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L'expédition perdue

 
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Pilipa
Eleve d'Illusia

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MessagePosté le: 21/08/2018    Sujet du message: L'expédition perdue Répondre en citant

Elle glisse ses doigts contre son front pour dompter ses mèches indisciplinés portées par les alizées. Ses pas s'enfoncent dans un labyrinthe de sable et suivent les sentiers des dunes. Entre ses doigts, l'éclat d'une aiguille désigne, constante, la route à suivre.

Dans ses prunelles fluctuantes, une lueur énigmatique trahit son manque de repères. Elle tourne la tête à la recherche d'un point, n'importe lequel, du ciel couvert déchiré de haillons dorées, des herbes folles griffant ses jambes nues, des troncs dépouillés par l'air salé.
Elle recherche une similitude, une familiarité, un souvenir, un élément de son passé oublié, une clé capable d'ouvrir les verrous de son identité.

Elle suit, malgré l'incertitude, les injonctions de son amulette. Que désigne-t-elle du bout de sa flèche ? Quelle cible veut-elle atteindre ? Quelle place est la sienne ? Dans le brouillard du mensonge, la lame de la boussole tranche. Implacable, elle trace la direction qu'elle souhaite prendre. L'exilée part en voyage, sillonne les sentiers oubliés de son histoire.

Un manteau sombre et voluptueux couvre les cieux, caresse la terre de son ombre. Ce même voile occupe son esprit, opaque et pourtant imperceptible. Chaque pensée peut la trahir. Chaque souvenir peut lui mentir. Elle ne sait plus à qui donner sa confiance. Les questions, trop nombreuses, se chahutent. Aucune réponse ne parvient à les calmer. Le doute s'installe, prend racine, détruit patiemment les parcelles de ses certitudes. Elle se morcelle, et craint de tomber dans le vide.

La boîte maudite s'est ouverte à lecture des rapports. Les vérités ont quitté leurs geôles d'encre noir pour saccager son palais mental, déchirer ses teintures d'insouciance, souffler la flamme de ses croyances sans parvenir, pourtant, à forcer les cadenas de sa mémoire. Derrière les portes closes soufflent des plaintes et des râles. Douleur, haine, désespoir puis, le vide, le calme, une décision.

Du haut d'une colline, elle l'aperçoit. Sa première clé. Petit hameau bordé par le sable pâle et les vagues vertes, isolé, cerné par le vide et par une ligne d'horizon trop lointaine. Son image entre dans la serrure sans aucune résistance. Pourtant, elle s'inquiète. Est-elle vraiment certaine de vouloir libérer ce qui se cache derrière les sombres portes ? Ne peut-elle pas continuer à vivre dans l'ignorance, gardée des monstres qui se cachent dans l'ombre de leur prison ?

Un instant, sa détermination vacille. La peur lui chuchote, siffle dans ses oreilles, glacent son sang et l'encourage à fuir, à déserter cette place où l'attend le danger. Elle croit rebrousser chemin quand, soudain, un lueur farouche emplit ses pupilles et ressert la prise de sa main. Le contact chaud de la boussole raffermit son emprise, galvanise sa volonté. Elle préfère vivre folle que d'avancer dans le doute.

Poussée par les alizées indomptables, elle dévale la pente ensablée pour rejoindre le hameau, parcourt la plage désertique pour laisser, aux côtés de celles des crabes, ses propres traces de pas. Elle s'approche mais ne distingue aucun signe d'activité ou de vie. Abandonnées, les quelques cabanes agonisent sous la morsure iodée du vent au côté d'un ponton que la marée grignote patiemment pour, un jour prochain, l'avaler totalement.

Un sentiment inquiétant mais vif s'éveille en elle tandis qu'elle visite le vestige à la recherche d'indices, bien qu'elle trouve peu de matériel, signe d'exode. Quelque chose l'hypnotise. Le cri des mouettes, le flottement d'un haillon dépouillé, le sommet d'un mât, des algues sèches piégées dans un filet. Le son d'un carillon. Guidée par son ouïe, sa vue en trouve l'origine. Derrière un rideau de perles, l'intérieur sombre d'une bâtisse terne l'attire.

L'abîme appelle l'abîme. Inexorablement, son âme appelle à rejoindre sa sœur jumelle piégée dans l'ombre. Elle marche en transe, partiellement consciente, touche une partie d'elle même, singulière, familière, en posant sa main sur les planches de bois rayées par le sel. Quelque chose d'étrange se manifeste quand elle écarte le rideaux. Elle se sent grande. A l'intérieur, rien d'autre que quelques meubles décomposés, une table, deux tabourets, un lit, un matelas rongé, une faille béante dans le mur où s'introduit la lumière et le vent qui joue, tranquillement, sa partition sur des planchettes suspendues.

Son regard suit les fines plaques, s'oublie dans leur ondulation, et bascule. La clé s'est tournée. Son univers tangue. La lumière disparaît tandis que le vent, d'abord léger, se change en bravade. Les murs de planches s'écroulent autour d'elle et remplacent le sol poussiéreux, forment sous ses pieds nus désormais la coque d'un bateau. Sa tête cogne contre un mât. Ses poings sont liés. La mer se déchaîne sur le navire, livre des gifles glacées à son corps ceinturé. La panique noircit ses yeux, assourdie son ouïe. Elle croit entendre quelqu'un crier dans la nuit. Déchirant la tempête, la frêle gamine hurle à l'agonie. Elle appelle de tout son être la voie de son cœur, le guide de sa raison. Un visage rassurant, une poitrine réconfortante. L'électricité bat l'air, rigidifie ses nerfs. Un tremblement parcourt ses jambes, remonte jusqu'à sa tête. Une onde de choc dans son esprit. Elle le saisit. Un instant, il lévite. Mais son corps bascule, à nouveau. Son père disparaît dans la mer, s'évanouit dans les flots. Une vague de colère la submerge. Un vent de tristesse la couche. Elle se sent faible, impuissante. Celui qu'elle aime disparaît par la faiblesse de son contrôle, de son pouvoir trop fragile.

Elle s'écroule, se réveille sous le choc de son corps qui s’effondre. Le voile illusoire s'abaisse. Sa conscience émerge. En sueur, un vide inédit se loge au creux de sa poitrine serrée. Elle halète, tandis qu'elle tient d'une main sa boussole contre le sol, de l'autre, la boule qui s'est formée dans son cœur, lourde comme sa culpabilité. Les yeux écarquillés, elle retrouve la lumière, elle retrouve les murs, les meubles, le vent, la musique. Elle retrouve une part de son âme, lourde et douloureuse. Elle se recroqueville, comme une petite fille, pour se défendre du monde, de ses horreurs, d'elle-même. Malgré son âge, elle ne peut s'empêcher d'y penser.


- Je n'ai pas pu le sauver, murmure-t-elle d'une voix rauque.

Petite sœur des vents salés. Elle se souvient. Petites sœur des alizées. C'est ainsi qu'ils l'ont nommé, les grandes personnes qui l'ont trouvé et ramené à terre. Celle qui pleure en mer, l'orpheline des eaux salées. Elle ne comprenait pas leur langue. C'est ainsi qu'ils l'appelaient, là, dans cette couche, tandis qu'elle grelottait, délirante. Elle était, à leurs yeux, l'incarnation d'un personnage, l'apparition d'un mythe marin.

Les murs l'étouffent, l'air lui manque. La naufragée se relève soudain pour franchir le rideau. Éblouie un instant, elle redevient, sur la paisible plage, celle qu'elle était. L'élève d'Illusia, la sorcière indigène. Mais la nouvelle part de son âme souhaite s'inscrire, recherche quelque chose, un symbole, un réceptacle pour ne plus s'échapper. Son regard tombe sur un éclat, une larme brillante et rose, coincée dans un fil de pêche. Un appât dont elle se saisit et sectionne les liens avec ses dents avant d'approcher, à son oreille, un hameçon pour percer son lobe, la mâchoire serrée. La petite perle lévite pour trouver sa place, son fil traverse sa peau pour lier le bijou.


- L'orpheline des eaux salées... chuchote-t-elle, le regard tourné vers le large.

La douleur s'estompe, sans disparaître. Ses prunelles se perdent dans l'onde des vagues, dans leur lointaine platitude. Un sentiment de manque, de nostalgie. Elle cherche dans l'horizon ses semblables. Leur manque-t-elle aussi ? Où est son père ? Dans quelles eaux repose-t-il ? Trouvera-t-elle un jour le chemin du retour ? Elle songe aux notes inscrites dans les rapports. Illusia connaît ses origines et a déjà exploré Imerrisha, mais les brutes du bureau refusent de la renseigner. Elle songe au moyen d'accéder à ces informations quand l'aiguille de son amulette tourne radicalement pour désigner, dans son dos, un homme en cape noir.

- Vous ? s'interloque-t-elle.
- Tu me reconnais ?
- Je ne me souviens que de votre visage, avoue-t-elle.
- Le contraire m'aurait étonné, s'amuse-t-il.
- Pourquoi venez-vous ? Une nouvelle mission ? souffle-t-elle laconique.
- Mieux, une promotion. Illusia souhaite te former pour te voir rejoindre le rang de ses officiers, déclame-t-il avec solennité.
- Je pensais avoir déjà échoué, s'étonne-t-elle.
- Il faut croire que ta virée dans une Source te donne une seconde chance. Ce serait dommage de la gâcher à nouveau, si tu veux bien me suivre, conclut-il d'un ton plus autoritaire que poli.

A ses paroles il tend ses doigts dans l'espace pour faire apparaître en leur bout une irrégularité, un point autour duquel la réalité se tord pour être aspirer. Elle s'approche sous l'injonction de son regard pour traverser le portail, emprunter le chemin de traverse et sombrer dans un faisceau obscure et étroit où son corps, étiré, malaxé, fonce inexorablement vers un point lumineux qui s'amplifie, irradie, et finalement l'expulse dans un nouveau plan. Projetée dans les couloirs de l'école, elle se réceptionne après quelques enjambées, suivie de près par son transporteur qui lui ne prend pas la peine de s'arrêter à la sortie du portail.

- Tu dois te préparer à un environnement hostile et glacée. Le zéro absolu n'est pas une légende, et là où tu vas, il peut même devenir la norme. Prends ce que tu as de plus chaud, tant pis pour la fluidité des mouvements. Il vaut mieux que tu peines à bouger plutôt que tu ne bouges plus tout court. Si tu as de quoi améliorer ta résistance au froid, c'est le moment, mais n'oublie pas que l'effet des potions est limité. Vérifie tes armes. Les métaux réagissent à la température. C'est possible qu'elles ne soit pas adaptées au froid. Tu peux prendre de quoi faire un feu mais n'imagine pas faire de campement dans le blizzard. A moins que tu ne sois formée aux abris dans les terres glacées...

L'élite continue de réciter ses avis de préparation en même temps qu'il l'entraîne, dans un marche endiablée, devant la chambre n°1. Elle en franchit le seuil pour fouiller en vitesse dans ses placards et trouver ses vêtements les plus épais et isolants. Elle déniche ses habits d'hiver soigneusement rangés.

- Change toi de suite, on part là-bas juste après, lui conseille-t-il.
- Est ce tu peux fermer la porte ?
- Pour quoi faire ? répond-il sans vergogne.

Le battant pivote de lui même dans un froncement de sourcil irrité et bloque l'accès au traqueur interloqué qui, au travers de la porte, lui adresse avec agacement :

- Dépêche-toi !

Elle prend le temps de souffler, de réfléchir. A peine a-t-elle le temps de recouvrer un pan de son histoire que l'école l'envoie en mission. En formation. Qu'a-t-elle à y gagner ?

Elle se déleste de ses vêtements de voyage pour enfiler ses collants les plus chauds, un juste-au-corps isolant couvrant la longueur de ses bras, un sous-pull dont le col recouvre son cou, un pantalon resserré à la toile épaisse, un pull en laine l'ayant sauvé de maints hivers gelés, une cagoule dans laquelle elle enfile sa tête avant d'entourer son cou d'un châle qu'elle noue vers l'avant. Elle termine par enfiler son manteau et ses bottes de montagnard.
Sensible par nature au froid, la caemélidée s'était prévenue des températures glaciales, mais craint l'idée de connaître des températures plus exacerbées qu'à l'est du continent.
Elle rejoint le fil de sa pensée en préparant son sac d'expédition qu'elle termine promptement pour rejoindre l'entrée de sa chambre et son garde du corps mécontent.


- C'est bon ? Tu es prête ? Je fais pas d'aller-retour, maugrée-t-il.
- C'est bon pour moi. Je peux savoir quelle rang d'officier on veut me faire intégrer ? questionne-t-elle avec intérêt.
- La branche des Destructeurs, lâche-t-il.

Son regard s'éclaire d'un soupçon d'étonnement bienvenu. Elle qui supposait devoir suivre la voie des Trompeurs, du à sa particularité biologique, apprend que l'école mise désormais sur son pouvoir...

Les doigts du traqueur se lève de nouveau, alors qu'apparaît un deuxième portail. Un frisson traverse son échine. Elle se saisit de son sac pour obtenir un flacon qu'elle débouche et porte à ses lèvres. Un goût particulier et indescriptible transit ses papilles alors qu'elle avale le contenu de la potion. A l'image de son vécu dans le Temple de la foudre, son corps développe une nouvelle résistance, garde son corps à sa température idéale. L'originaire des îles goûte au plaisir bref d'une température tropicale, avant que son compagnon de route ne l'enjoigne à emprunter le vortex.
Affable, elle plonge en avant pour découvrir, au bout du voyage, un monde immaculé.

Ses pieds s'enfoncent dans la neige, ses yeux se perdent dans l'immensité givrée. Des monts de glace et de roche à perte de vue. Son corps tremble malgré elle, avant de se stabiliser. La température est telle qu'elle éprouve sa prévention alchimique. L'inquiétude la gagne. Elle ne pourra supporter ces températures que deux jours. Au delà... Elle préfère ne pas se l'imaginer.


- C'est pas trop tôt ! Je commençais à me demander si j'allais pas devenir un triste bonhomme de neige ! entonne derrière elle une voix familière.

Eleanor. La sorcière pigmentée découvre avec joie l'identité de sa formatrice. De même taille, au visage rond encadré d'une chevelure d'ébène, l'élite emmitouflée illumine ses aspirations. Bien qu'elle regrette sa piètre prestation passée, un sourire reconnaissant se dessine sur ses lèvres à sa découverte.

- Suis-moi, j'ai follement envie d'un chocolat chaud, l'enjoigne-t-elle en prenant la direction du refuge.

_________________


Dernière édition par Pilipa le 29/08/2018; édité 1 fois
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MessagePosté le: 21/08/2018    Sujet du message: Publicité

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Eleanor
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MessagePosté le: 26/08/2018    Sujet du message: L'expédition perdue Répondre en citant

« J'en reviens pas ! Aller hop hop ! Tu reviens du Temple de la Foudre, tu as à peine le temps de récupérer psychologiquement, de t'occuper de quelques cas à l'Infirmerie parce qu'on te l'a gentiment demandé que : voilà ! Une fois encore, on vient voir qui ? Oui, oui, la pauvre petite Eleanor qui s'est lâchement faite abandonner par ses affreux colocataires... Les bougres ! Toi qui leur avait dit que t'étais partante pour une mission avec eux... Et, puis... Comme si c'était pas suffisant il ne faut pas que ce soit une tâche toute simple du genre : tiens, survie dans cette forêt ! Nonon ! Une nouvelle formation ! Et en plus, avec une élève qui a déjà été recalé une fois ! Abandon forcé, forfait par coma, appelez ça comme vous voulez ! Voilà qu'on vous la recolle entre les pattes en croisant les doigts pour que cette fois-ci ça marche ! On change au passage : Acolyte en Destructeur, pour voir si ça attire les bonnes fortunes du Père Fouettard et on prie, hein.... Puis bon, qui sait... Si elle échoue encore une fois, elle aura peut-être le bénéfice de se tourner vers une formation de Trompeur... On vous laisse deviner pour le futur tuteur...
Oh... serait-ce là... de...
L'ironie ?
Non !
De l'esclavagisme !
Comme si ce n'était pas suffisant, saupoudrez le tout avec le lieu : les Contrées enneigées ! Oui oui, ces plaines désertiques et glacées sur lesquels t'as failli te faire écharper la dernière fois que tu as foulé les lieux ! Bon, toi ça va, tu as une résistance un peu plus accrue aux changements de température mais l'élève qu'on te met dans les pattes... Ils attendent quoi ? De voir si elle tourne bleue avant de déclarer forfait... ? Puis surtout, pour faire quoi là bas ? Lui faire faire un marathon... ?
- T'aurais pu dire quelque chose à ce sujet.

- Pourquoi faire ? Ça aurait été moins drôle. Non ? »

La tête brune ricane, haussant nonchalamment de ses frêles épaules. La vaporeuse rousse s'éloigne dans un sourire amusé. Est-elle rassurée de voir que son amie n'a pas perdu sa touche d'humour ?
Quelques vagues préparatifs sont à prévoir ; se prémunir au moins d'une écharpe et de bottes épaisses par exemple. Aussi, faire une réserve non conséquente de nourriture... Qui dit expédition dans des contrées glacées dit moins de vivres... Hors de question pour la petite brunette de se voir priver durant des jours entiers, ou qui sait, quelques longues semaines de barres chocolatés ou autre booster de moral.
Ses divers préparatifs terminés, la petite Sorcière s'aventure dans les couloirs labyrinthiques d'Illusia à la recherche d'un Traqueur pouvant la téléporter. En temps normal elle aurait pu utiliser les services d'un certain Chaton, mais celui-ci semble, à l'heure actuelle, aux abonnés absents.

S'en suit alors un portail, une traversée, une chute, du blanc, un blizzard ! Oh nous, juste une banale flopée de neige dans un vent un peu fort~...
Eleanor époussette ses vêtements et plissant alors des yeux, elle tente de repérer sa consœur Illusienne... qui manque à l'appel. Pour l'instant seulement, espère-t-elle. Remontant son échappe sur son nez et rabattant la capuche de son gilet, elle s'approche alors d'une sorte de tableau géant. Annonce, disparition, recherche...
La rouquine, affublée d'un haut à capuche et d'un bonnet à oreilles de lapin s'appuie contre le bois humide. Ses yeux d'un bleu glace balaie d'un air désabusé les affiches manuscrites.


« Mh. Tu cherches à acheter un local ici ? À moins que le « Concours de pêche » sur la banquise ne t'intéresse ?
- Pas vraiment non ; mis à part faire courir la Miss à moitié nue dans le froid tout en lui faisant utiliser son pouvoir pour traîner ma luge... J'essaie de voir s'il n'y aurait pas quelque chose de plus scolaire, ou du moins utile. Ils auraient pu envoyer un Destructeur à ma place...
- C'est pour ça que je suis là, non ?
- Oui m'enfin, toi t'es... pas là.
- Et ? D'accord. J'admets qu'annoncer à ton élève « Oh salut, tu vas être formée par moi et mon amie décédée, anciennement élite destructrice, qui est dans ma tête », ça sonne moyen...
- Lucide, n'est-ce-pas ? Et dire que c'est toi la plus pragmatique de nous deux...
- Bon... Le développement du pouvoir élémentaire c'est pas pour l'instant, tu dois d'abord la faire se concentrer et s'exercer suffisamment sur son pouvoir pour arriver à une maîtrise parfaite... ou presque parfaite. Enfin, ça servira à rien si elle gèle et claque avant, cela dit. Elle ne m'a pas marqué plus que ça mais tu as juste à espérer qu'elle n'est pas stupide et qu'elle s'est préparée. Ça doit pas être si compliqué d'acheter quelques potions.
- On verra bien quand elle arrivera... Un sourire toujours collé aux lèvres et les bras croisés, un haussement d'épaules se dessine. Oh tiens, pourquoi pas... ça ? Après tout, si elle doit courir dans le grand froid, autant qu'elle ait un but, non ? »

À son tour, la silhouette vaporeuse hausse des épaules en soufflant légèrement. Un pâle sourire s'esquisse tandis que l'Acolyte interpelle quelques passants, leur posant des questions sur un convoi de caravanes ayant disparu...

Toujours plantée sur la place publique, la Sorcière commence à sentir le froid mordiller au travers de ses vêtements... Ce n'est pas comme si elle attend depuis un petit bout, mais presque. Peut-être aurait-elle prendre couvert, ou bien simplement laisser la caemélidé se débrouiller pour la trouver dans le Refuge.
Néanmoins, le flot festif de noms d'oiseaux à l'égard de cette dernière agit comme magie incantatoire : la redoublante, tel un lapin sortant du chapeau arrive ! Ses pieds embrassent la poudreuse tandis que ses yeux semblent découvrir avec horreur les environs.


« Elle va rester là, longtemps à décortiquer les environs ? Elle risque de geler. Enfin, tu me diras, si ça arrive, tu seras au moins débarrassée de ta formation.
- Tu sonnes presque comme Renji, c'est peut-être pour ça que tu as du mal avec lui, non ? »

Elle roule des yeux tandis que ses lèvres dessinent un certain dédain. Eleanor lui tire la langue avant de s'approcher de sa... dite protégée. Elle l'invite alors à la suivre chaleureusement dans la taverne la plus proche.
Autour, tout s'anime dans un brouhaha ambiant ; après tout, les gens se réchauffent comme ils peuvent dans les environs. Malgré la chaleur doucereuse de la cheminée, certains préfèrent un éthanol assez fort pour contre-carrer les morsures du froid.
Toutes trois installées autour d'une table et deux chocolats chauds à disposition, Eleanor découvre ses mains, son visage. Dans un sourire, elle jauge au passage l'Officière en devenir tandis que 'Liv continue de pester à son égard. Les apparitions mentales sont-elles sujettes au froid ?
À moins que ce soit de la jalousie~
Post-mortem, certes.


« Booon... J'espère que tu vas bien, que tu as pu récupéré depuis -Ton échec.- la dernière fois et que tu t'es remise du Temple de la Foudre ! J'ai déjà pu former des Acolytes, Traqueurs, ou encore Trompeurs mais bon... Il faut bien une première fois à tout, -Si tant est qu'elle réussisse.»

La Malak esquisse alors un sourire énigmatique tandis que 'Liv, enfoncée dans sa chaise les bras croisées, ne tarde pas à se redresser, jaugeant de plus près la caemélidé... Heureusement que la rouquine n'est qu'une apparition mentale enfermée dans la petite boite crânienne de la brunette. Cependant, capable de ressentir les émotions externes, la jeune Sorcière aux traits raciaux exotiques lui apparaît un peu décontenancée.

« Le froid ? Je comprends. J'espère que tu as eu le loisir de te préparer ! Après tout, je n'aurai certainement pas la force de te traîner dans la neige si tu venais à rentrer en hypothermie... Alors qu'elle lui adresse un clin d’œil malicieux, quelque chose semble se décomposer à l'intérieur de son interlocutrice.
- C'est à dire que...
- Cruchette. Oui, je sais, tu vas me dire que c'est un surnom presque mignon mais là, non. Elle est sérieuse ? Tu crois qu'elle va nous sortir l'excuse du « Ah mais le Traqueur ne m'a pas laissé le temps... » ? C'est comme ça avec toutes les nouvelles formations ? »

Le ton sévère d'Olivia désintéresse Eleanor des propos mitigés de l'officière à l'épreuve. Encore sujette aux bienséances sociales et autres convenances obligatoires pour lui éviter la case « Asile psychiatrique » ou « Session obligatoire avec un vieux fou », elle reste muette. Son visage habituellement mutin traduise alors une expression plus neutre, presque flegmatique. Ses yeux violines continuent de dévisager son élève en silence. La série d'explication pataude force l'Acolyte à s'abreuver, regrettant au passage de ne pas avoir demandé au tavernier d'ajouter un petit remontant. S'enfonçant alors dans son siège, elle s'égare dans ses pensées un court moment.

« Oh. C'est à moi ? Je veux dire, une formation... ça se fait pas dans un claquement de doigt. Ça risque de nous prendre quelques jours ou plutôt quelques semaines. Donc... On va juste croiser les doigts pour que tu développes une résistance accrue au froid sans artifice, autrement tu tourneras bleue et on te trouvera certainement dans un prochain tournage de « Zombies venus du Grand Froid, épisode 4 » ! Je ne serai pas à blâmer si tu viens à passer de vie à congelée ! Mon pouvoir ne pourra même pas t'aider. Certes, ton corps sera très bien conservé mais... Je ne pense pas que ce soit ton objectif premier.
Tiens, en parlant d'objectif : un officier destructeur doit être apte à maîtriser parfaitement son pouvoir. Donc on va devoir parfaire ta maîtrise télékinésique. Il est encore trop tôt pour que l'on parle de ton endossement pour un second don ; élémentaire cela dit, mais tu peux commencer à y penser, si tu le souhaites.
Enfin... Pour cela, j'avais pensé à te faire courir dans le grand froid en soulevant des montagnes mais on m'a conseillé de mieux faire...
Elle appuie son regard sur le côté, la rouquine bras croisés hausse des épaules nonchalamment, s'accoudant sur la table. Son index mime quelques pichenettes à l'égard de l'élève, tandis qu'elle adresse à son amie brune :
- Elle a pas l'air dégourdie pour deux écus. Tu crois vraiment qu'elle va survivre là dehors si elle a pas de potion ? Enfin, là vous avez moins de vingt-quatre heures pour trouver votre caravane... Ensuite, tu pourras certainement se servir de ses doigts pour rafraîchir ton mojito. Eleanor lâche un sourire amusé avant de reprendre :
- Donc si j'ai bien suivi, tu es sous l'effet d'une potion, pour l'instant. Elle appuie le « pour l'instant » avec un sourire malicieux. Il vaut mieux que tu trouves ce convoi avant que l'effet ne se dissipe. Je te conseille également de prier pour que les Gardiens aient été cléments et que les survivants, -Si tant est qu'il y en est-, se soient réfugiés dans une caverne ou un lieu un peu plus couvert en cas de blizzard... Bon, vu que l'on ne doit pas perdre de temps je te propose que l'on bouge, maintenant ? La nuit ? Eh bien, disons que c'est l'été ici ! Donc ne t'inquiète pas pour la visibilité nocturne... Ça te paraîtra comme un après-midi bien pluvieux mais voilà ! Oh, j'ai parlé à un pisteur avant que tu n'arrives, il m'a dessiné sur cette carte... elle lui déballe celle-ci sous le nez en indiquant de son index la position actuelle et un autre point. La dernière localisation des caravanes était dans ces environs... Je ne sais pas trop ce que l'on trouvera là bas mais si on en croit les retours, ils n'ont pas trouvé tous les corps et toutes les caravanes. Il y a eu une tempête entre temps, ils ont du avorté les recherches. Le temps s'étant calmé, c'est là qu'on intervient. Oui, effectivement, il y a à quelques kilomètres du dernier repère la grande Forteresse naine et aussi une multitude de grotte labyrinthique plus au nord~. Combien de temps pour arriver là bas... ? Quelques heures de marche, tu as de bonnes bottes cette fois-ci, j'espère ? La Malak lui adresse un clin d’œil amusé, repensant à l'ancienne formation ou plutôt fiasco qui avait commencé sur des échasses. 'Liv, abordant une moue boudeuse s'incline pour observer les pieds de la caemélidé sous la table.
- Ravie de voir qu'elle a pas réitérer avec des talons aiguilles. Mais, tu crois qu'elle sait lire une carte, l'autre ?
- Pilipa. Tu te sens prête ? Ou bien tu te vois jeter l'éponge pour retourner sous une couette bien chaude à Illusia ? »

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Pilipa
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MessagePosté le: 02/09/2018    Sujet du message: L'expédition perdue Répondre en citant

    - Pilipa. Tu te sens prête ? Ou bien tu te vois jeter l'éponge pour retourner sous une couette bien chaude à Illusia ?
Inflexibles, les yeux violets la fixent et réclament une réponse sincère et motivée.
En son fort intérieur, la petite voix de la lâcheté demande à fuir, à s'échapper de cette responsabilité, à refuser l'épreuve insoutenable qui l'attend . Elle voudrait pouvoir tout foutre en l'air, envoyer cette satanée école et ses membres se faire voir, tout plaquer, partir loin, mais... Chacun sait, dans chaque couloir, dans chaque chambre, jusqu'au recoin de l'oreiller, ce qu'implique la désertion et le sort que l'institution réserve à ses élèves défaillants ou trop peu impliqués. Ils disparaissent quelques heures, quelques jours, parfois. Ils réapparaissent, dans un état à faire pâlir, ou bien, dans les rumeurs sombres que distillent les capes noirs, jamais totalement fausses. Est-ce le choix qu'elle veut prendre, elle ? Un simple vent de peur balaye cette idée. Elle a fait un choix, celui de retrouver les siens, pas de connaître la fosse commune.

Elle n'ignore pas ses faiblesses. Elle n'imagine pas être une grande sorcière portée par un dessein grandiose. Elle ne croit pas avoir été promue dans son berceau par un hochet magique, par une tétine enchantée. Elle ne crois pas être la descendante insoupçonnée du grand Yurel capable de terrasser la malédiction et pourfendre Dieu lui même. La réalité est, en somme, plus simple, plus pauvre. Elle n'était qu'une petite fille des îles et ne connaissait pas la guerre, à qui le destin promettait un séjour heureux auprès des siens. Elle n'apprenait qu'à rire, à jouer, à cueillir et naviguer quand le destin, un jour anodin, se déchaîna en flots colérique pour emporter son père et sa vie tranquille. Un soupçon de rancœur brûle sa gorge. Peut être aurait-elle du partager son sort et disparaître dans les écumes. Pourtant... Aussi violente qu'aient été les gifles de la mer, les hurlements du vent, l'agonie de la faim ou la sécheresse de la soif, elle s'est accrochée, elle a navigué.
Elle aimerait se trouver au chaud, mais pas sous une couette. Pas à Illusia.

    - Je vais suivre ta formation, Eléanor, quoiqu'il m'en coûte, assume-t-elle enfin, un éclat raillé dans la voix.
La formatrice soupèse un instant sa réponse d'un regard impartiale. Est-ce une lueur d'espoir qu'elle découvre dans ses yeux ? L'écho d'une idée noire ? Une insouciance dangereuse ? Elle se renfonce dans son fauteuil, semble réfléchir. Puis, à nouveau, prend la parole pour sonner le départ. Un bref instant, l'exilée tente d'inscrire cette ambiance dans sa mémoire. La petite taverne douillette et accueillante, bien qu'à l'étroit, offre une atmosphère chaude et chaleureuse. Elle veut pouvoir trouver cette image quand elle trouvera le froid et les épreuves. Elle se sent lourde et terrifiée.

Mais elle doit avancer. Elles quittent la taverne pour retrouver les rues enneigées du Refuge, ses bâtisses courtes érigées de pierres taillées dans la roche locale, grise et sombre, qui arborent comme des colliers des parures de stalactites défiant la gravité et le souffle glacé du vent boréal. Elle lève son poignet pour découvrir sa petite montre sous son gant épais. Le cadran pointe vers la dixième heure de l'après midi. Eléanor l'avait averti, la nuit polaire n'en est pas vraiment une. Elle s'inquiète de la luminosité presque aurorale des éternelles journées hivernales. Quelles autres repères que sa montre pour appréhender le temps ? Le calcul est simple. Vingt trois heures, pas une de plus sous le charme de la petite potion. Elle traverse la rue principale prête à s'endormir, alors qu'elles s'apprêtent, elles, à tracer la route. L'angoisse traverse ses veines. Elle croit prendre froid, bien que ce soit impossible.

Toutes deux empruntent le sentier qui termine le village pour dévaler vers l'inconnu. Les vastes plaines désertiques s'étendent à nouveau devant eux, parsemées de butes où quelques buissons rabougris persistent encore à pousser malgré le climat. Comment font-ils pour supporter l'atmosphère glaciale ? Comment survivra-t-elle face à cette température ? Elle n'a pourtant plus vocation à reculer. Elle s'est engagée. Alors elle marche, elle suit les pas de sa camarade affublée d'un bonnet en forme de lapin.

Un sentiment confus, presque abyssale, la parcoure. Elle se sent écrasée, comme au bord d'un gouffre, comme si ses émotions parcouraient une corde incertaine pour trouver le bord voisin. Elle pourrait s'écrouler d'inquiétude, mais un frisson la tient pourtant en équilibre. Elle pose bientôt le doigt dessus : ce sont ses premiers pas dans une nouvelles contrées. La caemélidé est la première parmi les siens à parcourir ces terres. Cette prise de conscience la secoue, déstabilise la ligne de sa marche, elle tangue entre la profonde solitude de ceux qu'elle a laissé derrière, et, en même temps, la fierté d'embrasser de nouveaux espaces encore jamais foulé par son peuple. Mordue par l'inquiétude, telle une enfant face à la découverte, la jeune femme cherche autour d'elle un point d'ancrage, un repère solide, de confiance. Son regard tourne sans autre alternative possible vers l'acolyte. Comment la considérer ? Jusqu'à présent, l'élite ne lui a pas montré de signes d'entente possible, s'est montré plutôt sévère même, quoique diplomatique. Mais à présent, elle marche seule en tête, en conversation lui semble-t-il avec elle même. Les gens sont ainsi, sur le continent, pense-t-elle. Comme des noix de coco. Il se cache sous une carapace froide et rugueuse, ne dévoile leurs tendresse qu'à ceux qui parviennent à dépasser la surface. C'est déroutant, pour l'indigène exilé, dont le peuple représente tout le contraire. Comme des abricots. Tout le monde est accessible, le contact est facile. Les gens forment un petits noyau d'affection, certes, mais tous les échanges sont agréables, et faciles. Pas besoin de creuser longtemps pour découvrir les gens.

Elle, elle se sent perturbée chaque fois qu'elle se confronte à des carapaces. Son instinct la pousse à lancer simplement la conversation, mais les règles, les conventions, les normes sans cesse lui font barrage, la repousse. Elle se confronte malgré elle aux métropolitains. Parce qu'elle ne sait pas faire, ou plutôt, parce qu'elle a encore du mal à saisir tous les codes. Elle n'arrive pas à cerner la règle générale. C'est même l'inverse. Chacun semble avoir ses propres règles, ses propres critères, ses propres injonctions. Elle ne sait comment ceux là même font pour se deviner, pour savoir. Avec Eléanor, elle ne sait pas non plus. Elle pensait trouver quelqu'un d'ouvert et facilement abordable. Mais sous son apparente gaieté, derrière la couche de malice et sous son humour fallacieux, l'exilée s'est cogné contre une coquille rigide. Quelle est la clé ? Est-elle capable de trouver la serrure ? Que sait-elle de cette semblable en qui elle pensait pourtant avoir un certain nombre de points communs ? Elle lui semble distante, bien plus froide qu'elle ne l'imaginait. Naïve. Après tout, le climat semble moins lui posait de difficultés, sans alchimie, pourtant. Elle semble mignonne sous son bonnet enfantin, le visage emmitouflé sous une volumineuse écharpe. Mais sous ses airs d'enfant cabotin, la petite sorcière lui semble bien plus mature que ce qu'elle souhaite en montrer, semble bien plus ancrée qu'elle ne laisse l'imaginer. Et, aussi, un air discret hante ses silences, ses regards détournées. Parfois, dans l'air pesant, dans le sifflement de la brise, parviennent à ses oreilles assourdis par sa capuche ce qui lui semble être des bribes de conversations, de mots lâchés au silence des plaines, au vide. Elle regarde avec attention la petite silhouette qui l'accompagne, et elle ne peut s'empêcher de voir autour d'elle... rien, ou presque. Elle l'observe un long moment, n'ose pas l'aborder.

Chez elle, dans l'archipel, on disait parfois qu'un esprit s'était logé chez une personne. La caméléon ne peut s'empêcher de sentir délaissée. Abandonnée ? Un bref soupir brumeux s'échappe de sa bouche, quand cet instant solitaire ouvre son esprit à ses cogitations, l'appellent à ses troubles, ses idées obsédantes, ces vides questionnant et ses questions sans réponses. Elle n'a pas eu le temps de digérer ses découvertes, ses premières réponses. Elle glisse sa main contre son visage, d'abord sur ses brûlures, puis sur son petit bijou, collé contre son cou sous son châle. Elle se perd dans le tourbillon de ses pensées, comme ces volutes de flocons qui tourbillonnent autour d'elle, et s'estompe, bientôt, pour trouver un relatif calme. Elle pense à ce hameau, ses cabanes abandonnés, ces filets qu'on n'a cru bon de laisser. Où sont partis les premiers témoin de son exil ? Quelle est la suite de son histoire ? Elle repense au liasses de feuillets qui trônent dans son tiroirs, et les lignes encore mystérieuses qui l'attendent pour être comprises.

Son esprit fuit la confrontation, cherche une distraction, et trouve bientôt le spectacle de la vie sauvage. Très loin d'eux, sur des reliefs escarpés, l'amnésique cerne deux formes immobiles, aux mouvements imperceptibles presque mais qui, si elle en croit son intuition, les observe tout autant qu'elle les regarde. Elle continue de marcher, d'enfoncer ses bottes dans la neige tendre, mais elle ne peut s'empêcher de contempler leurs hôtes. Dans sa sacoche, elle fouille un instant pour trouver une longue vue. Elle avait eu l'idée de s'en procurer une en observant Eöl, il y a longtemps, quand ils se côtoyaient encore. Eöl est le genre de guerriers qui s'arme jusqu'au dent et dispose d'un arsenal impressionnant de bric à brac pour se sortir de toutes sortes de situations. Curieuse, jalouse même, elle s'est déplacée à la capitale pour en acquérir une et découvrir de ses propres doigts l'objet fascinant. A ses yeux, elle découvrait une nouvelle forme de magie : la technologie. Tout en marchant, elle tente maladroitement de stabiliser son point de vue alors qu'elle explore visuellement les plaines chancelante à travers la loupe. Elle parvient pourtant malgré les saccades à dévisager un duo de bestioles qu'elle croit pouvoir affilier à des sortes de chèvres-cerfs. Élancées sur de longues et maigres pattes, les bêtes graciles croisent son regard en la dévisageant d'une pairs de prunelles sombres porté sur un long cou qui se referme sur une tête dont la mâchoire pointe en forme de lance. Aux côtés de longues oreilles en losanges, de petites cornes s'élancent dans les airs, ramifiées en quelques bois. Leurs pelages, plutôt ternes, se bariolent de quelques rayures parallèles sur leurs gorges, brunes et noires, comme la roche qu'elles défient.

Elles marchent, continuent inlassablement leur randonnée, allongent comme elle ne le croyait pas possible le sentier de leurs pas qui s'enfoncent dans la neige. Elle regarde derrière elle, et elle ne perçoit plus le refuge. Elle ne trouve plus grands choses à part les dunes, les monts, les surfaces escarpées, quelques branches rabougris qui se font de plus en plus rare et, finalement, n'apparaissent plus. Elle marche, et elle s'ennuie. La neige est belle, mais a perdu l'intensité de sa couleur. Les montagnes se ressemblent. Le ciel, qui semble toujours se coucher, reste le même. Même leurs pas deviennent monotones, à s'enfoncer dans la poudreuse verglacée. Elle regarde sa montre. Le temps s'écoule. Lentement. Si lentement qu'elle s'ennuie bientôt de le vérifier. Cela fait trois heures qu'elle marchent, et elle sent le vide écrasant perdre du poids, perdre de sa lourdeur. En fait, le vide s'installe en elle. Calme. Apaisant. Le même souffle léger qui chuchote tranquillement, la même robe blanche à perte du vue. Dans le désert, les choses sont simples et claires. Marcher. Un pas, puis un autre. Respirer, inspirer, souffler. La démarche est entêtante, tellement elle est simple. Il suffit d'avancer. Après quelques temps, ça ne demande plus d'efforts. Facile. Le mur qu'elle croyait invisible pour atteindre sa voisine finalement n'existe pas. Il n'y a qu'échanges. Rien de plus. Elle n'a plus d'attentes, plus d'espérances, plus de craintes. Un échange, c'est simple. On accepte, ou on refuse. On discute, ou l'on garde le silence. Ni plus, ni moins. Un moment encore, elle regarde les bouclettes de l'acolyte dépasser sous son bonnet. Les oreilles de lapin pendent pathétiquement, tanguent d'un côté, puis de l'autre. Elle commence à avancer un peu plus vite. Bientôt, elle se trouve à ses côtés. Pour la première fois depuis un certain temps, elle retrouve son visage, son expression. Un peu d'étonnement, de lassitude. Mélancolie ? Un sourire poli, puis quelques mots, pour tromper l'ennui : Tu n'es pas encore morte de froid ? Non, pas encore. Blague sur la congélation. Sourire amusé. Constat. Distance parcourus. Distances restantes. Approximations. Cartes. Missions. Blagues. Missions. Formation.

    - J'ai du mal à voir l'intérêt de ce qu'on fait, introduit-elle. On nous envoie en escorte, en pourparler, en guerre... J'aime pas ça. J'aime pas verser le sang. Quand je pense plus, quand il y a une pause dans tous ces événements, quand j'ai le temps de souffler, je me reconnais pas. Je me sens coupable. Affreuse, même. Je me dis : tu es horrible. Comment tu as pu faire ça ?
Elle s'arrête, un moment, comme pour retenir quelque chose, un truc qui remonte dans sa gorge. Quand elle sent sa voix plus posée et moins tremblante, elle reprend :
    - J'essaie de trouver une raison, un but. J'aimerais me dire qu'on le fait pour une bonne cause. J'aimerais pouvoir me dire : je le fais pour mon peuple. Ils ne sont pas vraiment au courant de tout ça. Les miens je veux dire. D'où je viens, on est pas très nombreux. On se chamaille, on se moque. Des fois, les gens s'énervent, mais j'ai jamais vu quelqu'un faire du mal. Quelqu'un trouve un mot, un geste. Et puis, c'est fini. On continue, on s'aime bien. Ici, enfin, sur le continent je veux dire, c'est différent, hésite-t-elle. Les gens sont froids, ils se repoussent. Ils ne cherchent pas à s'aimer ou à s'ouvrir. Ils peuvent faire mal. Alors, je sais pas comment faire pour échanger avec eux...
La tutrice considère un moment sa comparse, de manière neutre. Sans vraiment poser d'avis, d'encouragement, de blâme. Elle regarde la sorcière, impassible. Elle continue de marcher, pour bientôt discerner, dans la fine ligne qui sépare terre et ciel, un monticule obscure et étrange dans le paysage. Elles arrivent enfin à leur destination. Elles découvrent le naufrage à mesure qu'elles parcourent la distance. Des véhicules imposants pour la plupart éventrés, écroulé sur le côté, presque ensevelis sous la neige qui ne cesse de reprendre ses droits. Lorsqu'elle arrive, elle s'arrête un instant dans le cimetière de transports pour prendre état de la situation. Impossible de dénicher quelconques indices sous l'épaisse poudreuse qui dissimule la scène de crime. Dans son bric à brac, Pilipa détache une pelle escamotable de son sac pour commencer à creuser.
    - Oh ! Jolie. On va enfin pouvoir commencer ton entraînement. J'aurais préféré, que sais-je, un wirm des plaines ? Une avalanche ? Un éboulement sous un tunnel ? Mais on va se satisfaire de ça, pour l'instant. Tu vas déblayer la neige en utilisant ton pouvoir. Oui, je sais que tu ne contrôles pas l'eau, banane ! Tu vas manipuler cette triste pelle. En priant que je ne meurs pas d'ennui. Ou plutôt, en priant que tu ne meurs pas de froid ! Je te rappelle que ton temps est compté ! appuie-t-elle d'un clin d’œil évocateur.
La petite aspirante dévisage sa tutrice, surprise, avant de contempler, un poil désespérée, les trois caravanes ensevelies sous la neige. Un écho réfractaire dans le regard, elle rencontre à nouveau celui de sa formatrice qui s'impatiente, impassible. Sa motivation parvient bientôt à surclasser sa résistance pour prendre une profonde inspiration et faire entrer l'air frais dans ses entrailles assoupies. Elle mobilise ses arcanes. La sensation commence comme une vibration, naît au creux de sa poitrine, avant de se déverser rapidement dans ses membres. Quand elle se concentre sur ses yeux, elle peut projeter son aura sur l'objet qui s'élève doucement. L'apprentie destructrice se rapproche de la première caravane avant de s'arrêter et lever son bras pour l'abaisser soudainement. L'objet tranchant s'élève alors au dessus de la neige pour la percer tout aussi soudainement. La magicienne souffle à l'objet inanimé sa propre volonté qui soulève une pelletée de poudreuse pour la jeter sur le côté. La pelle enchantée semble gagner une volonté propre à mesure qu'elle travaille tant elle gagne en efficacité et perd en mouvements inutiles, déblaie si bien la couverture neigeuse qu'une tranchée se forme bientôt sur le flanc de la caravane. Mais à mesure que le cratère s'élargit, l'ouvrière perd en vigueur, semble s’essouffler presque quand la sorcière en sueur libère son emprise.
    - Bien. Ça me semble correct, même si ton endurance laisse à désirer. On va pouvoir explorer ces ruines. Avec un peu de chance, on aura la surprise de rencontrer un fantôme. Qui sait, le tien ? Reprends ton souffle, ce n'est que le début !
Sur ces mots, la petite élite glisse sur la pente formée par son élève et s'immisce dans une ouverture de la caravane. La télékinesiste, de son côté, s'est penchée sur ses genoux pour reprendre son souffle. Le sang lui monte au cerveau en même temps qu'elle ressent des vertiges. Elle se sent épuisée comme à la fin d'une course endiablée. Lentement, elle récupère un souffle plus souple et plus stable lorsque l'acolyte surgit soudain du trou, une babiole dans la main.
    - Pas âmes qui vivent, ou même décédées. C'est décevant. Mais bref, passe moi ton talisman.
Étonnée, la sorcière se relève et fouille dans ses poches pour en sortir le médaillon dont l'aiguille, sollicitée sans but, tourne follement dans tous les axes. Dans les mains d'Eléanor, elle s'apaise alors qu'elle rencontre la babiole entre ses doigts. Elle se fige, pointe une direction dans l'horizon, désigne un lieu imperceptible. L'élite déballe sa carte plastifiée contre la neige avant d'y pencher la boussole pour relier leurs prochaines destinations.
    - Quand même pas ?! Ces bougres n'auraient pas choisi de s'enterrer là bas ?
Intriguée, la disciple s'approche pour examiner la cartographie. Elle peine à trouver la connexion quand, soudain, son regard rencontre une structure schématisée. Sur les bords d'un relief gigantesque, le symbole coupe effectivement la ligne imaginaire tracé par la boussole. Elle cherche dans la légende le nom de cette endroit, quand elle trouve enfin son intitulé : La Forteresse des Glaces. Elle ne connaît pas cet endroit, mais le voile sombre posé sur les iris violets de son instructrice soulève chez elle une vague d'angoisse. Les sourcils froncés, elle envisage bien trop tard l'éventualité de répondre par la négative à la question d'Eléanor.
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MessagePosté le: 20/09/2018    Sujet du message: L'expédition perdue

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