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La Boîte de Pandore

 
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Katy
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MessagePosté le: 07/09/2018    Sujet du message: La Boîte de Pandore Répondre en citant

Le clapotis régulier, entêtant, d'une goutte tombant dans de l'eau. Tel un métronome parfait, le tic-tac d'une horloge, au battement irréductible d'un coeur. Une monotone mélodie conduisant à la mort. Etait-ce là la symphonie du Havre des Gardiens ? Ou le gong des portes de la Prison de Feu ?
Gabriel ouvrit lentement les yeux, émergeant des profondeurs. Son esprit était encore prisonnier à demi des sables mouvants de l’inconscience, tandis que l’autre moitié se débattait pour rejoindre les rives de l’éveil. Six Anges Gardiens l’encadraient et étaient penchés au-dessus d'elle. Ils la regardaient fixement. Ils étaient venus l'escorter quelque part, vers le salut ou la damnation. Les yeux jade de la condamnée les dévisagea un par un. Des visages familiers… Vost, Lynn, Renji, Ezek, Dahlia et... une Infirmière.
L'alitée ouvrit un peu plus grands ses yeux, tâchant de battre des paupières pour en chasser les nuages illusoires. Cette fois-ci, seule l'image de sa gardienne de la santé persista, qui était d'ailleurs une Docteure plutôt qu'une Infirmière. Quant au son qui l'avait réveillé plus tôt, il s'agissait du compte-goutte branché aux veines de son bras valide. Un bruit plutôt discret comparé à l'activité fourmilière des aides-soignants et les gémissements des blessés de la grande salle de convalescence. Etrange qu’il ait été le seul à traverser les filtres de son sommeil artificiel.


- Vous reprenez connaissance, c'est bien. Vos soins se sont bien passés. Vous devez être confuse, je reprends : vous avez été rapportée ici avant-hier par les Elites Dahlia et Ezek suite à un message de votre part stipulant la fin de la formation de Vost Odium et la nécessité de soins urgents. Nous vous avons replacés et resoudés les os du visage fracturés… portez un heaume la prochaine fois, votre céramique n'a pas encore parfaitement adhéré à l'os et nous avons dû remplacer quelques dents. Pour cette entaille, dit-elle en lui désignant la coupure au bras et au flanc, protégée par un bandage, vous avez eu de banals points de suture et un soin cicatrisant, mais tout effort trop important réouvrira vos plaies. Prudence. Les marques de strangulation à votre gorge s'effaceront dans plusieurs jours, n’hésitez pas à mettre de la glace pour résorber l’hématome et soulager la douleur. Pour vos avant-bras à présent, sa voix devint sévère, ce ne sont pas des blessures graves, donc nous vous les avons laissés propres pour cicatrisation naturelle. Mais vous avez gagné un tête-à-tête avec le psychiatre de mon équipe. Vous pourrez d'ailleurs lui parler de votre dépendance à l'alcool, les analyses ont montré que cela faisait plusieurs semaines que vous ne buviez pas d'eau. Une petite cure s'imposera probablement. En tout cas pour votre disciple ça ne fait pas de toute. J'ai rarement vu quelqu'un revenir de formation avec autant de grammes dans le sang. Son foie a essuyé d'importants dégâts que nous ne traiterons qu’après sa désintoxication. Abus d’absinthe, d'après les relevés dans l'estomac. Non mais qui aime l'absinthe ? Je vous jure...

Gabriel ne put à aucun moment intervenir, sa gorge était trop sèche comme après chaque réveil dans ces lits blancs. Elle tendit un bras vers le verre d'eau qui l’attendait, grimaçant à l'aspect de son bras blessé, et but de grandes gorgées en regardant l'amoncellement d'anti-anxiolytiques, analgésiques et vitamines sur son plateau, en compagnie de médicaments pour le rétablissement du foie et l'ensemble du corps de façon général. Elle fut contrainte d’en avaler une partie avec le reste de son eau. Cela étant fait, après d'ultimes instructions et avertissements, la Docteure s'en alla à son prochain patient, non sans lui rappeler qu'elle la gardait encore vingt-quatre heures à l'Infirmerie pour tester les effets du sevrage.
Une fois seule, Katy rebut de l'eau, se cala un peu mieux contre le dossier de son lit et, se massant douloureusement les tempes, tâcha de se remémorer ses derniers souvenirs.

Elle n'était pas tombée dans les pommes après son duel avec Vost. Sa résistance ne lui permettait malheureusement pas souvent d'embrasser les limbes de l'oubli. Le Bersekir quant à lui n'avait pas réagi lorsqu'elle l'avait poussé sur le côté pour se redresser et prendre de grandes goulées d'air. Au contraire, il avait roulé silencieusement avec le fracas d'un pantin cassé et désarticulé. Les spectateurs de la rue, qui prenait ce revirement de situation comme un miracle ou un maléfice, acclamèrent avec la puissance du tonnerre la victoire de la guerrière aux cheveux blonds souillés de sang.
Il n'y avait pourtant rien à célébrer, si ce n'est peut-être la grâce que l'Annihilateur lui avait accordée alors qu'il était maître absolu l’instant d’avant de sa vie et de sa mort. Mais le public ne semblait pas au fait d'artefacts magiques comme les Parchemins et pensaient que le sort s’était retourné contre le tueur mécanique. Il faut avouer qu’il y avait de quoi être sceptique face à ce revirement de situation, après toute la haine que les deux combattants s’étaient instillés l’un à l’autre.

Pourquoi est-ce qu'il ne nous a pas achevé ?
Il aurait pu. Il avait sept heures devant lui.
Sans y réfléchir, Gabriel avait tendu une main vers le visage blême du Démon et passé ses doigts dans sa chevelure d'ivoire. Les voix en elles avaient protesté sans qu'elle ne les écoutât. Sa paume avait ensuite glissé vers le nez, où elle était restée immobile quelques secondes. Il respirait encore. Sa cage thoracique s’était détendue d’un seul coup. Etait-ce le soulagement, ou les bienfaits de l’air frais dans des poumons oppressés quelques minutes plus tôt ? C'est alors que la foule en délire s’était mise à scander : « À mort ! À mort ! »
Gabriel avait déchargé son regard venimeux sur eux et les badauds s'était tus. Elle avait envoyé Lucas, caché parmi les spectateurs, dans un bar de banlieue tenu par les Ecoles et apprécié de ses élèves, qui en formaient la principale clientèle, afin qu'il informe le premier Traqueur venu de la situation. Pour le remercier de ses services elle avait d’ors et déjà prolongé pour lui la location de sa petite chambre encore un mois. Ensuite il lui faudrait se débrouiller sans elle...

Un nouvel Infirmier entra, la tirant de ses rêveries. Quelque chose sur le côté attira ses prunelles vertes. Sur la table de nuit, une chaîne d'or et une boîte à musique reposaient. Captant son regard, l'employé qui vérifiait ses signes vitaux et lui prélevait un peu de sang pour les dernières analyses sourit :


- Ha oui... Vous les avez réclamés près lorsqu'on a tenté d'embarquer vos affaires pour l'opération. Je ne sais pas si vous vous en souvenez, vous étiez un peu dans un état second.

Elle ne s'en souvenait pas du tout. A s'imaginer éclater une scène dans l'Infirmerie pour avoir ses deux talismans auprès d'elle, une grande honte l'envahit. Néanmoins il fallait admettre qu'elle était rassurée de les avoir là, près d'elle. L’idée de les perdre était insoutenable.
Elle attendit que l'homme sortît du carré d'intimité et refermât le rideau derrière lui pour se saisir des deux précieuses offrandes. Ils étaient froids au toucher. Une grande solitude l'envahit. Les deux précieux objets étaient les témoins des l’existence d’hommes qui lui étaient chers, leur froideur était la marque de leur absence. Gabriel repensa au Temple de la Foudre, aux rudes combats qu’ils y avaient mené, au sang chaud de Renji amputé de la moitié de son torse, qui agonisait entre ses bras impuissants et livides. Elle repoussa le collier loin d’elle, comme l’on écarte un souvenir mortellement douloureux. Ne restait que la boîte à musique.

« Dream a little dream of me »

La jeune femme avait tant refoulé au fond d’elle les images et les sons qui risquaient de réveiller en elle de fortes émotions qu’elle fut effrayé de constater qu’elle ne se souvenait plus de la mélodie évoquée. Elle ne l’avait pas jouée depuis… depuis sans doute sa propre formation d’Elite, où elle avait revu Renji pour la première fois depuis des années. Avec toutes les complications qui avaient suivies, elle n’avait pas pu s’en séparer un seul jour, et pourtant elle n’avait jamais trouvé le courage de la réécouter.
Que fut la cause de ce revirement ? L’isolement ? L’ennui des rideaux blancs ? Le relatif anonymat offert par le brouhaha des lieux ? Une nostalgie soudaine, inexpliquée… Toujours est-il que, quelques secondes plus tard, lentement, la convalescente ouvrait la petite boîte de bois et tournait la manivelle. Aucun son n’en sortit. Elle relâcha la pression sur la petite poignée métallique et les notes chantèrent au fur et à mesure que la manivelle tournait en sens inverse, poussée par l’énergie du ressort.


Comment avait-elle pu oublier ? Leur rencontre, leurs missions passées ensemble, les escapades dans leur endroit secret, dans les bars à musique de la ville...
Les souvenirs brisèrent le verrou de la boîte. Elle ne les avait pas vraiment oubliés, non, mais elle en avait étouffé les sensations au maximum, bâillonné ses sentiments, comprimé les détails de chaque instant… Pourquoi ? Pour jouer le rôle le plus pénible de son existence… Les heurts de la formation de Vost dans le cadre tragique de la Capitale la frappèrent de nouveau, un par un, aidés par la cuisson de ses blessures récentes. Le pire était sans doute les hématomes de sa gorge où une main autrefois caressante l’avait étranglée…
Un clapotis régulier, entêtant, de gouttes d’eau salée.
Incrédule, Gabriel passa un léger coup de langue sur sa lèvre où le goût de la mer qui revint de nouveau. Ses yeux lui brûlaient, elle n’y voyait plus rien. Chaque note de musique faisait tomber une nouvelle larme de cette pluie de tristesse qui s’échappait de ses paupières. Ramenant ses genoux drapés contre elle pour y enfouir son visage, la guerrière se laissa quelque peu aller à sa douleur, qu’elle ne parvenait plus à contenir…


Rideau.
Relevant brusquement la tête, la jeune femme regarda avec ahurissement la personne qui venait de pénétrer son espace d’intimité, cachant par instinct la boîte de musique sous le drap. Sa surprise ne fut que plus grande lorsqu’elle constata que l’intrus n’était autre que l’androïde qui lui avait offert l’instrument de musique mécanique. Une gêne indescriptible envahit la Protectrice. Son visage devait être défait par les larmes… il était trop tard pour le cacher. Elle essuya furtivement ses yeux et ses joues d’un revers de son bras bandé et détourna le regard, inquiète. Que venait-il faire ? Se moquer d’elle ? Achever le programme qu’il n’avait pas pu mettre à exécution lors de leur dernière entrevue ? Son cœur battait plus fort, avec expectative. Elle aurait voulu se l’arracher plutôt que de renouveler des espoirs qu’elle avait déçus de son propre chef. L’albinos la dévisageait intensément, sans hostilité apparente… La question lui brûlait les lèvres. Que lui voulait-il ? Le temps semblait s’étirer à l’infini et étrangement, songea la guerrière, cela ne lui était pas aussi désagréable qu’elle l’aurait cru.

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MessagePosté le: 07/09/2018    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: 28/09/2018    Sujet du message: La Boîte de Pandore Répondre en citant

* ~ Bruits, sons, harmonie.~ *


* ~ Peu à peu, parmi les cliquetis mécaniques, les bips électroniques, des notes, lointaines, s’infiltraient. Elles aplanissaient les pics, complétaient les vides de la partition, s’arrangeaient doucettement en arpèges pour former une mélodie, connue et rassurante. Cette mélodie organique insufflait la vie dans la carcasse métallique estampillée « Vost Odium » ; elle tirait progressivement l’androïde cabossé de sa veille prolongée. Ses paupières de silicone s’ouvrirent lentement, permettant d’acquérir des données visuelles en complément des doux signaux musicaux. Les images, floues de prime abord, gagnèrent en netteté à mesure qu’une affable lumière s’immisçait au travers de sa cornée. Les rouages mentaux de l’annihilateur amorcèrent alors leur mouvement perpétuel : il savait que ses fonctions ne s’étaient pas définitivement arrêtées, mais il se demandait si les derniers relevés de ses capteurs ne découlaient pas d’une expérience de mort imminente. Le poids de sa structure semblait allégé ; aucune douleur, aucune sensation ne parcourait ses circuits. Malheureusement, une blouse blanche, ou plutôt une tache blanche aux contours encore indistincts, réfuta irrévocablement cette hypothèse de sa voix quelque peu agacée :

« Enfin réveillé ? Si vous ne sentez rien, c’est normal : vous avez subi une opération de plus de douze heures. Autant dire qu’on vous a sédaté comme un cheval. »

* ~ S’en suivit un inventaire exhaustif – quoique ponctué de remontrances – des fractures réparées, des broches posées, des sorts lancés ainsi que des vis utilisées. Le Démon ne prit pas la peine d’enregistrer ces informations aussi stériles que l’infirmerie en elle-même : une autre mélopée l’intriguait, l’obnubilait même. Il préféra donc, pendant que son locuteur monologuait avec irritation, redresser son buste et s’asseoir sur le bord du lit. Si ses muscles répondaient approximativement, sa proprioception lui faisait défaut. Il constatait – bien que sa vision fût toujours nébuleuse – le mouvement malaisé, presque saccadé, de ses doigts blêmes, mais il ne les sentait pas – tout comme le reste de son corps.

« Votre opération s’est bien déroulée mais je ne vous conseille pas de vous lever. » lâcha l’aide-soignant après un soupir exaspéré. « Même si aucune contre-indication formelle ne vous interdit de le faire, vos os sont encore très fragiles. Ils pourraient se briser au moindre choc. »

* ~ Le premier – sûrement l’unique – renseignement pertinent venait de fuiter : il pouvait déambuler. L’idée de se délecter tranquillement de l’absence de souffrance – physique à minima – ne lui déplaisait pas, toutefois l’envie d’enquêter sur la provenance d’une musique familière prévalut. Tel un automate programmé, tel un papillon de nuit éperdument attiré par l’incandescence d’un réverbère, il quitta précautionneusement sa couche, ne laissant pas l’atrophie musculaire le surprendre une fois de plus. Sa démarche, pour le moins hasardeuse, lui permit quand même d’atteindre la béquille qu’on avait préparée pour lui. Il la cala prestement sous son aisselle gauche avant de s’extirper de son box.

« Monsieur Odium, je n’ai pas fini...

- Je... sais lire une ordonnance. » répliqua l’albinos malgré sa langue engourdie.

* ~ Qu’espérait-il trouver, à la source de cette rivière de notes ? Une révélation ? Un miracle ? Il n’allait trouver qu’un mirage. La femme qui écoutait Yiruma pour s’endormir avait disparu. Depuis le retour de son geôlier, la princesse avait regagné son donjon. Perchée, elle n’apercevait même pas le chevalier en contrebas ; un chevalier que la folie transformait peu à peu en monstre tandis que le dragon semblait se muer en prince.

* ~ À chaque pas boiteux, le volume augmentait ; si bien qu’il fut bientôt planté devant le rideau fatidique. Aucun doute possible, la boîte à musique se trouvait derrière. L’avait-elle abandonnée ici, en guise de message d’adieu ? Etait-elle physiquement présente ? Se moquait-elle encore de lui en façonnant de faux-espoirs ? Quitte à ne jamais se relever, il devait en avoir le cœur net : une vérité, aussi dure soit-elle, vaut mieux qu’un mensonge. Sans tergiverser davantage, il tira l’étoffe d’un coup sec.

Fonctions cognitives de haut niveau bloquées. Vérification des données acquises... Vérifiées. Crédibilité : 0%. Lancement d’une nouvelle interprétation... Interprétation similaire à la précédente. Crédibilité : 0%. Vérification des données acquises... Vérifiées.

* ~ L'algorithme cérébral boucla à plusieurs reprises. Le viriloïde buggait littéralement, pantois face à la scène qui se déroulait devant ses yeux. Katy était là ; prostrée sur son matelas. Elle... pleurait. Il n’avait jamais vu ça. Qu’est-ce que cela pouvait bien signifier ? Etait-ce un nouveau subterfuge ? Pouvait-elle réellement feindre les larmes ? Où se cachait la guerrière inflexible ? Malgré la ressource allouée par ses processeurs, il ne saisissait pas.

* ~ La fragile, vulnérable Gabriel détourna promptement son regard embrumé en essuyant ses mirettes rougeoyantes. Pendant ce temps, Vost ne bronchait pas, sous le choc. Au bout d’une éternité, il se décida néanmoins à bouger : de sa main libre, il attrapa la chaise qui se tenait au pied du lit puis posa ses rubis interrogateur sur le visage rougi de la jeune femme secouée – une manière de demander l’autorisation de s’asseoir sans user de la parole. Cette dernière, lorsqu’elle remarqua qu’il la fixa, demeura un moment interdite, surprise voire sidérée par le fait que l’Annihilateur ne s’en fût allé, avant d’acquiescer, silencieusement et fébrilement. Ainsi, le Démon posa lourdement son séant en plaçant sa troisième jambe entre les deux autres. Sa tête se pencha en arrière jusqu’à ce que sa nuque reposât sur le dossier. Il ne croyait toujours pas à ce spectacle stupéfiant. Etait-ce un produit de son subconscient ? Se réveillerait-il, comme à l’accoutumée, en sursaut ? L’ambiance, emplie d’émotion, attendrissante, virerait-elle incessamment à l’horreur ? Il ne connaissait qu’un seul moyen de s’en assurer : formuler l’interrogation à voix haute. Ainsi, il dégaina ces quelques mots, si souvent utilisées dans d’autres circonstances :

« Est-ce que je rêve ?

- Non, tu n’es pas en train de rêver... » répondit-elle après un instant de mutisme. « Tu as bien terminé ton dernier combat, tu es maintenant Officier Bersekir. Tu dois rester en repos pour suivre une cure de désintox, mais le cauchemar est terminé. »

* ~ Son cauchemar ne résidait ni dans le potentiel échec de sa formation, ni dans la possibilité d’une dégradation de son état de santé ; elle le savait très bien. Il se permit donc de douter de l’affirmation :

« Vraiment ?

- Oui… Tu as des questions, peut-être... Sur ce qu’il s’est passé. Pendant la formation ou avant…

- Ouais... Plein. »

* ~ Les questions étaient nombreuses tant, depuis des mois, sa compréhension de la situation s’avérait lacunaire ; il espérait qu’elle ne riposterait pas de manière aussi détournée que précédemment. Il ne savait pas par où commencer mais il appréhendait parfaitement sa principale inquiétude : pourquoi ? Pourquoi l’avait-elle trainé dans la boue ? Qu’avait-il fait pour mériter tel traitement ?

« C’était un jeu ?

- C’était les instructions.

- Pourquoi t’as accepté ?

- C’était moi ou Ezek. Mais c’était plus efficace si c’était moi. Et puis je ne suis pas sûre que tu t’en serais sorti vivant si l’on avait échangé nos places. C’était dur, mais à terme tu auras de meilleures chances de survie... »

* ~ La bonne excuse… À quoi bon survivre dans ces conditions, si ce n’était fournir un pion durable à l’état-major – ce dont il se fichait éperdument – ?

« J’aurais préféré y rester plutôt que de subir ton indifférence, feinte ou pas.

- Désolée... Mais sache que ça a été difficile pour moi aussi.

- Ouais... »

* ~ Toutes ses certitudes s’étaient envolées. Il aurait probablement considéré cette phrase comme une énième tromperie s’il ne l’avait pas surprise en train de sangloter sur fond de piano. De surcroît, elle revêtait d’épais bandages sur les avant-bras – dont la responsabilité ne lui incombait pas – ; signes qu’elle avait vraiment dégusté, et pas seulement lors de leurs combats. Légèrement apaisé par ce repentir possiblement sincère, il changea de sujet :

« Qu'est-ce qu'il s'est passé au temple de la foudre? »

* ~ Lynael n’avait pas été en mesure de lui rafraîchir la mémoire sur l’entièreté des évènements, il escomptait obtenir les informations manquantes de la part de Katy. Cependant, elle débuta son récit juste avant l’épilogue, ce qui le contraint à préciser sa pensée :

« Katy... Je ne me souviens de rien. »

* ~ Son furtif étonnement passé, elle reprit sa narration à partir de l’arrivée au temple de la foudre. Apprendre qu’il avait levé la main sur elle sans motif apparent le troubla, toutefois les agissements de Renji l’ébranlèrent davantage.

« Il m’a sauvé ? »

* ~ Depuis quand cet abruti sauvait-il ceux qui s’introduisaient sur sa propriété ? Depuis quand sauvait-il des gens tout court ? À la fois dérouté et pensif, le golem d’albâtre plongea ses iris dans les interstices du carrelage. Il aurait apprécié entendre la raison d’un tel acte, néanmoins ce désagrément, communément appelé coma, empêchait généralement les personnes qui en était victime de s’exprimer. Par conséquent, même si elle lui brûlait les lèvres, il se garda de poser la question.

« Qu'est-ce qu'il va se passer maintenant? »

* ~ Pétrie d’un calme relatif, celui de la guerrière qui tentait de se ressaisir, elle lui expliqua que la « vie » reprendrait son cours « normal » après sa cure ; missions, entraînements, etc. En presque six mois d’absence, l’albinos avait quasiment oublié sa capacité à éluder les interrogations gênantes. Il recentra rapidement le débat :

« Je ne parlais pas de ça.

- Ça ne dépend pas que de moi. »

* ~ Lassé par ses propos tangents, il attaqua plus frontalement :

« Je m’en fous des autres. Je voulais savoir ce que tu pensais. Toi.

- Tu as déjà eu une partie de la réponse en rentrant. »

* ~ Encore une énigme… Pour autant, elle avait raison : ses gestes furent bien plus éloquents que des mots. En revanche, l’utilisation de l’article indéfini et du substantif « partie » l’inquiéta. Il s’imaginait parfaitement de quoi il en retournait mais il se risqua à demander :

- Et l’autre ?

- Elle est au Refuge.

- Ouais... Je m’en doutais. »

* ~ Le fait qu’elle éprouvât vraisemblablement encore de la considération à son égard était déjà incroyable, espérer plus relevait de l’hérésie. Elle aimait passionnément ce vampire, pas si décérébré puisqu’il s’était attiré ses grâces en faisant preuve d’abnégation – un qualificatif qui ne lui seyait aucunement. Dépité, Vost laissa un long et pesant silence s’installer. Visiblement, Katy n’avait rien à ajouter elle non plus. Il était sûrement temps de lui accorder la tranquillité pour qu’elle se remît de ses émotions ; elle avait déjà fait beaucoup d’efforts pour tolérer sa présence.

« Merci d’avoir répondu à mes questions. » dit-il placidement en s’extrayant de son fauteuil inconfortable.

* ~ Soudain, alors qu’il se dirigeait vers la sortie du box, il sentit une vague chaleur, furtive et diffuse, imprégner son bras quelques secondes – son sens du toucher restait perturbé. Quand il volta afin de déterminer la source de cette radiance, il remarqua que Gabriel enserrait sa main droite, comme si elle s’était brûlée. Quand ses iris de jades croisèrent ceux de l’albinos, elle détourna honteusement le regard. De ses lèvres tremblotantes s’échappa un timbre incertain, hésitant et gêné.

« Vost... Tu me détestes maintenant ? »

* ~ Bien sûr que non. Il détestait son délaissement, l’indifférence dont elle avait fait preuve pendant la formation, les insultes qu’elle avait proférées, les mensonges qu’elle avait façonnés… En réalité, il exécrait la disparition de celle qui faisait battre son cœur de marbre blanc.

« Ce n’est pas toi que je déteste, c’est ton absence. »

Contact physique détecté. Le processus "émotion.exe" a pris le focus avec autorisation.

* ~ Lorsqu’elle étreint doucement son poignet une seconde fois, il lâcha consciemment les armes. Face à de tels assauts, ni son scepticisme, ni sa réserve, ni sa logique ne pouvaient lutter. Cette bataille représentait un événement fort attendu, il ne pouvait que s’y abandonner. Le chevalier se consentit gentiment à s’asseoir aux côtés de la princesse. Elle le saisit avant de poser sa tête sur son épaule. Submergé par l’émotion, bien qu’il la laissât transparaître à sa façon, il formula l’ultime interrogation, celle qui le tiraillait depuis des années :

« Est-ce... Est-ce que je ne suis qu’un substitut ?

- Avec ou sans Renji, tu es essentiel pour moi. »

* ~ Si la pression qu’exerçait sa dulcinée, tendre et attendrie, sur son corps avait beau lui paraître lointaine, il passa son bras autour des ses hanches puis la serra contre lui. C’était les quelques mots qu’il souhaitait le plus ardemment entendre.

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MessagePosté le: 21/11/2018    Sujet du message: La Boîte de Pandore

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