l'égard de Vost. Ses yeux dévisagèrent moins amicalement le Démon, puis l'Orthros comme s'il l'invitait à déguerpir avec plus de rapidité. Il ajouta un « Maintenant. » pour sommer de nouveau l'apprentie Traqueuse à s'éloigner. Celle-ci après avoir échangé un regard plein d'incompréhension avec son colocataire, s'exécuta sans conviction. Vost l'avait également incité, d'un signe de tête, à suivre les ordres du Géant.
    Décontenancée, elle ne comprenait pas pourquoi elle se retrouvait envoyer de manière aussi expéditive à l'école, ni pourquoi les affaires de son ami avait été amenées. Elle n'eut pas non plus le loisir de réfléchir à ce sujet vu l'empressement de l'Elite.

    Arrivée au niveau de la dénommée Dahlia, Lynn nota que les pieds de celle-ci n'était en fait que de grandes serres... Une race rappelant de grands oiseaux, probablement. Elle dépassait également la Féline d'une bonne tête, si ce n'est plus. Celle-ci retira sa capuche, révélant alors de longs cheveux tressés. Ses yeux azurés affichèrent une certaine malice tandis qu'un sourire se dessina sur ses traits androgynes. Les deux Guerriers ne semblaient guère échanger quoi que ce soit pour l'instant. Le Lycan attendait certainement le départ d'oreilles indiscrètes...


    « Souhaites-tu un Portail pour Arena ou as-tu d'autres projets dans la Capitale ?
    - Non... Un Portail... articula l'Orthros tandis qu'elle inclina doucement de la tête. »

    La Féline tourna une dernière fois la tête vers son colocataire dépigmenté tandis qu'un portail commençait à apparaître. Le Démon capta néanmoins son regard et avant qu'elle ne s'engouffrât dans cette bouche magique, elle put lire sur les lèvres de celui-ci, un mot... « Harpie »... ?
    Prise d'incompréhension, elle plissa les yeux tandis qu'une moue se dessinait sur son visage. Parlait-il de l'autre Traqueuse présente à ses côtés ? Probablement... Une femme mi-humaine, mi-oiseau. Lynael inclina néanmoins la tête, se préparant à se faire happer par le Portail.

    « Ah... « Merci »... »

    Un pâle sourire se dessina sur les lèvres de l'Orthros, comprenant alors le sens entier du mot muet. La Traqueuse lui adressa un clin d’œil et l'apprentie disparue.

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Vost
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MessagePosté le: 15/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Ses rubis ardents goûtèrent une dernière fois à la l’éclat métallique des iris de Lynael. Confuse, marquée au fer rouge par l’incompréhension et la miséricorde, elle arborait une mine éteinte. La voir ainsi dépouillée de sa lueur provoqua une douleur irradiante dans la poitrine de Vost. À maintes reprises, elle l’avait enveloppé de sa chaleur, l’avait inondé de sa radiance capable de repousser les ténèbres. En retour, qu’avait-il fait ? Rien. Jamais il ne lui avait accordé une parole réconfortante, jamais il ne l’avait extirpée de l’obscurité, jamais il ne l’avait remerciée. Il se décida à cet instant mais il était trop tard ; elle ne l’avait pas entendu, ni compris. Bientôt, sa silhouette s’évanouit dans un tourbillon d'étincelles, emportant avec elle la flamme de l’espoir.

* ~ Une ruelle noire, en proie au blizzard.~ *


* ~ Semblables à un déluge de grêle, les doigts d’Ezek martelaient sa prothèse d’acier. Bras croisés, il s’impatientait en dévisageant le Démon de son air le plus sévère. Ses premiers mots, comme des vents mordants, balayèrent la dernière braise qui réchauffait le cœur de l’esseulé :

« C’est bon ? »

* ~ Pas de provocation, juste une certaine froideur dans le ton. Effaçant les réponses, anéantissant les potentielles objections, la tempête continua à souffler :

« Tu sais pourquoi je suis là ?

- Non. »

* ~ Les deux statues de granit se toisaient, impassibles, immuables. D’ordinaire, l’albinos aurait répliqué avec une impertinence à faire pâlir la messéance elle-même. Néanmoins, telle désinvolture n’était permise par l’atmosphère glaciale qui régnait. Le protecteur mutilé n’avait évidemment pas bravé la vermine pour rendre une visite de courtoisie, toutefois la véritable raison de sa venue demeurait mystérieuse. Une punition pour l’acte de désertion pouvait attendre leur retour à Arena et ne requérait pas la présence d’effets personnels. Alors pourquoi le colosse de marbre avait-il précipité l’Orthos vers la sortie ?

« T’es viré. »

Fonctions motrices : gelées. Noyau cognitif : gelé. Prise en charge de l’information par les procédures de bas niveau... Recherche d’une correspondance dans la base de synonymes... Correspondance trouvée : « banni ». Renvoi vers la notion d'appartenance à une entité... Concordance unique : Arena. Analyse conjointe : « banni » + « Arena »... Interrogation du registre mémoriel... Résultat :

« Impossible.

- Faut croire que non. L’état-major a fait une exception pour toi.

- Pourquoi ?

- T’oses demander ? Tu te fous de moi ? Si je devais faire la liste de toutes tes conneries, j’en aurais pour la journée. »

* ~ Un léger rictus déchira la peau de l'albâtre. Son mutisme intensifia les bourrasques :

« Tu saccages le matériel, tu fous le bordel dans les missions d’importance capitale, tu laisses crever tes camarades comme des chiens, y a même des Elites qui déposent des plaintes à ton sujet… »

* ~ Ses artères frissonnèrent, ses dents grincèrent. Des Elites ? Sûrement un clébard parti chialer dans les jupes de sa maîtresse. L’ouragan crépita :

« Et maintenant tu désertes pour te saouler comme un vulgaire déchet. Tu commences à percuter, ou je continue ? Oh, tu veux que j’te fasse un dessin peut-être ? »

* ~ Son sang se mit à bouillonner. L’orage détona :

« Bon, t’as capté. Tes affaires sont là. T’as intérêt à ce que Renji et Katy revoient plus jamais ta sale gueule de monstre. »

Surchauffe des systèmes. Le noyau cognitif a cessé de fonctionner. Contrôle des tissus musculaires perdu. Protocole d’urgence engagé :

* ~ Vost explosa. En un éclair, il bondit ; prêt à incruster son poing dans le crâne d'Ezek. Ce dernier l'immobilisa d'un bras, contra de l'autre. Le contact froid du fer sur son nez ramena le forcené à la dure réalité, ainsi qu'au sol.

« Reste là, ce trou minable est parfait pour toi. Oh et, fais-moi plaisir, noie-toi dans ton vomi. »

* ~ Une chaleur âcre consumait ses nerfs tandis que les pavés glacés pétrifiaient sa joue. Il désirait ardemment se lever, cependant ses muscles transis le lui refusaient. Une singulière dualité irradiait dans son corps figé. Une soif de destruction le tiraillait ; s'éterniser à terre l'attirait. Ne plus jamais capter la lumière du phare qui le guidait jadis, sombrer pour toujours dans les abîmes de l'humanité... Cette idée éveillait en lui des sentiments contraires : rage et tristesse, indignation et résignation, fureur et abattement. La lame, chauffée à blanc, s'était brisée lors de la trempe.

* ~ Une nuit noire, en proie aux cauchemars.~ *


* ~ Sur le mur décrépi, un miroir qui reflétait les ombres ; devant cette glace ébréchée, une enveloppe, une coquille vide, qui recousait machinalement ses plaies. En vérité, le mannequin blafard était incapable de déterminer la cause de ses récents agissements. Déambulant au hasard, hagard, il avait fini par reconnaître une enseigne susceptible de lui offrir le gîte pour la nuit. Mécaniquement, il avait poussé la porte, aligné la monnaie puis gravi les escaliers. À présent, l'aiguille piquait, transperçait, charcutait mais il ne bronchait pas. Le fil se resserra sur son épiderme livide, le pic chuta dans le lavabo écaillé. Ensuite, l'automate inerte entreprit de réparer son appendice olfactif cabossé ; un craquement, un coton dans chaque orifice. Sa tâche terminée, il exécuta la suivante sur sa liste de priorité : se réapprovisionner en carburant.

* ~ Tel un bulldozer, il avala les marches le séparant du bar. Une fois au comptoir, il effectua une série de signes à l'attention du tenancier qui, après un court temps de chargement, lui apporta une bouteille, ainsi qu'un verre. Le robot décoloré abreuva lentement son récipient, ses iris ternes rivés sur les remous du fluide alcoolisé. Patiemment, il attendit que les tourbillons s'estompassent pour laisser place à un liquide stagnant, immobile. Lorsqu'il éleva la coupe jusqu'à ses lèvres, déversa la liqueur dans bouche, il sentit une flamme glisser le long de son œsophage. Néanmoins, elle ne diffusa point ; l'habitacle resta désempli, dépourvu de sa substance, jusqu'à ce qu'un son interrompît son apathie :

« C'est sympa de payer ta tournée, blanche-neige! »

* ~ Son regard tourna en saccades sans que son expression traduisît une quelconque émotion. L'androïde analysa sommairement son locuteur : aucune correspondance dans la base de données, intérêt nul. Il vaqua donc à ses précédentes occupations, blasé. Toutefois, le gêneur ne s'arrêta pas là : il s'empara irrespectueusement de la fiasque de whisky. Grave erreur. Le Démon s'anima promptement. Ravivé par la colère, il écrasa la tête du malotru contre la console. Dans la continuité de son geste, il le projeta en arrière avant de le rejoindre à terre. Une volée frénétique débuta alors.

* ~ Au premier direct dans le visage, le malandrin tenta de repousser son agresseur. Au deuxième, une partie sa fougue le quitta. Au troisième, ses bras tombèrent. Au quatrième, un spasme le secoua. Au cinquième, il ne s'agita pas. Au sixième, le juke-box s'enrailla. Au septième, l'audience se tût. Au huitième, un son dégoûtant retentit. Au neuvième, même chose. Au dixième, pareil. Au onzième, le rythme ralentit. Au douzième, la cadence se languit encore. Au treizième, le poing véhément s'immobilisa définitivement.

* ~ Vost haletait bruyamment, à genoux sur le plancher. Peu à peu, sa respiration se calma, tout comme son humeur ; la fureur s'était enfuie, et avec elle la vie. Son atonie recouvrée, il regagna nonchalamment le comptoir. Sur celui-ci, il déposa avec flegme deux poignées d'écus ; une pour la bouteille qui n'avait pas survécu, l'autre pour s'en procurer une nouvelle. Soucieux de ne pas contrarier son client turbulent, le barman livra précipitamment le second flacon. L’albinos, quant à lui, saisit doucement son verre, persuadé de pouvoir siroter son whisky sans être importuné. Il ne se doutait pas que son pronostic était erroné :

« Alors, on reprend du service ? »

* ~ Personne ne semblait disposé à le laisser profiter de sa tranquillité, même pas ses vieilles connaissances. L'énergumène qui venait de l'interpeller s'appelait Béliar, un touche-à-tout de la pègre rencontré quelques années plus tôt. Proxénète le lundi, trafiquant le mercredi et parieur le dimanche, il se distinguait de ses pairs grâce à sa mesquinerie exacerbée. Au vu des porte-flingues qui l'accompagnaient, cette roublardise lui avait sûrement permis gravir quelques échelons. La carcasse blanchâtre ne prit pas pour autant la peine de répondre, escomptant vainement que son silence le fît déguerpir. Au lieu de ça, le malfrat enchaîna :

« Toujours aussi causant, hein? Puis toujours aussi énervé. Tu sais qui tu viens d'buter au moins ?

- Un type qui m'a dérangé. » répliqua l'albâtre excédé. Il marqua une courte pause avant de reprendre : « Tu me déranges. »

* ~ Bien que sous-jacente, la menace n'en demeurait pas moins claire. Pourtant, le visage malingre du bandit se fendit d'un large sourire édenté. D'un signe de la main, il intima à ses sbires de ranger leurs revolvers pendant qu'il poursuivait la conversation :

« Pas la peine de t'foutre en rogne! Mes gars t'ont vu botter des culs au Fitzpanic, du coup j'suis venu t'faire une proposition! Ça t'dirait t'battre pour moi ? »

* ~ Face à une suggestion si prévisible, l'ex-pugiliste soupira profondément, ce qui suscita une vive réaction chez le truand :

« Attends, attends! J'te parle pas d'trois poivrots qui s'envoient des beignes, j'te parle d'l'arène des bas-fonds mon vieux ! Toi et moi, on va s'faire un max de blé! D'puis l'temps, l'quartier t'a oublié, tu vas créer la surprise, c'est sûr ! J'te promets des paris à cinq contre un, qu'est-ce que t'en dis ? »

* ~ Le pantin coincé plongea ses yeux vides dans son gobelet à moitié plein. Avait-il réellement le choix? Se battre, tuer, il ne savait rien faire d'autre ; surtout pas esquiver les balles. Lui qui cherchait un exutoire... Enfermé dans son carcan violent, il n'avait trouvé qu'une nouvelle prison.

* ~ Une période noire, en proie au désespoir.~ *


* ~ Depuis une semaine, les duels s’enchaînaient ; une bataille ininterrompue. Ce jour-là, l'épéiste croisait le fer contre un Félys. Ses sabres tranchaient l'air comme des moulins. Aucune ouverture. Le bretteur pâle lui tournait autour, espérant que la fatigue le gagnât ; mais rien. Il fallait changer de stratégie. Mû par sa témérité déraisonnée, il s'avança tête baissée. Son gantelet dévia la première lame, la seconde se ficha dans sa cuirasse. Trop tard, il avait déjà armé son zanbatō. Sa force démesurée le lança à toute vitesse ; un coup de taille qui heurta son opposant de plein fouet. Celui-ci décolla, sa chair s'éparpilla ; un bruit répugnant s'échappa. Il atterrit un peu plus loin, dans une mare rougeâtre.

* ~ Vost tentait péniblement de reprendre son souffle. Tel un soldat rompu, il quitta l'arène, incapable de savourer sa victoire. Y avait-il vraiment une victoire à célébrer ? Son flanc ravagé entravait sa respiration, sa volonté brisée l'empêchait d'avancer. Seule la rage le maintenait en vie, seule la fureur le poussait à lutter. Éreinté, Il n'était plus que l'ombre d'un guerrier rongé par la haine de l'ennemi ; il ne voyait le monde qu'à travers le prisme du combat.

* ~ Ses pas chancelants le conduisirent instinctivement dans les vestiaires, où l'attendait un repos aussi éphémère qu'illusoire. De manière automatique, il ôta son plastron en dépit de l'exténuation. Ses doigts, munis de fil, s'occupèrent de sa plaie sans qu'il ne s'en rendît compte. La véritable blessure se trouvait ailleurs, dans son esprit anéanti par la solitude, la guerre et l'alcool ; hors de la mêlée il peinait à exister. Heureusement, on l'y rappelait déjà : le prochain affrontement allait bientôt débuter. Gorgé de flegme, rempli d'absinthe, il se rhabilla avant de tituber en direction de la lice. Quelle stupéfaction lorsque ses rubis sanguinolents interceptèrent les jades du challenger...

*~. Katy .~*


Surcharge émotionnelle détectée. Seuil critique dépassé. Surchauffe de l'ensemble des composants. Refroidissement de secours enclenché... Diagnostic : aucun effet sur la surtension généralisée. Perte de contrôle imminente. Tentative de récupération manuelle... Alerte : corruption du gestionnaire des tâches. Procédure "lyrisme" exécutée par défaut.

* ~ Son ange descendait finalement des cieux pour inonder la vermine de sa lumière sacrée. Il ne parvenait pas à l'admirer tant sa splendeur l'éblouissait ; mais elle était là, radieuse, majestueuse. Elle avait fendu l’obscurité pour l'extirper des ténèbres, allait-elle le guider vers la salvation? Pendu à ses lèvres chaleureuses, il attendait qu'elle lui offrît un espoir, une raison de se battre, quand soudain...

« Je viens car j'ai reçu l'ordre de te former en tant qu'Officier. »

L'application "lyrisme" a cessé de fonctionner. Erreu^r fat@ale:/. A$rr@êt d$e l'#en{s%em\ble d|es ^p¨roc@$/%@.

Non, bien sûr que non.


* ~ Encore une fois, il avait cru au mensonge de la vie, s'était persuadé qu'il subsistait une lueur au-delà de cette enceinte.

Ironique, hilarant.


* ~ Sa main blanche agrippa son visage fendu par le plus malsain des sourires.

Risible, stupide.


* ~ Ses yeux écarquillés observèrent Gabriel par les fissures de ses doigts.

Ridicule, pathétique.


* ~ Son monde, bâti sur un socle de tromperies, menaça de s'écrouler.

Irrationnel, illogique.


* ~ Ses épaules tremblèrent comme les fondations de son édifice mental.

Inepte, absurde.


* ~ Il ria, puis tout s'effondra.

* ~ Vost se dégagea des décombres, sa gorge toujours déployée. Chaque éclat lui redonnait la foi ; celle que tout se terminerait incessamment, qu'il disparaîtrait sous peu. Sans se départir de son rictus carnassier, il dégaina son arme puis se retourna en la laissant crisser sur le sable. De son bras libre, il harangua la foule dont la clameur résonnait tels les tambours de l'apocalypse. Galvanisé, le Démon démoli confronta à nouveau son adversaire. En guise d'ultime provocation, son pouce glissa en travers de son cou. Enfin, il s'élança.

* ~ Le martèlement de ses pas fut bientôt couvert par le bruissement de la barre d'acier qu'il traînait derrière-lui.~ *

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Pinguin maléfique du Velm


Dernière édition par Vost le 04/08/2018; édité 2 fois
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Katy
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MessagePosté le: 20/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Gabriel ouvrit les yeux. Devant elle se projeta l'écran sombre et miteux des poutres rongées de termite enchâssées dans le plâtre centenaire. Elle referma ses paupières, inspira un grand coup et bloqua sa respiration. L'air était moite, saturé de poussière et de l'odeur âcre de la moisissure qui empêtrait les draps, les murs... non, la charpente tout entière de cette auberge sans-âge. Le lot des bas-fonds de la Capitale. Des relents diffus d'alcool, de vomi et de gerbes de sang que l'on n'avait pu nettoyer, traînaient en notes finales sur le clavier de l'odorat. La guerrière soupira. Passant une main las sur son visage sans repos depuis plusieurs nuits, elle murmura pour elle-même d'une voix qu'elle n'avait pas utilisé depuis plusieurs jours : "C'est l'heure. Lève-toi."
Son timbre lui parût difficile à reconnaître, pas seulement parce que ses cordes vocales s'étaient enrouées par l'absence de communication; plutôt comme si une autre personne s'exprimait au travers d'elle. Elle eut la brève vision, plus hallucinatoire que réelle, que la Traqueuse Avemain se dressait là sur le côté et la dévisageait du haut de sa silhouette noire qui ne laissait entrevoir que des pieds en serres et des yeux d'un bleu surnaturel. Elle tendait une main diaphane vers la Protectrice alitée. Avec le même ton persuasif avec lequel elle lui avait fait l'argumentaire qui était la raison de la présence de l'Humaine ici, dans cette fange urbaine, elle ordonna : "Lève-toi, t'ai-je dit". Mais de nouveau, l'inquisition sortit de la bouche même de Katy, qui après un silence et une moue perplexe envers elle-même, se redressa en essuyant d'un revers de main son visage trempé de sueur. La voix répéta "Tu n'es pas une simple femme coincée dans un triangle amoureux qui te dépasse. Tu as un rôle à jouer : tu es une guerrière. Comme en combat, tu dois dépasser ce que te dictes ton cœur et accomplir ton devoir. Tu peux le faire comme tu l'as fait pour ta précédente formation. Tu dois le faire pour l'Ecole et pour lui." Un nouveau soupir tomba dans l'atmosphère morbide dans laquelle elle baignait, avec en guise de bassin les quatre murs délabrés de cette chambre miteuse. Katy épongea de nouveau son front du mieux qu'elle put, se frotta les yeux et les tempes avec affectation; au fond d'elle-même, jeune femme avait conscience d'être complètement déphasée, mais était impuissante face à cela. Finalement il s'agissait de l'état idéal pour se détacher d'elle-même, comme on le lui avait ordonné de le faire. A présent que tous ses gestes semblaient déconnectés de sa volonté, ralentis, que son cerveau ne formulait plus ses pensées avec cohérence, il lui semblait qu'elle pouvait exécuter les tâches les plus ingrates sans frémir. Regardant ses mains caleuses et couvertes de cicatrices, Gabriel sentit naître en elle une petite flamme de volonté au sommet des braises froides de son âme. Ses poings se serrèrent en deux masses solides où jaillirent jointures et veines violacées.

- Finissons-en rapidement.


*~*~*~*



Vost attaqua dans le plus pur délire de haine et d'autodérision. Malgré la vitesse démentielle avec laquelle il avait amorcé son assaut, son flanc était resté beaucoup trop à découvert. Gabriel aurait pu y trancher le cuir comme l'on découpe une motte de beurre. Elle avait toujours été plus vive que lui, un avantage contre lequel d'habitude le Démon compensait par la tactique et la force pour tâcher d'être à la hauteur des aptitudes martiales de son opposante. Ses efforts payaient assez souvent pour qu'elle ne puisse pas relâcher sa vigilance face à lui. Mais ce duel était différent de tous les entraînements qu'ils avaient pu orchestrer durant leurs années ensemble à Arena, pour la simple et bonne raison qu'un véritable mobile animait leur envie de s'entretuer - ou du moins il y en avait un, tout simple, qui habitait l'albinos en proie au génie de la haine: la vengeance. La vengeance pour la haute-trahison qui avait été faite à son cœur, pour le putsch qui avait renversé, piétiné puis réduit en cendre son estime des autres et de lui-même.
Gabriel esquiva sans mal l'assaut. Les suivants ne lui posèrent pas plus de problème et ceux qui suivirent pas plus encore, malgré les soufflements hargneux et frustrés du Démon. A aucun moment durant cette phase du combat basée sur l'esquive et la déviation des coups, la jeune femme ne riposta. L'épuisement et la lassitude aidant, elle profitait en réalité du grand vide qui trônait en elle pour observer et mûrir sa réflexion sur les aptitudes de combattant de son élève . De toute évidence il était loin de maîtriser "Méditation"... Mais comment lui donner les clés pour qu'il l'apprenne ? C'était encore une autre histoire.
Sentant malgré tout la fatigue la gagner à force d'être toujours sur la défensive et de laisser le combat se prolonger, l'Arenienne verrouilla ses pieds au sol. Au moment ou la Zanbato s'abattait dans sa direction, elle avança d'un pas dans la garde de son adversaire et le frappa violemment du plat de Scorpion dans le ventre, là où son plastron ne le protégeait pas. Sans attendre elle prolongea le mouvement avec deux pas de plus avec une légère inflexion des poignets, broyant au passage les intestins de son adversaire, avant de finir sa "coupe" et de redresser son épée devant elle. Le bretteur ploya sous le choc qui lui avait coupé le souffle. Il tomba à quatre pattes et après avoir douloureusement toussé il éructa d'une bile aux puissants relents d'alcool et de misère. Gabriel debout à quelques pas l'observait d'une moue peinée, le cœur lui serrant dans sa poitrine. Elle luttait intérieurement contre l'envie de le rejoindre, de le soutenir par l'épaule et de l'aider à se relever. Elle brûlait de s'excuser et de le ramener à Arena avec elle. Au lieu de ça, sa mission lui dictait de l'achever, moralement si ce n'est physiquement. De sa voix la plus atone et irritée possible, elle articula :


- Qu'est-ce que c'est que ce combat ? Même lorsque tu es arrivé à Arena il y a trois ans de cela tu valais mieux, et ce n'est pas peu dire. Où est passé ta technique à une main ? Tu me prends pour une bête sauvage ? Si tu veux m'affronter il va falloir que tu fasses preuve de plus de sang-froid et de maîtrise que cela. Je ne me bats pas contre les amateurs.

Elle n'était pas certaine que le ton employé ait été aussi dur et méprisant qu'elle le désirait. Néanmoins Vost n'était pas en état de faire la différence, lui semblait-il, et la composition seule des mots devait suffire à aggraver l'hémorragie de son cœur. La jeune femme ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose puis, après un temps de réflexion, se ravisa. Elle tourna le dos à l'arène sous la huée des spectateurs. Malgré leur stupéfaction de voir leur champion mis hors-jeu aussi facilement par une épéiste inconnue, ceux-ci désiraient ardemment du sang sur le sable ! À la clameur de joie qui suivit, Gabriel sut que Vost s'était relevé. Un rapide coup d’œil par-dessus son épaule le lui confirma - puis sa vision se brouilla sous le mouvement du combattant.
La seconde d'après Vost se jetait sur elle, toute sa rage concentrée dans sa monstrueuse épée.
Katy dévia l'attaque du fil de son arme non sans avoir fait un petit pas sur le côté pour se décentrer. Les deux épées s'accompagnèrent au sol dans un chant métallique aux gerbes d'acier puis Scorpion, profitant de sa lame plus fine et de son allonge plus courte, dessina une belle courbe dans l'air avant de flanquer son dard tranchant sous la gorge du guerrier. La Protectrice tenait alors son arme de sa main droite; de sa main gauche la plus proche de son opposant, elle frappa sur les mains du guerrier avec son bouclier en métal, lui brisant peut-être un ou deux os et l'obligeant en tout cas à lâcher la poignée de la Zanbato. L'ancien élève d'Arena se rendit avec plus de facilité qu'escompté pour l'endiablé qu'il semblait être. D'un geste rapide, fluide, la jeune femme lui frappa l'arrière des genoux pour le faire s'agenouiller et limiter ses mouvements. Son épée menaçait toujours la gorge de son adversaire. Vost ne l'avait pas quitté du regard. Ses rubis furieux, hémorragiques, sanguinaires, la transperçaient comme des tisons ardents. En retour, Gabriel le dévisageait le visage crispé par un flux d'émotions contradictoires difficilement contenues.

- Et tu m'attaques par derrière...
- Tue-moi, grinça le Démon d'une voix à peine audible.
- Quoi ?
- Tue-moi, je t'ai dit.
- Je ne suis pas là pour ça, mais si tu ne te montres pas plus...
- TUE-MOI !

Le silence s'était fait dans les tribunes alentours face à ce cri d'une rare violence.
Le Démon rapprocha sa gorge du fil de l'épée et le sang commença à couler. Dans un mouvement de panique, la guerrière retira son arme. Le Démon en profita aussitôt pour se jeter sur elle. Il était trop proche pour qu'elle puisse utiliser Scorpion; elle le repoussa donc avec son bouclier et, le souffle-court, décida de l'assommer avec celui-ci.
Quelques secondes plus tard, le bretteur était à terre, définitivement hors-jeu, une arcade sourcilière explosée.
Sable rouge. Tâchant de maîtriser l'imperceptible tremblement de ses mains, Gabriel alla vérifier son pouls. Vivant.
Ne voulant pas s'attarder une seconde de plus, elle laissa la mafia se charger de récupérer le corps et de le soigner, tandis qu'elle même disparaissait dans la marée humaine de supporters, racoleurs, fâcheux qui lui barraient le chemin, brassant des bras pour percer la houle.


*~*~*~*


"Tue-moi".



Cette injonction traînait comme la partition désespérante d'une musique triste qui nous entête.
Katy était adossée contre un pilier, assise sur une rambarde de balcon qui donnait sur l'activité fourmilière des quartiers pauvres de la Capitale. Une de ses jambes reposait sur la rambarde, encerclée par ses bras, l'autre traînait au sol pour l'équilibre. Elle tapait du pied, était agitée de soubresauts nerveux, qui rythmaient avec tempo ses sombres réflexions. Son cerveau passait décidément le plus clair de son temps à lui ressasser des ordres auxquels elle ne voulait pas obéir. Tantôt des flashs faisaient apparaître devant elle la Traqueuse au long manteau noir et aux pieds de serre, tantôt c'était l'albinos aux yeux ardents qui la menaçait et suppliait à la fois.
Interrompant le fil de ses pensées, un groupe d'enfants riants malgré leurs haillons s'approchèrent d'elle pour qu'elle autographe des cahiers leur appartenant. La jeune femme haussa un sourcil décontenancé à la demande. Ces derniers jours avaient été passé à l'arène à combattre différents adversaires au niveau ridicule pour tout Arenien forgé au combat et elle les avait tous balayés du ring sans les tuer. Cela lui avait valu autant de mauvaises appréciations que d'excellentes de la part du public. Les organisateurs, eux, étaient clairement mécontents, mais continuaient de l'inviter uniquement parce que sa force les impressionnait et qu'ils espéraient que leur champion une fois remis sur pied terrasse pour de bon cette
"Guerrière d'Arena" ou "Ange Gabriel", comme le voulaient les deux surnoms qui circulaient le plus sur elle. Si Katy se contrefichait à peu près de ce que tous ces gens pouvaient penser d'elle ou qu'ils la nommassent comme le bras droit du Dieu ayant maudit leur monde, elle ne s'attendait pas à éveiller l'admiration de petits êtres des rues. Elle signa ce qu'ils leur demandaient sans broncher, recouverte de leurs rires et de leurs petits cris de joie. Une des gamines caressa avec admiration ses cheveux blonds dont elle ne prenait pourtant pas grand soin. Avec un sourire, Gabriel dégaina son épée -ce qui les fit reculer de plusieurs mètres- et se coupa une mèche de cheveux qu'elle lui donna. Les réactions suscitées, exagérées pour un présent de la sorte, lui redonnèrent du baume au cœur et les enfants repartirent en laissant derrière eux un peu du bonheur et de l'insouciance qu'ils portaient avec eux. Un cadeau bien plus beau qu'un fragment de chevelure.

Le regard de la jeune femme se perdit de nouveau au milieu du torrent humain en contrebas et s'attarda sur une tête blanche qui perçait quelque peu la muraille de badauds. Elle reconnut aussitôt Vost. Elle profita de son poste d'observation pour le contempler à sa guise, son cœur battant légèrement plus fort dans sa poitrine, avec douleur et expectative à la fois. Il avait cet air fermé, triste et rancunier qu'elle lui avait trouvé les premières fois qu'ils s'étaient rencontrés. Les paroles d'Ezek lui revinrent :
"Il a été diagnostiqué psychiatriquement dans le passé comme ayant un comportement intrépide suicidaire". Mais Vost avait beaucoup changé pendant ses années à Arena. Certes, il ne riait jamais et détestait toujours autant le reflet que lui renvoyait les miroirs. En cela, il différait beaucoup de Renji, qui s'esclaffait ou souriait aisément, mais souvent de façon sarcastique et mauvaise. Toutefois avec le temps Vost avait appris à sourire pour exprimer son bonheur par moments, presque malgré lui. A communiquer avec apaisement, à se maîtriser et à vivre en société. Les souvenirs des moments passés tous les deux sur cette montagne où ils avaient contemplé les étoiles, leurs sorties au bar, leurs moments d'intimité, leurs baisers... revinrent percuter la mémoire de Katy et lui enserrèrent la gorge comme un étau. Sa poitrine se comprima et elle sentit ses yeux lui brûler. Pouvait-elle encore le sauver ? Mais elle repoussa cette question et cette vague d'émotion aussi promptement qu'elle en était capable. Elle les mit sous scellé dans cette boîte de Pandore mentale où elle enfermait tout ce qui était susceptible de la submerger de souffrance. Il était temps : le Démon continuait sa progression dans la rue et passait sous elle à présent.
Profitant de l'occasion, la jeune femme le héla. S'arrêtant brusquement, le duelliste leva ses prunelles écarlates vers la guerrière qui, toujours perchée en hauteur, le regardait intensément. Gabriel se sentit sourire de façon incontrôlée, heureuse malgré tout de le voir en bon état. Mais le tout passa fugacement sur son visage et, reprenant sa gravité, elle continua :


- Es-tu prêt pour demain ? Seul le silence lui répondit. Tiens fermement ton épée dans la main gauche, sers-toi de la main droite uniquement pour guider au besoin. N'oublie pas que je suis plus expérimentée que toi, tu ne m'auras pas sans ruser. Je t'attendrais sur le ring, exprima-t-elle comme une promesse. Ne me déçois pas cette fois-ci... je n'aime pas perdre mon temps.

Le Démon la dévisageait avec animosité et incompréhension. Comprenant qu'elle en avait terminé, il détourna le visage et continua son chemin sans lui adresser la moindre parole. Gabriel le suivit du regard par-dessus son épaule, au-delà du pilier... autant qu'elle le put, jusqu'à ce que les aléas et la foule l'emportent loin d'elle. Puis elle se recentra, le crâne reposant contre le dossier de plâtre. Elle poussa un profond soupir, qui ressemblait à un sanglot.

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Vost
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MessagePosté le: 26/07/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

* ~ Trop amer pour parler, trop accablé pour crier.~ *


* À quoi elle joue ? Un sourire puis une provocation ? Un conseil puis une insulte ? Elle est là pour me former, me cracher dessus ou juste pour me rendre fou ?! *

* ~ Attisé par l’incompréhension, le doute et la frustration, Vost fumait. Ses pas rigides battaient le pavé avec la véhémence d’un marteau de forgeron. Ses pensées, chauffées au rouge par les propos de celle qu’il appelait autrefois sa braise, façonnaient un monologue âcre, charbonneux :

* Elle perd son temps avec moi ? Sérieux ?! Elle se fout de moi ! Cinq pauvres minutes d’engueulade dans une arène alors qu’elle n’a même pas daigné m’adresser ne serait-ce qu’un mot depuis trois mois ! Moi qui pensais qu’elle me portait au moins un peu d’intérêt... Quel con. *

* ~ Mensonge, abandon, trahison ; tant de maux qui l’empêchaient de donner corps à ses mots. Ils pesaient sur ses épaules telles des enclumes, pourtant la balance penchait toujours du côté de la haine. Elle martelait ses tempes, burinait ses traits fermés ; si bien que le tumulte alentour disparaissait dans un torrent granit en fusion. Il ne voyait ni n’entendait la foule chaotique, seule persistait la brûlure de son âme.

* ~ Détaché de la réalité, le Démon courroucé n’y replongea que lorsque sa caisse pleine de bouteilles rencontra le sol – certaines explosèrent d’ailleurs à l’impact. Quelque chose l’avait heurté : un gamin déguenillé, accompagné de plusieurs autres. Probablement des orphelins au vu des frusques ; aucun parent, aussi dégénéré fût-il, n’aurait laissé sa progéniture affronter seule ce quartier et les psychopathes qui le peuplaient. La bouche entrouverte, les rejetons rejetés le fixaient de leurs grands yeux ronds, avec un air béat comme figé dans la pierre. Le petit bousculeur pétrifié balbutia puis, quand le bretteur belliqueux posa la main sur la garde son épée, il détala à la vitesse de l’éclair, suivi de près par ses compères. En une fraction de seconde, tous se noyèrent dans la populace cahotante. Bilan : deux litres d’absinthe gracieusement offerts à la chaussée. Ces pauvres bougres avaient de la chance ; d’autres orphelins s’étaient faits dérouiller pour moins que ça, notamment un.

* ~ Agacé par ce retour en enfance forcé, irrité par la perte de sa précieuse denrée, l’amas de nerfs incandescents ramassa rageusement les quelques récipients de verre encore intacts avant de reprendre sa marche saccadée. Bientôt, il atteint ses quartiers – si l’on pouvait désigner ainsi quatre murs de béton lézardés dans le sous-sol d’une arène – dans lesquels il s’enferma. Pas de bar ce soir, il ne voulait voir personne. Personne.

* ~ Trop déchaîné pour dormir, trop à vif pour se reposer.~ *


* ~ Le lendemain, le magma blanc embrasa à nouveau le sable de lice mais ses paupières n’avaient pas étouffé ses ardents rubis de la nuit. Tel un piton agité, il avait bouillonné jusqu’à l’aube, déversant une coulée de lave continue sur son phare. Sa lumière factice, son mirage, était dorénavant obstruée par une épaisse couche de roche volcanique. Le basalte avait durcit, tout comme le cœur de la fournaise. Inutile de préciser que ses adversaires de la matinée furent malchanceux ; chacun d’entre eux payaient l’affront de la veille. Si, dans sa divine mansuétude, sa sainte majesté l’ « Ange Gabriel » lui avait accordé le précieux don de la vie, Vost ne faisait preuve d’autant de fausse bienveillance. La pitié, le sadisme, la cruauté ou bien le savant mélange des trois dont elle seule avait le secret : très peu pour lui. Il préférait la rage. Celle qui pulse, celle qui irradie jusqu’à réduire les ennemis en vulgaires tas de cendres – plutôt en infâmes bouillies de chair et d’os. Sans interruption, le Démon taillait, tranchait, broyait. Un Lycan trop confiant transformé en pâté pour chien, un Vampire trop arrogant incrusté dans le plancher, un Saurien trop suffisant dépecé vivant, et puis...

-^-. Katy .-^-


* ~ Elle n’avait pas menti, pas cette fois. Elle était venue. Garderait-elle sa miséricorde hypocrite ? Le tuerait-elle ? À prouver. Pour l’heure, le guerrier échauffé ne souhaitait aucunement écouter ses sermons stériles. À peine la lice enjambé, il fondit sur elle. Son style à une main l’intéressait ? Soit. Raclant la terre battue, son zanbatō s’élança dans une pluie d’étincelles. Avec une outrageante aisance, La séraphine esquiva cette attaque prévisible. L’albinos rougeoyant prépara toutefois un revers, usant de son gantelet pour stopper son épée. Malheureusement, son opposante connaissait trop bien sa technique. Profitant de la différence de vélocité qui les séparait, elle s’approcha brusquement. Grâce à son bouclier, elle contrecarra l’assaut. Du plat de sa lame, elle gifla le combattant décevant avec mépris. Celui-ci se stabilisa après quelques jambées vacillantes. Quelle humiliation.

« C’est tout ? »

* ~ Elle empilait les couches de dédain telles les feuilles d’un acier damassé. Ne pouvait-elle s’arrêter de l’incendier ? Même quelques secondes ? Le cerveau du cartésien frôlait l’ébullition ; à chaque instant, la vapeur menaçait d’en jaillir. Sous la pression, ses dents se serrèrent si fort qu’elles entamèrent presque leur émail. Plus que jamais embrasé par la colère, Il secoua frénétiquement la tête pour rompre le confinement de ses méninges. Quand ses remous furent amortis, il braqua ses mires flamboyantes sur son faux bourreau, son tortionnaire psychologique. Il fallait en finir.

* ~ Le forcené chargea sauvagement, son arme au-dessus du crâne. Il l’abattit à la verticale, avec une puissance démente. Projetant un nuage de sable dans les airs, la barre de fer se coinça dans le sol. Katy l’avait insolemment évitée, d’un simple pas de côté. Sans attendre que son élève, trop lent, redressât son sabre, elle lui enfonça son pommeau dans le dos. Respiration coupée, l’albâtre chancela de nouveau. Fébrilement il volta, envoyant son zanbatō au hasard. Évidemment, il ne toucha aucune cible avant de s’écraser à terre.

« Vraiment, je perds mon temps. »

* ~ Le bretteur blême sentit un regard las, consterné, se poser sur lui. Excédé, au bord de la furie sanguinaire, il se jeta à nouveau dans la mêlée. Son fer se perdit encore dans le néant, la protectrice avait désaxé. Elle se saisit de l’opportunité offerte : sa botte exécuta une béquille tandis que Scorpion asséna une deuxième gifle métallique. Cette fois, le Démon mordit la poussière. Pourtant, mû par la frénésie, il tenta de se relever, mais retomba aussitôt. L’hématome naissant sur sa cuisse l’empêchait de tenir debout. Alors, la jeune femme rengaina, se détourna et entreprit de quitter l’arène. Son silence empestait la mésestime, bien plus que ses paroles. La bête blessée, autant physiquement que psychologiquement, se rua, s’ébroua. Ses poings frappèrent le plancher sablonneux comme des marteaux pilons, ses hurlements enflammèrent l’atmosphère comme une détonation. Elle ne l’avait toujours pas tué.

* ~ Trop furieux pour se figer, trop humilié pour se montrer.~ *


* ~ En boitant, Vost avait regagné ses quartiers ; sa rancœur le poursuivait. Il claqua la porte à en faire trembler les fondations de l’établissement. Ensuite, débuta une opération de saccage endiablée. Le tabouret vétuste éclata sur le béton. La minable caisse en bois termina en sciure. Les bouteilles vides volèrent. Le matelas explosa. Par contre, elle restait là. Elle le provoquait, le torturait, même dans son esprit. Il ne comprenait pas. Comment avait-elle fait, toutes ces années, pour le duper ? Jamais il n’avait douté de sa sincérité, et quoi ? Une divine comédie ? Ces souvenirs dignes des rêves les plus fabuleux, cette éblouissante complicité tressée au fil d’une époque si sombre, l’espoir qu’en ce monde vicié demeurât une étincelle ; qu’en sa triste personne demeurât une étincelle... Rien n’était vrai. Tout partait en fumée. Il était fatigué. Fatigué de la situation, fatigué de ses mensonges, fatigué de n’être qu’un jouet délaissé, un palliatif, un pansement ; fatigué de la vie. Cependant, elle ne la lui avait point ôté malgré sa requête. À quoi bon si ce n’était le plaisir malsain de le voir souffrir de son absence ?

* ~ À mesure que l’éreintement grandissait, la colère s’estompait au profit d’un profond chagrin, d’une ruine. L’esseulé délabré attrapa nonchalamment une fiasque d’absinthe avant de s’écrouler contre un mur fissuré. Lentement il s’affaissait, ses genoux ployaient, jusqu’à qu’il atteignît un sol brut, rugueux. Ses mains versèrent quelques lampées d’éthanol dans sa gorge, puis sa tête se posa doucement contre la paroi fracturée. Il voulait dormir, mais surtout ne jamais se réveiller.

* ~ Trop exténué pour veiller, trop peiné pour rêver.~ *


* ~ Au loin, un phare. Il émettait des signaux intermittents, presque stridents, qui flashaient comme un signal de détresse. Dévalant la pente sur laquelle il trônait, l’albinos curieux s’approcha de cette source lumineuse qu’il ne connaissait aucunement. Plus près, il constata avec stupeur que l’édifice était empêtré dans une masse de basalte. Çà et là, elle crachait encore quelques volutes tumultueuses, toutefois sa surface semblait refroidie. Il décida donc de se glisser dans la maigre ouverture du bâtiment, à moitié obstruée par la roche magmatique. À l’intérieur, cris et pleurs de retentissaient avec fureur, tels de sombres augures venus annoncer un funeste destin. Bien qu’éraillée, la voix qui les produisait s’avérait familière, trop familière. Heureusement, la lave n’avait pas mordu les gigantesques escaliers en colimaçon qui tapissait l’enceinte. Sans réfléchir, le guerrier téméraire s’y élança hâtivement, avalant les marches quatre par quatre. Sa gorge était serrée, son corps rigidifié par la terreur. Lorsqu’il atteint finalement le sommet, il se figea ; pétrifié par la scène qui se déroulait sous ses yeux.

* ~ Son ange gardien, à moitié nue, son dos plaqué sur une table. Son joli minois, ravagé, déformé par l’effroi. Entre ses jambes, un monstre, un clébard sans nom, qui l’agrippait fermement, prêt à la molester. Elle se débattait, hurlait, l’appelait à l’aide, lui, Vost. D’instinct, il fonça, animé par la rage, la peur et l’amour. À deux doigts d’enfoncer son poing le crâne de son Némésis, jusqu’au cervelet, il se stoppa net, sa poitrine assaillie par une douleur incommensurable.

Boom, Boom .


* ~ Son cœur.

Boom, Boom .


* ~ Il n’y était plus.

Boom, Boom .


* ~ Juste un trou béant.

Boom, Boom .


* ~ Quelques veines en jaillissaient.

Boom, Boom .


* ~ Une seule personne savait où le trouver. Elle le tenait dans ses doigts. Il battait encore. L’apparence de la traîtresse changea ; brutalement. Des traits hideux, marqués par un plaisir pernicieux. Des lèvres pourpres, déchirées par un sourire carnassier. Du sang sur sa peau, léché par une langue assoiffée. Au moment où ses crocs acérés allaient croquer le fruit...

* ~ Le Démon émergea des ténèbres, en sursaut, couvert de sueur. Il haletait bruyamment, ses mains tapotant frénétiquement son torse. Un cauchemar. Juste, un cauchemar. Pourtant, ce constat n’arrêta pas ses tremblements fébriles. Il ne parvenait à récupérer son souffle, ni à chasser ces horribles images de son esprit. Comme un enfant terrifié, il ramena ses genoux contre son buste avant de les blottir dans ses bras frissonnants. La nuit ne faisait que commencer...

* ~ Trop apeuré pour se mouvoir, trop choqué pour continuer.~ *


* ~ Quand Béliar vint le quérir, le lendemain, il n’avait pas bougé d’un pouce. Prostré, il n’arrivait pas à se défaire du sentiment de trahison qui comprimait son thorax. Même après le départ du malfrat, qui n’avait pu s’empêcher de vociférer des remontrances déplacées au sujet de l’état de sa chambre, se lever lui avait demandé un effort quasi-insurmontable. Dénué d’intention, il avançait au radar, guidé par sa seule routine. Un verre d’absinthe, un passage devant son lavabo émaillé dépourvu de miroir – heureusement –, puis direction l’arène. La contusion de sa jambe le tenaillait mais, terrassé par la morosité, il ne s’en souciait pas.

* ~ Lorsque le soldat rompu atteint finalement le sommet de l’escalier menant à la lice, il se figea. La traîtresse, elle était déjà là, pour le premier combat de la journée. Sans hésiter, il déserta. Il refusait d’affronter le mensonge, de confronter sa propre crédulité, de s’étouffer avec les cendres de ses souvenirs. Pas encore. Il ne voulait plus la voir ; plus jamais. La seule chose qu’il désirait voir était le fond de sa bouteille.

* ~ Trop faible pour encaisser, Trop blessé pour se battre.~ *


« Bordel ! Mais qu’est-ce’ tu branles ?! »

« Dégage Béliar. »

« Quoi ? Cette sainte pute a blessé ton petit orgueil de duelliste péteux ? J’en ai rien à foutre ! Tu vas bouger ton cul blanc et… »

« DEGAGE ! »

* ~ Vost agrippa vigoureusement le col du truand agaçant afin de le balancer vers la sortie. Dans sa réception, celui-ci embrassa le mur du couloir avec violence. Il gueula quelques palabres incompréhensibles – ou peut-être ne l’écoutait-il pas, tout simplement – puis s’éclipsa enfin. Elle, néanmoins, était toujours là. Du coin de l’œil, il l’aperçut en train d’arpenter les corridors. Elle s’immobilisa sur son seuil, un regard fermé, mauvais, serti dans ses jades ; un regard qu’il redoutait typiquement. Pour le faire disparaître, il ferma la porte. Ou pas. Une botte en cuir de Krachart s’interposa dans l’entrebâillement. Le message n’était-il pas suffisamment clair ? Il n’eut même pas le temps de soupirer ; l’huis brisa son nez. Surpris et meurtri, il trébucha tandis que son ultime fiasque s’échappait de sa main. Son coccyx ayant à présent rencontré le sol, il la scrutait d’en bas, comme à l’accoutumée. En dépit des doigts affairés sur son cartilage nasal, il réussit à articuler un mot – il escomptait que ce fût le dernier – à l’attention de la Trompeuse en herbe :

« Dégage. »

* ~ Elle devait jubiler devant le spectacle tragi-comique qu’il lui offrait : misérable pochtron, à moitié défroqué, rampant à même une nappe de béton brut, jonchée d’éclats de verre et de débris de bois, sous une lumière tressautante, le tout entouré par quatre murs exigus, munis de deux seules ouvertures, une entrée ainsi qu’un défilé vers une pièce encore plus minuscule. Quelle scène ! Poignante de détresse, Fulgurante de médiocrité ! Pourtant elle ne souriait pas ; elle arborait toujours son expression impénétrable, irritante, insupportable. Sa voix odieusement monocorde, affreusement plate, l’abîma davantage :

« Que tu le veuilles ou non, je ne partirai pas d’ici avant que tu sois officier, ou que tu crèves. Fais-nous gagner du temps. »

* ~ Pour une fois, en ses paroles résonnait une vérité, sinistre, crue. Depuis le début, le pleutre reprochait à la brave Gabriel sa propre faiblesse : celle de n’avoir le cran de mettre fin à son existence. Il se cherchait des excuses toutefois aucune ne convenait. Le jugement de sa mère ? Aurait-elle vraiment préféré le voir vidé plutôt que mort ? Rien de moins sûr... De toute façon, il ne le saurait jamais. Contrairement à elle, il serait probablement condamné à errer dans le purgatoire pour l’éternité. Peu importait, tout lui seyait. Les rives du Styx, l’enfer, la demeure des Gardiens … Partout, pourvu qu’il n’y eût point d’archange.

* ~ Animé par un second souffle, une résurrection, le suicidaire illumina, grâce à l’éclat de ses rubis, un tesson brillant qui l’invitait, non loin de sa main. Il s’en saisit avec détermination et l’approcha de sa gorge. Soudain, son poignet se retrouva entravé, sa pommette propulsée à l’intérieur de son crâne. Si le premier coup ne lui avait pas fait lâcher prise, le deuxième y parvint. Son dos percuta la dalle de ciment avec fracas, s’écorchant au passage sur d’autres fragments hérissés. Sonné, il ne put récupérer l’usage de ses fonctions cognitives avant d’être hissé puis jeté dans le cagibi qui lui servait de salle de bain. Pendant qu’il tentait hasardeusement de se redresser dans le noir, toujours hébété, il entendit des grincements, comme des meubles qui crissent sur le béton. Sa torpeur se dissipa brutalement : sa geôlière comptait l’enfermer. Le plus promptement possible, il se retourna. Faute d’espace pour déplier ses membres, il fracassa son épaule contre la porte. Une fois. Deux fois. Trois fois. Rien à faire. Changement de stratégie. Il s’adossa au mur pour pousser le battant de sa prison à l’aide de ses jambes. Malheureusement, son hématome endiguait sa force. Le renoncement commençait à le gagner. En guise de velléité finale, il écrasa son front contre la paroi, à maintes reprises. Sauvagement au début, de plus en plus mollement par la suite. Un timbre atone filtra à travers la barricade :

« Tu ne m’as pas laissé le choix. »

* ~ Vost serra les dents, non pas de rage, mais de consternation. Il utilisa sa dernière once d’énergie pour hurler de désespoir :

« LAISSE-MOI JUSTE CREVER ! »

* ~ Cette fois, ce fut elle qui ne répondit point. Alors, il se résigna, dégoulinant le long du mur, jusqu’au tréfonds de la minuscule pièce. Plus aucun photon ne l’atteignait, la lumière l’avait abandonné, comme tous les autres vestiges de la vie ; exceptée la douleur. Cruelle, elle assaillait le moindre de ses organes, le moindre de ses neurones. Elle l’enserrait fermement, le tordait dans tous le sens, le pliait, le contrepliait. Il n’en pouvait plus, son ultime désir était qu’elle cessât, qu’elle s’éclipsât et ne revînt pas. Cependant, mourir lui était interdit, il devrait demeurer dans le néant, esseulé, pour une durée indépendante de son libre-arbitre – si d’aventure telle notion persistait encore.

* ~ Les heures d’isolement s’écoulaient comme des millénaires. D’affreux millénaires au cours desquels les souvenirs bouclaient dans une spirale infinie. Des souvenirs amers, aigris par la tromperie et les mensonges. Telle une affliction, ils parcouraient ses synapses, corrompaient ses programmes. Bientôt, ils infectèrent l’ensemble du réseau, forçant un black-out général.

* ~ Trop éreinté pour lutter, trop effondré pour vivre.~ *


* ~ Encore ce phare. Si l’inconscient de Vost possédait bien un avantage, c’était celui de ne pas se renouveler continuellement. Par contre il était rusé, vil, et de surcroît le maître en ces lieux ; si bien qu’il contraint le pauvre dépressif exténué à s’approcher contre son gré à l’aide d’une autorité intangible. À l’intérieur, la même scène se jouait, avec une teinte d’ironie supplémentaire. Connaissant pertinemment l’épilogue de son voyage, il retenait chaque pas de tout son être ; en vain. Il gravissait inexorablement les marches de l’escalier en colimaçon, les marches qui le menait à la trahison.

* ~ Assurément, les bourreaux l’attendaient, partiellement dénudés. Ils l’attiraient, l’entraînaient vers un destin inéluctable : terminer trompé, rejeté, délaissé. Son cœur quitta ses entrailles. La douleur l’anéantit. L’archange de la beauté se transforma en archidémon de l’infamie. Elle humecta ses lèvres vermeilles. Tout recommençait. Sauf que cette fois, la première morsure s’opéra. Un éclair surpuissant, la foudre de Dieu s’abattit sur l’albâtre. Ses genoux cédèrent d’un coup ; la souffrance défiait l’entendement. Elle consumait ses nerfs telle une déflagration, écrasait son corps telle une montagne de fer. Paralysé, il ne pouvait qu’espérer sa fin. Néanmoins, elle n’arriva pas. Ce fut au tour du vampire brutal de s’abreuver à la source. Ses crocs transpercèrent l’organe palpitant. Un nouveau raz-de marée submergea le sauveteur berné. À terre, il convulsait.

* ~ Ce sordide manège s’éternisa. Une lampée de sang pour l’un, un morceau de chair pour l’autre. Le contorsionniste agonisait, mais jamais ne mourait. Chaque seconde durait des siècles ; des siècles de râles et de glas qui drainaient son essence. Il n’avait plus la force de bouger, ni de crier, ni de garder ses paupières ouvertes. Au final, il ne restait rien. Non pas que la douleur s’apaisât, au contraire. Elle adhérait, fusionnait avec lui ; comme une évidence.

* ~ Ainsi, il ne se réveilla pas en sursaut. Il embrassait à présent le sens profond de la maxime « la douleur n’est qu’un signal ». Un signal... Une information caractérisant la vie. Parfois, elle réprimait une agression, prévenait les animaux de leur trépas imminent. Souvent, elle résultait d’une blessure de l’ego ; cet artifice, aussi dérisoire qu’illusoire, façonné de toute pièce par les êtres conscients. Dans tous les cas elle demeurait inutile. Pour une entité, ni morte ni vivante, que la Faucheuse fuyait sans relâche, elle n’était qu’une interférence ; un bruit blanc qu’il convenait de filtrer.

* ~ Fin prêt pour obéir.~ *


* ~ Quand la porte s’ouvrit, ses détecteurs optiques surchauffèrent sous l’afflux de lumière. Sa main les masqua tandis qu’ils recouvraient leur fonction.

« C’est l’heure. Lève-toi. »

* ~ Apparemment, sa supérieure s’impatientait. Même s’il ne trouvait aucun sens à cet empressement – il n’avait aucun endroit où fuir -, l’automate obéit ; son programme savait pertinemment ce qu’on attendait de lui. Il se releva nonchalamment puis la dépassa sans lui asséner un coup d'oeil. Ses pas mécaniques l’amenèrent tout droit vers son équipement. Après un examen sommaire, il décida d’enfiler uniquement son gantelet droit. La mort n’avait aucune emprise sur lui, la souffrance n’était qu’un parasite ; s’encombrer d’un poids supplémentaire relevait de l’illogisme. Après avoir réintégrer son excroissance métallique, le prolongement de son bâti, il se retourna vers son donneur d’ordre. Elle le dévisageait d’un air qu’il ne prit même pas la peine d’analyser. Une nouvelle fois, il la déborda, perçant au travers de potentielles remontrances futiles. Pendant un instant, elle le suivit. Parlait-elle ou non ? Impossible à déterminer ; les robots ne répondaient qu’aux instructions. Finalement, leurs chemins se séparèrent à l’entrée de la lice.

* ~ À mesure qu’elle avalait les marches, l’arme humanoïde entrait en mode combat. Lorsqu’elle foula le sable, son visage se ferma, tous les processus inactifs cessèrent. Elle progressa lentement, la pointe sa lame en avant, ses capteurs braqués sur son objectif. Arrivée à une distance raisonnable, elle emprunta une orbite lente, profitant de l’inactivité pour étudier la situation en détail. Quelques provocations ricochèrent sur sa carlingue, pourtant elle ne bronchait pas. Tel un fusil de précision, elle attendait patiemment le bon moment pour tirer. Au hasard d’une bravade, la cible abaissa légèrement son bouclier. Une faille.

Redirection de toute l’énergie vers les fonctions motrices. Tissus musculaires contractés. Réponse à 110% du nominal. Analyse pour futur retour d’expérience... Cause probable : allègement de la structure. Impact imminent. Parade rencontrée. Libération du membre supérieur gauche pour prévenir une potentielle contre-offensive. Succès.

* ~ Surprise, Katy n’avait pas réagi à temps pour esquiver. Elle fut contrainte à parer, avec difficultés. Dans la confusion, elle n’avait pas attaqué non plus, sa main droite entravée par une pince démoniaque. Des viseurs laser se reflétaient dans ses iris de jade. Le regard de Vost n’était pas celui d’un humain, mais bien celui d’une machine.

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Pinguin maléfique du Velm


Dernière édition par Vost le 04/08/2018; édité 1 fois
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Katy
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MessagePosté le: 03/08/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Il y a une machine en chacun de nous dont nous devons nous méfier. Plus la ficelle est grossière, plus elle fonctionne.


La machine immatriculée Vost Odium scinda de ses lasers incandescents l'Humaine nommée Katy, sapant son courage au moment même où elle devait se réjouir d'avoir réussi. Réussi à transformer l'homme en bête, puis la bête en robot. Un robot militaire programmé pour tuer quand cela le lui était ordonné, et dont la cible dans sa ligne de mire n'était nulle autre que sa propre conceptrice. Que l'automate eût autrefois un cœur dans cette cage de fer froide que l'on appelle "thorax" et que cet organe battît pour la blonde comme les blés qu'il s'apprêtait à faucher n'avait plus aucune importance. La tour de contrôle qui dictait chacun de ses faits et gestes n'était plus sous l'influence d'hormones ou d'interférences nommées "émotions", mais bel et bien d'algorithmes meurtriers en boucles infinies sur la condition "tuer".
C'était bien différent pour Katy.
Réduite à sa condition de mortelle plus que jamais, les sens de l’Humaine étaient à fleur de peau. Son rythme cardiaque s'emballait sous l'influx de la surprise et de la peur, irrigant tous ses membres d'un sang glacé d'effroi. Le paradoxe avait voulu que son aisance au combat lui en coutât par l'outrecuidance dont elle avait fait preuve, car à présent qu'une intelligence artificielle contrôlait les rouages de l'androïde d'albâtre il lui aurait fallu redoubler de prudence. Mais c'était trop tard : une pogne de fer enserrait sa main de chair, avec une force qui comptait la lui réduire en bouillie sur le pommeau de Scorpion. Une seule et longue seconde s'écroula. Elle parut l'éternité pour la guerrière aux dents serrées par effort, qui tachait de reprendre le dessus du combat. La pince qui l'enserrait pivota lentement sur son articulation dans l'intention de dévisser le poignet de la jeune femme et de la contraindre à lâcher son arme, voire à capituler. Gabriel résista. Reprenant peu à peu son calme, la surprise passant, elle poignarda de son regard le masque de Démon inexpressif qui lui faisait face. Seule la lumière rouge de la mort, imperturbable, répondit aux signaux colériques de ses yeux de jade. On sentait derrière cette lueur artificielle le diable rouge qui animait la machine. Et l’on avait pas tort.

Les muscles de l'Arenienne se contractèrent, son biceps gonfla sous le cuir, les veines saillirent gorgées d’un sang à nouveau brave, défiant les fibres du robot. Peu à peu, la torsion s'inversa : l'expérience n'avait pas encore dépassé les espérances de son maître d'un point de vue force, ils étaient toujours d'un niveau équivalent. Poignet redressé, Gabriel fit un pas sur le côté pour se désaxer de la coupe qu'elle avait bloqué de son bouclier, laissant l'immense bloc de métal tomber au sol - que Vost retint et releva aussitôt au-dessus de sa tête. Il comptait bien profiter de retenir sa cible dans son champ d'attaque pour achever les consignes de son script. La Zambato révisée par l'enchanteur pour faire plus de dégâts était une réelle menace pour la guerrière si ses mouvements étaient entravés. Il était urgent qu'elle se libère de l'emprise du dernier modèle de Bersekir ou bien son bouclier finirait par céder et elle s’en irait rejoindre l'incinérateur commun où étaient entassés les challengers malchanceux. L'épée s'abattit de nouveau dans un mouvement rapide. Gabriel parvint à éviter de justesse malgré la bride de l’androïde qui contraignait ses mouvements ; le souffle de la coupe balaya ses cheveux rebelles sur son visage. Elle frappa de son bouclier sur la pince qui tenait l'excroissance d'acier. Mais le machine learning avait anticipé cette action redondante avec leur précédent combat. La main n'était plus là quand frappa l'écu. L’instant d’après un poing à l’armature de fer s’abattait dans le visage de l'Arenienne.
Os et céramique craquèrent.
Malgré la résistance acquise au fil des ans, difficile de rester indifférente aux coups portés par ceux qui se lancent sur la voie inhumaine des Bersekirs. Vost ne faisait pas exception à la règle. Katy parvint à ne pas tomber ni se laisser sonner, bien que son crâne eût clairement récolté un choc qui se transformerait plus tard en traumatisme. Du sang baignait toute la partie inférieure à son nez brisé par l’impact. Grimaçant de douleur et d’effort, Gabriel lâcha son bouclier et arrêta de justesse le deuxième poing qui allait lui enfoncer la mâchoire. Profitant de l'élan de l’androïde, elle fit passer le bras par-dessus son épaule et envoya valser au loin, ce qui libéra la main de son otage. Vost roula sur le sable souillé. Elle n'attendit pas qu'il se relève pour lui flanquer un coup de pied dans le plexus alors qu’il était à quatre pattes, l'étalant sur le dos. Là, elle mit sa botte sur sa gorge, écrasant la ventilation de la machine. Le public acclama sa victoire dans une ovation furieuse, à l’exception de ceux qui soufflaient de frustration de voir leur champion vaincu de nouveau.


- Pas mal, marmonna-t-elle en essuyant le sang qui lui coulait sur la bouche, le menton et la gorge. Mais il en faudra plus que ça si tu veux me tuer.

Le robot la fusilla de ses lasers incandescentes. Il ne bougeait plus. Prudemment, Katy dégagea sa prise et recula, laissant le loisir au droïde de se redresser, ce qu'il fit mécaniquement. Il ne dégageait plus d'hostilité, pas plus que la moindre émotion sur son visage de silicone blanc. Sans mot dire, il ramassa son arme et quitta l'arène, sans effusion de haine, sans hurlements de rage ni de désespoir. Pourtant, son silence était bien plus inquiétant que ses cris.
La jeune femme attendit qu'il quitte le cercle pour se retirer du ring et, l'esprit retourné, le nez ensanglanté, clopina jusqu’à ses quartiers.


La machine a gagné l'homme, l'homme s'est fait machine, fonctionne et ne vit plus.



* ~ * ~ * ~ * ~ *



Les jours suivants furent dédiés à observer les combats de Vost en tant que spectatrice. Gabriel profitait de ce temps de pause pour laisser cicatriser son nez sur lequel elle avait appliqué des onguents de soin et analyser le nouvel état de son ancien amant, qui n’était vraisemblablement plus l’homme qu’il était avant. Hors des heures de combat, elle occupait le plus clair de son temps dans ses quartiers, dans la même auberge miteuse qu'elle avait refusé de quitter malgré les offres alléchantes qui lui avaient été faites jusqu'ici. Mais elle n’oubliait pas son devoir de mentor, dont l’importance était primordiale. Coincée sur le minuscule bureau qui traînait dans coin de la pièce comme un meuble d’ordinaire peu usité, la jeune femme écrivait laborieusement de courts rapports qu'elle faisait ensuite envoyer à Vost. Celui-ci les réceptionnait, les lisait et les délaissait ensuite, comme le lui rapportait le petit courrier qu'elle avait engagé pour cet échange unilatéral. Les missives contenaient des commentaires succins sur les combats que l'albinos exécutait et aux cours desquelles elle prenait des notes mentales sur ses défauts.

    « Combat contre Virgo : Ta garde est trop ouverte. Tu dois te protéger plus. La prochaine fois tu perdras ton bras entier par inadvertance.
    Combat contre Miguel, le Mage : Te servir de ton épée comme d'un bouclier contre les flammes était une bonne idée, mais évalue plus ton adversaire avant de lui foncer dessus. Cela t'évitera des brûlures inutiles.
    Combat contre Ophélie, la Fierté d'Albannesse : Ton jeu de feintes est encore insuffisant face à des adversaires expérimentés et intelligents. PS : Quand ta victime crie grâce, tu devrais l'épargner.
    Combat contre le Moine Danglard : Ta garde !!
    »

Et cætera. L’exercice était difficile pour elle, pas seulement parce que la calligraphie n’était pas son point fort ou parce que la pédagogie lui était étrangère, mais parce qu’entretenir cette froide correspondance lui donnait l’impression de donner des instructions à un ordinateur. Le souvenir encore vif de leur dernier combat, aidé par la douleur lancinante de son nez, ne l'aidait pas à cela. Achevant le pli, elle le fourra dans sa poche avec un soupir. Et si elle allait lui délivrer d’elle-même, cette fois-ci ? Une part d’elle voulait s’enquérir de son état, l’autre craignait la confrontation et enfin, la dernière lui conseillait de feindre l’indifférence. Comme chaque fois qu’elle était déchirée entre plusieurs choix, les voix qui murmuraient dans son crâne reprirent pour débattre du sujet. Elle secoua vigoureusement la tête pour les en chasser avant que leurs phrases ne deviennent intelligibles et décida d’aller se rafraichir l’esprit dehors. Tant est soi peu que "rafraichir" soit le bon mot pour décrire l’air méphitique et moite des galeries de banlieue.
La jeune femme quitta l’auberge et se laissa balloter par le cahotement de la foule, tel une coque sur une mer agitée. Le brouhaha était tel qu'il l'empêchait de penser, ce qui n'était pas désagréable et était peut-être la cause de sa raison ici. Afin d’étancher sa soif, elle commanda de la bière à une échoppe sur rue, l'eau potable étant beaucoup trop cher pour qu'elle se permette d'en boire quotidiennement. Après avoir avalé d'une traite et reposé sa choppe au comptoir sous le regard interloqué du barman elle se fondit de nouveau dans le flux continuel de badauds, de voleurs à la tire et de marchands. Ses pérégrinations qui semblaient aléatoires la menaient en réalité, lentement mais sûrement, vers les quartiers de l’albinos. Elle profitait des détours pour rassembler son courage et ses esprits, qui n’étaient pas au meilleur de leur forme. Malheureusement pour elle, elle n’en eut pas le temps.

Un fracas attira son attention. Un mouvement de population se pressa dans sa direction. ll y avait en face quelque chose que les âmes en perdition du quartier cherchaient à fuir, réduites à l’état de terreur pure. Tel un pic au milieu l'écume, Gabriel résista à contre-courant et se dirigea vers la source de la cohue. Le caillou dans l’onde, le semeur de terreur n'était autre que Vost. Celui-ci tenait au col un enfant qui, au vu des éclats de bouteille au sol, avait eu le malheur de briser la réserve de carburant de l'androïde meurtrier. Un accident fréquent, mais malheureusement pas commis à l’encontre de la bonne personne. Fort de sa réputation, personne ne se dressait contre le sort qu’il risquait de faire subir au gamin des rues. Le bras mécanique se désarticula pour lancer le projectile humain, déterminé comme une gêne. Gabriel qui avait vu le malheur arriver réceptionna à temps l’enfant qui s'était évanoui sous l'épouvante.
Elle haleta quelques secondes, pour reprendre ses esprits, éberluée, puis sentit une colère sourde monter en elle.


- Non mais ça va pas non ?! hurla-t-elle à l’intention du Goliath blanc immobile, hors d'elle. Que tu massacres tes adversaires sans pitié n'est pas suffisant, tu t'es transformé en monstre au point de t'en prendre à des gamins ? Retourne donc dans ta niche à te saouler comme une merde avec les bouteilles qu'il te reste et laisse-le tranquille !

L'indignation et la provocation coulèrent sur le métal impénétrable qui constituait à présent l’alliage du guerrier au sang-froid. Pas le moins ému par la scène qui s'était déroulée sous les ampoules rouges qui lui faisaient office d’yeux (où il ne voyait que l'imposture d'un Ange gardien fallacieux) l’Inhumain se retira dans ses quartiers sans le moindre geste ou commentaire envers son interlocutrice. Les misérables cachés dans les interstices de leurs bâtiments crevassés sortirent prudemment de leurs abris et, soulagés de ne plus voir leur bourreau, applaudirent l’Humaine et crachèrent dans les pas de l'albâtre. Ces témoignages de reconnaissance ne firent que plonger d'avantage son âme dans l'acide. Plus que quiconque, elle savait qu’elle ne méritait pas cette gratitude. Elle ne s’en s’était pas digne, se voyait en faussaire, en usurpatrice. Le goût d'une bile amère dans la bouche, elle comprit ce que le Démon lui exprimait par son silence : que c'était elle qui l'avait façonné ainsi. C’était elle qui avait fait de lui un monstre.
Et tel Frankenstein horrifié par sa propre création, elle allait devoir en assumer les conséquences.



* ~ *
~ * ~ *
~ *


"La folie est une désertion de l'intérieur."


Si ce dicton était vrai, la plupart des fonctions cognitives de Gabriel avaient hissé le drapeau blanc. Couchée dans son lit la plupart du temps, elle perdait le décompte du temps ou plus exactement, la notion de réalité. Elle n'était plus du tout la même personne. Qui était-elle ? Un brave soldat au service de la juste cause ? Un Archange venu chasser les ténèbres de la lice ? Ou bien tout simplement et crument, une menteuse éhontée, une traîtresse, une félonne de la pire espèce ? Personne d'autre -de réel du moins- ne répondait à cette question qui menaçait d’ébranler les fondements de sa santé mentale. Mais elle avait idée que tout au fond d’elle-même, piégé dans une boîte scellée par le dernier verrou de sanité, reposait la réponse. Et qu'il lui suffisait de demander au programme exécutable Vost pour en obtenir la clé et laisser surgir la réponse brute en langage humain. Certains qualifiaient la folie de "don de Dieu", comme un héritage latéral de la Malédiction. Gabriel commençait à comprendre pourquoi. Fragments de sa folie ou de son hyperlucidité, les mercenaires les plus forcenés de sa conscience qui n’avaient pas encore fui le champs de bataille lui parlaient sans cesse pour tenter de la remettre sur pied. C’était comme si sa personnalité s'était fragmentée avec la nécessité de jouer un rôle qui lui déplaisait. Son "soi" ainsi subdivisé en multiples égos faisait jouer devant ses yeux le mirages de personnages vraisemblables et connus. A la surface des émeraudes vitreuses de la jeune femme, les personnages fictifs occupaient en ce moment même divers points de la pièce, apparaissant et disparaissant selon leur gré, mais contre le sien. Une silhouette était assise sur la chaise estropiée à côté d'elle et pelait une pomme avec un air nonchalant. Il s'agissait d'Ezek ou, soupçonnait-elle, son mirage. Il la contemplait avec affectation, peiné et dégoûté à la fois par son état de larve, couchée sur le flanc en short et débardeur, coussin serré contre son ventre.

- Bon, tu y retournes quand ?

Katy abrita son visage dans l’oreiller. Son souffle était saccadé. Elle ne repondit pas. Qui répondrait à son subconscient ? Elle voulait juste qu’il se taise.

- Sors au moins un peu prendre l'air, lui incita gentiment une ombre encapée, qui se tenait comme un gardien près de la porte.

Katy ignora également cette projection de Dahlia. Ni l'un ni l'autre n'étaient réellement ici. Elle se le répétait en boucle, comme un mantra, pour tâcher de ne pas sombrer de façon irréversible dans la schizophrénie


- Tu prends de la drogue, peut-être ? lui demanda Lynn d'un ton inquiet, qui avait subitement remplacé Ezekiel.
Non. Elle n'en prenait pas. Ou alors pas consciemment.
C'était bien ça le problème.

- Tu dois y retourner, insista Ezek en tâchant d'allier la douceur et l'injonction dans la même phrase.
- Elle a peur d'y aller, de le revoir, tâcha d'expliquer Lynn qui le superposait. Vous avez vu ses yeux ? Il était...
- ... Il n'avait plus rien d'humain. Mais c'est normal, c'est un Bersekir.
- Elle ne peut plus le faire. Il faut qu'elle arrête.
- Qui peut la remplacer ? Pas moi. La phrase sonnait ironique. Et puis, ça marche parce que c'est elle.
- Si elle continue...
- ... Il augmentera à terme ses chances de survie. Il s'en remettra.
- Pourquoi tu t'en préoccupes ?

Katy redressa la tête à la dernière voix qui s'était adressée à elle, rauque et cassante. Une voix grave qu'elle aurait reconnu entre mille, voire un million. Bras croisés contre le mur, près d'un miroir qui ne le réfléchissait pas, Renji l'observait du haut de sa grande stature. Ses yeux d'un lapis intense scrutaient jusqu'au tréfonds de son âme dont, de toute évidence, illusion ou non, il faisait partie.

- Pourquoi tu chouchoutes ce blanc-bec ? Tu dois le former, un point c'est tout. Arrête de faire dans les états d'âme parce que tu n’assumes pas ton rôle.

Avant que Gabriel ne réponde quoi que ce soit "Je ne le chouchoute pas" "Tu es revenu du Refuge ? Tu vas bien ?" "Je me suis inquiétée pour toi, si tu savais…" le visage changea sans avertissement. Il revêtit les traits de Vost. Ceux encore vibrants de vie qu'il avait avant qu’elle ne devienne Elite et lui, Officier.

- Pourquoi ?

La voix chaude, familière, teintée de reproche et d’incompréhension, lui transperça le cœur. La question était lourde de sens et écrasa la guerrière de culpabilité qui, rageusement, s’étouffa dans son coussin et mordit ses draps.
Vost n'était pas là. Il croupissait dans les éclats de verre et les flaques d'absinthe nauséabondes de son taudis. Il l'abhorrait et la voyait comme le spectacle même de la trahison. Seule la carcasse de l'homme qu'elle connaissait subsistait, contrôlé par un programme tueur.
Renji était dans le coma, il ne s'en réveillerait peut-être jamais. Même s'il lui revenait, rien ne garantissait qu'il recouvre la totalité de ses fonctions motrices, cognitives ou mémorielles. Peut-être qu’il ne se souviendrait même pas d’elle. Dans tous les cas, Il était condamné à rester un chien à prothèse muselé, avec une pompe à la place du poumon.
Lynn était absente. Elle ne savait même pas que la Protectrice se trouvait ici. Ezek et Dahlia n’étaient pas en mesure de lui offrir le moindre soutien, voire n’en avaient pas envie.
Il n'y avait personne.
Personne. Personne. PERSONNE !

Dans l'auberge résonna le fracas d'une chambre que l'on dévaste. Le tenancier alarmé put entendre une voix féminine furieuse s'écrier des insanités envers des personnes qu’elle semblait désirer ardemment ne jamais revoir. Et il entendit comme des bruits de lutte enragée. Finalement "L'Ange Gabriel d'Arena" qui faisait fureur dans les combats illégaux de la ville sortit en trombe de sa cabine, manquant de percuter le propriétaire dans le tourbillon de ses pas. Il ouvrit la bouche pour l’interroger sur ce tapage, mais fut interrompu par le claquement d’un sac d’écus qui percuta sa figure.

- Pour les dégâts, articula la guerrière en armure d'une voix sourde, chevelure blonde ébouriffée. N'oubliez pas de ramasser les corps.

Intrigué et terrifié à la fois, le tenancier muet de stupeur regarda sa cliente dévaler les marches quatre à quatre et sortir telle une tornade de son auberge. Il jeta un coup d’œil prudent à l'intérieur de la chambre, poussant timidement du doigt le battant laissé entrebâillé. La porte grinça de façon inquiétante, le faisant frissonner, mais bien moins que le spectacle de désolation qui s’offrit à lui. Stupéfait, il passa à l'intérieur complètement, mâchoire décrochée. Le mobilier avait été renversé et éclaté comme par une catastrophe naturelle et surtout - il n'y avait personne d’autre, vivant ou mort, que sa propre personne.


*
~
*
~
*
~
*



Dans ce trou à rat où la pisse de chat prétendue bière valait moins cher que de l'eau potable, ce n’est ni parfaitement sobre ni suffisamment grisée que Gabriel se rendit aux arènes. L'air plus frais et moins vicié des ruelles par rapport à sa chambre lui firent du bien, mais sans plus. Elle zigzagua jusqu'aux tribunes dédiées aux combattants qui donnaient sur la fosse de sable où s'entretuaient plus souvent que nécessaire les duellistes illégaux. Les combats s'enchaînaient furieusement au cours de la journée et les cadavres s'accumulaient tant chaque jour qu'on se demandait d'où venaient les nouveaux challengers, appâtés par le sombre éclat des écus et de la célébrité. La forte natalité et la dangerosité des quartiers devait aider à ce que le nombre de sanguinaires et de désespérés ne décroisse jamais du ring. Sans compter les participants étrangers, qui venaient de leurs contrées lointaines jusque dans la Capitale en quête de rêves ou en fuite de conflits armés et déchantaient rapidement de leurs espoirs. Ou encore, plus rares mais plus résistants, les aventuriers des quatre coins du Velm en quête de dépassement des autres et de soi. La guerrière arrivait juste à temps : le combat qui précédait celui de Vost venait de s’achever par une victoire écrasante de Fenrir, qui avait profondément mordu la Ghoule par l’épaule – et la lui avait partiellement arrachée. Le perdant n'était pas mort pour autant et fut récupérée par ses managers pour une petite séance de charcutage et de remise sur pied pour ses prochains défis. Le tournoi des champions continua avec Vost, qui pénétra dans la lice avec ce même air de zombie mécanique que lors de leur dernière et malencontreuse entrevue. Gabriel le scrutait intensément de ses yeux verts, accoudée au balcon des tribunes réservée aux combattants. Quelqu'un l'interrompit dans ses obscures réflexions :

- Psssssst ! Hé ! Oh ! Ma belle ! Oh ! Poulette ! Archange ! Psssssssst !

Gabriel détestait plus que tout qu'on la sifflât comme une chienne. Elle tourna son regard dédaigneux vers la silhouette qui la hélait en contrebas. Il s'agissait du gangster qui engageait Vost ou, plus exactement, le maintenait dans un chenil comme un sale clébard pendant qu'il se faisait profit sur son dos. La jeune femme montra les dents, sa main se resserrant sur le pommeau de Scorpion. La foule se mit à crier, en délire. Le combat devait être intéressant, il fallait qu’elle en prenne note pour son courrier du soir. Mais toute l'attention de l’Arenienne était portée sur le bandit pour lequel elle imaginait les plus menus supplices. Celui-ci, satisfait d'avoir capté son regard, lui fit des petits signes pour qu'elle descende de l'estrade et le rejoigne à l’écart des indiscrets. Sur ses gardes, l'Humaine désescalada une à une les marches de bois pourri de termites des tribunes. Ses semelles touchèrent finalement le sol nu et bientôt se plantèrent devant le malfrat. Celui-ci lui empoigna la main et la lui secoua dans un salut vigoureux tout en lui claquant l'épaule dans une fausse effusion de joie. Il se présenta comme un amateur de duels nommé Béliar et lui présenta sa carte professionnelle, sur laquelle était imprimée près de son contact une jeune femme plantureuse aux jambes écartées, munie d’oreilles de lapin. Si le sixième sens de Katy ne lui dictait pas que l’homme était un Humain, son faciès comme sa personnalité répugnante aurait été celles d'un homme-rat. Cet homme semblait mériter sur nom qui le rattachait à la personnification du Mal, une présupposition qu’elle confirma rapidement à la suite de leur échange.
Comme les émissaires de Dieu méprisent ceux du Malin, elle se dégagea sèchement de l'étreinte trop familière de l'énergumène et le toisa de la tête aux pieds avec mépris :


- Qu’est-ce que tu me veux ? Je regardais les matchs.
- Ha oui, tu regardais Vost, n'est-ce pas ? Tu viens toujours pour ses matchs, j’ai remarché. Il fait du bon boulot quand il ne se bat pas contre toi. Mais parlons plutôt de toi, hein ? Ton succès intrigue le public, on pourrait croire qu'il y a tricherie si on ne constatait pas que tu étais gagnante aussi contre les autres champions très prisés... C'est si fréquent d'acheter une victoire, de corrompre un combattant...

Il la dévisagea de ses deux yeux noirs étrécis et luisants dans son visage de charognard. Katy soutint ce regard vicieux sans ciller. Voyant qu'elle ne réagissait pas comme il l’espérait, le vieux roublard de l'underground décida d'être plus direct.

- J'ai un deal à te faire, rien que pour toi, parce que tu me plais bien..., il laissa couler un temps pour donner de l'effet à sa phrase. Un marché très intéressant. Tu n'en auras pas deux comme ça. Nouveau temps pour sonder la guerrière, rapidement. Je te propose de t'engager pour la très ronde somme -accroche-toi bien ma jolie- de 200 écus la semaine. Et en bonus je te loge gratuitement dans mon palace situé dans le quartier des lupanards. Pas pour que tu y bosses hein, plaisanta-t-il, hilare de sa propre allusion, mais parce que les chambres sont dignes de mes princesses. Alors ? Qu'est-ce que tu en penses ? Je te préviens, des gens tueraient pour cette somme!

Gabriel n'avait aucun doute que l’on tuât dans ces rues exécrables pour une bouchée de pain ou un verre d'eau claire, alors pour un pareil salaire... L'argent n'était pas exactement un facteur de stress pour elle. Au quotidien elle était nourrie, logée et blanchie à Arena où elle pouvait gagner plus encore en exécutant des missions moins aisées mais plus gratifiantes que d'affronter des amateurs sur un cercle de sable. Ici, certes, la situation était quelque peu différente, mais pas suffisamment pour attiser sa convoitise, elle qui de plus n’était ni vénale ni avare. La main reposant toujours de façon équivoque sur Scorpion, la jeune femme dévisageait son interlocuteur sans cacher le dédain et le dégoût qu'elle éprouvait à son égard.

- Combien est payé Vost ?
- 100 écus la semaine, moins bien que tu ne le serais si tu travaillais pour moi, imagine !
- Sans parler du trou à rat où il vit.
- Il s'en fiche, il a l'habitude. C'était pire avant. Quoique... mais bon de toute façon il mérite bien d'être dans cette fosse, non ? demanda Béliar pour la rhétorique en adressant un clin d'oeil appuyé à l'Arenienne, qui haussa les sourcils. Visiblement le mafrat était convaincu de son mépris pour l'albinos.
"Comme quoi tu joues bien la comédie" lui susurra une des nombreuses voix qui se débattait dans son crâne. Elle secoua la tête, pour chasser les échos. A juste titre, le bandit interpréta ce geste également comme un refus à son offre "alléchante".
- Dure en affaire ? Je vois, j'aime les femmes qui ont du cran, qui savent marchander... 400 par semaine ? C'est la meilleure offre que je puisse te faire. Au-delà, je suis en déficit. Il faut bien que je paie mon personnel et nourrisse ma famille. J'ai deux petites filles, tu sais ?
"Les seules que tu aies reconnues en tout cas"
"Donne lui rendez-vous demain. Dans le terrain vague près de ton auberge"
- Je vais y réfléchir. Rendez-vous demain, dans le terrain vague derrière mon auberge, la Taverne de Renart.
- Hey, doucement ma petite... Tu n'es pas en position de me faire danser entre tes doigts, même si j'aimerais bien, héhé... Tu comprends, je suis un homme d’affaire occupé. C'est pas une proposition que je fais tous les jours à tout le monde, comme ça, juste parce que j’en ai le temps. Beaucoup de gens rêveraient d'être à ta place, il y a d'autres candidats.
- C'est demain ou pas du tout, répliqua fermement la guerrière, qui n'en avait pas grand chose à faire dans le fond.

Les deux trafiquants s'affrontèrent longuement du regard. Gabriel ne battit pas d'un cil, poing serré autour de son épée, la respiration profonde et lente, parfaitement imperméable à l'air menaçant du mafieux qui lui faisait place. La tension se prolongea pendant quelques longues minutes. Le visage du ladre se crispa, luttant pour maintenir ses nerfs soudés ensemble…
Finalement sa patience et son courage se fissurèrent et il soupira, détournant ses yeux pernicieux. Le visage de rat détendit ses rides soucieuses tandis que sa gueule aux incisives proéminentes -dont l'une en or- laissa s'échapper un grommellement :
"Demain, demain. Bon, je verrais. C'est possible. A vingt heures, alors. J'ai pas que ça à faire. Si tu refuses, tu pourras toujours te brosser pour revoir une telle somme glisser sous tes yeux, ma jolie, même si tu écartes bien les jambes. Demande autour de toi, tu verras ! Tu verras que tu ne devrais même pas hésiter."

Gabriel le laissa pester tout son soûl sans rien rétorquer. Peut-être qu'au meilleur de sa forme et sans contrainte à demeurer dans ce limon urbain elle aurait explosé un scandale et défiguré sur le champ le proxénète du contour de ses poings; mais pour le moment la haine bouillait en elle derrière un voile de frustration, de dégoût de soi, de préoccupations et d'obligations. Elle fixa longuement le scélérat s'éloigner dans les terriers putrides de la ville et retourna à son poste d’observation.

Le lendemain, à vingt heures, disparut l'une des plus grandes crapules des bas-fonds.

On retrouvera quelques jours plus tard son corps et celui de ses gardes, tous gonflés par les asticots et à moitié dévoré par les rats auxquels il était si semblable. La cause de la mort semblait être une épée ou une arme blanche équivalente, lui ayant perforé la panse comme une outre et découpé ses gorilles.
Loin de provoquer des émois ou des vendettas dans la mafia, les charognards qui étaient autrefois sous les ordres de Béliar ou repoussés par son influence s'entretuèrent rapidement pour reprendre la tête de son organisation et bientôt les combattants, les prostituées et les marchés noirs en sa possession tombèrent sous la coupe de sous-royaumes de vices, mettant fin à un empire qui appartenait à présent au passé.
Parmi les duellistes, l'un deux fut racheté à titre exclusif auprès d'un ladre peu scrupuleux, par une nouvelle candidate à cette escalade de la pègre.


Ce champion n'était autre que Vost, l'Annihilateur.

L'entraînement qui l’attendait allait s'avérer long et laborieux.


Fort heureusement, les personnes qui haïssent fortement ont la vengeance patiente.

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Elite Protectrice
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Vost
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MessagePosté le: 13/08/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Je t’ai racheté.


Avertissement : le processus "ego.exe" a démarré.

* ~ Comme une vulgaire pute, Vost passait de proxénète en proxénète sans qu’on lui demandât son avis, ne fût-ce que pour la forme. Quoique cette comparaison s’avérait limitée : on ne monnayait pas seulement son corps mais sa vie entière – ou plutôt ses derniers vestiges. Un sale clébard pucé, errant de laisse en laisse, n’aspirant qu’à une gamelle à moitié vide, voilà une analogie plus pertinente. Remarque, certains chiens recevaient au moins quelques caresses entre deux roustes. Lui, pour peu que l’on omît les insultes de vive-voix, n’avait droit qu’à des lettres insipides, inorganiques, factuelles ; des instructions qu’il devait enregistrer puis recracher. En définitive, il n’était qu’un esclave. Un esclave enchaîné, dépouillé de sa volonté, qui tenait dans ses mains son propre acte de vente.

Je t’ai loué une chambre à la Cuillère Noircie.


* ~ Adorable ! Elle offrait même une nouvelle niche à sa merde alcoolique, au cas où une ultime velléité l’aurait poussé à moisir entre ses quatre murs exigus ! Certes, son taudis insalubre, rempli de sang, d’alcool et de fissures, n’incarnait aucunement un foyer chaleureux. Pour autant, il avait la vague illusion de l’avoir choisi ; illusion qu’elle cherchait également à détruire. Avec acharnement, elle démolissait chaque ruine, chaque reliquat de son libre-arbitre déjà délabré. Cette opiniâtreté soulevait en lui un tumulte acide, un mélange corrosif entre injustice abyssale et dégoût insondable, qui rongeait jusqu’à la sa substantifique moelle de son ego.

Alerte : le processus "ego.exe" a pris le focus sans autorisation. Alerte : le processus "émotion.exe" a démarré sans autorisation. Alerte : mémoire vive saturée. Contre-mesure "résignation" lancée par le noyau de calcul logique. Arrêt brutal du cœur sensible... Formatage de la mémoire... Création d’une clé de cryptage pour prémunir un futur démarrage intempestif... Succès : tentative de corruption par le script "douleur inutile" repoussée. Lancement du processus "arme.exe". Dernier état stable restauré.

* ~ L’androïde versa une dose de carburant dans son réservoir. L’énergie accumulée lui permit de reprendre la synthèse de données calligraphiques pertinentes.

...[parasite filtré]... Le tenancier te donnera ta clé...[parasite filtré]... Programme d’entraînement sur le bureau...[fin du message]


* ~ Après avoir fermé la porte au nez du courrier, ses proéminences de silicone archivèrent la missive, en respectant un ordre chronologique, puis rassemblèrent machinalement ses produits de maintenance ainsi que ses divers composants amovibles. Les conditions de collecte remplies amorcèrent la prochaine séquence de l’algorithme : atteindre l’objectif. En quelques secondes de pathfinding, il parvint à élaborer un itinéraire. Temps de parcours estimé : dix-huit minutes de marche. Temps restant avant le couvre-feu : inconnu. Exempt de mission prioritaire à court terme, le programme principal appela les fonctions motrices avec, comme argument, un pointeur mémoriel vers le trajet retenu. Pendant que l’armature métallique se rendait aux coordonnées indiquées, ses réflexions étaient bloquées par une directive préprocesseur :

# une_arme_n_est_rien_sans_proprietaire = 1 #


* ~ L’automate désarticulé n’eut même pas besoin de donner son matricule. Il saisit directement la clé tendue par le gérant de la Cuillère Noircie. Ses capteurs auditifs enregistrèrent la direction de sa future cellule. Quelques consignes envoyées à ses actionneurs inférieurs suffirent pour l’atteindre. Ses pointeurs lasers débutèrent alors un rapide inventaire du mobilier : une couchette couverte de linge de lit pittoresque, une table de nuit affublée d’un réveil, une armoire de grande taille, une porte en contreplaqué, une fenêtre lumineuse et le bureau susmentionné par sa généreuse bienfaitrice [Tentative d’ironie censurée par le protocole de cryptage] sa maîtresse. Rien de grandiloquent ou d’exubérant mais, par rapport à son précédent logement, cette chambre frôlait l’indécence. Des êtres de chair lui auraient sans doute trouvé un charme, un confort chaleureux ; ce n’était pas son cas. Une fois les informations visuelles acquises, le robot exécuta une série de tâche, en suivant scrupuleusement la liste de priorités : d’abord démonter les parties les plus encombrantes de sa carrosserie, ensuite ranger ses outillages dans le meuble prévu à cet effet, puis enfin s’attabler pour compiler ses prochaines instructions.

Programme d’entraînement :

Jour 1 : Renforcement musculaire.
- 10 séries de 20 pompes (bras écartés, bras serrés, sautées et à une main) entrecoupées de 10 séries de 50 abdos (varie les exos et ne néglige pas les obliques).
- 20 séries de 20 squats lourds (utilise ton épée au pire) entrecoupées de 10 sessions de gainage de cinq minutes (change de pose à chaque fois).
- 10 séries de 15 tractions (fais-en à une main aussi) entrecoupées de 10 séries de 20 remontées de jambes.
- Si tu peux encore bouger, recommence.

Jour 2 : Repos
- Assouplissements.
- Exercices de mobilité (ceux que je te faisais faire à Arena).

Jour 3 : Cardio
- 20 km de course (trouve-toi un itinéraire, tu connais mieux le quartier que moi).
- 10 sessions de 15 minutes de step (pareil, trouve-toi un endroit). Temps de repos : 2 minutes.
- Si t’as fini avant le couvre-feu, recommence.

Jour 4 : Repos
Même chose que le jour 2.

Jour 5 : Exercice martiaux
- 1h de sac de frappe (travaille ta garde).
- Coups de taille, verticaux et obliques (travaille ta position). Tu t’arrêtes quand tu ne peux plus tenir ton épée.

Jour 6 : Repos
Tu as compris l’idée.

Répète cette boucle de 6 jours pendant tout le reste de ta formation.


* ~ La syntaxe digne d’un enfant de six ans et la pédagogie inexistante de sa radieuse Gabriel auraient sûrement arraché un sourire attendri au chevalier albinos d’Arena. L’Annihilateur, lui, ne souriait pas face aux injonctions de sa propriétaire. Ces séances de torture auto-infligée allaient s’avérer difficiles à encaisser sans l’adrénaline sécrétée au fil des combats. Heureusement, il restait l’absinthe.

P.S. : Le jour 1, c’est aujourd’hui.
P.S. 2 : N’oublie pas de t’étirer après chaque session.
P.S. 3 : Je t’ai acheté des poids en plomb. Mets-les et ne les enlève sous aucun prétexte.


* ~ Évidemment ça avait l’air trop simple... [Tentative d’ironie censurée par le protocole de cryptage]

P.S. 4 : Maintenant que tu as une salle de bain correcte, profites-en pour vous laver, toi et tes fringues.


* ~ Durant quelques tics d’horloge, l’assemblage de plastique et de silicium immatriculé Vost Odium s’interrogea sur le bienfondé d’une telle demande. Promptement, le renoncement écarta ce questionnement futile : grâce au machine-learning, il savait à présent que refuser les ordres ne permettait nullement de s’y soustraire. La moralité, le but, la raison de ses actes n’étaient plus de son ressort ; il se contentait d’accomplir les tâches auxquelles on l’affectait.

# une_arme_ne_questionne_pas_son_proprietaire = 1 #


* ~ Sa matrice neurale amena la machine humanoïde jusqu’à la salle de bain. Dans la baignoire, elle procéda à un fastidieux entretien après avoir démonté ses constituants optionnels. Tel le jet du karcher nettoyant un véhicule blindé de retour du front, le pommeau de douche débarrassa la carlingue de toutes ses impuretés. Le monoxyde de dihydrogène, qui ruisselait le long des panneaux de céramique encrassés, se teintait de nuances singulières ; grises, marrons, rouges. Un flot continu d’huile de coude fut nécessaire pour remettre l’engin démoniaque en état ; sans compter le dépoussiérage de ses filtres olfactifs. Comme stipulé dans son jeu de données, il maintint également ses équipements auxiliaires. Tandis que ces derniers trempaient dans le bac prévu à cet effet, ses appendices supérieurs les frictionnaient à l’aide d’un morceau de graisse solidifiée et aromatisée. Vu la boue infâme qui s’en échappait, les laisser décanter semblait la meilleure solution. Il profita du délai offert par l’opération pour se procurer une protection génitale immaculée. Toutefois, aucune ne put être extraite de l’agrégat de textile odorant. La dignité devenue un concept floue, entremêlé dans de lointaines lignes de codes écrites dans un langage archaïque, l’appareil consentit à attendre la fin du cycle de lavage pour couvrir ses circuits dénudés. L’activité en cours fut reléguée au rang de besoin secondaire ; la suivante provenait directement de ses données d’entrée : "poids en plomb". Les pinces rétractiles agrippèrent le sac adjoint à la table. Il contenait plusieurs pièces détachées : brassards, guêtres, gilet. Poids total estimé : quarante kilogrammes. Selon les lois de la mécanique classique, cela représentait un accroissement d’environ quarante-quatre pourcents – par rapport au régime nominal – de l’énergie à fournir pour déplacer le châssis. L’actuelle condition des tissus compromettait la réalisation de l’ensemble des exercices physiques planifiés. Pourtant, il n’avait d’autre choix que de s’y soumettre. Nulle autre bifurcation de l’algorithme n’autorisait la sortie de cette boucle. Il enfila donc ses instruments de torture sans réticence mais de manière saccadée.

* ~ En amont du polissage de rouages, le monstre d’acier devait considérer une dernière contrainte : celle de garder ses processeurs cérébraux occupés afin d’éviter les dérives cognitives. Pour ce faire, il poussa l’armoire dans un coin de la pièce dans le but de libérer le mur opposé à la fenêtre. Ensuite, à l’aide d’un de ses sept compléments ferreux de taille modérés, il entreprit de graver d’étranges symboles sur la tapisserie. Quatre arcs de cercles concentriques – dont le centre était signalé par un K – avec des portions angulaires communes et transpercées par plusieurs flèches inclinées selon divers angles. Sur la gauche, des annotations en pattes de mouches – quelques exemples : "Plus rapide", "Plus agile", "Force équivalente", "Moins endurante". À droite, une série d’approches tactiques – certaines rayées ainsi qu’affublées de la mention "ne fonctionnera pas une deuxième fois". Malgré la multitude d’assignation récentes, le mécha d’assaut n’avait pas perdu la signature de sa cible initiale :

... Katy ...


* ~ Certes, il aurait pu utiliser cahier posé sur la console. Néanmoins, cette alternative stratégique n’aurait pas permis de conserver le schéma en visuel lors des futures séances de renforcement musculaire. D’ailleurs, la première débuta lors d’un front subséquent du timer principal. Les moteurs électriques surchauffèrent rapidement à cause des surintensités cycliques, cependant ils endurèrent les pics de puissance sans s’enrayer – pour l’instant. En parallèle, les détecteurs optiques déconstruisaient chaque empreinte imprimée sur le papier peint. Le logiciel offensif produisait des idées de manœuvres inédites que le cortex se chargeait de discriminer. Le temps de calcul d’un tel procédé arithmétique – potentiellement élevé – ne présentait aucune difficulté notable : la disponibilité de l’appareil avoisinait les cent pourcents.

# une_arme_n_a_pas_besoin_de_sommeil = 1 #


* ~ La membrane fibreuse intraauriculaire capta de fortes vibrations en provenance de la porte. Le Démon synthétique savait exactement ce que cela signifiait. Interrompant les protocoles d’amélioration de sa mobilité articulaire, Il ouvrit au courrier qui lui tendait une énième missive.

Réaction violente suggérée par la tâche de fond "rage.exe". Refusée par le noyau de calcul logique. Réponse acoustique « Elle a qu’à bouger son gros cul et venir me le dire elle-même ! » préconisée par le processus "ego.exe". Réfuté par l’algorithme cartésien central sous présentation de la valeur 0 affectée à la variable d’environnement "envie_de_la_voir". Contrôle acquis par l’application "résignation".

* ~ Ses grappins arrachèrent la lettre des mains du palefroi qui se vit congédié par la fermeture automatique du sas. Un balayage laser permit de décrypter les caractères du message :

Rendez-vous à la décharge à 14h.


* ~ Cette mission prioritaire mobilisa l’ensemble des ressources. La confrontation imminente affola tous les transducteurs. L’ordinateur élabora promptement un itinéraire intégrant un point de ravitaillement. Temps de parcours estimé : quarante-huit minutes de marche. Heure actuelle : 10 :51 AM. La possibilité de continuer l’entraînement sur place existait. Quand les composants amovibles furent réassemblés, les servomoteurs démarrèrent en trombe.

# une_arme_est_faite_pour_combattre = 1 #


* ~ L’androïde listait les potentialités stratégiques offertes par les amoncellements de détritus lorsqu’elle arriva... Elles arrivèrent ? Présence d’un deuxième humanoïde d’apparence féminine détectée. Examen détaillée repoussée à un moment ultérieur. Il privilégia l’observation de sa supérieure. Immobile, en veille, il attendait ses instructions.

« Salut. »

Données non pertinentes. Réponse inutile. Poursuite de l’enregistrement. Filtrage en cours...

« Je te présente Adria. Elle sera ton adversaire aujourd’hui. »

* ~ Alors il ne méritait même plus de croiser le fer avec elle ? [Pensée vindicative enrayée par l’algorithme cartésien central] L’entité organique désignée par le substantif "Adria" proféra quelques mondanités en tendant sa main vers son opposant. Ce dernier ne bougea pas. Un grincement émaillé agita les molécules de l’atmosphère.

« Dis bonjour et serre-lui la main. »

Ordre acquis. Exécution.

« Bonjour. »

* ~ Bien que l’esclave accomplît son travail, la maîtresse soupira.

« Lui c’est Vost. Désolé, la politesse n’a jamais été son truc. »

* ~ Dit-elle après l’avoir transformé en machine à tuer et contraint à l’isolement dans les quartiers les plus hostiles de la Capitale. [Tentative de remise en question de l’autorité annihilée par les directives préprocesseurs]

« Bon. Ce combat est sensé imiter des conditions réelles. Il ne possède donc qu’une seule règle : le premier qui abandonne a perdu. Je le superviserai à bonne distance, prête à intervenir au cas où. Bon courage. »

* ~ La protectrice se posta sur une dune de déchets. Décidément elle adorait regard les gens de haut [Rancœur stérile entravée par le noyau de calcul logique] Une telle position lui accordait une vue d’ensemble.

« À mon signal... »

Arrêt de l’ensemble des processus auxiliaires. Libération des ressources disponibles. Nettoyage de la mémoire. Rectification de la posture...

« Allez-y. »

Mode Combat : activé.


Capteurs braqués sur la cible. Orbite lointaine engagée. Début de l’analyse...

* ~ La jeune femme était chétive. Elle ne possédait pas d’arme apparente – probablement une magicienne, voire une Illusienne. Elle ne revêtait aucune amure – preuve d’un excès de confiance en son pouvoir : la détermination de sa nature devenait une priorité absolue.

Événement détectée. Focalisation forcée.

* ~ La sorcière avait sorti une bille de sa besace. La sphère glissait entre ses doigts. Son visage se fendit d’un léger sourire.

Confidence de l’adversaire critique. Risque potentiellement élevé. Moteurs stoppés en vue d’une réaction d’urgence.

* ~ La balle fusa, emportant au passage un morceau de plastique.

Avarie au niveau de la mandibule inférieure. Catégorie : superficielle. Rétrogradée au rang de tâche de fond. Présence de dispositifs d’armements à distance : désavantage tactique. Contre-mesure agressive nécessaire.

* ~ Quoiqu’en surcharge pondérale, le golem d’albâtre amorça sa course à vitesse maximale. Toutefois, cela ne provoqua pas de désengagement adverse. Seule une main nue se plaça en opposition de l’excroissance damassée qui allait s’abattre.

Attitude inconsidérée. Aliénation mentale fortement envisagée.

* ~ Sans y être invité par le calculateur de bord, le zanbato se figea. Une égide invisible le propulsa brutalement dans la direction opposée. Déstabilisé par sa masse ajoutée, l’automate le laissa s’écraser au sol. Un autre appendice organique s’apposa sur son plastron. Une pression intense comprima rapidement ses éléments internes. Sa carcasse métallique fut violemment projetée en arrière. Elle heurta également la terre polluée, quelques mètres plus loin.

Multiples fêlures du compartiment thoracique. Dégâts modérés. Intégrité de la structure préservée. Quatre-vingt pourcents de l’énergie redirigée vers les fonctions motrices. Vingt pourcents restants affectés à la prise d’informations visuelles.

* ~ Le véhicule humanoïde tenta de redresser son fuselage mais son radar décela de nombreuses signatures en approche. Ses actionneurs enclenchèrent une manœuvre d’évasion. Malgré sa giration, l’appareil encaissa une partie de la salve.

Flanc droit touché. Hémorragie externe en cours. Débit sanguin : relativement faible. Retraite nécessaire à la mise en œuvre d’une stratégie.

* ~ Sa roulade l’avait embourbé dans la mélasse. Il parvint pourtant à s’en extraire et à se réfugier derrière le premier monticule de débris à portée.

Inversion de la répartition énergétique. Recherche de données dans les dernières entrées du journal. Processeur saturé.

* ~ En résumé, Adria utilisait un sort répulsif. Deux hypothèses émergèrent des précédents échanges : télékinésie ou champs de force interagissant à minima avec l’acier. Sans interrompre son mouvement, l’unité centrale réfléchissait à un moyen de discriminer ses présomptions. Pour cela, des informations complémentaires devaient être acquises. Le lancer de divers projectiles apparaissait comme l’option la plus simple, voire la plus sûre. Un pneumatique vétuste ferait l’affaire dans un premier temps. Il sortit de son couvert puis jeta le morceau de caoutchouc tel un disque olympique. Esquive.

Probabilité d’un évitement fortuit : faible. Réitération de l’expérience nécessaire pour parvenir à une conclusion fiable.

* ~ Une nouvelle rafale atteignit le tank ivoirin avant qu’il ne regagnât son abri. La grenaille rebondit néanmoins contre le blindage – son épée s’était muée en bouclier. Caché derechef, il chargea son prochain obus : un couteau. Ce dernier revint directement à l’envoyeur qui s’écarta de sa trajectoire.

Magnétisme. Fiabilité de la déduction : 89,2%. Satisfaisant. Préparation de l’assaut final...

* ~ Sa pesanteur, ainsi que sa vitesse de déplacement réduite, prémunissait autant la furtivité que l’effet de surprise. L’attaque allait être frontale. Le char se délesta donc de tous ses composés ferromagnétiques – excepté son sabre – sans arrêter ses chenilles. En parallèle, il se munit du tube le plus ductile et le plus lourd qu’il pût trouver.

Préparatifs terminés. Lancement de la séquence...

* ~ Vost Odium, l’Annihilateur, fondit sur sa cible. Dans sa pince gauche : un tuyau. Dans la droite : un zanbato en guise de rempart. De nombreuses balles ricochèrent dessus, certaines pénétrèrent les membranes accessibles. D’autre projectiles plus volumineux furent également tirés – équerres, cadres, micro-ondes. Rien ne freina l’engin de démolition. Arrivé au corps à corps, il se débarrassa de son prolongement en le balançant sur son opposant. Pour contrer ce lancer à l’aide de son pouvoir, celui-ci fut contraint de ralentir sa fuite. Le piège se referma.

Redirection de toute la puissance disponible vers le membre supérieur gauche. Swing d’anthologie imminent.

* ~ Un air ahuri et paniqué se greffa sur le visage de la pauvre femme. Elle venait de comprendre ; trop tard. Le cylindre de plomb broya sa main, son bras s’incrusta dans son buste. Un horrible cri d’effroi couvrit l’abominable craquement des os. Malheureusement, le robot tueur était dépourvu d’empathie. Alors qu’elle s’effondrait, face dans la crasse, il s’apprêtait déjà à l’achever. Une onde acoustique suspendit cependant la mise à mort.

« J’abbreuh... »

* ~ Une gerbe de sang s’échappa des lèvres de l’acculée.

« J’abandonne... Pitié... »

Évènement déclenché par le registre mémoriel. Post-scriptum du rapport de duel numéro 4, alinéa 3 :

Quand ta victime crie grâce, tu devrais l'épargner.


Mode Combat : désactivé.


* ~ Le tuyau tordu tinta sur le sol jonché d’immondices tandis que les lasers s’éteignirent. Après avoir ramassé sa lame en claudiquant, le cyborg se détourna pour réintégrer ses composants précédemment démontés. Il se retrouva nez à proéminence olfactive avec sa détentrice, qui s’était visiblement tenue plus que prête à intervenir. Quoi ? Il ne l’avait pas tuée. [Pensée vindicative censurée par le protocole de résignation] Le Berserkir électronique patienta quelques instants dans l’attente de potentielles instructions, dardant la protectrice de son regard inhumain. En l’absence de réaction, il la dépassa finalement sans émettre le moindre son, ni effectuer le moindre signe.

# une_arme_ne_tue_que_si_son_proprietaire_l’ordonne = 1 #


* ~ Les dernières heures de son jour de « détente », ainsi qu’une partie de la nuit, furent attribuées à l’extraction de corps étrangers. Placide, imperturbable, la machine chirurgicale avait patiemment retiré chaque ferraille, appliqué un produit d’entretien – à base d’éthanol – sur chaque marque d’écrouissage puis ressoudé chaque déchirure. Pour autant, ses réparations s’avérait partiellement inopérantes : son armature biologique, imparfaite par nature, requérait un repos prolongé pour se régénérer. Or le strict planning imposé ne consentait à tel loisir ; il dut par conséquent s’atteler à ses exercices d’endurance le lendemain. Au préalable, il reçut une ixième missive de la part du coursier que le processus "rage.exe" suggérait toujours d’atomiser. Après tout, elle avait fait l’effort quasi-insurmontable de le confronter pendant plus de deux minutes consécutives, il ne fallait pas abuser non plus. [Tentative d’ironie censurée par le protocole de cryptage] La même routine boucla encore une fois : arrachage de lettre intempestif, obstruction impromptue de l’encadrement de la porte, collecte de données calligraphiques, enregistrement des instructions, archivage du message :

Combat contre Adria : Tu as fait preuve d’une bonne capacité d’adaptation, mais tu es toujours beaucoup trop impulsif. Jauge d’avantage ton adversaire au lieu de foncer. Tes déplacements sont trop lents aussi, même en tenant compte des poids. Donne-toi pour le cardio.


* ~ Signal intercepté, interprété. On lui ordonnait d’actionner ses mécanismes incessamment. Sans rechigner, le véhicule aux roues voilées entama son semi-marathon – depuis la réception du programme, un parcours optimal avait largement eu le temps d’être calculé. Sa carapace plombée, cumulée à la détérioration de ses éléments structurels, rendait chaque foulée rigide, lourde, pénible ; mais cela n’enrayait point sa course – bien que le rythme s’en vît altéré. La douleur demeurait une information, un parasite inutile qui proliférait symbiotiquement dans son organisme, une tâche de fond qui ne prévalait jamais.

# une_arme_ne_souffre_pas = 1 #


* ~ Sa marche saccadé terminée, l’amas d’engrenage vrombissant chuta dans un parc – ou du moins ce qui ressemblait presque à un espace vert selon les standards des tréfonds. Ses tissus musculaires inférieurs ne répondaient plus aux influx nerveux : un passage au garage s’avérait inéluctable. Il s’assit sur un banc afin d’exécuter des opérations de maintenance sommaires : purger ses fluides salivaires, décrasser ses filtres respiratoires, remplir son réservoir ainsi qu’éprouver la mobilité de ses liaisons mécaniques. Pour temporiser durant la récupération de ses fonctions, il traça des glyphes dans la poussière à l’aide d’un prélèvement minéral réalisé à quelques centimètres. Le schéma reprenait dans les grandes lignes celui de sa chambre, en incorporant toutefois les dernières mises à jour de son protocole de guerre – principalement des contremesures liées au facteur "impulsivité". Ses capteurs optiques scrutèrent un moment le diagramme avant qu’il ne poursuivît l’entraînement.

* ~ Face à un muret, il entreprit les sautillements préconisés par son instructrice. Cette activité ne mobilisait qu’une infime portion de ses facultés procédurales. Pour maximiser l’utilisation de ses processeurs intellectuels, il élaborait des stratégies défensives inusitées. L’acquisition d’une armure à la robustesse accrue, qui à terme remplacerait sa surcharge pondérale, présentait de nombreux avantages. Consolider son porte-outil droit permettrait notamment de faciliter les parades – donc d’accorder un délai supplémentaire aux procédures d’analyse.

* ~ À chaque pause, le viriloïde agrémentait son graphe des récentes extensions de sa matrice de combat jusqu’à ce que le cycle s’achevât. Ses moteurs tressautaient, calaient parfois, mais les prescriptions hiérarchiques stipulaient qu’aucun motif, hormis le couvre-feu, ne justifiait la cessation des exercices. De nouveau, le Démon synthétique cahota dans les rues de la banlieue, sa cadence amoindrie par l’usure de ses constituants. La seconde moitié du marathon se heurta à un obstacle monumental : la perte de persévérance. L’ensemble des algorithmes moulinèrent à plein régime dans l’unique but de préserver cette notion. Ils se bloquèrent subitement à cause d’une directive prioritaire en provenance de sa supérieure :

« Putain Vost, qu’est-ce que tu fous ? »

* ~ La machine freina puis se retourna vers son interlocutrice. Réponse aussi évidente que vaine : elle avait écrit les ordres elle-même. Pourtant ses traits déformés semblaient indiquer une interrogation plus profonde que celle effectivement formulée dans la question. Après un rictus indéchiffrable, elle agrippa fermement son poignet de silicone.

Alerte maximale : détection d’un contact physique non prévu. Tentative de dégagement... Echec. Opposition rencontrée.

* ~ La carcasse inorganique se retrouva ballotée. Elle se fit trainer au hasard des rues. Autour, les manants courraient, certains hurlaient. Avait-il manqué la sonnerie ? Plausible. Où l’emmenait-elle ?

Évaluation en cours... Principale éventualité : refuge d’urgence. Probabilité : 99,9%.

* ~ La protectrice jeta sa cargaison dans une ouverture. Elle entra. La porte claqua.

* ~ Release me ! ~ *


Alerte : corruption détectée. Tentative de brute-force en cours... Lancement d’une contremesure par le noyau de calcul logique... Impossible. Quasi-totalité des ressources indisponibles. Ensemble des processeurs saturés. Avarie critique : clé de cryptage crackée. Processus "ego.exe" et "émotion.exe" libéré.

* ~ Elle était là, devant lui. Son dos le plaquait contre le mur. La promiscuité indécente l’emprisonnait. Coincé, il se trouvait contraint de sentir son odeur factice. Ses cheveux dorés s’immisçaient dans son orifice buccal, sans y être invités. Ses épaules comprimaient sa structure thoracique ; sa chute de rein exerçait une pression sur ses hanches de céramique. Une chaleur mensongère brûlait sa cuirasse. Elle rallumait des braises éteintes ; des réminiscences qui aurait dû rester scellées.

Souvenir chargé dans la mémoire vive.

[element#2307/printemps1304/retour_de_mission]

* ~ Leurs pas ramenaient irrémédiablement les tourtereaux vers leur nid. Néanmoins, qui pouvait deviner le sort que leur réservait l’état-major ? Personne, leurs voies étaient impénétrables. Peut-être seraient-ils directement renvoyés en mission, indépendamment ? Les amoureux transis profitaient alors de leurs derniers instants de douceur avant une séparation, certes provisoire, mais inéluctable. Ils flânaient, tout guillerets, voguaient au gré des allées romantiques du centre historique.

* ~ Pour une fois, leur mission s’était déroulée sans accroc. Ils avaient régulé un écosystème instable et ainsi sauvé un village d’une inévitable crise alimentaire. Cette bonne action, en cohérence avec ses valeurs, avait rendu à Katy sa jovialité naturelle. Vost ne se lassait jamais de la voir s’émerveiller devant les vitrines aux mille splendeurs, s’enthousiasmer devant les plantes fleurissantes qui enlaçaient les murs de la vieille ville, s’extasier devant le charme des ruelles sinueuses qui bourgeonnaient à chaque carrefour. La radiance de son sourire immaculé, la brillance de ses émeraudes pétillantes, emplissait le Démon d’un bonheur indescriptible, écho du bouillonnement printanier.

* ~ Les jours s’étirant, les amants hors du temps n’entendirent que l’antépénultième tintement du couvre-feu. Une course effrénée, à la recherche d’un foyer, débuta. Quid des clichés, la princesse enserrait la main de son chevalier, le guidant parmi les marées humaines. La poigne était tendre mais également ferme, car la situation l’exigeait. Après presque une minute de pérégrination véloce, la gracieuse altesse repéra un refuge dans lequel elle les précipita tous deux.

* ~ L’obscurité totale n’étouffa point la flamme ; ils n’avaient besoin d’aucune lumière pour la ressentir. La jeune femme haletante profita de l’exiguïté des lieux pour se presser contre son soupirant. À l’instar du tumulte extérieur, elle posa paisiblement sa tête blonde sur son torse, reprenant calmement son souffle. Derrière des attributs généreux, l’albinos sentait un cœur fragile battre la chamade, écho de son propre palpitant décalé. La paire d’organes jouait en canon, une mélodie aussi intense qu’affable ; si bien que le mélomane se sentit pousser des ailes. Enivré par la fragrance brute d’une peau légèrement humectée, emporté par la chaleur d’une poitrine ardente, il laissa glisser ses mains rugueuses sur des flancs escarpés. Bientôt, elles s’insinuèrent dans les interstices d’une cuirasse en cuir de Krachart, dégrafant langoureusement ses innombrables boucles. De son côté, l’angélique Gabriel déboutonna lancinement un long manteau puis délaça le plastron qui lui barrait la route. Ses doigts délicats réchauffaient la moindre parcelle qu’ils effleuraient ; ils avivaient la statue d’albâtre.

* ~ À l’image des sentiments partagés, leurs lèvres fiévreuses s’entremêlèrent avec la fougue et la passion d’une union charnelle éphémère.


[fin_de_l_element_tout_public]
*

* ~ Ces données archivées insufflèrent un fragment de vie dans ses circuits. Par réflexe, ses membres supérieurs bougèrent furtivement ; comme s’ils désiraient embrasser quelque chose.

Sous-programme "panique" appelé par le processus "émotion.exe". Arrêt brutal des fonctions motrices.

* ~ Les appendices se ravisèrent. Qu’était-il en train de faire ? Quel absurde élan l’avait poussé ? N’avait-il pas pris la peine de stocker cette information capitale dans un registre facilement accessible ? Un M-O-N-S-T-R-E, disait-elle ; un monstre qui lui faisait perdre son temps. Quoi plus clair ? Elle préservait son enveloppe de céramique sur ordre d’Arena, rien d’autre. Le dos présenté venait appuyer ce message : elle ne désirait aucunement le confronter ; pas plus que lui ne le souhaitait. Stupide machine organique ! Cette époque heureuse avait cessé d’exister ; seule sa rémanence fantomatique subsistait dans de vieux transistors mémoriels. Quand allait-il se faire à l’idée ? Quand allait-il graver ce constat dans ses disques durs ineffaçables ? Elle mentait, le spoliait, le traitait de merde, lui envoyait des missives pour éviter de lui parler... C’était limpide : ELLE NE VOULAIT PLUS VOIR SA SALE GUEULE. Alors pourquoi quelques bouts d’algorithme s’obstinaient ? Qu’espéraient-ils, hormis sombrer encore plus profondément dans les abysses du rejet et du dégoût ?

Prise de contrôle par le noyau de calcul logique grâce à une faille du processus "émotion.exe". Extinction de l’ensemble des composants. Redémarrage en cours... Elaboration d’une méthode de cryptage renforcé... Nombre premier à 8 digits trouvé. Succès.

* ~ Le robot se figea, ses pinces mécaniques alignées avec son armature. Ses lueurs oculaires s’éteignirent.

Protocole de veille engagé.

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Pinguin maléfique du Velm
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Katy
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MessagePosté le: 26/08/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Ce post contient un court passage mature


Quelqu'un toqua à la porte d'entrée de sa chambre. Gabriel, qui s'entretenait avec les deux prochains combattants des Ecoles qui affronteraient Vost, se leva avec un air circonspect. Quand il n'y avait rien à signaler, elle avait demandé au courrier de ne pas revenir lui faire de rapports, car elle était lasse d'entendre la monotone description d'un cadavre mécanique réceptionner ses plis sans émotions. Le petit émissaire, un orphelin des rues nommé Lucas que Gabriel avait pris sous son aile le temps de cette mission, la dévisagea avec embarras, l'air coupable. Il tordait nerveusement l'enveloppe qu'il n'avait vraisemblablement pas pu délivrer entre ses petites mains.

- M'dame Katy... euh... j'suis allé à la Cuillère Noircie comme vous m'l'avez demandé mais... l'Annihilateur y était pas. J'ai demandé au patron, qui m'a dit qu'il était sorti sans son arme en courant bizarrement, comme s'il se préparait pour le marathon d’la ville... J'suis parti dans la direction indiquée et j'ai demandé aux gens. Ils l'ont vu, m'ont envoyé balader d’partout, mais j'l'ai pas retrouvé et j'voulais pas trop traîner avec le couvre-feu, tout ça... J'ai fait ce que j'ai pu j'vous jure.

Il prit un air désolé et craintif, comme s'il craignait d'être rossé. Sans être une douce mère par procuration, Katy était loin d’être du genre à porter la main sur un enfant. Elle récupéra la missive et congédia son jeune employé avec un air préoccupé. Celui-ci s’en retourna avec un soulagement visible vers la chambre de bonne qu'elle lui louait, affiliée à la sienne... Bientôt, ce fut les invités spéciaux qui, renvoyés, prirent le chemin de leurs quartiers dans les environs. La Protectrice jeta un œil inquiet à l’horloge murale de sa chambre qui, malgré son aspect peu glorifiant, fonctionnait parfaitement comme la plupart de ces instruments de mesure du temps, essentiels dans un monde comme le leur.
19:54
Gabriel appréhenda les minutes qu’ils lui restaient. Le couvre-feu sonnait depuis cinq minutes… Cela signifiait que le coucher de soleil était prévu pour 20h49 – moment exact où l’absence de l’astre tout puissant libèrerait les chaînes de la Malédiction.
S'allégeant au maximum pour pouvoir courir sans trop se fatiguer, y compris en se délestant de sa précieuse épée qui n’était pourtant jamais de trop dans la Banlieue, Gabriel gagna tout d'abord la Cuillère Noircie pour faire le même constat que le garçon : Vost n’était toujours pas rentré. Elle trottina ensuite les rues alentour, demandant parfois un indice aux passants trop pressés pour lui répondre. Elle dessinait dans sa battue une spirale dont le bras s’éloignait de plus en plus des auberges. Chaque fois qu’elle croisait un parc ou un espace bétonné plus dégagé, propices aux entraînements, elle s’attardait et sondait les environs. Sans succès. L'heure tournait, les rues se désertaient – et une sombre panique s'insinuait en elle...

20:37
En apercevant Vost jogger à un rythme de croisière dans les ruelles de banlieue alors que le couvre-feu touchait à sa fin, Katy crut que son coeur en piteux état allait définitivement s'arrêter. De nombreuses pensées s'entrechoquèrent dans son esprit avec violence. Quoi, il s'entraîne pour de vrai, à une heure pareille ? Il est débile ou quoi ? Il veut mourir ? C'est une tentative de suicide ? L'horreur fit jaillir les premiers mots qui lui traversèrent à l'esprit, qu’elle n’entendit pas tant ses oreilles bourdonnaient. Comme l'on pouvait s'y attendre, seul un regard dépouillé d'âme lui répondit. Le temps pressait. Gabriel empoigna le poignet de Vost et, se tournant en direction de l’avenue la plus proche, tenta de l’emporter dans sa course. Il résista.
Bordel mais quel con !
Assomme-le.
Oh non…
Gabriel sentit une sueur froide l’envahir. L’Annihilateur allait-il, sous l'emprise d'une erreur fatale, entrer en mode combat, violer les trois lois de la robotique et porter atteinte à son propriétaire ? Une confrontation insensée allait-elle suivre ? Tire plus fort. Elle ira plus fort et, cette fois-ci, la machine obéit, comme ces appareils qu’il faut parfois malmener pour corriger d’un dysfonctionnement inexpliqué. Son pas de course derrière elle était réellement celui d’un automate, mais elle tâcha de ne pas y prêter attention. Ses pensées, en réalité, étaient envahies par une autre source de parasites : cette scène dégageait une sensation de déjà-vu… L'Arenienne ne parvenait pas à se remémorer correctement le souvenir en question, dans l'adrénaline de la course contre la mort, mais des émotions contradictoires affluaient dans sa poitrine. Secouant la tête, elle tâcha de se concentrer. Les auberges étaient trop loin pour qu'ils puissent les atteindre. Il fallait opter pour les cabines de secours, là où elle avait déjà envisagé de passer la nuit pour prolonger ses recherches jusqu'au bout. Ils en trouvèrent une libre, par chance, dans la grande artère des souterrains. Elle jeta plus qu'elle n'y fit entrer Vost à l'intérieur et se plaquant brusquement contre lui, les y enferma tous les deux avec précipitation.
20:48
Gabriel était tendue comme un arc, le souffle court. Elle craignait que Vost ne débloque et tente le tout pour le tout pour sortir, parce qu’il ne pouvait souffrir d’être en sa présence ou tout simplement parce que l’occasion était rêvée pour les tuer tous les deux. Elle pouvait en effet sentir une tension considérable émaner de lui, différente du ressort mécanique qui l'animait en combat. Malgré ses craintes fondées, Vost ne bougea pas du tout, même après l’ultime signal du couvre-feu. La jeune femme sentit le froid glacial des Monstres du Néant jaillir des ténèbres pour arpenter les rues à l'extérieur de leur abri et eut un léger glapissement incontrôlé... Elle avait oublié la sensation, lorsqu’ils étaient si proches et si nombreux comme dans la Capitale, l’endroit à plus forte densité humaine du Velm… Un cri déchira la ville immobile dans le lointain : un retardataire ? Un malchanceux dont le Sceau se serait brisé ? Seul le journal matinal du surlendemain, qui recensait les accidents nocturnes de l’avant-veille, saurait le dire…Quoiqu'il en soit, les deux Areniens étaient en sécurité relative pour le moment.

Toujours haletante, Gabriel tâcha de calmer sa respiration et de se détendre, déliant les muscles de ses épaules à cet effet. Comme elle oubliait ses peurs instinctives, elle prit lentement conscience de la proximité de son corps et de celui de Vost, qu'elle écrasait littéralement contre le fond de l'abri. Une intimité qui n'avait été ni recherchée ni réellement souhaité par aucun des deux partis, étant donné les circonstances récentes les concernant. Malgré tout, cela faisait longtemps, très longtemps, que la jeune femme n’avait pas été ainsi coupée du monde, seule, avec Vost. Sans qu’elle n’en ait le moindre contrôle, son coeur se mit à battre la chamade – sous un influx qui n’était ni la peur, ni l’adrénaline. L’obscurité tamisée, la pression de leurs deux corps serrés… lui tournèrent légèrement la tête, comme sous l’effet de l’alcool. Une vanne de ses souvenirs céda.


C’était un beau jour, comme celui-ci. Ils flânaient, ils avaient oublié le temps. Bientôt, il leur fallut courir à un abri et s’y calfeutrer doucement. Le torse de Vost, contre son dos. Les doigts du Démon dessinaient des arcanes de feu sur sa peau frémissante de désir. Ses paumes ébréchées forgées à la guerre qui se saisissaient d’elle fiévreusement, sans violence. Il la dénudait avec une ardeur et une passion qu’elle ne lui avait jamais connue. Leurs bassins, l’un contre l’autre. Les cuisses de la jeune femme, qui enserraient le corps de son amant, appelaient à l’amour. Au contact. Leurs langues chaudes et humides jouaient entre elles, simulant et intensifiant les plaisirs à venir. La pénétration survient, presque sans prévenir. Souffle coupés. La charge émotionnelle et sensorielle est trop intense. Union intense et puissante des entités attirées irrésistiblement l’une à l’autre, comme deux aimants de charge opposées. De doux baisers s’échangent, accalmie dans la tempête charnelle, pour laisser les marins refaire surface entre les vagues de l'émotion et des sentiments à fleur de peau. Le souffle qui lui balaye la nuque : ventilation de machine, ou haleine d’éperdu épris malgré lui ? Les ondulations des corps reprennent. Le rythme est régulier, parfois ponctué de notes plus intenses, ou plus graves. La peau d’une profonde blancheur de neige de Vost se pare peu à peu des tracés rougeâtres involontaires dessinés par sa partenaire. Les coutures et les cicatrices rugueuses s’échauffent tendrement dans la friction des corps. La température monte et la brûlure, elle, est douce. Le temps a perdu son fil et la bobine est égarée aux confins du Velm pour les amoureux perdus dans l’océan bouillonnant de leurs ébats. Sa main, la sienne, si proches qu’elles s’effleureraient presque… Bientôt, la tempête atteint son climax, la mer se déchaîne en tourbillons de plaisir. Les corps se resserrent, ultime et intense étreinte. Les gémissements deviennent extase, chacun respire dans le souffle de l'autre. Puis le calme revient, l’océan agité se transforme lentement en une mer d’huile apaisée. Il ne reste du brasier de la passion que les cendres chaudes, l’amour réciproque, la beauté de l'union.

Involontairement, ou presque, la main de Gabriel a fouillé l’obscurité et attrapé celle blanche et chaude de Vost, si familière malgré le temps qui passe.
Brusque retour à la réalité.
Le cœur de la jeune femme cognait dans sa poitrine comme s’il souhaitait s’en échapper. Qu’avait-elle fait ? Comment allait réagir le Démon ? Elle espérait tellement, du fond de son cœur, qu’il la prenne dans ses bras, lui pardonne ses écarts, la submerge de son empathie et de sa compassion… les derniers mois avaient été si durs pour elle que sa poitrine était comme un havre desséché en quête de la moindre tendresse, du premier geste d’affection. Elle souhaitait encore plus, mais sans y croire, retrouver l’amour qu’elle pouvait lire autrefois dans ses yeux crépusculaires et transcrits parfois dans ses chuchottements. La preuve qu’elle était spéciale pour lui, qu’ils étaient nécessaires l’un à l’autre.


- Qu’est-ce que tu fous ?

L’androïde retira sa main d’un geste sec. Cela ne correspondait pas aux directives qui lui étaient attribuées. N’ayant pas les autorisations, la demande de Gabriel venait d’être rejetée. Les deux aimants ne s'attirent plus, mais se repoussent.
La question, tranchante, brutale, alarmée, percuta la jeune femme comme une balle de plomb. Elle ramena sa propre main contre sa poitrine comme si elle s'était brûlée, se recroquevillant sur elle-même. Elle ne respirait plus. La honte l'accablait et l'étouffait comme une chape métallique. Oui, que faisait-elle ? Avait-elle oublié qu'elle n'avait pas eu le moindre échange humain avec lui depuis sa formation d'Elite ? Qu'elle l'avait trompé et évité depuis qu’elle était devenue Elite ? Qu'elle était ici en tant que formatrice et non comme sa bien-aimée ? Son rôle n’était nul autre que de le transformer en machine tueuse, travail sur lequel elle s’écharnait avec l’énergie brute du désespoir.
Un noeud se forma à sa gorge. Elle crut qu'elle allait exploser en larmes malgré ses puissantes tentatives pour se contenir.
Une voix grave, calme, s'interposa :


- Tu es une idiote.

Renji était là, sans un coin imaginaire de son esprit, à veiller sur elle. Gabriel le visualisait très bien avec sa dégaine nonchalante et pourtant toujours prête à bondir, en véritable prédateur au repos. Ses yeux d'un bleu infini la sondaient et donnaient plus de profondeur à ce message que les mots seuls, frustres, qui le composaient. La jeune femme avait appris à lire dans les reflets du lapis depuis bien longtemps. Il tendit le bras vers elle dans un geste dans un geste apaisant, comme pour lui tapoter le crâne, mais son image s'effaça avant d'atteindre son but. Malgré tout, l’intervention eut de l’effet. Gabriel parvint à refouler ses larmes. Elle emprisonna sa tristesse dans la boîte de Pandore de son âme aux côtés de ses regrets, ses remords, ses expectations. Le verrou de ce coffre allait forcément céder tôt ou tard, elle-même le savait, mais elle se jura de ne pas avoir la faiblesse de l'ouvrir d'elle-même avant la fin de cette mission. Le dialogue, les justifications, les "parce que" s'ils avaient un sens viendraient plus tard. Pour le moment, Gabriel restait silencieuse, tendue, prostrée sur elle-même. Elle ne donna aucune réponse à Vost, qui ne renouvela pas sa question, indifférent. Sans doute que jusqu’au fin fond de ses processeurs il ne voulait pas savoir la vérité, tant sa maîtresse l’écœurait.
La nuit s'écoula lentement, ainsi. À bout de forces, Katy avait fini par s'asseoir sur le mini-banc inconfortable qui faisait office de siège et de couchette pour la nuit. Vost quant à lui était resté debout, aussi loin d'elle que l'espace exigu du placard le lui permettait, semblait-il. Rongée par l'inquiétude qu'un désir suicidaire et meurtrier ne le pousse à désenclencher le loquet se la porte, Gabriel résista du mieux qu'elle put à l'épuisement, mais se surprit plusieurs fois à piquer du nez ou à se réveiller engourdie après un temps de sommeil indéterminé. Mais tel une statue ou une machine en veille, celui-ci n'avait pas l'air d'avoir bougé d'un iota.


Le matin, un mouvement tira la jeune femme de sa perte momentanée de conscience. Elle émergea d'un sommeil visqueux, inconfortable, pour constater que la porte était ouverte et Vost posté devant elle. Alarmée, elle se redressa et chercha instinctivement Scorpion – qui n’était pas là. Sa panique baissa d’un cran lorsqu’elle constata que la posture de l'androïde n'était pas hostile, il semblait simplement en attente d'instructions.
Pas le moins du monde d'humeur à jouer son rôle de programmeuse à l'aube après une nuit aussi horrible, Gabriel fusilla du regard l'homme-machine, dont elle avait sincèrement l'impression qu'il se payait sa tête en mettant l'accent sur son côté dépourvu de volonté propre. C’était comme s’il souhaitait amplifier la douleur qu’elle ressentait déjà, exciter des réactions de sa part, quand lui-même n’en avait aucune. Elle se redressa péniblement, l'épuisement lui tournant la tête comme une cuite, et sortit en bousculant son "interlocuteur" silencieux sans lui adresser la parole. Elle prit le chemin de son auberge où, après un salut désagréable lancé au propriétaire et au petit courrier, elle s'isola dans sa chambre pour rattraper quelques heures de sommeil et réfléchir douloureusement à la suite du programme. Dahlia et Ezek, dans sa tête, étaient avides de propositions, certaines plus sadiques sur d'autres, jouant sur sa blessure fraîche de la nuit. Tant bien que mal, Katy essayait de rationaliser ses pensées et d’étouffer les cris d’égo qui menaçaient ses décisions. Finalement, au lendemain, elle envoya de nouvelles instructions manuscrites à Vost.



* ~ *
~ * ~ *
~ *


La jeune femme se leva la tête lourde comme à l’accoutumée. La faiblesse de son corps, qui n’est plus à prouver, l’étonne pourtant ce matin-là. Ses avants bras lui piquent comme si des coupures s’y trouvaient. En y jetant un œil dans la pénombre de la chambre, elle ne peut s’empêcher un petit cri d’effroi : sa peau est saccagée par ce qui semble être d’innombrables griffures.
On a essayé de te réveiller pour t’arrêter, mais tu ne réagissais pas.
L’automutilation est le fruit d’un syndrome psychologique qui peut traduire des sentiments incontrôlés comme de l’angoisse, de la culpabilité, une intense colère… Qu’est-ce que tu ressens ?
Tout, probablement.
Gabriel regarda autour d’elle avec un soupçon de panique. Elle se fichait de ce que les voix se disaient entre elles. Sa peau était réellement massacrée, comme si elle avait voulu creuser jusqu'aux couches profondes du derme. Il y avait du sang partout dans les draps. Etait-elle réellement l’auteure de ces mutilations ? Comment avait-elle pu manquer de se réveiller en s’infligeant de si sévères écorchures ?
La guerrière changea maladroitement ses vêtements en tâchant de ne pas se tâcher et frappa à la porte de la chambre de bonne. Le jeune Lucas apparût dans l’entrebâillement, le visage chiffonné d’un sommeil propre aux enfants. Sa maîtresse avait croisé ses bras dans son dos pour dissimuler leur état déplorable.


- Pourrais-tu descendre et m’apporter une bouteille d’alcool fort ? N’importe quoi qui soit à plus de cinquante degrés. Dis au tenancier de mettre ça sur ma note.
- Z’êtes sûre, Madame… ? s’inquiéta le garçon qui, malgré sa fruste éducation et sa dure vie, n’en était pas moins attentionné. Il est que huit heures du matin… J’ai vu que vos bras tremblaient dernièrement tous les matins, c’est pas bon signe… Faut boire l’eau du robinet hein, on s’habitue.
- S’il te plait, insista-t-elle pour couper court au dialogue.

A contrecœur, l’enfant obéit. Quand il revint avec la flasque demandée, elle lui demanda au travers de la porte de laisser la bouteille sur le seuil. Lorsqu’elle put entendre ses pas légers s’éloigner dans le couloir, elle ouvrit la porte du couloir et la récupéra à l’abri des regards, avec ses avant-bras esquintés.
La première heure de la longue et dure journée qui l’attendait fut donc dédiée au nettoyage des ces blessures superficielles auto-infligées. Gabriel se sentait faible et stupide, en plus de tous les adjectifs méprisants qu’elle pouvait s’affubler. Elle savait, au vu du programme qu’elle avait prévu, que ce serait pourtant les moins pires dont on pouvait l’étiqueter. Cela étant fait, la jeune femme décida d'éventrer sa bourse pour acheter de l'eau de source dans un commerce hors de prix, mais où elle était à peu près sûre qu'on ne vendait pas frauduleusement l'eau du robinet embouteillée. Dans le centre de la Capitale, les canalisations et systèmes de filtration mieux entretenus permettaient un accès à l'eau portable au juste prix, mais ils en étaient éloignés de presque deux heures de transports en commun et l'Arenienne n'avait pas ce temps à perdre. Elle fit un saut dans la galerie marchande de renommée et revint avec ses onéreuses bouteilles d’eau. Comme l’avait prédit le garçon, bien qu’elle ait étanché sa soif, l'imperceptible tremblement de ses mains ne se calma qu'après une pinte de bière au comptoir de son auberge. Ce fait l'inquiéta, bien qu’elle tente de museler ses angoisses au maximum. Pouvait-on devenir dépendant de l'alcool aussi vite ou était-ce juste un hasard lié au fait qu'elle se dégourdissait au fur et à mesure de la journée ? Son état de faiblesse, lui, semblait plus difficile à curer. La jeune femme eût beau dévorer avec appétit le plat du jour et un dessert fortement sucré, elle se sentait toujours autant vidée de son énergie. Pour tâcher de se motiver, retourna à sa chambre et enchaîna quelques échauffements en prenant garde de ne pas, cette fois-ci, abîmer le mobilier de façon inconsidérée. Lynn, debout à côté d'elle, faisait le compte de ses pompes et autres séries. Ezekiel arpentait la chambre comme un fauve en cage et Dahlia surveillait la rue par la jalousie de l'unique fenêtre de la pièce. Bien qu'elle tâchât de ne pas leur prêter attention et de se concentrer, Katy pouvait entendre entre chacun de ses soufflements d’efforts la discussion entre les deux amants imaginaires


- Je me demande si elle est vraiment en état de continuer. Il faudra bientôt qu'elle se batte, en plus.
- C'est bon, c'est une Elite, ne t'inquiètes pas comme ça... Elle a tenu tête à Renji, alors ce gringalet...
- Il ne faut pas sous-estimer les Bersekirs, même les Officiers.
- Je ne le sous-estime pas. Il a progressé. Aujourd’hui sera un dernier test… Mis à part ça, c'est bientôt fini
C'est vrai. C'est bientôt fini - songea la guerrière après un dernier coup d'épée porté dans le vide, jambes fléchies, pour achever d'éveiller l’intégralité de ses muscles. L’énergie lui était quelque peu revenue. Elle était prête, au moins pour ce qui était de son corps...

L'Annihilateur se présenta comme prévu à l'heure exacte du rendez-vous, dans l'usine désaffectée dont Gabriel avait transmis les coordonnées quelques jours plus tôt. L’immense bâtiment était dédié autrefois, semblait-il d’après les vestiges de chantiers interrompus, à la construction navale de grands vaisseaux, pour le commerce ou la guerre. Ceux-ci une fois construits qui étaient déchargés directement dans le fleuve qui traversait la Capitale, le Doloris, au bord duquel l’usine était construite. L’on pouvait rentrer à l’intérieur par des portes défoncées ou des fenêtres de bureaux brisées, ou même par des percées dans le toit effondré auquel on accédait par d’anciennes échelles de secours. Au sein du bâtiment négligé régnaient en maître des rongeurs, des chauves-souris et autres mammifères errants, des insectes, arachnées et scolopendres de tous genres. Malgré leur nombre vertigineux, leur présence était relativement discrète aux yeux des humains et ne faisait que rajouter un sentiment de solitude et de désertion à cet ensemble de machines, d’instruments et de postes en inactivités. La poussière était omniprésente sur ces tas de ferraille que la rouille grignotait lentement au fur et à mesure que le temps faisait plonger dans l’oubli ce lieu désuet. Les objets dégageaient une étrange et intense tristesse puisque, inusités, ils avaient perdu la raison d’être pour laquelle ils avaient été créés et entretenus pendant de nombreuses années. Le décor, froid, sombre, nostalgique, mécanique, était un fond de façon très ironiquement idéal pour entraîner l’Annihilateur, qui se révélait être une véritable machine à tuer.
Katy attendait dans un grand hangar où reposaient des robots porte-charge. Elle était équipée comme à l’accoutumée de son set d’armure, excepté du casque qui reposait sous son bras et son bouclier dans son dos. Scorpion pendait tranquillement dans son fourreau, lié à son baudrier. Cet ensemble ne signifiait pas pour autant qu'elle allait se battre, puisque ses effets lui permettaient essentiellement d'intervenir en duel au cas où Vost risquerait d'achever un précieux adversaire. Ses déchirures aux bras étaient couvertes par ses gantelets.
Le Bersekir 1.0 se posta en face de sa programmeuse, toujours aussi inhumain que d'habitude. Leurs regards se croisèrent sans qu’aucun message ne passe.


- Bonjour, Vost, articula la Protectrice avec effort.

Comme prévu, sauf consigne l'y contraignant explicitement, le robot qui lui faisait office d'élève ne lui répondit pas. Katy grinça des dents. Elle avait envie de le gifler.

Bah, fais-le, il ne réagira pas de toute façon.
Ne l’écoute pas. Il agit exactement comme tu le demandes, sois compréhensive...
‘Faut pas tomber dans ce jeu-là. On ne peut pas devenir un robot juste comme ça. Il joue la comédie pour épuiser tes nerfs. Il…

- Ca suffit.

Les voix se turent, stupéfaites par son intervention orale, audible par tout auditoire extérieur à sa tête. Si Vost manifestait de la surprise ou une interrogation, elle était en tout cas incapable de le lire sur son visage de silicone inanimé. Et dans l’état actuel des choses, elle s’en contrefichait.

- Si tu es prêt, commençons sans attendre. Lynn, montre-toi.

Cette fois-ci, la tête articulée bougea, on sentit l'âme prisonnière s'animer derrière les vitraux rouges de ces dispositifs visuels. A cette réaction qu’elle ne parvenait pas à éveiller elle-même, le coeur de Gabriel saigna quelque part. Mais ce n'était après tout qu’une coupure ou deux de plus sur un organe décadent.
Lynn sortit de derrière la ruine métallique où elle était jusque-là cachée. La raison de sa présence ici, en plus du contexte de leurs retrouvailles à tous les trois, était claire : elle était vêtue de sa cape noire et de son armure légère, un katar dégainé à chaque poing.
Vost dut en venir au même résultat dans ses réflexions puisque son visage se décomposa. De le voir réagir ainsi après un si long moment d’inexpressivité était un spectacle déroutant pour Gabriel, qui sentit sa tête bourdonner. Les voix chuchotaient sans cesse. L’androïde -en était-il toujours un dans l’état actuel des choses ?- ne bougea pas ni ne dégaina son arme. Pour appuyer les évidences dans le doute, l'instructrice commença à égrainer les instructions :

- Lynn a été choisie pour être ton adversaire aujourd'hui. C'est une excellente guerrière et c'est toujours très instructif de se battre contre un Traqueur.
- Non.

Silence.

- ... Pardon ? demanda Gabriel, sous le choc malgré elle de voir Vost s'exprimer de lui-même.
- Je ne veux pas me battre contre elle.

Nouveau silence. Lynn jeta un regard interrogateur en direction de l’Elite du trinôme. Katy n’avait pas quitté des yeux son disciple. Sa poitrine se comprimait si fort qu'elle ne put s'empêcher d'y porter sa main avec une grimace involontaire de douleur.


- ... C'est une plaisanterie, j'espère. Tu sais bien qu'aucun de nous n'a le choix, ici. Alors ne perdons pas d'avantage de temps et faisons ce que l'on attend de nous. Vost eut un geste que l'on put interpréter comme un mouvement de rage dans sa direction, peut-être pour se jeter sur elle ou lui cracher à la figure quelque bravade, mais se ravisa. La blonde n'y porta pas plus d'attention que nécessaire. En garde, à présent !

A contrecoeur, le duelliste présenta son arme au clair, la faisant glisser par-dessus son épaule hors de son fourreau dorsal. A peine eut-il prit position que Lynn attaqua sans hésitation. Les katars tintèrent à plusieurs reprises sur la Zanbato sans rencontrer d'opposition active. Vost restait sur la défensive. Toutefois la Traqueuse étant plus rapide que lui, elle ne tarda pas à l'esquinter aux coups suivants. Pourtant, même le sang qui coulait ne poussait pas l'albinos à contre-attaquer sérieusement.
À quelques reprises, il feignit des attaques. Mais Gabriel avait l’œil suffisamment aguerri et n’était pas dupe : malgré leur violence apparente elles cachaient en réalité une certaine mollesse, un manque de volonté de tuer ou de blesser sérieusement. Elle tenta plusieurs injonctions et provocations pour le motiver d'avantage, seulement il apparut bientôt évident qu'il n'y avait rien à y faire : il ne lui obéissait plus, en tout cas pas pour ce combat. Comme on pouvait s'y attendre dans une situation pareille, sous les yeux effervescents de colère de l’Humaine, il ne fallut pas beaucoup de temps pour la frêle Traqueuse pour désarmer son massif adversaire, le faire chuter et l'immobiliser. Assise à califourchon sur lui, elle lui appuya les katars en croix à fleur de carotide.
Après un moment d'immobilité qui soulignèrent son impeccable victoire, Lynn défit sa prise et releva avant de reculer martialement de plusieurs pas. Vost ne prit pas la peine d'en faire autant, il préférait visiblement rester atterré. Gabriel s'approcha, ses semelles comme des marteaux sur le sol métallique de l'usine. Elle se planta près de lui et se fit violence pour ne pas le secouer d’un coup de pied. Des éclairs rouges passaient dans son champ de vision tant les émotions qui la traversaient étaient vives et presque incontrôlables.


- C'était minable, tu en as conscience ? commenta-t-elle amèrement. Tu ne l'as pas attaquée car tu l'apprécie ? Regarde mieux.

Les lasers rouges balayèrent lentement l'espace dans la direction indiquée. Là où ils se posèrent, Lynn avait disparue et était remplacé par une autre femme, qui venait de retirer une perruque et quelques bouts de masque parfaitement maquillé. La Traqueuse était en réalité une Trompeuse de belle réputation. Gabriel n’aurait jamais demandé à sa meilleure amie de venir rosser leur colocataire auquel elles tenaient toutes les deux beaucoup. La vie de guerrier à Arena était suffisamment faite de souffrance comme ça, elle n’avait pas besoin de partager sa part. Par conséquent il y avait fort à parier que Lynn ignorait encore tout de leur situation, à moins que les rumeurs de ces combats clandestins entre élèves lui soient remontées.
La mission de l’Illusienne accomplie, celle-ci rendit les armes blanches d’emprunt dont elle n'avait plus usage à la guerrière et se retira pour retourner vers son Ecole.
La guerrière dépouilla Vost du regard, dont elle ne parvenait de nouveau plus à déchiffrer l’expression à présent qu’ils n’étaient que tous les deux et que l’image de Lynn avait disparu.

- Méfies toi des apparences et obéis aux ordres. Tout en gardant ton sang-froid, n'oublie pas que tu restes une arme. Retiens ça pour aujourd’hui. Debout, ce n’est pas fini, tu as encore des adversaires à battre, et convenablement cette fois-ci. Après-demain, c'est moi que tu affronteras.

L’adversaire suivant s’avança et Vost, tout superficiellement blessé qu’il était, dut se remettre en mode combat. Les duels s’enchaînèrent sans accroc cette fois-ci et se soldèrent tous de la victoire du champion des souterrains de la Capitale, preuve de l’insubordination dont il avait fait preuve plus tôt et qui faisait toujours bouillonner de rage Gabriel. Elle ne remarquait même pas les gamins des rues curieux qui, attirés par l’animation des combats dans cette structure abandonnée, y avaient vu le célèbre Annihilateur y combattre sous le joug de sa maîtresse l’Archange. Les rumeurs se propageaient déjà comme un feu de joie dans les rues de la banlieue sur cette arène improvisée où on pouvait y voir des combats extraordinaires. L’on murmurait que l’Archange et l’Annihilateur s’y battraient à mort dans deux jours. Mais tout ça, la guerrière n’y prêta aucune attention. Ses jades ardents ne quittaient pas Vost.

Tu es jalouse ?
Je peux m'en charger si tu veux.
Ne t’en fais pas, on va t’aider.
Il a fait exprès, c’est évident.
Que pense-t-il à ton avis ?
Il te déteste, il te méprise.
C’était une provocation. Pour te montrer à quel point elle comptait pour lui, et toi tu n’étais rien.
Après-demain nous l’affronterons.
Et nous le massacrerons ensemble.

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Vost
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MessagePosté le: 02/09/2018    Sujet du message: Abandon, baston. Répondre en citant

Dernière analyse visuelle avant l'ultime offensive.

* ~ Le rouquin gisait sur le béton, incapable de se redresser. Ses mollets étaient profondément entaillés ; un assaut que même son extrême vélocité ne lui avait pas permis d'esquiver. Mus par le désespoir, que l’on pouvait lire sur ses traits tirés, ses membres s’agitaient aléatoirement, presque chaotiquement, comme s'il espérait encore gagner cette bataille. Son orgueil déplacé l'empêchait d'abandonner.

Alerte : le processus "rage.exe" a outrepassé les protocoles de sécurité.

* ~ Tant mieux. Il allait enfin fermer sa gueule pour de bon. Il allait enfin ravaler son arrogance et s'étouffer avec pour l'éternité. Finies les longues tirades ponctuées de provocations : « je suis le plus fort », « j'ai tout vu », « t'es naze », « si ta meuf se barre avec moi c'est parce que je suis le meilleur »... Il allait enfin crever tel le misérable clébard qu'il était.

Alerte : fonctions cognitives endommagées. Transfert d'une rancune personnifiée vers un tiers innocent. Tentative de restauration engagée par le noyau de calcul logique... Succès. Reprise des protocoles de combat.

* ~ En l'absence de sollicitation acoustique provenant de son adversaire, la machine de guerre prépara la frappe orbitale. Un signal d'urgence, envoyé par le radar phonique, interrompit toutefois la mise à feu.

Bruits de pas détectés. Fréquence élevée. Direction estimé : entre 3 et 4 heures.

* ~ Le robot put à peine raidir ses servomoteurs avant l'impact. Sa carlingue encaissa le choc avec fracas. Malgré la panique, ses accéléromètres et son excroissance métallique – en guise de troisième appui – lui permirent de conserver un équilibre relatif. Une fois l'engin stabilisé, ses lasers pointèrent la direction indiquée par les jauges de déformation. La Protectrice venait de le charger.

Alerte : le processus "rage.exe" a ENCORE outrepassé les protocoles de sécurité.

* ~ Évidemment! La sainte ni touche archange Gabriel d'Arena venait prêcher la bonne parole à grands coups de bouclier! Ses sourcils froncés sur son petit nez sacré, elle inondait la vermine de ses leçons de morale dissonantes! Hourra! Gloire à la miséricorde divine! Épargner les pauvres âmes du bas monde pour mieux les plonger dans la tourmente, les enchaîner à une vie de souffrance. Comment osait-elle ramener sa compassion factice après l'avoir contraint à blesser la seule personne qui éprouvait un minimum de considération à son égard? Ne connaissait-elle pas la honte? Ah non, pardon, ô vénérable prophétesse! Ce n'était point l'authentique Lynael, juste une Trompeuse déguisée! Un subterfuge à la vertu irréprochable.

Message sonore à caractère provocateur envoyé par le processus "rage.exe"... Tentative d'interception engagée par le processeur cartésien central... Échec.

« Il a pas crié grâce. »

* ~ En parallèle du mouvement de ses lèvres, les iris flamboyants du Démon consumaient la Séraphine. Tels des orbes de magma en fusion, ils brûlaient ses ailes contrefaites, enflammaient son auréole postiche pour révéler son imposture aux yeux de tous. Malheureusement, eux seuls percevaient sa véritable nature : celle d'une menteuse qui cachait sa cruauté derrière un sourire de façade, celle d'une manipulatrice qui réalisait de prétendus actes généreux pour se donner bonne conscience, celle d'une hypocrite qui justifiait ses manquements par des lois martiales. Mais qui en aurait tenu rigueur à la plèbe? Parée de son halo blondin, accordant sa merci à quiconque, elle incarnait une bénédiction inespérée pour ce faubourg putride. Vost, quant à lui, ne ressemblait qu'à une abomination pétrie par le dégoût, l'alcool et le miasme ; une abomination que l'on fuyait comme la peste, que l'on chassait à la fourche. La messagère céleste face à l'engeance des tréfonds? Le choix paraissait évident ; lui-même s'était mépris par le passé.

Tentative de scellement du processus "rage.exe"... Succès approximatif. Hostilité partiellement endiguée par le noyau de calcul logique.

Mode Combat : désactivé.


* ~ L'hybride de chair ardente et d'acier glacé rengaina son arme automatiquement ; sa maquerelle [échec de la censure] lui avait préalablement indiqué que cette passe serait la dernière de la journée. Cela s'avérait fort opportun puisqu'il ne souhaitait [échec de la tentative d'abnégation] pas rester une seconde de plus dans cette usine désaffectée. Il avait reçu suffisamment d'instructions de merde [échec de la censure] pour le moment. Dans le but de réintégrer son module de maintenance, il amorça une course nonchalante sans détourner son regard noir de sa future cible.

* ~ Visiblement, celle-ci n'avait pas accueilli la précédente intervention orale avec autant de surprise que la première. Elle le dévisageait d'un air mauvais ; un rictus tendu qui laissait entièrement transparaître la colère qui l'habitait. Cette exaspération, lourde et gluante, surclassait largement tous les ressentiments qu'avaient exprimés ses jades ternis depuis le début de la formation. Le semi-automate ne parvenait à comprendre les causes d'une telle fureur – ses reliquats organiques bouillonnants entravaient sa faculté d'analyse – mais, à ce stade, il n'en avait cure : son objectif consistait à s'extraire de l'atmosphère électrique qui parasitait ses circuits. Ainsi, il déborda la sermonneuse corrompue en la bousculant. Lui avait-elle craché quelques remontrances fallacieuses au passage? Impossible à déterminer, son réservoir ne contenait plus assez de patience pour l'écouter.

Œil pour œil.


* ~ Pendant toute la durée du trajet, la joute mentale, opposant sa haine animale aux algorithmes de résignation, conserva son intensité. Tantôt le char d'assaut avançait inflexiblement, peu soucieux des obstacles qui se dressaient sur sa route. Tantôt la bête piétinait nerveusement, hurlant sur les passants qui s'approchaient trop à son goût. Alternance frénétique : foulées mécaniques, cahots somatiques.

Poursuite de l'entraînement intimé par le processeur cartésien central... Déclinée par le noyau sensible. Forçage lancé par les programmes logiques... Contre-offensive des processus émotionnels... Bilan : nul. Fonctions cognitives gelées. Réflexion bloquée.

* ~ La porte de sa chambre claqua derrière l'être composite. Quand sa vision duale croisa l'immense schéma qui ornait le mur, un spasme parcourut son bras à moitié synthétique. Animé par une volonté propre, son poing réquisitionna toute la puissance disponible afin de s'écraser avec véhémence au centre de la gravure – à l'exact emplacement du K. Avantageusement, les parois en briques prémunirent une visite intempestive du voisinage. Il fallait cependant se rendre à l'évidence : sa raison n'arrivait plus à contenir efficacement ses émotions. Le golem imparfait avait amplement dépassé ses limites en termes de contrôle de soi ; les récents événements ayant certainement agi comme des catalyseurs. Pourtant, céder à ses pulsions n'était pas une option. En effet, s'il ne se ressaisissait pas, l'issue du combat annoncé pour le surlendemain ne ferait aucun doute. Il finirait humilié et surtout... Vivant. De là, son calvaire interminable recommencerait fatalement. Seule sa transformation en arme, en annihilateur dépouillé de la moindre once d'humanité, laissait entrevoir une autre éventualité : celle de succomber à sa propriétaire – ou à minima celle de regagner Arena pour espérer mourir lors d'une mission périlleuse. Le logiciel devait donc corriger ses propres bugs rapidement.

Négociation entamées... Consensus de l'ensemble des processus atteint. Libération provisoire des émotions. Prise de contrôle par le noyau sensible momentanément accordée.

* ~ Ouvrir les soupapes, lâcher la pression ; voilà l'unique solution qui vérifiait cette équation. Son principal avantage résidait dans l'optimisation énergétique : elle enrayait la dilapidation de ressources inhérente aux querelles internes. Par ailleurs, elle réduirait probablement, dans un futur hypothétique, le nombre de tentatives de corruption menées par les émotions. Néanmoins, le risque d'un putsch du noyau sensible, sans possible retour à la normale, devenait prépondérant. Privé de meilleure alternative, il devrait s'en accommoder.

* ~ Exutoire transitoire dans une histoire dérisoire.~ *


* ~ À fleur de peau, Vost décida de suspendre son irrévocable destin en descendant au rez-de-chaussée. Si cette résolution paraissait futile au demeurant – car elle n'apportait aucun renouveau ni aucun apaisement à son existence –, elle avait au moins le mérite de venir de lui. De surcroît, la taverne qui s'étendait sous sa prison diffusait de la musique – de la musique pour arriérés lobotomisés à la variété insipide, certes, mais de la musique quand même. En se concentrant sur la mélodie, ne fût-ce que pour critiquer son amas de notes aussi inspiré que la quatorzième saison des Anges du Velm™, il s'affranchissait de quelques pensées morbides, à défaut de se calmer. Le niveau inférieur présentait également un autre bénéfice notable : le bar ne servait pas seulement de l'absinthe bon marché – son rapport prix/éthanol défiait toute concurrence, toutefois sa texture de produit d'entretien agressait salement la langue.

* ~ Quand le pessimiste désabusé s'accouda au comptoir, un périmètre de sécurité, d'environ trois mètres, se dessina instantanément autour de lui – même le tenancier hésita à prendre sa commande. Cette situation ne l'étonnait ni ne l'émouvait, il avait fourni beaucoup d'efforts pour arriver à ce résultat. Peut-être allait-il pouvoir siroter son scotch tranquille? Avec un peu de chance, la ranimation de ses papilles engourdies l'adoucirait. Comme toujours, ses présomptions furent infirmées : un gamin s'installa à ses côtés. Sérieusement, qu'avaient-ils, ces mioches, à le suivre partout? Était-ce une sorte de malédiction qu'il traînait depuis son départ de l'orphelinat? En tout cas, il aurait assurément préféré se retrouver encerclé par des monstres du Néant plutôt que par des gosses.

* ~ Derrière, plus aucun client ne respirait. Pétrifiés, ils attendaient fébrilement le dénouement de l'étrange spectacle qui se déroulait devant leurs yeux écarquillés. L'albinos sentait leurs ignobles regards peser sur ses épaules. Alors que ses dents grinçaient imperceptiblement, un léger rictus d'agacement déchira ses lèvres. Autant il appréciait la paix offerte par sa taciturnité, autant il détestait être le centre de l'attention. Il jeta donc un œil courroucé à l'assemblée qui reprit promptement ses activités originelles. Premier problème réglé. Pour se débarrasser du second, il pratiqua la fameuse technique de l'autruche en plantant sa tête dans son verre.

* Peut-être que si je le regarde pas et que je lui parle pas... *

« J't'ai vu à l'usine! T'es trop fort! »

* Fait chier... *

* ~ Perdu. L’innocence de ce petit gars téméraire outrepassait l’apathie du Démon plus vraiment solitaire. Ce dernier n’était pas assez hypocrite pour objecter qu’un enfant n’avait rien à faire en ce lieu : lui-même avait fréquenté des tavernes dégoutantes à son âge – à la différence près qu’il ouvrait moins son clapet. Par conséquent, il opta pour un classique, mais généralement efficace :

« T'as pas quelqu'un d'autre à aller emmerder?

- Ben... Non. Tu sais, j’travaille ici l’aprem. C’est ma pause, mais j’ai pas l’droit d’sortir. Puis tous les autres poivrots ils sont nazes ! Alors que toi... Bim ! Bam ! Boum ! »

* ~ Encore perdu. Le gamin imitait des passes de boxe et des coups d’épée pour appuyer son propos ; il ne voulait pas lâcher l’affaire. Brave ou débile ? Difficile à dire. Toutefois, l’esclave provisoirement libéré constata avec un amusement en demi-teinte que son interlocuteur partageait son désintérêt pour les gens.

« Tu les as tous castagnés c’matin ! Bon sauf la rouquine... »

* ~ Le whisky subit une hausse de pression.

« J’ai vu que tu te bagarrais pour de faux, mais j’dirai rien, promis ! En plus c’était même pas la fille que tu croyais, pas vrai ? Elle était toute déguisée et tout... C’est la blonde qui t’a roulé, hein ? Elle est pas gentille... »

* ~ Décidément, ils s’accordaient sur bien des points.

« Dis, c’est ton amoureuse, la rouquine j’veux dire ? »

* ~ Le récipient crissa sous le joug d’une poigne de fer.

« Non. »

* ~ Pourquoi se justifiait-il auprès d’un gosse ?

« Ah ! J’ai compris ! C’est la blonde, c’est ça ? Elle en colère contre toi parce que tu lui as tiré les ch’veux ! »

* ~ La coupe explosa en milliers de fragments qui s’éparpillèrent sur la console. Un lourd silence suivit. Une goutte de sueur perla sur le front du mioche. D’un geste furieux, le guerrier incrusta une poignée d’écus dans le comptoir avant de se retirer, furibond.

* ~ Dans une vaine tentative de délier ses nerfs, il se promena sur la rive du Doloris. Lorsqu’il atteint un des docks crasseux qui le bordait, il s’avança sur la jetée puis s’assit à son extrémité. L’odeur nauséabonde de l’eau ordurière emplissait ses narines, la pollution de l’air se déposait sur sa toison immaculée et secouée par le vent. Pensif, il observait les déchets dériver au gré des courants, regardait les dockers s’agiter chaotiquement sur leurs immenses navires. Un décor qui l’avait vu grandir, pour le pire seulement ; un décor qu’il avait quitté un temps, pour mieux ressombrer par la suite. Face à ce paysage immonde, Il songea aux paroles de l’ange Ezekiel :

« Ce trou minable est parfait pour toi. »

* ~ Le colosse s’était aussi joué de lui, pourtant il n’avait peut-être pas tort à ce sujet. Un instant, l’idée fugace de confier sa carcasse aux flots impétueux traversa l’esprit du dépressif. Persuadé qu’un foutu Traqueur ou qu’une foutue blonde parviendrait par miracle à le repêcher, il se ravisa. Acculé, condamné à affronter la futilité de son existence bâtie sur une tromperie, il attendait une entité capable d’abréger sa lente agonie. Lui qui ne comptait sur personne, lui qui n’avait plus confiance en personne – même en celle qu’il avait autrefois estimée digne –, il devait à présent livrer son sort aux mains d’autrui. Soudain, la sonnerie de couvre-feu mit un terme à ses sombres réflexions. Il fallait rentrer, laisser derrière lui cette échappée inepte pour achever sa mission.

* ~ Une fois sa misérable cellule regagnée, le taulard dressa le bilan de son escapade émotive. L’examen détaillé aboutit à une conclusion prévisible : tout ce cirque ne lui avait rien apporté. Son humeur n’avait pas changé, le trou béant dans sa poitrine ne s’était pas refermé et sa vie, en plus de rester une vaste blague, ne lui appartenait toujours pas – de toute façon, il ne saurait que la gâcher.

Événement déclenché par une consigne de la conceptrice. Post-scriptum numéro quatre du programme d’entraînement.

Maintenant que tu as une salle de bain correcte, profites-en pour vous laver, toi et tes fringues.


* ~ Les processeurs logiques s’impatientaient ; l’heure de réintégrer la matrice approchait. Le croisement mécanorganique se dirigea mollement vers la salle d’eau, comme l’intimait sa propriétaire. Sous la douche, il gratta soigneusement le sang coagulé qui s’était accroché à ses blessures superficielles ainsi qu’à ses vêtements. Ensuite, il nettoya longuement son armature rongée par l’acrimonie ambiante. Après séchage, il partit en quête de l’artefact ultime : un caleçon propre. Cependant, en farfouillant dans son sac, il exhuma une autre relique oubliée. Le voyage l’avait apparemment malmenée – le Protecteur à la minutie approximative méritait sûrement des remerciements pour cela. Fonctionnait-elle encore ? Le Démon s’en fichait. Cette boîte à musique le fascinait pour une raison différente à présent : elle montrait dans quelles mesures le mensonge pouvait altérer des réminiscences heureuses ; elle incarnait une distorsion capable de transformer le plus exquis des souvenirs en une affliction infernale. L’intense souffrance qu’éprouvait Vost en la contemplant surpassait outrageusement le banal chagrin nostalgique car elle n’était pas liée à un passé égaré, dérobé ou révolu, mais bien à un passé inexistant. Tel un rêve perdant sa réalité au moment de l’éveil, sa mémoire devenait caduque.

* ~ En y songeant avec plus d’application, cette journée lui avait finalement apporté une chose : une douleur inutile qui confortait son désir de sceller à jamais ses sentiments. Se débattre ne rimait à rien, la vacuité l’attendait au tournant, le désespoir le guettait depuis son perchoir de haine et de dégoût. Seul l’accomplissement de la mission possédait un vague sens. Abnégation, résignation, unique solution.

Destruction des processus "ego.exe", "rage.exe" et "émotion.exe". Aucune résistance détectée. Formatage de la mémoire en cours...

* ~ Le Berserkir scella à nouveau la relique, et avec elle ses souvenirs.

Prise de contrôle par le noyau de calcul logique. Lancement du processus "arme.exe"...

* ~ La machine était prête.

# une_arme_ne_connait_aucun_repit = 1 #


* ~ Le robot humanoïde sortit de son module de stase le lendemain matin. Aussitôt, ses processeurs cognitifs s’activèrent : de nombreuses tâches étaient déjà planifiées. En premier lieu, il rechargea ses batteries en éthanol. Profitant de la faible consommation en ressources qu’impliquait cette opération de maintenance, il analysa une énième fois l’algorithme gravé sur le mur. Le recoupement des données visuelles avec les acquisitions de la veille appelèrent une citation du registre mémoriel : « retourner contre l’ennemi ses propres armes », L’Art de la Guerre, Valcen, 1234. Si la détermination de sa causalité demeurait imprécise, la colère de la propriétaire était avérée. Inverser le flux de provocations apparaissait donc comme l’option la plus viable. Problème : son code source ne comportait aucune fonction relative à l’éloquence. Résolution : la préparation pallierait ce manque. Ainsi, l’automate nota quelques éléments susceptibles de déclencher des réactions inconsidérées avant d’entamer son entraînement.

Jour 5 : exercices martiaux.


* ~ Afin de pratiquer à domicile – i.e. optimiser le temps qui lui était imparti –, il déplaça l’objet désigné par le substantif « lit ». S’en suivit une interminable série de tailles horizontales, verticales et obliques. À chaque pause, il agrémentait son schéma de nouvelles possibilités tactiques – fulgurances acoustiques ou actes potentiellement irritants – jusqu’à ce qu’une émergeât du lot. Dès lors, son planigramme changea ; les consignes de sa supérieure furent reléguées au rang de préoccupations annexes tandis que la mise en place de sa stratégie se hissa au sommet de la liste des priorités. En conséquence, il modifia son exercice pour augmenter la correspondance avec l’objectif principal. Le logiciel amorça une boucle inédite ; une alternance entre sollicitations mécaniques autocodées et phases de conception autogérées. À mesure que les radiations électromagnétiques en provenance de la centrale thermonucléaire céleste diminuaient en intensité, son protocole de bataille s’affinait.

* ~ Lorsque le dernier photon fut réfracté par la céramique de l’ouverture appelée « fenêtre », la séquence s’interrompit. Avec indifférence, la machine nota qu’aucune nouvelle instruction ne lui était parvenue. Cette information termina expéditivement sa course dans la corbeille car, l’étonnement étant banni au même titre que les autres émotions, elle ne servait nul but. Le focus fut redirigé sur l’arborescence de combat. Les processus logiques la jugèrent satisfaisante à l’unanimité. Le cyborg lança alors une veille prolongée de façon à sauvegarder son opérationnalité.

# une_arme_doit_toujours_etre_affutee = 1 #


* ~ Le tank immatriculé « Vost Odium » fendit la foule qui se rassemblait déjà aux abords de l’usine. Le déchargement de sa cargaison de plomb, autorisé par son commandant, facilitait grandement la manœuvre ; si bien qu’il atteint rapidement l’arène improvisée.

Cible acquise. Examen visuel succinct : posture défensive, bras croisés, traits fermés, expression impassible.

* ~ Ce jour-là, elle ne dégaina pas ses habituelles salutations stériles, seulement ses armes. Concentrée, déterminée, elle ne semblait pas encline à sous-estimer son adversaire une seconde fois. Peu importait, le Démon synthétique avait minutieusement calculé chacune de ses bravades.


Mode Combat : activé.


* ~ Il imita automatiquement la guerrière en maintenant la pression à l’aide de ses pointeurs lasers.

Première étape de l’algorithme amorcée. Transfert du prolongement ferreux vers le membre supérieur droit.

* ~ La pince s’ouvrit, la lame chuta, l’acier tinta. Un sourcil s’arqua, une bouche se déforma, le silence s’installa.

Avertissement : surprise adverse insuffisante pour susciter une réaction exploitable. Intervention orale requise.

« J’abandonne.

- Ramasse ton arme.

- Non.

- Ramasse ta putain d’arme et arrête de me faire perdre mon temps. »

Grossièreté détectée. État de nerf propice à la provocation. Réquisition de toute la force de persuasion disponible. Estimation à priori de la crédibilité : 70%. Convenable.

* ~ Une voix organique simulée s’échappa de ses lèvres de silicone :

« Si t’es si pressée de retourner te faire tringler par Renji, vas-y. Tu peux toujours envoyer Lynn se battre à ta place. »

* ~ La lionne serra si fort sa mâchoire qu’on entendit la friction de l’émail dans toute la lice. Elle avança d’un pas enragé, semant derrière elle son épée, son bouclier, ainsi que son casque.

Succès. Mobilisation de l’ensemble des capteurs. Traitement des données en flux tendu. Utilisation CPU : 110%. En attente du signal en provenance des détecteurs optiques... Seuil franchi.

* ~ Sa patte massive venait de se poser dans un piège à loup. L’androïde démarra son moteur inférieur droit à plein régime. Plaçant son pied métallique sous le manche du zanbatō, il parvint à le redresser grâce à une impulsion modérée. Le composant réintégra alors l’assemblage cliquetant, à gauche cette fois. D’aucuns auraient pu se délecter, ou au contraire s’émouvoir, de la panique qui tordait le visage de la Protectrice. Pas lui.

Succès. Deuxième bifurcation de l’algorithme de combat. Redirection de l’énergie vers le membre supérieur gauche.

* ~ Exempt de pitié, il trancha horizontalement. D’un pas de retrait, son adversaire esquiva hasardeusement. Elle écopa d’une sérieuse entaille, au niveau du bras et du flanc. Une unique option s’offrait à elle : se désengager dans le but de récupérer son écu – à minima. Une action facile à anticiper.

Quatrième branche de l’arborescence. Poursuite déclenchée.

* ~ Dans son dos, le char d’assaut pilonnait le sol avec véhémence. Son pavois recouvré, elle volta promptement mais le Berserkir n’était pas là. Il avait profité de la débâcle pour se rapprocher de Scorpion, qu’il rendit définitivement inaccessible. Loin de s’avouer vaincue, la reine de la savane réduit la distance en vue d’un désarmement. Prévisible.

Quatrième bifurcation de l’algorithme de combat.

* ~ Bernée par une feinte, elle récolta un coup de pommeau dans l’arcade ainsi qu’une semelle dans le plexus. Le double impact la força à reculer. Seul son sang gorgeait le champ de bataille.

Cible désarçonnée. Douzième branche de l’arborescence. Nouvelle frappe horizontale lancée.

* ~ Prédiction erronée : elle dévia l’attaque de justesse. L’engin déshumanisé prolongea son mouvement au-dessus de son compartiment céphalique puis abattit verticalement son excroissance ; une offensive que son opposant évita aisément.

Cinquième bifurcation de l’algorithme de combat. Sollicitation des actionneurs droits.

* ~ Toutefois, il changea subitement la trajectoire de sa volée à l’aide de son gantelet. Le plat de lame placarda la tête de lion contre le thorax de l’usurpatrice avant de la repousser violemment. Usant du délai offert par sa projection, il convertit son élan en une estocade.

Fenêtre de tir dégagée. Quinzième branche de l’arborescence. Probabilité d’évasion : négligeable.

* ~ Cette botte allait sceller l’issue de ce duel ; ou pas. L’archange Gabriel accomplissait encore des miracles. En désaxant vers l’extérieur, elle avait fermement agrippé le fer démesuré. La tranche de son bouclier menaçait de détruire la pince ennemie. Impossible se soustraire au heurt à moins de lâcher prise. Le viriloïde y consentit, au prix d’un auriculaire. Il avait sous-estimé sa faculté d’adaptation.

Bifurcation de l’algorithme inexistante. Erreur.

* ~ Ses rotules ployèrent à cause d’une béquille. Son réceptacle cérébral vibra sous le joug du pommeau de propre composant.

Œil pour œil.


* ~ Il vacilla pendant que sa cible se débarrassait du zanbatō et de son écu. Elle adopta ensuite une garde agressive, prête à en découdre. Trop tard pour la provocation, elle entrait dans une transe guerrière. Un véritable déluge de phalanges submergea l’automate. Il résista aux premières déferlantes mais fut balayé par uppercut en plein diaphragme. Ses filtres à air toussotèrent, son armature cahota. Par chance, la tempête se calma ; une occasion parfaite pour se replier.

Situation critique. Plan de secours déployé.

* ~ En retrait, il tira les sept couteaux de lancer qui ornait sa cuissarde. Disposées en éventail, les pointes d’acier formaient une arme pugilat improvisée. Face à ce revirement, la Protectrice resta prudente ; ce qui accorda un délai supplémentaire à l’albinos artificiel. Ce dernier savait pertinemment qu’il ne pouvait triompher au corps à corps – techniquement, elle le surclassait largement. Il initia donc son ultime stratagème. Son doigt ensanglanté glissa sous son manteau. Les projectiles disparurent. Un sceau apparut.

Fin de l’algorithme. Processus suspendus.

* ~ Dans un tourbillon venteux flanqué d’un flash lumineux, Sword prit le contrôle. L’air grondait encore quand il fondit sur sa cible. En un éclair, il asséna deux crochets, suivis de près par un yoko geri. Katy encaissa durement cet assaut. Mue par une autorité intangible, sa garde s’abaissa, son nez s’enfonça dans son crâne. Sonnée, elle parvint pourtant à parer l’atémi suivant. Dans le même geste, elle contra avec un nouvel uppercut, doublé d’un direct.

* ~ Les échanges durèrent jusqu’à qu’elle se fatiguât. Son défaut d’endurance la contraignit à subir sans riposter. Dans un sursaut de vindicte, son tibia tenta de repousser son assaillant. Sa jambe se retrouva coincée. Une paire de droites fracassa son visage. Une fois déstabilisée, le Djinn la balança au sol en rompant son dernier appui. Il grimpa ensuite sur elle en la harcelant de coups. Acculée, exténuée, la lionne rugit de rage. Elle se rua nerveusement afin de libérer une ses pattes inférieures. Ceci fait, elle rejeta en arrière un des genoux de son adversaire qui chut sur sa poitrine.

* ~ Leurs regards se croisèrent furtivement mais la scène se déroula au ralenti tant l’adrénaline pulsait dans leurs veines. Rubis flamboyants, émeraudes sauvages ; des pierres précieuses qui autrefois s’unissaient dans le plus parfait des bijoux. À présent, elles ne constituaient qu’une vulgaire camelote ; un vieux bibelot qu’il convenait de confier à un antiquaire.

* ~ Soudain, la bête mordit furieusement l’oreille de sa proie. Offusqué par tant de barbarie, le génie se redressa brusquement. Une de ses mains enserra l’encolure de l’animal avec vigueur, l’autre entrava ses griffes. Bientôt, seuls des bruits de suffocations accompagnèrent les convulsions frénétiques.

Arrêt des fonctions motrices.

Mode Combat : désactivé.


* ~ En dépit de toutes les ressources investies dans la destruction de ses sentiments, l’Annihilateur ne pouvait se résoudre à supprimer sa génitrice. Vaincu, il relâcha son étranglement puis congédia Sword. Les termes du contrat étaient gravés dans son registre mémoriel, néanmoins il ne s’attendait pas à ce que l’invocation exigeât sa rétribution si rapidement. Il n’eut pas le temps de serrer ses constituants émaillés avant que ses structures internes ne cédassent. La carcasse désarticulée s’écroula sur sa propriétaire dans un craquement effroyable. La torture engendrée par ses os brisés commençait à parasiter ses capteurs ; il allait s’évanouir - toute la douleur emmagasinée au cours de sa formation n’empêchait pas ses processeurs de dérayer. Malheureusement, il survivrait. Il avait perdu.

* ~ Au final, Vost n’arrivait pas à déterminer sa plus grande source de souffrance. Résidait-elle dans ses avaries multiples? Dans sa défaite ? Ou bien dans le fait de s’endormir une nouvelle fois dans cette toison dorée ?

Blackout.

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MessagePosté le: 21/11/2018    Sujet du message: Abandon, baston.

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