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RPG dans une école de combat et de magie
 
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Trésors Maudits

 
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Erwan Silver
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MessagePosté le: 27/09/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Ce n’est jamais plaisante de tomber face à face avec un traqueur. Ce sont les oiseaux de mauvais augure, annonciateur de souffrance, de peine, voir de mort. Je ne sais pas encore si j’ai bien fait de choisir cette voie. Et pourtant, malgré le fardeau qu’ils portent sur leurs épaules, sans eux, il n’y aurait plus de Velm. Et c’est ça que je recherche. Pas la gloire ou la reconnaissance, mais pouvoir changer ce monde, aider ceux auxquels je tiens.
Mais aujourd’hui, celui qui vint frapper à ma porte, je le déteste.


« On a besoin de toi pour une nouvelle mission. Tu auras un topo sur la route. Prends tes affaires et suis moi. »

Pas un bonjour, pas un sourire, pas une émotion. A force de côtoyer le néant, ils ont fini par y plonger. Difficile de lui en vouloir pour ça, rien que mon voyage dans le temple de la foudre m’a assez remué pour plonger dans une foutue dépression.
J’ai réussi à diminuer ma consommation d’anti-douleur, mais voir le visage livide de mon interlocuteur me donne envie de m’en enfiler une boite, car je sais pertinemment que je vais encore douiller sévère.
J’acquiesce à sa demande. Je me prépare un sac avec le strict nécessaire. On m’annonce un voyage dans les îles terribles, alors autant oublier le manteau de fourrure et les bottes, et bonjour les t shirts et les tongs.
C’est la première fois que je vais les visiter, j’aurai préféré dans un cadre plus festif, comme des vacances, encore faudrait il que j’en ai.
J’embarque deux-trois potions, afin d’éviter de revenir dans le même état que la dernière fois, j’attache mon pendentif, j’enfile mes bagues, et me voilà fin prêt pour une nouvelle aventure suicide.


« Les caisses de l’école sont vides. Il nous faut une rentrée d’argent conséquente, surtout pour réparer les dommages causés par les élèves, comme mettre le feu à une taverne... »

La pique m’atteint à peine, elle me provoque même un sourire en coin.

« On envoie une escouade à la recherche du trésor de Davy Jones. Il paraît que la légende est vraie, tout comme la somme colossale d’or qu’il possède. Vous devrez vous rendre au milieu de l’océan, et plonger dans les profondeurs marines pour le retrouver. »

Je ne peux empêcher un « quoiiii ? » de sortir de ma bouche hébété par son annonce. Il ne me semble pas être une sirène ou un ondin, les loups et l’eau, c’est pas trop le bon duo, surtout que, élément essentiel, JE NE RESPIRE PAS SOUS L’EAU.

« Calme toi, tu auras à disposition deux amulettes. Une pour respirer sous l’eau, et l’autre qui te fera passer pour mort, car oui, autre détail, pour atteindre le trésor, il faut être mort. »

Je me frotte les yeux. C’est pas possible, je suis défoncé à cause des médocs que j’ai pris avant de partir on dirait. Le mec il vient me demander de plonger à dix milles mètres sous l’eau pour trouver un trésor, tout ça en me faisant passer pour mort. Je préfère encore me retaper le ménage dans les cuisines.

« Bon, après tu te doutes que sous l’eau, tu vas pas être tout seul, on envoie un élite et un autre officier, Katy et Faram, tu les as déjà croisé il me semble. »

Entendre le nom de l’ondin me fait du bien, il est toujours en vie, ça me rassure. Je n’ai plus de nouvelles de lui depuis qu’il a mystérieusement disparu pendant ma formation, j’ai hâte de le revoir. Et avoir une vraie guerrière comme Katy à mes côtés, ça promet de la baston comme j’aime.

« Tiens, voilà le portail pour la plage des iles terribles. Je te donne tes amulettes, surtout ne les perds pas. Voici aussi des rations de nourritures qui peuvent résister à l’eau. C’est pas très bon, mais c’est mieux que de bouffer de la méduse crue non ? Allez maintenant, disparaît. »

Je prends son attirail. Je sniffe ce qui va me servir de repas sous-marin, ça pue l’algue et les fruits de mers, je pense que l’option de la méduse est plus appétissante.
Je fais un signe de tête au traqueur, puis je franchis le portail.
C’est toujours aussi désagréable, mais je commence à m’y faire, car une fois traversé, pas de nausée, pas de vomi, pas de chute vertigineuse, juste un léger tournis.


Le Soleil.

Ca fait longtemps que je ne l’avais pas vu resplendir à ce point. Le sable chaud, l’odeur de l’iode, le bruit des vagues frappant les roches, l’écume qui pétille, les mouettes et …

« Tu te bouges de là, tu me gènes, abruti ! »

Des marins.

Hook Town, ville portuaire.

Endroit idéal pour se fournir un bateau de premier ordre pour atteindre les profondeurs morbides de l’enfer maritime. Ça donne envie comme titre.
Je me décale pour laisser passer les marins portant de lourdes marchandises en direction des quatre coins du Velm. Je me promets que si je reviens vivant de cette mission, je me paye des vacances à la plage ici.
Je prends la direction de la ville en hauteur, il me faut une pinte de brune, ne serait ce que le temps d’attendre mes collègues, et prendre des renseignements sur un capitaine assez taré pour nous emmener sur les lieux de notre quête.
Les stands de poissons et de mollusques me donnent presque faim, j’ai des envies de moules frites, ou de fish’n’chips.
Le brouhaha du marché me rappelle lorsque avec mon père nous allions en ville vendre les armes que nous avions forgées. Me voilà plongé dans un énième souvenir de nostalgie, quand je vis une pancarte au dessus d’un établissement, avec écrit dessus : « Le huître et huître seize ». Un bien mauvais jeu de mot, mais l’ambiance rupestre qui en dégage me dit que je suis au bon endroit pour des infos.
Je franchis la porte, commande une bonne mousse et me pose sur une table isolé, disposant de deux autres tabouret pour mes collègues.
Je sens les regards soupçonneux des bouseux du coin sur moi, ils n’ont pas l’air d’apprécier les étrangers, ça tombe bien, je les aime pas non plus. Mon intérêt pour eux part aussi vite que la gorgée de bière dans mon gosier.
Je me commande le fameux poisson pané accompagné de frite et de purée de poix afin de me sustenter, quand un grand bourru, borgne, et avec un crochet à la place de la main droit, pénètre dans la taverne avec fracas, à la limite de défoncer la porte.
Il se met à hurler de façon incompréhensible quelque chose à la serveuse, qui semble comprendre son dialecte de mec bourré. Il fixe l’assemblé de son unique œil valide, puis se stoppe sur moi.
Je fais celui qui l’ignore en me jetant sur mon repas, quand il se met à me parler, me montrant de son crochet rouillé. Bien évidement, je pige rien, ce qui semble l’énerver encore plus, au point qu’il se dirige vers moi.


Je me demande encore comment je fais pour toujours m’attirer de pareilles emmerdes...
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MessagePosté le: 27/09/2018    Sujet du message: Publicité

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Faram
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MessagePosté le: 27/09/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Comme s'il pleuvait des nuages. Mon paysage était à la blancheur, comme s'il en pleuvait, comme si j'y vivais, dans un cocon de nuage. J'aurais pu être dans une brume, dans un brouillard épais et occultant mais je flottais. Je flottais dans les limbes médicamenteuses, et tout était blanc. Blanc comme un sourire, blanc comme la lumière. Les draps, les blouses, le sol et le plafond, tout semblait si irréel. La neige avait la faculté a brunir dès le contact du sol, alors que les nuages demeuraient immaculés.
J'étais sur un nuage qui allait pleuvoir, qui allait tomber de son état céleste vers une contrée bien plus prosaïque : le sol. La réalité me rattrapait, ma chrysalide se fissurait.

Eclair noir, il pénétra la pièce sans once de bruit, seulement le suintement de la porte que l'on ouvre brusquement ; elle ne grinçait, elle ne frottait le sol, rien, juste le mouvement de l'air dans cette pièce hors du temps. A ses talons, dans son ombre, titan de coton, le médecin le tenait par l'épaule et tentait de l'empêcher de pénétrer dans la chambre. Echec certain, nul ne pouvait s'opposer à la farouche autorité des Traqueurs.
Quant à moi, je regardais le plafond, hagard. Je nageais dans ce lit trop inconfortable, baigné par la lumière du jour. On aurait dit un gisant, un roi allongé sur son tombeau, son autel, éclairé par quelques rais de lumières filtrés, ou non, par des vitraux narrant mon histoire. La douce chaleur automnale caressait mon visage et je vivais au rythme du temps passant, du faisceau lumineux se déplaçant sur mon corps au fil de la journée. Je me concentrais dessus pour ignorer la douleur, pour l'oublier, et je savais pertinemment que quand elle disparaissait, vers 16h, je devais faire ma rééducation et mes ablutions, le pire instant du jour. Mais là, mon torse baignait de cette chaude lumière, signe que la torture semblait lointaine.

Alors ce bruit, si impromptu et si tôt, me gêna. Je grognai et refusai toute idée d'action, toute tentative à me sortir du lit. Mon regard croisa le spectacle dudit Traqueur, Chélonien, et du médecin, Dr Lerzt, qui se chamaillaient, je pivotai sur le matelas afin de m'emparer d'un peu d'eau et d'un énième antidouleur. Etait-ce un calmant qui allait me faire rejoindre les songes ? Le nuage s'intensifia.


    "Faram, tu as une mission, maintenant.
    - Non, il ne peut pas bouger, il ne s'est pas remis. Il lui faut encore du repos.
    - Docteur, si cette mission n'est pas exécutée rapidement, c'est ton salaire qui risque de s'envoler, et ton cher patient, tu ne pourras pas le soigner."


Je grognai encore.

    "J'ai l'air de pouvoir faire quelque chose là ?"


Les mots sortaient avec difficulté, souvent accompagnés de quelques perles écarlates. Et, l'articulation n'étant guère mon fort sous cette anesthésie quasi permanente et générale, ils n'avaient pas la forme que mon cerveau souhaitait imprimer.

    "Il ne peut pas marcher. Il est resté trop longtemps sous l'eau alors que son corps n'est pas habitué, expliqua mon bon doc.
    - C'est pas un problème, rétorqua Chélonien, c'est une mission aquatique. C'est notre seul représentant du peuple des mers, Arena incluse, il n'a pas le choix.
    - Vous êtes odieux, il risque de ne plus pouvoir remarcher après.
    - Au pire, on l'envoie au refuge et il aura de nouvelles jambes toute neuves.
    - C'est au-delà d'un problème anatomique, s'emporta Dr Lertz, c'est un problème de transformation sur une des races que l'on connaît le moins.
    - Ils sauront gérer ça au refuge.
    - S'il y arrive vivant.
    - De toute façon, personne a son mot à dire, cracha le Traqueur avant de continuer après une pause. Faram, récupère tes affaires dans ta chambre, je t'attends dans dix minutes pour t'expliquer la mission."


Et le Traqueur quitta la pièce. Sans mot dire. Laissant le médecin pantois. Je m'habillai, tant bien que mal, et me dirigeai vers ma chambre aidé de ma nouvelle amie : une béquille. Mes jambes n'arrivaient simplement plus à me porter depuis que j'avais passé six mois sous l'eau. Le syndrome de la transformation fantôme, mon corps croyait toujours que j'étais sous ma forme aquatique, dans l'eau, alors que, définitivement, j'avais les deux pieds sur terre.
Personne ne gisait dans la chambre, tout le monde devait être en mission. Cela faisait presque sept mois que je n'avais mis les pieds ici, je me demandais toujours si j'habitais là ? Mes affaires n'avaient pas bougé d'un iota, qu'ils étaient sages ! Seul moi coin était rangé, un livre traînait dans un angle, jeté sans aucun respect pour ces pages gravées. J'enfilai mon arc en bandoulière, mon carquois et empli un sac de sport de quelques affaires, dont mon blouson imperméabilisé.

Je traversai, en tenue de combat légère, celle sans ce manteau, l'Académie de magie. Je claudiquai, déséquilibré et chargé par mon fardeau. Qui seraient mes alliés ? Les élèves ne se poussaient guère sur mon chemin, pourtant ils voyaient que ma peine était bien réelle. Jamais je ne comprendrais cette école, ô combien je voulais en partir !
Enfin arrivé dans la zone des Portails, je vis le Traqueur me regarder d'un œil noir.


    "Je t'avais dit cinq minutes, tu as presque mis une heure ! Tu te fous de ma gueule."


Je plantai mes orbites dans les siens, d'un air désabusé. Avais-je l'air d'avoir traîné ? D'avoir fait exprès ? Il me tendit une amulette, m'expliquant qu'elle servait à me faire passer pour un mort, ou un mort-vivant, étant donné que seul la non-vie pouvait s'approcher de l'incroyable épave. Aussi, il m'avoua que je devrais chaperonner deux autres personnes sous l'eau, enfin, une et demie. Un loup et une autre créature maritime. Je pensais à Naë, Danaïde et élite, au pouvoir inutile sous l'eau, celui du feu. Mais je ne dis mot. Rien. Laissant le Traqueur m'expliquer les détails de la mission. Lorsqu'il me demanda si j'étais prêt et, s'attendant à ce que je ne parle pas, il ouvrit le portail et entama un geste pour m'y pousser.

    "Comment on sait où elle se trouve, l'épave ?"


Il se figea net.

    "Elle est devant moi, non ?"


Pour la première fois, je vis ce traqueur fait un ersatz de blague, pour sa première fois j'autorisais un échec.

    "Elle est vers la nouvelle station balnéaire. Mais, en vrai, on en a aucune idée. Peut-être qu'elle n'existe pas."


Et là, il me poussa.

J'hurlai. Les mouettes s'envolèrent. Je me trouvais non loin d'un camping, en bordure de la station balnéaire. Les bungalows abandonnés en dehors de la saison, je me demandai s'ils étaient encore protégés contre les Monstres du Néant l'hiver. Ils pourraient être un bon endroit pour se planquer la nuit. Ca me rappelait ma jeunesse où, tard le soir, nous y allions avec des bouteilles et de l'alcool et nous y passions la nuit, en toute impunité et illégalité.
Mais le temps n'était à la nostalgie. Il me fallait vaincre vite ces Sources et rentrer chez moi. Je l'avais juré.

Alors je me dirigeais vers la cité côtière. Le tourisme battait encore son plein malgré les températures plus faibles qu'à l'accoutumée, cependant, on pouvait clairement imaginer les rues bondées lors de la période estivale. Quelques boutiques étaient fermées mais les glaciers affichaient une queue certaine. Je passais par le port, espérant voir une figure familière. Le clapotis de l'eau contre les coques, l'entrechoc des mats, ce son me semblait si coutumier ; j'étais chez moi, sans le froid, sans la bruine. Je continuai à arpenter le village, cherchant un indice sur la présence d'un second élève ou d'une quelconque information quant à l'épave protégeant un trésor. J'aperçus la capitainerie. Ils auront des informations dans cette bâtisse austère, cependant, il me fallait d'abord trouver mes compères.
Ce devait être deux areniens, sinon Chélonien m'aurait téléporté avec le second mage. En toute logique. Et que fait un arénien en mission ? Il boit avant de chercher des informations. Pour le trouver, il fallait que je trouve du rhum, et les pister en fonction des bagarres qu'ils auront semé en l'instant de quelques heures. Facile.

Sauf que je marchais très lentement. Et que ma perception du monde chavirait à chaque pas tant mon équilibre vacillait. Et que le Soleil tombait dans quatre heures.
Il fallait fuir les touristes et les travailleurs, s'éloigner du port lui-même. La ville était sur une butte et montait légèrement. Énormément. Au sommet de la colline, peut-être, après les quelques canaux qui striaient la cité, la pente commençait. Par là, par ce chemin, je misais mes seuls espoirs. Pourquoi ne pas fixer un point de rendez-vous ? Je grimpai, non sans mal, ces rues pavés. Ma canne, à chaque pas, menaçait de glisser. Chaque banc, sur les côtés, m'appelaient. Enfin arrivé au sommet, sur ce magnifique belvédère, j'aperçus enfin la longue digue qui protégeait l'entrée du port et, au bout, son petit phare ridicule. Le gardien du phare, lui aussi, pourrait nous aider?

Une porte fracassée m'éveilla de ma torpeur relative. Non loin de moi, une taverne sans terrasse, l'endroit idéal pour un arénien. Et une porte ouverte sans délicatesse, note parfaite pour un bourru sans délicatesse. Je suivis mon instinct et me dirigeai vers l'origine du bruit.
L'ambiance semblait parfaite. Des photos de voiliers et de vieux galions affichés, des cordage attachés aux poutres apparentes et, derrière le bar, un immense gouvernail. Quant à l'odeur, ce savant mélange de rhum et de bière renversée pourrait être ma madeleine de Proust tant elle me rappelait des souvenirs. En continuant d'analyser le panorama, je vis un très grand homme se dirigeant vers une table, et, aussi, que tout le monde fixait cette même table. La raison m'ordonna de le suivre.

Je claudiquai sur le parquet imbibé. On me toisa. Grand homme, baraqué et boiteux, et armé. Mais, je ne sais pourquoi, ils devaient penser que j'étais avec cet homme. Quand il recula de la table, après avoir dit des mots inaudibles pour le commun des mortels, je compris pourquoi. Lui aussi boitait mais, sa raison venait de sa jambe, toute de bois ornée. Il pivota légèrement et je vis alors Erwan assis, étant la cible première de l'alcoolique à la retraite. Sincèrement, ce loup était l'aimant à emmerdes numéro 1 du Velm.
J'arrivai enfin au niveau de la table. Ils ne m'avaient toujours pas remarqué. D'un geste lent, je tapotai sur l'épaule de mon doppelgänger. Il sursauta et me toisa, surpris. Crochet à la place d'une main, peau hâlée et abîmée par le sel, il s'agissait d'un véritable pirate. Peut-être l'avais-je déjà croisé dans mon port natal ?

D'un coup sec, je soulevai ma béquille et la plantai sur son sternum. Je voulu parler mais mes lèvres ne bougèrent. De mon autre main, j'intimai à Erwan de ne pas ciller. Il sembla apprécier mon ordre et continua de manger tranquillement.
Je vis une lueur de terreur, et de colère, dans l'oeil de mon interlocuteur. Je fis parler mon illusion qui lui demanda s'il savait où trouver l'épave de Davy Jones, pour des raisons archéologiques. Il éclata de rire. J'avançai d'un pas, le plaquant contre le mur, et fit déferler mes plus sombres mirages. La mélodie bien connue de la tempête, les images des Krakens, des monstres abyssaux que j'avais fréquentés ces six derniers mois, je maquillai mon visage de la même manière que les guerriers aquatiques que j'avais affrontés. Le pirate blanchit, son visage sembla fondre comme neige au Soleil.


    "Pauvres fous ! Personne ici ne souhaite y aller ! Fuyez avant qu'il ne soit trop tard."


Et il détala, en courant et renversant des verres sur les tables. Je fis signe au tenancier de venir me voir, il s'exécuta. Je lui commandai un grand verre de fruits pressées, ou son meilleur smoothie s'il avait, et me posai face à Erwan. Lui seul pouvait comprendre ce qui s'était passé. Tout le monde me regardait, interloqué, car sans un bruit je l'avais fait fuir, sans un mot le pirate alcoolique était parti. Et, de même, le serveur était venu me voir, puis était reparti, en parlant, mais sans que je ne dise mot.
Il me posa un énorme smoothie, plein de vitamines et d'eau, mais lui réclamai de l'eau en plus, mon hydratation commençant déjà à faillir.

J'étais épuisé.
J'eus du mal à saisir la paille à l'aide de mes lèvres. Ma magie avait plus d'aisance à s'exprimer que mon corps entier ; ce paradoxe, bien que fort utile, m'effrayait. Pourtant, ce fut elle qui lâcha un
"Félicitations" à Erwan. Pour ? Pour sa formation, pour la destruction du Temple de la Foudre, pour ne pas avoir étriper ce vieil alcoolique, pour ne pas avoir fait de bagarre, pour s'être planqué dès le début de la mission en me laissant errer comme une âme perdue dans la ville. Mon visage tordit un sourire.

    "Et désolé de ne pas avoir terminé ta formation. On m'a catapulté en mission."


Je repris, après une courte pause.

    "C'est une passion, de nous propulser comme ça, dans des missions sauvages."


Boire de l'eau dissipa quelque peu ma douleur, mon corps continuait à s'imaginer que j'étais imergé au milieu de l'océan. Je m'imaginais comme une éponge, dure et sèche, sur laquelle on pose quelques gouttes de liquide et qui, soudain, s'assouplit et gonfle. Je soufflais de satisfaction, mais pour combien de temps cela allait durer ?

    "T'as des infos sur la localisation de l'épave ? Il semblerait que ce soit une légende urbaine tant les sources sont peu fiables. Il faudrait corroborer des informations depuis la capitainerie, le phare peut-être, et des cartes ? Il doit bien y avoir un musée municipale pour les jours où il pleut et les touristes ne peuvent pas aller à la plage. A moins que la dernière personne à venir soit au courant de quelque chose, d'ailleurs de qui s'agit-il ?
    - Katy, machouilla-t-il, la bouche plein."


Et là, j'explosai de rire, brisant le silence que je faisais depuis mon entrée. La créature marine, il s'agissait d'elle. La Baleine. Sa réputation la précédait. J'étais prêt à la charier dès son arrivée. Encore fallait-il qu'elle nous trouvât.

_________________
Et sous les étoiles, les algues s'amusent à imiter,
les hommes et les femmes qui se sont noyés.


Dernière édition par Faram le 29/09/2018; édité 1 fois
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Katy
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MessagePosté le: 28/09/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Toc toc toc.


Un son pressant qui, à force d'années, était devenu de mauvais aloi, oppressant comme le cri d'un corbeau sur un champ de bataille. Gabriel leva ses yeux verts en direction de la porte. Elle était assise sur l'unique bureau de la chambre n°1. Lynn était quelque part dans l'Ecole, peut-être dans le Self ou dans la cour pour se changer les idées. Elle semblait, comme la plupart des élèves, passer une phase difficile en lien, entre autres, à ses histoires de cœur. Vost était dans la pièce, allongé sur son lit et plongé dans le silence méditatif de la lecture, que l'appel à la porte n'avait pas suffi à déranger. La guerrière aux cheveux blonds soupira. Un sentiment d'exclusion lui rongeait les entrailles en ce moment. Lynn s'était quelque peu renfermée sur elle-même, Vost également, l'Humaine avait peu d'échanges avec eux; pour autant elle avait la nette impression que les deux communiquaient autant qu'avant, hypothèse qui s'était plus ou moins confirmée lorsqu'elle les avait vus dans la dimension étrange du Portail. Disons qu'ils se parlaient peu entre eux si l'on se référait à des personnes douées de capacités sociales normales, mais de façon assez importante si l'on tenait compte de leurs personnalités respectives. Gabriel s'en voulait de s'inquiéter de l'évolution du lien qui unissait ses deux colocataires, sur lequel elle spéculait essentiellement dans son imaginaire alors qu'elle n'en avait certainement pas le droit étant donné sa propre position. Un seul lit était encore inoccupé depuis plusieurs mois : il s'agissait de celui de Renji qui, bien que vivant et conscient à présent comme elle avait pu le confirmer récemment, était toujours au Refuge probablement pour du suivi médical et de la rééducation. Elle n'avait pas pu lui rendre visite depuis, mais le savoir en vie et a priori en bonne santé lui offrait un réconfort non négligeable comparé aux deux derniers mois.
Un deuxième soupir s'échappa de ses poumons.


- J'arrive, répondit-elle finalement à l'intention de l'intrus, vraisemblablement un Traqueur, qui s'impatientait dans le couloir.

Elle reposa son regard sur les objets disposés devant elle sur la table de bois. Un grand verre d'eau et pilulier. Elle saisit une pilule de chaque : un anxiolytique, un antidépresseur, un médicament pour contrer les effets secondaires des deux premiers, un cachet de complément alimentaire pour l'aider à garder une forme physique qui accompagnerait le rétablissement mental. Sa cure de désintox à l'alcool avait été rapide, contrairement à celle de Vost qui était encore en cours, et ses problèmes de fragmentation de personnalité et d'hallucinations étaient enfin passés.
Dans une volonté de se débarrasser rapidement de cette corvée, la jeune femme engloutit les quatre médicaments d'une seule traite avec l'intégralité du verre d'eau. Reposant la chope avec un claquement, elle repoussa la chaise en se levant et se dirigea vers l'entrée où les coups se répétaient de nouveau. Elle ouvrit pour découvrir un Traqueur figé dans la position du frappement de porte.


- Une mission, grinça l'individu.
- Je me doute..., répondit la jeune femme d'un ton las. Pour moi ?
- Pour, je cite "Gabriel Sorden dite "La Baleine"".
- Quoi ? demanda l'intéressée avec une nette exaspération perçant dans sa voix, qui avait augmenté d'un ton.
- Vu l'air outré, j'en conclus que c'est vous et que vous n'êtes pas d'une race aquatique, marmonna le Traqueur qui ne semblait pas non plus goûter à l'humour. Quelqu'un a dû modifier les registres pour faire une plaisanterie. Ce sera modifié sous peu.
Qui avait pu faire une telle blague ? Vu le surnom, ses soupçons se tournèrent vers Renji, ou Faram... Elle décida de passer outre pour le moment.
- Bon... peu importe, je m'occuperai du responsable plus tard si je le trouve, dit-elle. Quelle est la mission ?
- Vous avez les détails là-dessus, s'empressa de répondre le Traqueur en lui tendant un ordre de mission, visiblement désireux de ne pas s'épancher d'avantage en explications. Je vous attends dans le Hall d'entrée dans deux heures avec les fournitures spéciales dont vous aurez besoin.
- J'y serai, répondit martialement la guerrière en refermant la porte derrière le missionnaire.

La main toujours sur la poignée, ses yeux glissèrent sur le contenu de l'ordre de mission. Il s'agissait d'une chasse au trésor. Un trésor vraisemblablement de taille et gardé par des morts-vivants marins... Davy Jones. Ce nom lui disait quelque chose. Elle avait dû le voir apparaître sur une des lectures de Vost. Malgré tout, elle ne se sentait pas le coeur de lui demander. L'ordre était suffisamment clair et succin pour lui donner les informations nécessaires, elle apprendrait le reste sur le tas, sur place. Ses deux compagnons pour cette aventure sur les Iles Terribles s'avéraient être Erwan et Faram. Lire leurs deux noms lui fit chaud au coeur. C'était des amis et des compagnons d'arme de longue date à présent, et elle avait jusque récemment cru que Faram avait rejoint le Hall des défunts d'Illusia. Elle avait hâte d'entendre leurs dernières aventures, même si cela impliquait aussi de nombreux désagréments...
Son regard de tourna vers Vost et croisa le sien, qui s'était détourné de sa lecture pour l'observer. Répondant à l'interrogation muette de ses yeux écarlates, la jeune femme s'approcha de lui et lui tendit l'ordre de mission tout en s'apprêtant pour le départ. Pendant qu'il parcourait ces lignes, elle enfila une tenue légère pour supporter la chaleur moite des Iles Terribles et fourra dans un sac un ou deux sets de rechange - elle les laverait au fur et à mesure pour éviter de se charger - ainsi que ses pièces d'armure agencées de sorte à prendre le moins de place que possible. Elle attacha avec des sangles son bouclier à son sac afin de pouvoir porter l'ensemble sur son dos, même si cela pesait extrêmement lourd. Enfin, elle se ceintura de son fourreau et de sa fidèle épée.
Fin prête, elle se tourna à nouveau vers son ancien amant. Le retour de Renji et leur confrontation récente extrêmement violente dans la Capitale avait laissé des cicatrices encore trop fraiches sur leurs deux psychés. Elle hésita longuement sur la façon de lui dire au revoir. De son côté, il la fixait intensément sans bouger ni manifester la moindre émotion. Il étudiait prudemment sa réaction.

Finalement, Gabriel s'approcha du lit superposé où était allongé l'albinos, ses lasers rouges toujours pointés sur elle. Elle tendit doucement la main et lui caressa la joue. Le contact, familier et doux, qu'ils ne s'étaient pas beaucoup autorisés récemment, bouscula sa poitrine. Incapable de parler, elle dut rester silencieuse quelques secondes, durant lequel ses doigts parcouraient doucement la chevelure blanche du Démon. Enfin, sa gorge se dénoua et elle put s'exprimer, doucement :

- J'y vais. Prends soin de toi.
Vost prit également quelques secondes pour répondre.
- Toi aussi. Reviens vivante.
La conversation faisait quelque peu écho à celle qu'ils avaient eu à l'Infirmerie, leur dernier véritable moment de tendresse ensemble. Gabriel eut un petit sourire sans joie. C'était des adieux dignes de guerriers incapables de s'exprimer. Elle retira sa main à regret. Vost lui tendit un de ses livres qui reposait en tas près de sa couche. La jeune femme saisit le tome, intriguée. Il savait que la lecture n'était pas son passe-temps favori et se doutait que ce n'était pas pour occuper ses heures d'ennui, qui seraient probablement inexistantes dans sa mission. Il s'agissait d'un livre écrit par un historien, qui retraçait l'histoire des Iles Terribles et traitait notamment de la véracité de certaines légendes comme celle de Davy Jones. Le geste du Bersekir signifiait qu'il souhaitait qu'elle le prenne, comme garant de meilleures chances de réussite.
- Merci. Salue Lynn pour moi. J'espère vous revoir à mon retour.

Sur ces paroles brèves, la guerrière tourna les talons, referma autour de son cou le pendentif en or offert par Renji qu'elle cachait usuellement dans une boîte à bijou métallique matelassée pour éviter de poser des problèmes de santé au Démon, prit la boîte à musique qui lui rappelait ce dernier, enfila son sac écrasant et se dirigea vers la sortie.

Clac.


*~*~*~*



Les Iles Terribles étaient, comme dans ses souvenirs, d'une chaleur écrasante. Malgré son short, ses chaussures en tissu et son débardeur, Gabriel suait à grosses gouttes à cause de la charge de son sac. Elle errait de plus sans but dans Hook-town, la station balnéaire de seulement quelques décennies qui avait pris de l'ampleur, entre autre grâce à l'importante clientèle des Ecoles qu'elle recevait. A force de demander son chemin et de décrire ses deux compagnons, elle finit par trouver le point de chute de ceux-ci. "Le Huître et Huître seize". Un nom qui ne faisait pas sens pour Gabriel, qui n'y prêta d'ailleurs aucune attention en poussant les battants de l'établissement. Une auberge qui tenait plus du repère de pirates que de l'hôtel touristique de luxe, clairement. Pourtant, une fois n'est pas coutume, la guerrière n'aurait pas craché sur un peu de confort avant de se lancer dans des péripéties sous-marines qui promettaient d'être désagréables.
Il ne lui fallut qu'un court moment pour trouver ses deux compagnons, assis à une table où la populace s'écartait volontairement. Etait-ce si étonnant, si l'on considérait qu'il s'agissait de deux Illusiens dont l'un était un Lycan massif et belligérant et l'autre, un puissant Illusionniste ? Les deux ne paraissaient d'ailleurs pas dans leur meilleur forme physique et morale, surtout Faram qui était armé d'une impressionnante béquille. Erwan était en train de saucer son imposante assiette lorsque la guerrière s'approcha.
Lorsqu'elle arriva à leur niveau, la guerrière déclencha une réaction à laquelle elle ne s'attendait pas chez les deux sorciers: ils éclatèrent de rire.


- Quoi encore ? soupira-t-elle.

Comme elle s'y attendait, il s'agissait encore de ces histoires de mammifères marins massifs. Avec un claquement de langue irrité, la guerrière posa son sac qui s'écrasa au sol dans un bruit mat, témoignant du poids de son armure. Faram lui lança un regard plutôt désapprobateur qu'elle ignora en appelant d'un geste de la main un serveur. Elle commanda la spécialité du cuisinier et une tournée pour toute sa tablée, ainsi qu'une carafe d'eau supplémentaire pour son elle et son ami Ondin, avant de reporter son attention sur ses deux compagnons.
Ils commencèrent par échanger des nouvelles. Erwan et Katy s'étaient vus pour la dernière fois au Temple de la Foudre, et Katy et Faram s'étaient seulement aperçus au cours d'une étrange mission qui, étant donné les substances qu'elle avait ingurgitées, tenait plus du fantasme que de la réalité et dont elle n'osait pas lui demander si ces souvenirs étaient réels ou factices. Erwan avait accompli une mission plutôt épique dans les Contrées du Nord et eu quelques aventures comiques dans la Capitale et son école, Faram avait apparemment passé plusieurs mois en mission aquatique et ne s'en était toujours pas remis. Les missionnaires n'étaient définitivement pas tendres avec ses recrues. La jeune femme leur donna également des nouvelles, notamment sur l'état de Renji au Refuge et sur la formation de Vost, sans trop entrer dans les détails. Ses deux amis comprirent qu'elle ne voulait pas s'étendre et n'insistèrent pas. Les rations de nourriture et de boisson de la taverne diminuaient au fur et à mesure de leurs échanges. Le tenancier semblait inquiet, mais la guerrière payait à chaque fois, lui retirant les doutes qu'il aurait pu avoir au moins sur leur capacité à payer ses provisions.
La conversation dériva ensuite sur la mission. La conclusion leur vint vite : ils ne savaient pas grand chose d'ordre que ce que stipulait l'ordre de mission. Les suggestions de Faram semblaient judicieuses. Le seul élément que la guerrière apporta fut le livre que lui avait donné Vost.


- Cela pourrait nous être utile. Je ne vous cache pas que je ne l'ai pas encore lu. Qui est le lecteur le plus rapide d'entre nous, toi Faram ? Ce dernier haussa les épaules l'air de dire "Je sais pas, sûrement." Tu commences et tu nous le fileras quand tu auras terminé, alors ? Je propose qu'on suive tes suggestions et qu'on se sépare demain pour tâcher de rassembler des infos, et on fera un second point en fin de journée. Ca vous va ?

C'était le protocole usuel pour ce genre de missions obscures et le seul qu'ils pouvaient raisonnablement suivre. Ils se mirent rapidement d'accord sur la répartition des corvées : Faram allait faire un tour au niveau du centre, où la mairie, le musée et la seule librairie de la petite ville se côtoyaient. Erwan partirait interroger la population, notamment les marins en passant du plus honorable pécheur, au richissime touriste et aux moins fréquentables pirates, avec comme consigne de faire le moins de dégâts possible. Gabriel de son côté parcourait la capitainerie et le phare. S'ils se débrouillaient bien, une journée devrait suffire à dénicher les informations désirées et ils pourraient ensuite établir un plan pour une première expédition dans les eaux tropicales.
S'étant entendus, les amis trinquèrent une dernière fois et engloutirent leur boisson avant d'aller quérir un repos qui leur serait nécessaire les jours à venir...



Voilà voilà, rien de bien fou ne se passe dans ce premier post. Je vous propose qu'on communique sur LINE si besoin pour cette mission vu qu'on l'a tous =D Dites-moi s'il y a besoin d'éditer un truc ;D

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MessagePosté le: 29/09/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

"Pipe et Jambe de Bois" pourrait être le nom de notre suite, de notre chambre, de la pièce dans laquelle nous logions. Certes, j'avais demandé une chambre avec deux lits simples et une baignoire mais je ne m'imaginais pas un tel bouge. Ce devait être, en réalité, le repaire des prostitué.e.s bas de gamme, tarif idéal pour les Elites des Académies (particulièrement les anges déchus), ou des marins de passage trop soûls ou trop pauvres pour s'offrir une véritable chambre.
Lorsque je me posai sur l'un des lits, un terrible grincement naquit ; avais-je tant grossi ? J'intimai à mes deux compagnons d'une mission d'aller dans la salle de bain, de faire leurs ablutions et leurs ultimes besoins avant la nuit. Dès ce moment, j'entamai la lecture du livre tendu par Katy quelques heures plus tôt, D. USCOYN,
Davy Jones, du mousse à la révolution maritime, Edition du Chambranle, 1294., l'histoire de ce pirate, de son enfance à sa mort, avec ensuite une longue dissertation sur son rôle dans la piraterie, la portée de ses gestes sur le monde maritime actuel et autres élucubrations intellectuelles.
Une fois qu'ils eurent terminé, j'empli la baignoire d'une eau cruellement froide, rabattit le rideau jauni autour et plongeai dans l'onde limpide, laissant choir sur le sol mon livre de chevet. Après la dose de somnifère et d'antidouleur avalée, je leur intimai qu'ils pouvaient rentrer n'importe quand durant la nuit, je ne les verrais ni entendrais. Qui plus est, le lendemain, je risquais de me réveiller tardivement selon les horaires classiques des missions, secouer l'ondin était alors vivement conseillé. Cependant, même si les drogues m'emportaient vers les bras de Morphée, même si dans la pièce à côté se trouvaient mes amis, je ne pouvais m'empêcher d'appréhender. D'avoir peur. L'anxiété. Le refus. Le refus de ma forme originelle. J'en avais honte, je ne voulais qu'ils me voient ainsi, sous cette forme, sous cette apparence d'homme-poisson. Durant des années, j'avais vécu comme un terrestre, un bipède, et mon corps me rappelait douloureusement que, non, je n'en étais pas un. Mes jambes ne pouvaient me servir que temporairement, que quelques heures par jour.

Je n'étais humain.
Pire, l'humanité s'éloignait chaque jour de moi.

La pudeur me poussait à refuser à ce qu'ils me perçoivent si faible et si étranger. Je serrai des dents en m'endormant.
L'éveil fut aisé. Je n'eus aucune difficulté à reprendre mes jambes, excellent signe de rétablissement ! Je me séchai et m'habillai en toute hâte, assis sur le cabinet pour veiller à mon équilibre. En sortant de la salle d'eau, j'aperçus les deux autres en train de dormir du sommeil du juste. Parfois, ne pas boire d'alcool avait des avantages, notamment pour la récupération.
Je descendis dans la grande salle, béquille dans une main, livre dans l'autre, et commandai un petit déjeuner pour accompagner mes cachets matinaux. Il n'y avait que peu de monde, une petite musique grésillait dans un poste tandis que le tenancier astiquait le sol et son comptoir. A la lueur de l'aurore, ce petit taudis avait un réel charme, un vrai cachet que l'alcool et la bagarre nocturne noyait chaque nuit.

Il passa une bonne heure, une heure de thé, de jus d'orange et de toast au maquereau grillé, avant que mes muscles soient prêts à l'action, la marche. J'avais bien avancé le très charmant livre et, plongé dedans, je n'avais pas perçu la Protectrice descendre. Elle fut surprise de me voir levé si tôt, mais rapidement je lui expliquai qu'une baignoire ne permet pas de dormir longtemps. Trop comateuse, elle ne fut guère prolixe et, de mon côté, je n'avais pas l'énergie de lui poser la question qui me taraudait depuis le début de la mission. Je la gardai pour plus tard, mais je n'aurais pas beaucoup d'occasion de profiter de sa faiblesse temporaire, car je connaissais d'avance sa réaction. Quand Erwan descendit, je montai me laver les dents et préparer mon sac. Je les saluai bien haut et quittai la taverne.

Après tout, j'étais lent à marcher, il me fallait une longueur d'avance.

Le tenancier m'avait donné quelques indications : la bibliothèque, le musée et les archives se trouvaient dans le même bâtiment, typique des petites villes, et ouvrait à 10h tandis que la Mairie ouvrait à 9h.
Déjà, les médicaments faisaient leurs effets et, si j'arrivais à marcher avec plus d'aisance car sans souffrance, je ne sentais plus rien. Complètement anesthésié. Le jour de l'expédition, je n'aurais qu'à ne pas prendre les pilules et plonger directement, mais aujourd'hui étant une autre affaire, je flottais.
Entré dans la mairie, j'allais droit au but et demandai, enfin, mes illusions demandèrent :


    "Je suis d'Illusia, il paraît que vous avez un problème de Morts-Vivant sur une mer proche."


La réceptionniste éclata de rire.

    "Vous ne pouvez rien y faire, ou vous êtes sacrément fou."


Je, mon illusion, esquissai un sourire un peu provocateur.

    "La folie est ce qui nous caractérise. Ce n'est pas le courage, juste la plus pure des folies qui nous rend particulièrement téméraire.
    - Eh bien, répondit-elle, si vous pouvez vous rendre utile. Attendez un instant je vous prie."


J'en profitai pour boire une gorgée et m'installer sur un fauteuil. Après tout, j'étais un infirme. Un charmant quadragénaire arriva, chemise cintrée, deux boutons défaits, peau peu hâlée pour un insulaire, il me toisa.

    "Vous êtes l'expédition d'Illusia et d'Aréna.
    - Oh, juste un représentant. On est tous en quête d'informations, continua ma voix d'illusion.
    - Je vais faire simple. Si le climat ici est si agréable cette saison, c'est grâce à un courant marin qui vient du Nord-Est. Seulement, il traverse d'autres petits archipels qui composent l'ensemble de l'archipel, dont un en particulier.
    - Enfin, que quelques mois par an ?
    - Oui, le courant est là d'Août à Novembre environ, après il se décale et meurt. Il traverse de l'Archipel des Mouettes, au Nord, à l'Archipel des Iles de Sable, à l'Est. Quelque part entre se trouve le légendaire Archipel du Crâne, infesté de Morts-Vivant, que le courant pousse sur d'autres îles. C'est un véritable frein à la pêche et au tourisme.
    - Vous voulez ouvrir une autre station balnéaire ?
    - Oh, ce n'est pas moi qui souhaite le faire. Mais celui qui se débarrasse de ce fléau sera particulièrement bien payé.
    - Ha. Ce serait donc ça, le fabuleux le trésor de Davy Jones ? Une récompense des grands capitalistes.
    - Pour moi, oui. Ce ne sont que des fables.
    - Très bien, je vous remercie beaucoup."


Les illusions m'avaient épuisé. Faire semblant de parler pour deux personnes, alors que j'étais dans un état proche de l'ivresse médicamenteuse, altéra mon ouïe. Je m'en étais rendu compte déjà sur les derniers mots de mon interlocuteur que j'avais peiné à entendre, là un bourdonnement lointain emplissait mes oreilles. Je me dirigeais vers l'océan et, dès que je l'avais en vue, me posai sur un banc afin de reprendre ma lecture. Bercé par les vagues, je continuais la biographie de Davy Jones qui n'avait potentiellement jamais échoué au large, ne laissant aucun trésor. Le roulement de l'océan s'intensifia, le chant des goéland arriva enfin à mes oreilles accompagné ensuite par le vacarme des bipèdes. Les cris, les cloches, les sirènes des navires. La criée battait son plein et j'étais affamé désormais.
Les poissons frétillaient sur les étals et, ô grand abruti, j'avais oublié de prendre de quoi payer un repas ce midi. Je ne pouvais me résoudre au larcin tant je manquais de vélocité. J'avais une seconde solution qui ne me plaisait guère mais je devais emplir mon estomac de quelque chose de consistant. J'abordai un poissonnier et lui intimai de me remplir un sac de petits poissons encore frais. Il s'exécuta et me tendit la poche.


    "C'est excellent en grillade avec du fenouil !"


J'hôchai la tête, mimai de fouiller dans les poches de mon pantalon.

    "Combien je vous dois ?
    - 47 écus."


Il n'eut qu'une monnaie illusoire. Dès que sa caisse fut close, je fis volte-face. En grillade, avec du fenouil ? Mais quelle idée atroce. Je tremblai de faim. Depuis combien de temps je n'avais pas mangé de poisson cru ? Deux semaines, trois ? La nourriture de base pour moi, qu'avais-je eu à la place ? Des fruits, de la viande rouge que je ne pouvais digérer ? Tout mon métabolisme, je l'avais dressé à assimiler de la nourriture tel un bipède mais, en ayant passé six mois sous l'eau, il découvrit ce qui était bien pour lui, ce qui lui était naturel.
Le prédateur en moi s'éveilla. Dans une ruelle, j'ouvris le sac et gobai cru les petites sardines. Une à une. Je soupirai de plaisir, ce délicieux mélange d'iode et de sang dans ma bouche me manquait. Déjà. Qu'étais-je devenu ? Où se trouvait ma civilité, là, à dévorer de la poiscaille crue, presque vivante, caché de tous ?

Cependant, ce petit en-cas me redonna une folle quantité d'énergie nouvelle. Véritablement ragaillardi par cette pèche, je me dirigeai vers le musée-bibliothèque-librairie.
Il n'y avait personne. Juste un petit guichetier, un nain ou un vieil homme, je ne savais, qui apprécia ma venue. Il m'aborda directement, plein d'entrain avec ses bienvenues, ses que puis-je faire pour vous et ses si vous avez des questions, n'hésitez pas ! Justement, des questions, j'en avais des dizaines et lui demandai alors de m'apporter tout ce qu'il avait sur Davy Jones.


    "C'est pour un exposé ?
    - Non, une expédition militaire."


Il blanchit. Enfin, il disparu tout en marmonnant des mots incompréhensibles dans sa barbe. Je m'installai à une table de lecture, attendant le retour du petit homme qui arriva bien promptement avec une pile de livres, manuscrits, images, plus grande que lui. Il posa le tout en soufflant, manquant de m’assommer avec sa tour, ou de la faire s'écrouler sur moi, puis il s'en alla, à petits pas pressés, clamant qu'il y avait encore d'autres choses pour moi ! J'en avais pour des années. Peu téméraire, je pris le plus petit livre de la pile, il s'intitulait "L CEPU-LFIY, Mais où est la sépulture de Davy Jones ?, Scène Ouest, 1302". Sous cet air de livre savant, je vis bien vite qu'il s'agissait d'une prose grand public et vendeuse, n'expliquant rien, montrant juste des faits divers pour émerveiller et effrayer le lecteur. En matant de près les autres ouvrages, je compris que la moitié n'avant pas une once d'esprit scientifique ou critique.
Un vieux grimoire m'interpella. "G PEUH, D ZANBY,
Les trésors oubliés, Edition des sacoches, 1278" Les auteurs partaient de ce principe simple, les artefacts et bijoux onéreux qui avaient disparu à l'époque de Davy Jones gisaient potentiellement dans sa tombe. De ce que j'avais lu, le livre de Katy corrélait dans ce sens. Mais lui, il en faisait une liste qu'il jugeait la plus exhaustive possible. Naturellement, la revue entamait son récit par les grandes couronnes, les diamants précieux, les pièces qui représentaient le plus la force de la noblesse et prouvaient ainsi la puissance et la ruse du pirate ayant réussi à les voler. Mais, plus dangereux, l'auteur évoquait par la suite des artefacts magiques qui n'existaient plus dans les inventaires. L'Orbe de Nécromancie, qui permettrait de contrôler la vie après la mort. Le Cor des Krakens, pour invoquer un Kraken géant. L'Oeil de Verre du Dieu des Cyclone, pour survivre ou invoquer des cyclones. Le Crochet du Calmar Géant, afin d'appeler l'animal sus-nommé. Le Sextant des Tempêtes, pour faire pleuvoir et gronder le tonnerre sur ses ennemis. Et encore d'autres aberrations. Mais, peut-être que le seul trésor, véritable trésor, serait cet Orbe de Nécromancie qui enfanterait tout ces Morts-Vivant dans la région ?

    "Vous êtes en quête de trésors ?"


Je sursautai. Il n'avait pas bougé. Il me fixait en train de lire. Effrayant.

    "Regardez, là, ce sont des cartes au trésor. Mais personne ne les a trouvé."


J'en vis quatre, que j'ouvris. Des dessins d'îles, mais lesquelles ? Il y en avait tellement, peut-être des centaines voir des milliers. Et nous cherchions une épave, pas un trésor enfoui sur une plage.

    "Ce sont les seules traces du trésor de Jones. Ce sur quoi la légende se base. On raconte que c'est juste après avoir enfoui ses quatre coffres, qu'il a coulé.
    - Mais ces quatre coffres n'existent pas.
    - Ces cartes seraient potentiellement l'énigme pour trouver le véritable trésor. Davy Jones se savait maudit, continua le libraire-archiviste-bibliothécaire, mais il ne voulait pas que son trésor tombe dans les mains de n'importe qui.
    - Genre, un homme blanc, cis, riche, plein de pouvoir.
    - Exactement.
    - Vous avez une carte de l'Archipel du Crâne ?
    - Adressez vous à la capitainerie pour ça. Ou au gardes côtes."


Je soupirai. Ce vieil homme n'avait donc pas tout sur lui. Quel tristesse. Les pirates aimant les croix, et ayant déjà quatre lieux précis, je me disais que, peut-être, hypothétiquement, si on reliait les différents trésors des fausses cartes, on aurait les coordonnées de l'épave. Je n'avais uniquement cela comme piste. Je devais donc prendre avec moi les cartes, et quelques livres, particulièrement "Les Trésors oubliés". Mais le bibliothécaire m'en empêcherait, et je ne pouvais lui en vouloir. Je devais les lui voler, sous ses yeux. Déjà que je n'entendais plus rien suite à l'usage abusif de mes illusions toute l'après-midi pour lui parler, je devais continuer à puiser dans ma magie. Quel enfer.
Sans qu'il ne s'en rende compte, je mis livres et cartes dans mon sac.


    "Vous partez déjà ?"


J'hochai la tête.

    "Laissez, je vais ranger, c'est mon boulot. J'ai que ça à faire, de toute façon."


Certes. Et je n'avais prévu de l'aider. Je me dirigeai vers la sortie.

    "Ce fut un plaisir de vous connaître, monsieur."


Lentement.

    "J'espère vous revoir bientôt !"


Un cambriolage avec une béquille. Par tout les Gardiens, la porte semblait si loin !

    "...."


Je ne comprenais plus ses mots, devenu complètement sourd. Et pourquoi ses lèvres continuaient de bouger, éternellement. Oh, il me tint la porte. Quelle courtoisie.

    "Merci, au revoir."


Avais-je crié dans mon illusion ? Il fut surpris. Je ne maîtrisais plus le son. Bientôt plus l'image. Il rentra, se posa sur son petit bureau et se prépara un thé. Ca me laissait le temps de partir.

J'étais épuisé.
Il fallait que je rentre. La journée avait été longue.
Et puis, on m'attendait. L'heure du souper approchait. La douleur dans mes jambes revenait.
Je rêvais d'une bière, tranquillement assis dans mon fauteuil confortable.
Et qu'est-ce qu'il faisait chaud !

Perdu dans ma rêverie, j'errais dans la ville, sans vraiment la reconnaître, sans voir de visage familier, rien.
Où étais-je ? Une pointe de panique s'insuffla dans mon cœur. L'architecture n'avait rien à voir avec celle que je connaissais, et puis cette chaleur, ce Soleil de plomb. Je me dirigeais vers le port et abordai le premier marin venu.


    "Vous savez si quelqu'un va à Anathara ?
    - Oui, lui. Mais, ya du trajet mon p'tit, plusieurs mois. T'es pas prêt pour ça dans ton état."


Où étais-je ? Pour avoir oublié, ce devait être une soirée trop arrosée, plusieurs soirées. Disons que si j'avais pris un navire plus rapide que ceux de transport de marchandise, le trajet aurait fait une semaine, imaginons, et avec ma capacité à ingurgiter de l'alcool, j'aurais tout oublié. Plausible. J'allais vers le navire en direction d'Anathara qui accepta de m'avoir à son bord, il partait d'ici quelques heures, avant le crépuscule, me laissant le temps de me préparer. Or, je l'étais déjà.
Je remontai un peu en ville et me posai sur un banc, histoire de tenter de me remémorer. Oui, j'étais à Anathara il y a quelques jours, mais pourquoi étais-je ici ? Je fouillai mon sac. Des vieilles cartes, des livres, une boite avec marqué en gros dessus "Antidouleur"... J'en avalai un ou deux, ou trois, avant de prendre au hasard un bouquin : D. USCOYN
Davy Jones, du mousse à la révolution maritime, Edition du Chambranle, 1294. Un exposé ? J'entamai la lecture de ce livre absolument pas palpitant.

Bordel, les antidouleurs étaient puissants. Ma tête tournait. Mais je lisais, lentement, tournais des pages, abordant l'enfance de ce pirate. Je m'ennuyais cependant, au vue du contenu de mon sac, il fallait que je lise. Et là, j'entendis une voix appeler mon nom, une femme.


    "Faram, qu'est-ce que tu fais là ? T'es pas retourné dans notre chambre ?
    - Mais ?"


Aucun son ne sortit de ma bouche, seulement un filet de bave légèrement carmin. Les cachets m'avaient complètement rendu amorphe, anesthésié. Je me ressaisi et usai de ce Don que j'avais, celui de faire des mirages.

    "Mais, qui êtes vous ?"




Alors.
- A la mairie, Faram découvre qu'il faut se rendre à l'Archipel du Crâne, infesté d'Undead. Que c'est un courant marin qui les porte. Et que le trésor est potentiellement une mission d'extermination pour permettre d'agrandir la station balnéaire / faciliter le trafic maritime.
- A la bibliothèque, il trouve un moyen de localiser sur une carte, en localisant les 4 trésors, l'épave
- Il y a potentiellement que des trucs magiques qui invoquent des monstres, ou peut-être aussi de l'or.
- A force d'utiliser sa magie, Faram perd sa mémoire à court - moyen terme et à oubli toute sa journée, où il est, qui vous êtes. et ce qu'il a fait dans la journée. Il recommence donc à lire le livre de Vost et a oublié ses symptômes.

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MessagePosté le: 30/09/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Il serait peu aisé de décrire le regard que renvoya Gabriel à son ami à sa question plus qu'incongrue, mais nous le résumerons comme un mélange d'étonnement, de confusion et d'incrédulité. Se moquait-il d'elle comme pour cette histoire de surnom ridicule qu'on lui avait affublé sur cet ordre de mission ? Mais la plaisanterie ne faisait pas écho pour la guerrière, qui ne lui trouvait aucun sens. Elle décida donc d'opter - prudemment - pour l'hypothèse stipulant que l'Ondin était légèrement désorienté, qui sait par un choc sur le crâne ou un abus d'une substance quelconque ; après tout, elle se souvenait parfaitement de ses penchants dangereux pour les drogues dures. Un goût fâcheux, pour lequel ils s'étaient attiré des ennuis dignes de ce nom dans la Capitale, même si ces dits ennuis s'étaient transformés en bons souvenirs avec le temps.
La jeune femme s'avança d'un pas vers le sorcier, qui la regarda s'approcher sans qu'un éclair de lucidité ne traverse son regard bleu. Il ne la reconnaissait vraiment pas. L'Arenienne fronça les sourcils, contrariée. Comment était-ce possible ? Elle claqua plusieurs fois ses doigts devant ses yeux hagards.


- Qu'est-ce que tu racontes comme âneries ? C'est moi, Katy, Gabriel Sorden. J'ai attaché mes cheveux par rapport à hier, mais il ne faut pas exagérer...

En effet, sa chevelure blonde était rassemblée en une tresse haute qui dégageait son visage comme lorsqu'elle partait au combat, à la différence qu'il s'agissait ici de raisons adaptatives vis à vis du climat à la chaleur étouffante. Non seulement ses paroles sonnèrent creux pour son interlocuteur, mais en plus son image tressautait entre celle d'un homme halluciné, un filet de bave aux lèvres, et celle d'un homme à l'expression neutre, presque figée, pour lui articuler des phrases en retour. Tout à coup cela lui revint : le pouvoir de Faram lui causait des pertes de mémoire. Elle ne se souvenait pas qu'il agît de cette façon-là dans le passé, mais elle ne comprenait pas grand-chose à la sorcellerie de base. Quoi qu'il en soit, il devait être dans un état de faiblesse extrêmement avancé et avoir grandement abusé de sa magie pour en être arrivé à ne plus la remettre.
Après quelques secondes de silence, la guerrière haussa les épaules. Elle était inquiète, mais décida de laisser couler cette journée avant d'en informer un Traqueur de passage. Gentiment, elle tendit la main à son camarade.


- Bon... T'as vraiment pas l'air au mieux de ta forme. Viens, je t'aide à te déplacer à la chambre.

Avec la lenteur caractéristique de l'hésitation et de la fatigue, l'Ondin se saisit de sa main. La blondinette tira pour le faire se lever du banc et fit passer le bras qu'elle tenait par-dessus ses épaules pour le soutenir comme une seconde béquille. Elle se saisit au passage de toutes les affaires qui traînaient et les embarqua avec eux avant de les conduire tranquillement vers l'auberge.

- Où allons-nous ? demanda péniblement Faram, après un temps de silence qui semblait plutôt dû à ses difficultés d'élocutions qu'au reste.
- Nous logeons avec Erwan dans le "Le Huître et Huître seize". Tu ne t'en souviens pas non plus ? L'expression réflexive et le silence de l'Ondin semblèrent indiquer que non. Et Erwan ?
- Ca me dit quelque chose...

Il se souvenait de son confrère sorcier plus que d'elle, visiblement. Levant les yeux au ciel en retenant ses commentaires exaspérés, la jeune femme continua de porter sa charge vivante jusqu'à l'auberge en question. Elle conduisit ensuite le convalescent à l'étage, où se trouvait leur chambre. Une fois à l'intérieur, elle hésita. Devait-elle lui couler un bain et le mettre dedans, comme pour sa nuit, ou bien l'enjoindre à se coucher sur son lit ?
Mais comme l'une des deux options impliquaient de devoir déshabiller l'Ondin, la pudique jeune femme préféra l'option terrestre du lit. Elle l'aida à s'allonger, posa ses béquilles contre le mur et le reste de ses affaires sur le lit d'Erwan. En fouillant superficiellement le tas elle put constater qu'avant de perdre la tête, l'Illusionniste avait bien accompli sa part de travail en ramenant cartes et livres historiques de son expédition à la bibliothèque. En plus du reste de ses souvenirs, elle espérait qu'il se souviendrait des conclusions qu'il en aurait tiré... Sinon, elle et Erwan allaient devoir s'arracher les cheveux devant ces blocs de papier en essayant vainement de leur trouver un sens. Une activité qui, connaissant leur tempérament respectif, les réjouirait assez peu.
Elle retourna vers Faram, qui l'observait les yeux légèrement exorbités, tâchant vraisemblablement de rassembler ses esprits et fragments de sa mémoire dispersée. Afin de l'aider à se rétablir, elle lui fit boire un litre d'eau et, humectant la petite serviette normalement destinée à ses cheveux, elle lui épongea doucement le visage, le cou, le haut du buste et les bras avec le tissu imbibé d'eau froide. Le contact rafraichissant et l'humidité eurent l'air d'avoir un effet positif sur l'habitant des mers qui ferma les yeux un instant. Il avait vraiment l'air épuisé ou tout du moins, complètement déphasé.


- Bon... je vais essayer de résumer, même si ce n'est pas mon fort. Ne t’embête pas à articuler pour me répondre, tu n'as cas juste hocher la tête. Et si tu veux me dire quelque chose prends ton temps, on a toute l'après-midi en attendant Erwan. Je crois que c'est ton pouvoir qui provoque ton amnésie donc évite de l'utiliser, c'est suffisamment compliqué comme ça... Ou alors au minimum, juste pour créer des sons, ne t'embarrasse pas de l'image. Bon. Tu te souviens que tu es Illusien ? Apparemment oui, car l'alité hocha la tête. Et de qui tu es visiblement, vu que tu t'es reconnu ? Oui à nouveau du chef. Tu commences à avoir des souvenirs de moi ? Pas besoin de me les décrire. Ostensible haussement d'épaules. Pas vraiment ou pas sûr, hein... Mh... Mais Erwan, le Lycan qui contrôle des corbeaux, un peu plus ? Hochement de tête. Bon c'est déjà ça... Je suis une Protectrice d'Arena, toi et moi nous connaissons depuis des années. On a combattu ensemble et bu à plusieurs reprises des coups dans la Capitale. Nous sommes bons amis. Tu reviens d'une mission très longue, plusieurs mois en mer, et moi de la formation de Vost. Nous sommes ici avec Erwan pour chercher le trésor caché de Davy Jones, un personnage de légende. Tu es allé ce matin à la bibliothèque et au musée rassembler des informations, de mon côté je suis allée à la capitainerie et au phare, Erwan était sur le port la dernière fois que je l'ai aperçu, en train d'interroger les propriétaires des bateaux. Non ? Bon... attendons un peu que ça te revienne, alors. Le soleil se couche tôt ici, le couvre-feu est prévu pour 17h54, il est 16h40... Erwan ne devrait pas trop tarder. Repose-toi en attendant, dors un peu.

Elle lui tapota doucement l'épaule. Elle était épuisée par sa journée de recherche à tenter d'engranger des indices, mais ne voulait pas non plus rester oisive. Elle fouilla de nouveau les acquisitions de Faram en essayant de ne pas faire trop de bruit. Elle les compara aux siennes en les étalant à côté. Une idée lui vint, et elle sortit de la chambre et revint, après d'âpres négociations, avec une des tables rondes de la salle du bas - puis des chaises au second aller-retour -. La salle ne disposait en effet pas de bureau digne de ce nom, seulement des couchettes, tables de nuit et d'une armoire et d'un coffre pour le rangement. Et d'un ventilateur plafonnier pour la fraicheur. Autant éviter d'attirer l'attention le soir en étalant leurs trouvailles respectives dans la grande salle de vie, surtout si Faram n'était pas en état pour des belligérances. Il valait mieux le préserver pour plus tard.
L'Arenienne se mit à boulot et profita du temps de calme pour prendre ses propres médicaments et siroter son verre d'eau. Si Vost le voyait si studieuse avec tous les efforts qu'il faisait pour l'intéresser à la lecture, qu'en penserait-il ?
Faram possédait les œuvres suivantes
:

    - Davy Jones, du mousse à la révolution maritime, de U. Uscoyn. Edition du Chambranle, 1294. Le livre du Démon.
    - Les trésors oubliés, de G. Peuh et D. Zanby. Edition des Sacoches, 1278.
    - D'autres livres moins imposants, notamment
    : Histoire de chercheurs de trésors, de M. Wallace. Edition Archipel, 1300. Un recueil des précédentes expéditions pour trouver des trésors dans la région, leurs échecs et réussites associées. La terrifiante Ile du Crâne, de F. Jonas. Edition Archipel, 1280. Et pour la plupart des autres, des légendes en petit format.
    - Quatre cartes d'îles anonymes.

De son côté, Gabriel possédait un seul livre et de nombreuses cartes :
    - Une carte très détaillée de l'ensemble de l'Archipel des Iles Terribles.
    - Une carte de chacun des sous-archipel : celui des Mouettes au Nord, des Iles de Sables à l'Est, celui du Crâne, le moins détaillé de tous et dont une île en particulier avait des notes étranges près de ses coordonnées indiquant qu'elle était mobile. Une carte très détaillée des Iles Terribles.
    - Une carte des fonds marins visités à l'aide de sous-marins ou par des habitants des mers.
    - Un livre d'aide à la navigation et à la survie en mer pour les novices intitulé
    "L'Encyclopédie des Jeunes Loups de Mer", plutôt pédagogue.
    - Un livre cataloguant les navires célèbres présents et passés de la région, notamment ceux des pirates et flibustiers, qui n'avait pas de couverture
    .

Katy comparait les cartes de Faram à celles qu'elle possédait déjà, mais plusieurs correspondaient potentiellement. Elle les nota toutes. Le temps passa vite et au dernier quart-heure avant le coucher du soleil, aux derniers signaux du couvre-feu de la nuit, Erwan rentra dans la chambre avec grand bruit. Il sembla surpris de voir ses camarades et surtout la nouvelle disposition de la chambre. L'Ondin, qui n'avait beaucoup dormi et s'était descendu deux litres de plus d'eau depuis son arrivée, le salua ironiquement de la main. Gabriel l'invita à s'asseoir à la chaise devant lui tout en l'étudiant du regard. Le loup-garou semblait un peu ébouriffé et son col était légèrement distendu, mis à part les tensions de la journée il avait l'air parfaitement en état, ce qui signifiait que sa mission s'était bien passée, au moins de son côté. Avait-il réussi à l'accomplir sans créer une rixe dans les ruelles ou le port de la station balnéaire ? Difficile à dire, mais probablement le sauraient-ils bientôt. Erwan s'assit et la jeune femme prit la parole.

- Nous avons un problème, Faram a abusé de son pouvoir je crois et a perdu une grosse partie de sa mémoire. Il est faible et je préfèrerais qu'il évite de parler pour ce soir, sauf s'il recouvre ses esprits. Faisons notre propre bilan et on verra si son amnésie lui passe au fur et à mesure de nos récits. Voici ce que Faram a ramené, elle fit l'inventaire à voix haute. De mon côté, je suis allée comme prévu à la capitainerie. On y était prévenu de notre passage, donc ça a été plus facile pour moi d'expliquer notre plan. J'ai pu obtenir de nombreuses cartes contre caution, car elles sont très précieuses, je tiens donc à vous prévenir que je suis à sec jusqu'à la fin de la mission. A la capitainerie, j'ai entendu différents récits. J'ai appris tout d'abord que lors des combats en mer, les pirates offraient en sacrifice leurs prisonniers au Royaume de Davy Jones, c'est-à-dire qu'ils leur attachaient des boulets aux pieds et les balançait rejoindre le fond des mers. On dit que selon la position géographique où cela est fait, certains marins ont vu revenir les morts se venger de leur sort. Cette zone correspond aux alentours de l'île principale de l'Archipel du Crâne qui, bien entendu, n'a pas de coordonnées précises puisque la légende veut qu'elle vogue sur les flots... Et dont personne n'est sûr de l'existence mais beaucoup prétendent avoir aperçu les rives après avoir traversé un intense brouillard glacial qui givre les voiles et désoriente même les boussoles. A propos du trésor, la moitié de mes interlocuteurs pensaient que, comme la plupart, ceux de Davy Jones étaient une légende. Ou que son trésor n'est rien d'autre que l'âme des millions de défunts qui lui ont été sacrifiés au cours des siècles. Que c'est une fable pour effrayer les bleus, etc. Pour ceux qui y croient, ils pensent que l'Ile du Crâne (la principale de l'Archipel, qui recellerait de morts-vivants) est la clef. Mais comme on ne sait pas s'il existe... En tout cas j'ai des cartes de celui-ci, dont je ne sais même pas s'il s'agit de dessins imaginaires ou d'observations. J'ai comparé avec les cartes de Faram et seulement trois sur les quatre îles qu'il possède pourraient correspondre à des îles de ce sous-archipel, et encore l'échelle n'es pas exactement la même pour deux d'entre elle. Donc je ne sais pas quoi en interpréter. Pour le reste, je suis allée au Phare. C'est tout petit, seul un très vieil homme y travaille avec son chien. Parfois il a apparemment l'aide de son petit-fils à qui il essaie d'enseigner le métier, mais apparemment celui-ci préfère pêcher des oursins dans les rochers en bas plu(tôt que de venir l'aider. Cet homme est très bavard et un recueil vivant de légendes... je le soupçonne d'exagérer par moments, voire de créer des fables de toutes pièces pour attirer l'attention. Enfin... d'après lui, Davy Jones est un Ondin d'une ancienne race et un sorcier de pacotille, mais ayant accumulé au cours de ses aventures des artefacts magiques ayant permis de prolonger sa vie, de contrôler les macchabées et d'invoquer la puissance et les dieux des océans... Voilà. Mais le plus étrange arrive : ce vieil homme avait une longue vue, pour surveiller l'horizon. Il m'a montré les îles avoisinantes une à une en me les décrivant, je dois avouer que je n’ai pas retenu grand-chose, il m'en avait déjà mis plein le bourrichon... Je regardais au travers quand j'ai vu quelque chose de bizarre, une Ile à la forme étrange, comme un crâne humain, mais très difficile à distinguer. Je lui ai montré. Et là, il est devenu tout pâle et il a poussé un cri affreux. Et il m'a dit "Cette Ile ! Elle appartient à l'Archipel du Crâne ! C'est la deuxième fois de ma vie que je la vois. Un grand malheur va nous arriver !" et il s'est mis à pleurer. Je ne sais pas si c'était de la comédie, je n’ai rien pu lui soutirer de plus... En tous cas, quand j'ai voulu la regarder à nouveau après avoir essayé de faire reprendre ses esprits au vieillard, je n'ai pas réussi à la retrouver dans l’horizon, ce qui m’a fait me demander si lui et moi n’avions pas juste halluciné ou vu une espèce de mirage. Mais je me souviens que l’apparition était à, disons, vingt degrés vers l'Ouest du soleil couchant. Plutôt mystérieux, n’est-ce pas ?

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MessagePosté le: 01/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Interroger les rebus de la ville pour trouver des infos, voilà un job qui me plait. Je laisse l’ondin à son bouquin et la guerrière à son phare, et je pars à la recherche de l’endroit le plus malfamé des environs.
Sur le chemin j’essaye de tâter le terrain auprès des pecnots, sans succès, dès que j’aborde le sujet Davy Jones, je n’ai le droit qu’à des jérémiades et de la panique. Cependant, l’un d’eux, dépourvu de dents à cause du scorbut, m’indique l’endroit où trouver des marins assez cinglés pour nous embarquer vers n’importe quelle direction.


Antre de Barbe Jaune.

Quel drôle de titre pour un pirate. Pourtant, il est arboré fièrement au dessus de la porte d’entrée d’une vieille cabane de pêcheur recyclée en repaire de vil pirate.
De l’extérieur, on peut entendre le son d’un piano jouant un air entraînant, ainsi que les grognements d’une bande de soûlard se mettant bien méchamment sur la tronche. Parfait, je dois être au bon endroit.
Je ne prends pas la peine de frapper à la porte, j’y vais franco, coup de latte à en faire sauter les gonds, et voler la planche en bois qui sert d’entrée. Ça jette un froid dans la salle, mais j’ai au moins l’attention de tous les occupants.
Un rapide coup d’œil à l’assemblée me fait reconnaître le borgne au crochet rencontré plus tôt dans la journée. Il n’a pas l’air de me reconnaître, car, comme ses congénères, il reste planté sur place, me reluquant d’un air d’abruti.
Je m’avance dans la pièce, le brouhaha a laissé place à un silence de mort. Je remarque qu’un des pirates possède une immense barbe blonde tressée, ce doit être le fameux barbe jaune, vachement original du coup le surnom. Je prends une pinte de bière qui traine sur une table, et vint m’asseoir en face de lui, avant d’avaler cul sec la pisse qui leur sert de boisson.
Nos regards se croisent, je ne dois surtout pas le lâcher, car le premier qui le baissera sera en position de faiblesse.


« Tu as du culot de venir chez moi sans y être invité. J’espère pour toi que tu vas réussir à m’intéresser, car sinon, tu vas passer un sale quart d’heure. »

Il lui manque une dent et possède une haleine de phoque, mais il parle clairement, pas d’accent bizarre, ou de manque d’articulation, enfin quelqu’un que je vais comprendre.

« Je suis à la recherche d’un capitaine capable de m’emmener au trésor de Davy Jones. Il m’en faut un qui en a, je me suis peut être trompé en venant te voir. »

Je le provoque, il n’y a que ça qui fonctionne sur ce genre de personne. La diplomatie, la politesse, le respect, c’est pour les elfes.
Je lui demande s’il sait quelque chose sur le magot que je recherche, mais il ne me répond pas, j’ai l’impression qu’il n’a pas encore digéré ma remarque. Je stoppe donc mes questions, jusqu’au moment où le barbu vint planter une lame dans la table, à même pas un centimètre de ma main. Je n’ai pas bougé d’un poil, je ne dois pas laisser apparaître une quelconque peur, mais intérieurement, j’étais pas serin.


« Je ne sais pas ce qui t’a fait penser que je te viendrai en aide, ni que je te laisserai en vie, mais ta grande gueule me plait bien. On va voir si tu l’ouvriras toujours autant après ça. »

Il se met à siffler, et venant de l’arrière de la salle, une armoire à glace sort de la foule, et s’avance vers moi. Il fait une tête de plus que moi, et fait même concours égale avec moi niveau cicatrice, c’est une bête.
Il a le crâne rasé, une barbe encore plus dru que celle de son boss, des sourcils aussi épais, et des bras aussi gros que mes cuisses. Il se balade torse nu, ne portant comme unique vêtement qu’un pantalon en toile, jauni par la crasse, et avec un peu de sang séché que je suppose ne pas être le sien.
Il s’approche de moi, je me lève de ma chaise pour lui tenir tête, je ne vais pas me laisser impressionner par un gros débile plein de muscle. Il décroise les bras, et envoie un violent coup de poing en plein dans mon thorax. Bordel ce que je douille. Ça me couple le souffle direct.
Je ne prends pas le temps de le récupérer, je saute en arrière pour éviter un autre coup. Ça se jouera donc sur un duel à mains nues, l’idée me plaît beaucoup.
Je me mets en garde, je fixe le gros bennet dans les yeux, cette fois je suis prêt, pas d’effet de surprise.
Il fonce sur moi pour me frapper au visage. J’arrive à esquiver, puis je lui enfonce le poing dans les côtes flottantes, il est coriace, car je n’ai rien cassé malgré la force que j’y ai mis. Autre esquive, cette fois l’autre côté, même résultat, il ne bronche pas.
J’entends ses camarades se moquer de moi avec leur rire de débile, ils ne vont pas rire longtemps.
Je plaque le géant pour le faire tomber au sol, j’en chie, il pèse une tonne, mais j’arrive à mon compte en profitant d’un moment de déséquilibre, je lui fracasse le dos sur le table. Puis je saisie une chaise et lui explose dans la tronche, avant de l’enchaîner à coup de poing dans la figure, je vais lui faire comprendre que je suis pas là pour rigoler, je vais lui faire perdre ce qui lui reste de dent, mais il résiste, il bloque mes coups avec ses avants bras, ça commence à me gonfler, je perds ma concentration ce qui me vaut de me faire chopper par le col, et voler contre le mur de la taverne. Même les anti-douleurs n’ont pas pu calmer l’impact, ça me fait un mal de chien. Je me redresse avec du mal. J’entends le bruit sourd de ses pas allant dans ma direction, il me court dessus pour m’enfoncer dans le mur, cette fois, je le tiens.
Je profite de son élan pour le soulever en saisissant son bras et sa jambe, et le balancer droit dans le mur, qu’il finit par traverser, finissant sa chute dans les vieux filets de pêche, le prenant au piège.
Je me saisis de deux chaises, m’approche de lui et fait un sandwich de sa tête en les lui fracassant de chaque côté de celle ci, ce qui finit enfin par l’assommer.


« J’espère que c’était pas ton plus costaud, sinon tu ne me serviras vraiment à rien ! »

Barbe jaune me fixe, sans dire un mot. Il reste stoïque, difficile de savoir ce qui m’attend, j’envisage même un plan de secours pour m’enfuir. Et contre toute attente, il se met à rire à gorge déployé.

« Tu es vraiment un taré mon gars, je t’aime bien ! C’est tournée générale les gars ! Bois ce que tu veux mon p’tit, c’est moi qui régale. »

Les pirates sont surprenants, tout comme les orques, ils fonctionnent sur un certain code d’honneur et de vie qui ne laisse pas place à la langue de bois, et en général, tout se règle avec de l’alcool et de la baston.
Je profite donc de la situation pour me remplir la panse de bière, tout en discutant avec le capitaine.


« Le trésor que tu cherches, ce n’est pas un mythe. Tout le monde pense que c’est une légende que l’on raconte aux marins d’eau douce pour les effrayer, mais tout est vrai. J’ai déjà croisé son île, celle qui fait revenir les morts. Je l’ai vu, plonger dans les profondeurs de l’océan à bord de son navire maudit. J’ai croisé les créatures qui le suivent, j’ai perdu tout un équipage à cause de son chien de compagnie, un Kraken, une montagne de tentacule, impénétrable, dur comme la roche, brisant mon navire comme une allumette. Je suis le seul survivant, mais crois moi, je l’ai payé cher. » Il me montre son crochet, son cache œil et sa jambe de bois. « Il faut être fou pour vouloir y remettre les pieds, mais tu m’as bien l’air d’en être un. »

J’essaye de négocier le voyage jusqu’à la fameuse île qui fait revenir les morts, mais sans succès, les moments où il en parle, il devient blême, son visage devient sombre, ça ne me rassure absolument pas quand à la tournure que va prendre cette quête.
Je passe le reste de la journée avec les pirates, prenant le maximum de renseignements, puis avant la tombée de la nuit, je rejoins mes compagnons dans la taverne qui nous sert de repaire. Je retenterai de convaincre mon nouvel ami plus tard.

Katy me fait un topo de ses découvertes, tout comme de l’état de l’ondin, je lui fais part également de mes recherches non fructueuses pour trouver un équipage, mais je ne perds pas espoir, je sais que je vais réussir à convaincre le borgne. En attendant, nous retournons nous coucher, afin que dès l’aube nous reprenions notre mission.


DING DONG DING DONG

Réveil brutal, des cloches, dès l’aube.
Je sors de ma nuit où mes rêves furent empli de fantôme, de pirate, de trésor et de poulpe géant, pour entendre des hurlements de détresse en dehors de la taverne.
Katy est déjà sur le qui-vive, Faram sort doucement de sa torpeur de la veille, il semble avoir récupéré ses esprits, en partie du moins.
J’enfile mes affaires et fonce, accompagné de la guerrière, à la source des cris.


« L’armée de Davy Jones est sur nous, nous sommes perdus ! »

Une horde mort vivant sort de l’eau, fonçant sur la chair fraîche que représentent les pécheurs. Quelques pirates et quelques mercenaires luttent contre les zombies, mais la plupart ont pris refuge sur leur navire, laissant les civils à leur triste sort.
Je jette un regard à la blondinette, nous nous comprenons sans dire mot. Elle dégaine son arme, nous partons à la chasse au cadavre.

Ils ne sont pas rapide, ni très fort, il m’est facile de les démembrer. J’ai pu voir que leur arracher la tête suffit à les stopper, je me saisis donc du sabre d’un contrebandier dévoré pour décapiter à tour de rôle.
Avec le soutien de Katy, et des autres combattants, nous venons à bout de la horde au bout d’une quinzaine de minute
s.

« On dirait que l’île que tu as aperçu hier, c’était bien de l’archipel du crane. Il est temps de voir Barbe jaune pour avoir une petite conversation. Aide les villageois à brûler les corps, je vais persuader le vieux loup de mer de nous fournir un équipage. »

Je rentre une nouvelle fois en trombe dans la vieille cabane de pécheur, où je suis attendu par une panoplie de sabre. Je rassure tout le monde en montrant que je suis bien vivant, puis réclame le capitaine. Il m’attend, les bras croisés sur sa table, son sabre planté dans celle ci, juste à côté de lui. Il a l’air encore plus dépité qu’hier.

« C’est un signe mon garçon. Il est venu me chercher pour finir son travail. Je ne peux pas échapper à cette malédiction. »

Il sort de sa poche une pièce, qu’il pose sur la table. Faite entièrement d’or, elle orne un crâne entouré de tentacule. Je ne suis pas un génie, mais ça ressemble fort à une pièce du trésor que nous cherchons.

« J’ai réussi à trouver son pactole. J’ai réussi à aller dans les enfers des mers et à le tromper pour rejoindre son trésor. Je l’ai vu, il est infini, des montagnes de pièce comme celle ci. Mais à peine nous avions mis la main dessus qu’un monstre est sorti des abysses, et à massacrer la plupart de mes moussaillons. C’est la seule chose que j’ai pu récupérer. Mais son or est maudit, il veut en récupérer la moindre pièce. Il m’a retrouvé, et maintenant, il vient reprendre son dû. » Il se frotte le visage avec les mains, il devient de plus en plus livide. « Je vais t’y emmener, toi et tes compagnons. C’est la seule chose que je pourrai faire, c’est te guider jusqu’à l’archipel, après, vous serez seul. Profites de ton dernier jour à terre, demain à l’aube, on prend la mer vers l’archipel du crâne. »

Je suis à la fois soulagé d’avoir trouvé un navire, mais en même temps je ne le sens absolument pas ce voyage. Heureusement que mes compagnons ont trouvé des cartes, on risque d’en avoir besoin une fois là bas...
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MessagePosté le: 03/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Après avoir aidé à l'entassement des corps et à la mise à feu, ce qui plongea l'intégralité de la ville dans une odeur de chair grillée et de cadavre en décomposition, la jeune femme fut rejointe par le Lycan qui lui fit un topo tandis qu'elle s'essuyait les mains d'un air dégoûté sur son débardeur. Ainsi, ils embarqueraient le lendemain à bord d'un vaisseau de forbans maudits par leur avidité en direction de l'Archipel du Crâne... Il fallait qu'ils en parlent à Faram, si celui-ci avait repris tous ses esprits.
Le début de journée avait été rude pour les deux futurs mousses. Ils s’en retournèrent vers leur auberge à l’insaisissable cachet après leur premières heures à renvoyer chez revenants sous la faux de la Grande Faucheuse. Gabriel ressentait déjà des douleurs musculaires à s’être battu après une longue période d’inactivité, qui promettaient des courbatures intenses au lendemain. De plus, elle était toujours plus tendue lorsqu’elle se battait contre de telles abominations que contre des races normales, ses épaules étaient donc encore crispées par le combat et son cœur battait légèrement plus vite que d’accoutumé, et ce malgré la fin victorieuse de la première bataille. L’auberge ne semblait pas avoir été touchée par l’attaque de morts-vivants, néanmoins les portes étaient verrouillées, le propriétaire et ses occupants s’étaient probablement barricadés dedans dans la terreur la plus totale. La jeune femme frappa à grands coups de poings contre le battant. Elle appela, mais personne ne répondit. Sa patience fondit comme neige au soleil et elle finit par défoncer la porte d’un grand coup de pied, faisant sauter le loquet en métal dont les vis volèrent dans la pièce avec un tintement singulier.
Le tenancier était recroquevillé derrière le comptoir, à moitié baignant dans son urine. Le personnel s’était abrité dans la cuisine, au niveau du garde-manger. Les clients étaient pour la plupart prostrés dans leurs chambres. Certains sortaient très prudemment, armes improvisées à la main, en entendant les échos des commentaires désapprobateurs de l’Arenienne et de l’Illusien. Après avoir vaguement aidé à remettre en ordre l’intérieur et avoir exhorté à l’aubergiste de changer son verrou avant la tombée de la nuit, les deux compagnons montèrent voir l’état de leur ami Destructeur.
Faram était absent.

Le Lycan et l’Humaine échangèrent un regard interloqué. Etait-il sortit récupérer de nouvelles informations ? Combattre les morts-vivants ? Ou avait-il un quelconque besoin pressant qu’il ne pouvait accomplir qu’à l’extérieur de leur repère ? Cela était plutôt étrange, car l’endroit comportait en théorique tout ce dont il avait besoin : une salle de bains avec baignoire, de l’eau en abondance, de la nourriture… Mais maintenant qu’elle y pensait, il n’avait pas mangé ici depuis leur rencontre. Peut-être que la nourriture ne lui convenait pas et qu’il était allé en quérir une plus à son goût. Décidant de ne pas s’inquiéter davantage pour le moment, le sorcier et la guerrière s’attablèrent, imperturbables au milieu du service tout tremblant, pour commander le plat du jour et un litron de la meilleure boisson. Les combats du matin leur avaient ouvert l’appétit. N’ayant pas très envie de manger de la viande après avoir combattu des marionnettes de chair et d’os en décomposition, Gabriel précisa néanmoins qu’elle préférait le poisson ou les légumes à tout autre met.
La journée s’écoula lentement. Entre préparatifs, derniers grappillages d’informations, lecture de livres et de cartes… La boîte crânienne de Gabriel fut bientôt prise en siège par une abominable migraine qui dura toute l’après-midi, jusqu’à ce qu’elle soit contrainte de capituler et de s’allonger. Erwan fixait la même page du livre qu’il tenait dans les mains depuis presque une demi-heure. Elle le soupçonnait de subir le même mal sans le montrer, ou bien de dormir les yeux ouverts. A moins qu’il ne soit réellement concentré. Elle n’avait pas l’énergie de décider et songea que du repos ne serait pas plus mal pour ses muscles endoloris. Elle goba son traitement journalier et s'endormit.

A 16h52, le premier signal du couvre-feu du soir sonna, pour rappeler que le soleil se couchait dans une heure. Les deux compagnons émergèrent de leurs activités respectives pour échanger un regard inquiet. Devaient-ils chercher Faram ? D’un commun accord, ils sortirent de la chambre et se séparèrent pour fouiller Hook-Town jusqu’aux derniers signaux du couvre-feu, où il leur faudrait s’abriter de nouveau pour la nuit.
Du côté de la jeune femme, aucune trace de l’Ondin, si ce n’est un vendeur de poisson à la criée qui lui dit que l’Ondin était repassé lui acheter un beau sac de sardines. Il s’en souvenait bien puisque ça avait été son seul client, tout le monde était trop secoué pour vendre ou acheter quoi que ce soit, sauf lui, qui n’avait pas peur de gens qui étaient assez bêtes pour être déjà morts. Katy fut rassurée de savoir que son ami avait au moins donné des signes de vie à un moment de la journée, qui plus est pour se goinfrer nonchalamment de sardines. Peut-être avait-il fait un feu sur la plage pour les griller ? En courant, elle alla fouiller les plages touristiques vides, où aucune braise ne fumait depuis la veille. Il était trop tard pour en faire plus, le couvre-feu sonnait les dix minutes avant le coucher de soleil. Avec les plus grandes enjambées dont elle était capable, la guerrière retourna à l’auberge à peine deux minutes avant le verrouillage total de la porte fraichement réparée. Aussitôt le seuil franchis, elle se précipita à l’étage en montant les marches quatre à quatre. Dans la chambre, Erwan venait aussi de rentrer vraisemblablement, car il était debout et haletant. Aucune trace de Faram, ni dans la pièce principale ni dans la salle de bains, ni dans aucune autre des chambres ou recoins de l’auberge, comme ils prirent la peine de le vérifier.
Il n’y avait rien à y faire avant l’aube. Ils soupèrent dans un silence relatif, comme la plupart des autres occupants, rongés par l’inquiétude pour des soucis légèrement distincts. La scène rappelait anxieusement à Katy son épisode dans la Capitale avec Vost. Ce dernier aurait pu finir dévoré par les Monstres du Néant, égaré dans ses instructions comme il était. Et si avec son amnésie passagère Faram avait oublié la signification du couvre-feu ? Ou s’il s’était assommé dans un coin ?
« On va le retrouver, t’en fais pas. Il est increvable. » tenta de la rassurer à un moment Erwan, qui lisait sur son expression l'angoisse qui la rongeait. Malgré ces paroles bienveillantes, la blondinette ne parvint pas à fermer l’œil de la nuit ou seulement pour faire des rêves agités où elle continuait à chercher l’Ondin au milieu de chimères et de paysages tropicaux et maritimes fondés de toutes pièces.

A l’aube, dès le couvre-feu, la Protectrice et le Traqueur retentèrent leur chance. Erwan était celui qui avait le plus d’aptitudes pour cela, aussi la jeune femme décida de rester à ses côtés. Les évidences que le Lycan avait suivies la veille l’avaient conduit lui aussi à la plage, à un autre endroit cependant à l’abri des regards, mais pas beaucoup plus loin. Il se demandait si l’Ondin était retourné à la mer, mais les raisons qui l’auraient conduit à cela étaient obscures. Ils convinrent dans un premier temps d’aller au port où Barbe Jaune et son équipage les attendaient.


- Il nous manque un compagnon, expliqua Katy, nous devons…

- C’est pas l’problème, ma p’tite ! grinça un membre de l’équipage. Pas d’femelle sur un navire ! Elles portent malheur, comme les lapins. Je ne mets pas pied à l’eau avec une donzelle !

- N’est suffisamment maudits comm’ça ! ajouta un autre plaintivement.

- Faites ce que je vous demande, c’est un ordre ! s’époumona le Capitaine en brandissant son crochet.

Il avait beau être terrifiant avec son visage rubicond déformé par la colère et sa barbe comme une gerbe de flammes jaunes sous sa grimace aux dents d’or, pour autant son équipage ne se laissa pas impressionner pour cette fois-ci. La mission leur demandait bien trop de courage comme cela, ils y risquaient déjà leurs peaux, si en plus ils devaient prendre le risque de couler en embarquant avec eux une représentante du sexe maudit… Katy était écarlate de colère elle aussi et allait s’échauffer, à côté d’un Erwan qui n’attendait que d’en finir aux poings pour monter à bord de ce rafiot en bois. Quelqu’un s’interposa néanmoins.


- Où est-ce que vous voyez une femme ? Vous avez forcé sur la picole ! déclara une voix bien connue, qui fit se tourner instantanément l’Humain et le Lycan.

Tout le monde se retourna vers Faram, qui arrivait tranquillement parmi eux comme si de rien n’était. L’expression de Gabriel se défit. Elle voulut le gifler et le secouer comme un prunier pour lui demander où il était passé, mais sa nonchalance était telle qu’elle l’estomaquait. Il avait l’air en tout cas en pleine forme comparé à la dernière fois qu’ils l’avaient vu, en tout cas en apparence. Tout ne pouvait être qu’illusions, avec lui. En tous cas, il était bel et bien là, et en état d’utiliser ses pouvoirs, puisque les pirates regardèrent ensuite la guerrière avec force d’étonnement. Apparemment, l’Illusionniste lui avait donné une apparence masculine, assez proche tout de même de la sienne pour qu’ils puissent la reconnaître et croire à une méprise, avec un peu de tournure d’esprit dont la charge revint plutôt au Destructeur qu’à ses acolytes.
Finalement, tout le monde fut assez vite à bord du Chant de la Sirène, un navire de quatre cent tonneaux et de 30 canons, soit la moitié de la taille d’un vaisseau amiral. Un impressionnant attirail, montrant que le dénommé Barbe Jaune n’est pas à prendre à la légère, sans pour autant être le corsaire le plus recherché de son espèce.
Une fois à bord, les préparatifs emplirent l’ensemble du vaisseau d’une grande cohue : défaire les amarres, hisser les voiles, remonter l’ancre, la sortir les rames…
Gabriel profita d’une accalmie dans ce capharnaüm pour écraser violemment le pied de l’Ondin, ne sachant pas si elle frappait réellement des os et de la chair ou des lattes de bois. Peu importe, cela la défoulait.


- Tu vas nous expliquer où tu t'étais passé ? On s’est fait un sang d’encre pour toi !

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MessagePosté le: 04/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

L'aquarium de la nuit. La fumée s'était métamorphosée, le nuage sur lequel je flottais aussi, la douleur se muait en euphorie. Le regard décomposé de l'Arénienne me fit sourire béatement et sa question, elle, me fit rire. Où étais-je ? Dans l'océan du ciel, dans l'aquarium des étoiles. Je portais mon sac de sport avec, dessus, la béquille qui m'avait handicapée ces précédent jours, signe que je ne souffrais plus ; de plus, j'arrivais à parler, sans user de mes illusions, l'anesthésie générale, je n'avais cure. Je fis signe à mes deux compères d'entrer sur le navire et, sans regarder derrière moi, je me ruais vers le capitaine.

    "Direction Est-Nord-Est !"


Le petit pont de bois permettant d'entrer sur le bateau fut ôté, les voiles commencèrent à gonfler, le vent claquant la toile. Je me dirigeai vers la proue, y jetant mon sac, mon arc et mon carquois, indiquant que je camperais là durant le trajet mais, rapidement, un jeune moussaillon, bien frêle, édenté et ébouriffé, vint nous voir, quémandant de l'aide pour lever l'ancre. Ils avaient besoin de muscles et, nous trois, trois grands gaillards, étions bien placés pour en avoir.
Au centre du bateau, juste avant les escaliers menant au château, un gouvernail horizontal nous attendait. Là, un immense marin bodybuildé se frottait les mains. Il prit place, nous l'imitâmes et, tous en cœur, nous poussâmes cette roue. Dans l'épicentre du navire, le grincement des chaînes, le roulement des maillons, fit vibrer le bois et ce fut avec une certaine satisfaction que le "Clac" ultime de l'ancre rangée se fit entendre, signe de la fin de notre exercice. Aussitôt, un long craquement résonna sur le bateau, un terrible tremblement nous secoua : nul doute, nous venions de démarrer.


    "J'étais avec des autochtones, lâchai-je une fois que nous fûmes tout les trois réunis à la proue, seuls."


Accoudé sur la barrière, je regardai la côte s'éloigner lentement, les maisons devenir de plus en plus petites. Le souffle d’Éole ébouriffait nos cheveux, les vagues claquaient contre la coque et nous aspergeaient d'eau iodée, les cordes grinçaient, les mouettes hurlaient et, parfois, un poisson bondissait hors de l'eau. Du doigt, je pointai une immense raie, majestueuse et létale, qui semblait nous suivre tel un poisson pilote. Après ma longue contemplation légèrement ivre, je m'assis, adossé à la rambarde, et m'emparai de mon sac que je gardai sur mes genoux. Katy continuait de me regarder, furibonde.

    "J'ai été stupide, avouais-je. J'aurais dû te faire passer pour une Baleine, ça les aurait fait flipper."


Je pouffais de rire avant de me prendre un amical, mais colérique, tacle sur le genou. Le lycan, lui aussi, retenait un rictus devant la réaction de la Protectrice.

    "En vrai, ça va être plus difficile que je ne le pensais. Comment, repris-je après une pause rhétorique, on va pouvoir aller dans les profondeurs. Sachant que tu vas flotter."


Et je mimais ses deux obus. Elle fit volte-face, furieuse, et le bruit de ses pas lourds fut accentué par le rire d'Erwan qui, là, ne pouvait se retenir. Je vis alors, lancé par ses soins, un seau rempli d'eau arriver sur ma tête. Je l'esquivai de peu mais son contenu se déversa sur mes jambes allongées.

    "Ah !"


Tout me revenait soudain. En effet, j'avais besoin d'un seau, enfin, surtout d'eau. D'eau de mer.

    "Gabriel, revient, je vais te montrer un truc de dingue."


J'enroulai une corde autour de la anse du seau, le plongeai dans la mer afin de le remplir. Mes deux compagnons me regardaient d'un air dubitatif et je pouvais voir les éclairs sortir des orbites de Katy. Oups. Je posai le bac devant moi, devant nous trois, et fouillai dans mon sac. J'en sorti le livre de Vost, la biographie de Davy Jone et, sans vergogne, le plongeai dans l'eau. Bien imbibé d'eau, je le sorti : il s'était métamorphosé. Du bouquin de bibliothèque imprimé en chaîne, on avait désormais un vieux journal, couverture en cuir, écriture manuscrite.

    "Maintenant, imaginez ma réaction en étant complètement défoncé. Enfin, encore plus que maintenant."


Je tournai les vieilles pages racornies et jaunies par le temps. Un journal intime, un journal de bord, une tentative d'autobiographie ? L'écriture imprimée s'était mue en une cursive pleine de fautes, aléatoires ; les pages étaient tâchées, de sang, d'alcool, de rouille. Mais le détail le plus, le plus absurde, était ces dessins. Davy maîtrisait mieux les arts plastiques que la littérature et, particulièrement, les croquis de tortue. Sur chacune des pages, ou presque, en petit ou occupant toute la feuille, se trouvait une tortue dessinée.
Pourquoi ?


    "Hier, j'ai cherché une solution à mon problème. Utiliser ma magie me fait clairement perdre ma mémoire, même si elle est revenue, et les cachets m'empêchent de parler, voir de faire quoi que ce soit. Or, sans, je souffre le martyr. Et là, j'ai pensé que dans tout lieu de vacances se trouvent des vendeurs de médecine récréative. Ils m'ont donné du puissant, bordel. Mais ce n'est pas tout, ces types vivent ici depuis plus de dix ans, enfin, ce sont des autochtones, pas comme ces marins ou ces tenanciers de cette ville. Avant, il n'y avait qu'un tout petit village de rien du tout. Attendez."


Je continuai de fouiller dans mon sac. D'abord, je pris une grande gorgée d'eau fraîche, pour me ramener les pieds sur terre, enfin, façon de parler, puis je pris un bout de papier et gribouillai le nom de l'auteur du livre.

    "Je reprends. Avant d'être une station balnéaire, cette petite ville n'était qu'une petite bourgade de pêcheur, sans prétention, ni rien. Mais, historiquement, les Îles Terribles sont un grand complexe de ports, mais dont l'essor s'est terminé par un terrible échec. Il n'en restait quasiment plus rien. La Malédiction a fini de détruire ce qu'il restait de glorieux dans cette région, jusqu'au tourisme il y a une petite décennie. Il y a donc des habitations qui sont très vieilles, et des familles qui sont là depuis des générations. C'est eux qui je suis allé voir hier."


Je continuai de gribouiller sur ma feuille, faisant des flèches entre deux lignes de texte.

    "Je suis tombé sur une institutrice et son très charmant fils, pharmacien officieux, repris-je en soupirant. Et; bien que femme de lettres, elle ne connaissait pas l'auteur du livre de Vost. Cependant, après ce tour de magie, du livre transformé en journal, j'ai découvert un truc. L'auteur c'est Dammenonev'Joc Uscoyn, un vieux prénom local. Mais, c'est surtout un anagramme de "Connu comme Davy Jones". C 'est, exhultai-je en tendant le bout de papier montrant l’anagramme", le journal intime de Davy Jones."


Je leur tendis le livre qui séchait à vue d’œil, redevant le classique livre de bibliothèque aux caractères d'imprimerie classique, et récupérai la carte de Katy. Je la fixai intensément et cherchai une île en particulier.

    "Il existait une île, auparavant, ici, qui s'appelait l'Ile Bénie, entre autres noms, sur laquelle se trouvait une des plus grandes villes de l'époque. Davy Jones aurait été l'homme détruisant cette ville, mais je me demande comment un seul homme pouvait le faire, d'autant plus que rien dans son journal ne parle de destruction de ville."


A l'emplacement de feu l'île se trouvait quelques encoches, comme des récifs ou de très petits îlots.

    "C'est là où on va, je vais prévenir le capitaine. Ah, et, regardez dans mon sac, j'ai une ancienne carte où on voit bien cette île, qui existait donc. Réellement. Et aussi, regardez."


Sur la carte ancienne, j'entourai quatre îles, celle disparue et les trois autres, des cartes que j'avais trouvées. En les reliant, je formai une croix parfaite.

    "Au milieu de la croix, chuchotai-je, je suis sûr qu'il y a le trésor, mais chut."


Je traversai le bateau, allant de la proue à la poupe. Au sommet du château, le capitaine tenait fermement son gouvernail. Je lui montrai la carte et pointai du doigt la destination finale. Il osa me poser des questions, ce à quoi je rétorquai que les marins maudits n'avaient que peu de poids dans une discussion argumentée. Il blêmit.
En chemin, mes os commencèrent de nouveau à me faire souffrir. Mes médicaments officieux cessaient déjà à fonctionner mais qu'importait, j'allais bientôt de nouveau retourner à la mer.


    "J'imagine que vous avez d'autres questions, mais je n'ai pas fini, craia-je presque, trop excité, en revenant voir mes compagnons."


Katy et Erwan alternaient entre contempler la vieille carte et me regarder d'un air désabusé. Je m'avachi de nouveau.

    "Très probablement, l'île qui se déplace sur la mer, celle qui nous a envoyé les morts, est la même que celle sur la carte."


Ils hochèrent la tête. Je repris le livre que je trempai de nouveau dans l'eau pour lui faire reprendre sa forme originelle.

    "L'île est liée à Davy Jones, et à son trésor, mais je ne sais pas vraiment comment. Je pense que son état actuel est un sort de protection pour défendre l'épave du pirate, qui doit probablement avoir de nombreux artefacts magiques.
    - Mais, attend, comment Vost avait ce livre ?
    - Aréna est venue ici, quasiment après l'ouverture de l'école, pour chercher un financement alternatif. Comme nous aujourd'hui, seulement les Aréniens ont succombé à la première vague de morts-vivant, comme ceux d'hier. Le livre doit être une clef magique je pense, et sa présence a réactivé les défenses du trésor, donc l'île est devenue vindicative."


Ils froncèrent les sourcils.

    "Oui, j'ai peu dormi cette nuit. Il y a un dernier truc que je voulais partager avec vous. Dans la version "journal" du livre, il y a des phrases qui n'y sont pas dans sa version "livre". Celle-là par exemple, que je ne comprends pas du tout. "J'ai enfin réussi à sauver Gùurlubutùh"."


Quand le dernier mot fut prononcé, comme une incantation, la mer entière se mit à trembler. Et soudain, venant de nulle part, une plainte lointaine fit vibrer l'air. Un cri de douleur grave, comme si un animal blessé hurlait sa peine et que son chant était porté par le vent. On se regardait d'un air incrédule. J'aurais voulu blaguer et demander à Katy de cesser d'imiter le bruit de la Baleine mais, je ne savais pas, cette vague sonore puait la magie. J'inspectai la réaction des marins qui semblaient ignorer cet événement. L'un d'eux me regarda et m'expliqua :

    "C'est l'chant des Dieux ! C't assez fréquent sur mer. C't'un signe d'bon temps et d'bon vent !"


Il semblait donc que ce soit normal, habituel, pourtant mon coeur s'était empli d'affliction à l'entente de ce son. Bref, je devais continuer.

    "Où en étais-je ? Ha oui, Gurlu-machin. Vannejmanev, mon hôte nocturne, m'a expliqué les bases de la religion locale, dis-je en baillant. Ils auraient des dieux abstraits, que leurs dogmes interdiraient de représenter, et celui là, Gurlu-truc, serait le dieu des courants chauds. Ce même courant qui fait le beau temps en cette période. Mais sachant que leurs dieux, leurs idoles, n'avaient aucune représentation concrète, je me demande ce qu'entend Davy Jones par "je l'ai sauvé" et pourquoi ce serait vers la fin de sa vie. On en aurait entendu parlé, non ?"


Nous continuâmes à papoter, et je terminai de raconter ce que j'avais appris durant la nuit. Enfin, une fois les débats clos et les pardons approximativement faits, je m'enfonçai à l'intérieur du navire afin de faire une sieste bien méritée, dans le plus confortable des hamacs. Vers le crépuscule, on vint me réveiller, nous arrivions à destination. Je laissai mon sac dans la cale mais enfilai l'amulette me faisant passer pour un zombie. Aussi, je pris les cadeaux que j'avais achetés pour mes compères.
Une fois sur le pont, je leur tendis ces deux lampes frontales, et imperméables, et regardai ensuite l'onde azur. Le capitaine me montra approximativement où se trouvait l'île sur la carte, alors que devant nous ne se trouvait qu'une étendue infinie d'eau avec, parfois, des récifs et, un peu plus loin, de l'on plus claire, signe d'une profondeur bien plus faible. D'un dernier regard, je demandais à mes équipiers s'ils étaient prêts. Ils hochèrent la tête. De mon côté, j'ôtai toute trace de vêtement, ne gardant que mon arc et carquois, et ordonnai au capitaine de mes les garder pour mon retour, le tout avant de plonger dans l'eau, avec toute l’élégance de mon espèce.

La transformation fut salvatrice. Plus aucune douleur, une respiration aisée, des fonctionnalités corporelles retrouvées. Un bonheur. Mais une tristesse doucereuse à l'idée que mes heures sur terre ferme seraient de plus en plus difficile. Qu'importe, là n'était le problème.
De quelques coups de nageoire, j'avançais vers la destination imposée par mes soins, le lieu de l'ancienne île. Une onde de choc me fit accélérer, en me retournant je vis l'ancre s'écrasant au sol et soulevant un nuage de sable. Katy et Erwan avançait doucement, ils n'étaient clairement pas dans leur élément.
Les derniers rayons de Soleil perçaient la surface et nous faisaient baigner dans une atmosphère idyllique, les ombres au sol dansaient de manière absurde, suivant la houle et le mouvement des bancs de poissons. Il n'y avait que peu de profondeur ici mais en aucun cas des traces géologiques d'une île. Je m'approchai du sol. Si ville il y avait, des traces humaines je devais trouver. Rapidement, je vis de vieilles planches couvertes de coquillages et d'algues, éparpillées ça et là. Je n'en trouvais que peu mais, pour un regard avisé, suffisamment pour certifier un passage humain. Peut-être une bataille navale et des éclats de navire ? Parfois, des reflets étranges se faisaient, en fouillant dans le sable j'attrapai des tessons de verre. Je vis au loin un tonneau éventré, mais aucune trace d'urbanisme pour le moment. Je revins vers mes amis, encore à la traîne mais arrivé enfin à bon port et qui, de leurs côtés aussi, cherchaient des indices.


    "Il y a du bois et du verre, rien qui prouve qu'il y avait une ville mais au moins, il y avait des humains.
    - Brlbllblblbl
    - Il n'y a que moi qui peut parler ici. Désolé."


Conscient alors de mon pouvoir sur mes amis, je leur lançai un regard amusé et un sourire carnassier.

    "Pourtant, d'habitude, les baleines, on les entend de loin. Leur chant est infâme."


Juste après lui avoir tiré la langue, je retournai à mes investigations. Elle ne pourrait jamais me rattraper.
En réalité, je ne savais ce que je cherchai ici. J'arpentai le sable en quête de trace d'un dieu, peut-être, d'une ville, sans doute, et certainement de légendes tissées de mensonges et d'affabulations enivrées. Soudain je vis un tronc. Non, une bûche. Un morceau de bois planté dans le sol, rongé par par la mer et déchiré à son sommet. Un reste de pilotis ? J'appelai mes camarades en hurlant. J'avais une piste. La nuit commençait à tomber, la lumière diminuait. Je scrutai les algues et les coraux en suivant le faisceau de ma torche. J'allais bien moins vite car je trouvais beaucoup plus de morceaux de planche, parfois aussi gros que moi.
Soudain, une chaîne. Une chaîne aux maillons gigantesques. Je n'arrivais à en trouver ses bouts, elle semblait si grande.


    "Par ici !"


J'agitai ma lumière afin qu'ils me trouvent. De nouveau, au loin, le chant de douleur se fit entendre, un peu moins limpide sous l'eau. Pourquoi une chaîne si grande se trouvait là où, deux siècles plus tôt, se trouvait une île ? En tout cas, cela continuait à certifiait la présence d'une cité ici. Mais comment une île pouvait disparaître ? Le sol ne pouvait bouger.
Et pourtant, si. Il bougeait. Littéralement. Le sable tremblait. Mes compagnons venaient d'arriver à ma hauteur et fixaient, déconfits, l'immense chaîne et le sol. Une certaine peur nouait mon estomac, pourtant mon esprit m'ordonnait de me rapprocher, pour comprendre. D'un coup de nageoire, je réduisais la distance entre la chose étrange et moi. Un terrible craquement, une fissure dans le sable et soudain, une tortue. Elle émergea de nulle part et commença à nager autour de nous. Aussitôt, d'autres sortirent du sol. Une vingtaine. Elles venaient d'éclore, or les tortues faisaient approximativement ma taille, voir plus grandes. Âge adulte ou nouveau-né ? Les œufs étaient clairement visibles.
Gabriel et Erwan pâlissaient. Ils balbutiaient quelque chose d'incompréhensible et pointaient du doigt l'une d'elle. Je la regardai de plus prêt. Son œil pendait. Elle était morte. Une tortue mort-vivante venait d'éclore. Des centaines de tortues.


    "L'amulette nous protège, mais j'imagine qu'elles sont supposées nous attaquer..."


Je m'enfonçai dans les profondeurs, en direction des œufs. Peut-être qu'un indice s'y trouvait. D'autant plus, de ce que je savais, les tortues pondaient sur les plages et pas sous la mer. Et de quelle taille devait être la tortue pour avoir des rejetons de deux mètres d'envergures ? Et cette chaîne ? Et ce chant qui, une troisième fois, parvint à nos oreilles ?
L'une d'elle vint me câliner, moi l'ondin mort-vivant, et elle me fixa de ses orbites sans vie, pourtant plein d'attentions. Je pourrais presque m'enticher d'elle ! Je voulais en parler à Erwan, dire qu'on allait avoir un nouvel animal de compagnie dans la chambre et ce fut à mon tour de blêmir. Avant d'hurler quoi que ce soit, un tentacule enroula le lycan, en retrait par rapport à la guerrière. Long et blanc. Et derrière lui, aussi grand, voir plus, que le navire, un calamar d'albâtre menaçait de le dévorer.

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MessagePosté le: 05/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Je déteste les fonds marins. On ne peut pas se mouvoir à sa guise, on ne peut y respirer, encore moins communiquer, c’est une sorte de prison géante, avec en plus des risques de tomber sur des monstres bien plus à l’aise que toi sous l’eau. Et manque de bol, aujourd’hui, c’est mon cas.
J’ai à peine eu le temps de me retourner pour comprendre ce qui inquiète Faram, qu’une immense tentacule vient me choper à la taille, un truc énorme et rugueux, disposant de ventouse de la taille de ma tête. Le calamar qui m’a pris pour son repas me serre tellement fort que, malgré l’amulette, mon souffle est coupé, je n’arrive plus à respirer.
Katy dégaine son épée, mais galère à me rejoindre, nous ne sommes pas des hommes poissons, impossible d’aller vite. Malgré tout, elle réussit à atteindre le membre qui me tient prisonnier, et frappe aussi fort que la pression de l’eau le lui permet, pointe en premier afin de planter plutôt que de trancher. Ce n’est pas très efficace. Du sang s’écoule de la plaie, mais la pression n’en est que plus forte, il est à deux doigts de me briser les os. Tant pis pour mon magnifique t-shirt souvenir, je dois me transformer.
Je ferme les yeux, et laisse aller l’animal qui sommeil en moi, je lâche les brides que je m’impose, je deviens une bête. Je sens mes muscles grossir, mes poils pousser, mes griffes s’allonger, mes crocs s’affûter, et la rage monter. Le fait de m’épaissir desserre l’étreinte qui me retient, suffisamment pour que je libère un de mes bras, et que je lui arrache un morceau à coup de griffe, ce qui n’a pas l’air de lui plaire, je profite de cette seconde de baisse de tension pour me libérer à l’aide de la guerrière. Je cherche du regard l’ondin, qui pourrait nous être bien utile face à un adversaire marin, mais je ne le trouve pas, il a disparu.


« C’est pas possible, il a replongé dans son mode légume, et est parti à la chasse à la sardine ou quoi ? »

Bien sûr, ce que j’ai dit est totalement incompréhensible pour Katy. Mais pas de répit pour les élèves, un coup de fouet tentaculaire stoppe ma recherche et me claque en plein ventre. Ça me coupe à nouveau le souffle, et me brûle intensément. Je hais cette saloperie de mollusque géant. Je fixe la blondinette et lui mime mon plan, mais difficile de se faire comprendre sans parler. De toute façon le calamar ne nous laisse pas le temps de papoter, il retente de me saisir avec son bras plein de ventouse. Mais cette fois, je ne me fais pas avoir. Je saisis la bout de sa tentacule afin de l’empêcher de s’enrouler autour de moi. J’ai énormément de mal à la retenir, sa taille lui procure beaucoup de force, je me mets donc à hurler des tas de bulles, ce qui suffit à l’Arénienne pour saisir son épée, et frapper de toutes ses forces sur le membre que je lui tends, et le trancher net. La bestiole n’apprécie pas, elle nous crache un nuage d’encre en plein visage, on n’y voit plus rien. Ca devient tendu, il peut apparaître n’importe où de l’immense nuage noir. Avec la guerrière nous nous mettons dos à dos, afin de couvrir nos arrières, mais rien ne nous permit de voir arriver un autre coup de fouet que nous nous mangeons en pleine tronche, manquant de peu de me faire perdre connaissance. Je reprends mes esprits, mais cette fois, je ne peux esquiver la nouvelle étreinte gluante du calamar, de même pour ma camarade.
Nous voilà pris au piège. Je vois lentement s’approcher la bouche acérée du monstre, ça me fait bizarre de me dire que cette fois, c’est moi la proie. Merde, finir dans l’estomac d’un beignet vivant, ça craint. Je cesse de lutter.


« Vous ne pouvez vraiment rien faire sans moi ! »

Cette voix, c’est Faram. Malgré l’épais nuage noir d’encre, j’aperçois l’ondin, fusant sous l’eau telle une torpille, tout en grâce, une lame à la main, qu’il finit par planter dans l’œil de la créature. La douleur lui fait pousser un cri strident absolument pas agréable à écouter, mais qui a le mérite de faire relâcher son emprise sur la blondinette et moi. Je profite de ce moment pour grimper sur la bête pour atteindre son deuxième œil, et le lui déchiqueter à coup de griffe, la rendant ainsi aveugle.
Elle douille, convulse en crachant toute sa réserve d’encre, et en perdant beaucoup de sang. Je commence à sommer à mes collègues d’en profiter pour s’enfuir, quand un son étrange me parvint. Un chant de créature, presque ressemblant à celui entendu plus tôt sur le bateau, mais en moins intense. Ce son s’amplifie, on dirait qu’une armée de sirène s’approche de nous.


« On dirait que c’est l’heure du dîner... »

L’Ondin nous montre les bébés tortues zombifiés, de deux mètres de longs, que nous avons vu éclore se diriger vers le calamar entrain de se débattre contre la douleur. Et une fois que l’encre commence à s’évaporer, j’aperçois le spectacle macabre d’une armée de zombies à carapace dévorant vivant un monstre faisant la taille d’un bateau, arrachant chaque parcelle de son corps sous les cris stridents de ce dernier, ça m’en ouvre presque l’appétit. Je me fais tirer de ce spectacle par Katy, puis nous reprenons notre chemin à la découverte de cette île disparue.

Ça fait à présent quatre heures que nous croupissons au fond de l’eau. Nos recherches ne sont pas fructueuses, aucune trace de civilisation. Nous avons trouvé d’autres chaînes immenses, chaque maillon étant aussi grand qu’une maison. Je ne me sens pas rassuré quand à ce qu’elles devaient retenir, le machin doit être aussi grand que le titan de foudre du temple.
Je me sens de plus en plus à l’aise en nageant. Je respire mieux, je me déplace plus vite, je suis plus agile dans mes mouvements, on dirait que le médaillon me mute petit à petit en poisson, je vois de légère palme pousser entre mes doigts, j’espère que ce n’est pas définitif, je veux pas passer le reste de ma vie à bouffer du poisson en chantant avec des crabes.
Soudain, le triste sérénade marine reprend. Nous en sommes plus proche, le son est plus clair. Il ressemble beaucoup à celui des tortues. J’ai beau chercher, je ne trouve rien qui ressemble de près ou de loin au reptile, quand une ombre vint couvrir nos têtes, quelque chose d’énorme. Je me redresse, et tombe bouche bée devant le spectacle. Une tortue géante aussi grosse qu’une île passe au dessus de nous.


« Voilà pourquoi nous n’arrivons pas à trouver la trace de l’île, elle est sur son dos... »

Impossible de bouger, je n’ai jamais rien vu d’aussi grandiose. Je remarque qu’un morceau de chaîne pend au niveau de son cou, pas étonnant qu’elle soit aussi épaisse.
Si une des îles de l’archipel est une tortue, comment retrouver la fameuse croix que Faram nous a indiqué, à moins que le trésor bouge en même temps qu’elle. Je me décide à remonter à la surface, je dois voir ça de plus près. Je commence l’ascension, quand quelque chose vient me tomber dessus. Je me débats pour l’enlever avant de me rendre compte qu’il s’agit d’un zombie. Pas de doute, c’est bien l’île maudite, et les dizaines d’autres cadavres ambulants qui me tombent sur le coin du nez ne font que le confirmer encore plus. Mes coups de pattes et de crocs suffisent à me débarrasser des gêneurs, et mes camarades ne semblent pas plus en difficulté que moi, je continue donc de monter.

Une fois à la surface, j’ai du mal à respirer. Je sens des aérations au niveau de mon cou, je tâte et me rends compte que j’ai des branchies, je commence sérieusement à flipper quand à l’idée d’être coincé sous l’eau. Je m’avance pour observer la tortue. Elle pousse des cris de désespoir, ils venaient donc d’elle. Je fais le lien entre les morts vivants et les bébés tortues géants tout aussi putréfié. Elle serait donc maudite, peut être par l’un des artefacts magiques de Davy Jones dont Faram nous a parlé.
Je l'observe s’éloigner petit à petit.


« Pas le temps de rêvasser Erwan, on doit aller au centre de l’archipel récupérer le trésor. »

Je reprends mes esprits et replonge dans les fonds marins, avec plus d’aise qu’au début, puis suit l’ondin et la guerrière.
Pour l’instant tout à l’air presque trop facile, j’ai mon instinct qui me hurle de ne pas approcher de ce trésor, mais ma curiosité est bien trop grande, je ne verrai pas ça deux fois dans ma vie.

Deux heures que nous nageons. Il est vrai que vu sa taille, la tortue traverse de bien plus grande étendue par brasse, et ce qui me semblait « pas loin », se trouve être à des kilomètres.

Je ne compte plus le temps qui passe. Je nage de mieux en mieux, avec Katy nous arrivons à aller presque aussi vite que l’ondin grâce à nos palmes de substitutions. Nous arrivons dans une zone spéciale, comme d’ancienne ruine. Pourtant rien ne devrait se trouver ici selon les cartes. En progressant sur les lieux, je peux entendre un chant féminin, d’une beauté sans pareille.


« Merde, des sirènes. »

Faram semble connaître ces créatures, vu qu’il en est une sorte d’hybride. Cependant, je n’arrive pas à décrocher du chant, me faisant oublier le reste. Je m’avance plus rapidement vers la source de ce son divin, jusqu’à tomber nez à nez avec une femme d’une beauté incommensurable. J’en ai croisé des succubes et des femmes ravissantes, mais là, elle les dépassait en tout point.
Une brune pulpeuse aux yeux verts émeraude. Une bouche fine, une poitrine volumineuse, des courbes de rêve, et des jambes à n’en plus finir, portant comme unique habit une jupe en algue. Étonnant qu’elle dispose de pied, je pensais que les sirènes avaient une queue, mais peu importe, je tombe complètement sous le charme de la belle.


« Rejoins moi beau guerrier, oublie tes soucis et tes peines. Tes démons et tes blessures. Laisses toi aller au délice du plaisir. »

Je ne peux pas lutter, je suis ensorcelé par sa voix mélodieuse. J’entends à peine l’ondin qui me somme de ne plus avancer. Je ne peux m’empêcher d’aller vers elle.
Le dernier geste que je fais avant de tomber dans ses bras, c’est me tourner pour voir que Katy aussi a succombé aux charmes d’une sirène mâle. Bizarrement, il n’a pas l’air humain, il a un visage monstrueux, et un corps hideux mi homme mi poisson, mais je n’y porte plus d’importance, et plonge mon visage dans la magnifique poitrine de mon hôte.

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Dernière édition par Erwan Silver le 15/10/2018; édité 1 fois
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MessagePosté le: 06/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Gabriel était sous l'emprise d'un étrange charme, d'une sensualité irréelle. Ses sens lui dictaient que quelque chose n’allait pas, car l'homme à la peau blême qui se présentait à elle dans une tenue de gaze laissant deviner par transparence ses muscles tressés, n'était d'aucune race connue. Elle pouvait même sentir qu'il ne dégageait en aucun cas l'aura d'un humanoïde classique qu'il semblait être. D'ailleurs, que faisait-il ici, quel heureux hasard les avaient fait se rencontrer, au beau milieu des océans ? Il était si avenant... Il ressemblait tant à Renji... ou à Vost... Il semblait hésiter entre les deux apparences... le phare de ses yeux alternait du rouge au bleu. C'était réellement étrange...
Un mouvement agité capta l'attention de la guerrière envoûtée, desserrant un instant la bride du sortilège qui la subjuguait. Ses pupilles s'étrécirent lorsqu'elle vit une monstruosité aux jambes féminines mais au tronc semblable à la bouche d'une lamproie, dans laquelle Erwan était en train de plonger éperdument tout son buste. La vision de son ami en danger mortel brisa le charme qui s'exerçait sur l'Humaine, permettant de voir son adversaire sous son véritable jour : une espèce d'abomination homme-poisson, bien loin d'être aussi élégante que Faram, et à mille lieues de ressembler à un de ses deux amants. Une créature disgracieuse au possible, à la bouche immense et béante n'attendant que de la gober crue. Avec un cri de guerre qui se perdit dans un flot de bulles, la Protectrice déclencha le fouet de Scorpion et, le faisant tourbillonner, découpa les chairs de son adversaire. Ses mouvements étaient bien plus aisés qu'au début, ses mains palmées adhéraient parfaitement à la garde de son arme et sa peau semblait s'être lissée, être plus hydrodynamique qu'auparavant. La lame sifflait en ondulant dans l'eau, qui se teintait peu à peu des volutes de sang fluorescent.


- Erwan ! tenta de crier la jeune femme, mais seul l'écume et un son à peine audible s'échappèrent de sa bouche.

Le Lycan, réveillé par les douleurs des dents qui lui lacéraient le visage et les épaules, tenta de se débattre, en vain. La disposition des dents, orientées vers l'intérieur du tube digestif, empêchaient toute sortie, ou du moins pas sans arracher énormément de chairs. Pour sortir le plus indemne possible le sorcier, il fallait ouvrir en deux la créature. Rassemblant son fouet métallique de nouveau en épée, la jeune femme nagea précipitamment en direction du loup aquatique et découpa une grande fente de la bouche à la hanche de la lamproie géante, lui faisait lâcher prise sur son ami profondément écorché sur tout le haut du corps et jusqu'au crâne.
Erwan, libéré mais blessé, fit un geste en direction de la guerrière. Trop tard. Celle-ci sentit un choc lui percuter le dos. Sa tête bascula en arrière sous l'impact, manquant de lui briser la nuque. Son adversaire précédent n'était pas mort et venait de la happer par le bassin, tentant de l'entraîner vers les profondeurs. Mais c'était sans compter l'intervention de Faram, quelques secondes auparavant aux prises avec d'autres créatures de la sorte, qui lui vint en aide en tirant une flèche qui, même sous l'eau, fit mouche directement dans l'œil de leur adversaire chimérique. La jeune femme palpa sa taille après coup : il y avait du sang, mais les blessures étaient uniquement superficielles grâce à son bustier en cuir qu'elle avait gardé. Est-ce qu'une blessure pouvait cicatriser sous l'eau, ou bien tomberait-elle exsangue avant la fin de leur expédition ?
Il n'y avait plus d'autres traces de ces effroyables "Sirènes" autres que les cadavres hideux flottant près d'eux au gré des courant, comme des fantômes cauchemardesques. Faram leur expliqua rapidement qu'il avait déjà combattu des monstres similaires au cours de son autre mission sous-marine, qu'ils n'étaient pas liés à Davy Jones mais à un autre psychopathe qui faisait fusionner des poissons gigantesques avec des corps humains sans les tuer. L'individu en question avait été géré par des envoyés des Ecoles (c'est-à-dire qu'ils l'avaient assassiné sans laisser de trace), mais certaines de ses créations vadrouillaient toujours sans maître dans les eaux obscures des Archipels de l'Est. Katy écoutait avec attention tout en regrettant de ne pas pouvoir prendre la parole pour lui dire d'abréger les détails. Depuis qu'ils étaient en mer, Faram était survolté et bavard, elle avait la migraine et regrettait le niveau sonore de ses dépressions, même si cela la soulageait de la voir en forme.

Avec leurs deux amulettes, les morts vivants factices avec en tête l'Ondin s'approchaient progressivement, à la nage toujours, du point où devait se cacher le trésor. Celui-ci était engrangé dans une cavité pareille à une grotte, en contrebas d'une faille maritime, si bien qu'on ne pouvait apercevoir l'éclat de sa brillance que d'une certaine perspective, si ce n'est ça et là quelque écu d'or égaré par accident et emporté par les courants, cachés par les algues. L'Ondin s'éloigna un instant du trio pour aller en récupérer une. Ils en inspectèrent tous les trois l'aspect : il s'agissait bel et bien de la même pièce, frappée d'un crâne autour duquel s'enroulait un tentacule. Un rappel clair de la légende de Davy Jones et de son royaume de défunts, ainsi que de son fidèle demi-dieu impitoyable des mers, le Kraken. Comment Barbe Jaune était parvenu jusqu'ici pour en récupérer une était un mystère à élucider, à moins que lui aussi dans d'autres circonstances n'ait été amené à parcourir les eaux avec une amulette ou une potion d'amphibie. Peu désireux d'être poursuivis tout de suite, ils décidèrent de relâcher l'écu dans les laminaires digitées qui entortillaient leurs longs doigts comme pour s'emparer avidement du trésor.
D'ailleurs... le trio ne tarda pas à avoir un aperçu de l'immense étendue du Domaine des Morts. Marchant au fond de l'eau tel les zombies qu'ils étaient par un étrange artifice, des centaines... non des milliers, peut-être plus, d'écumeurs des mers ayant rendu l'âme dans ces eaux maudites, armés de sabres, de poignards et de crochets pour la plupart. Leurs stades de décomposition étaient divers et variés, mais la plupart n'étaient plus que des squelettes engoncés dans des haillons qui flottaient autour d'eux comme les restes de leur âme, dont ils avaient été dépouillés pour ne devenir qu'un impressionnant cortège de marionnettes meurtrières. De la position des visiteurs, l'éclat mat de l'or qui dégueulait de la caverne marine était clairement visible, loin derrière la véritable armée qui leur barrait le passage au niveau du sol. On pouvait voir l'épave d'un imposant navire, un galion à cinq mats éventré par une tempête ou une bataille, dont le plus grand était toujours dressé malgré le poids des ans, des algues et des crustacés qui le rongeaient. On pouvait voir flotter au gré des courants, comme au vent, le pavillon déchiré d'une tête de mort. Il s'agissait, comme l'indiquait un de leurs livres, du Belzébuth Volant, sur lequel voguait autrefois le pirate. La célèbre gargouille en proue était encore reconnaissable. Les canons du vaisseau étaient toujours présents eux aussi, quoique inutilisables sous la surface, complètement rongés par la faune et la flore marine et dévorés par les eaux salées. Le bateau cachait en partie l'entrée de la fosse au trésor. Il était aisé de s'imaginer le Capitaine, même plongé dans les Enfers de l'océan, à l'abri dans sa cabine, à compter éternellement son trésor et à poursuivre jusqu'au bout des océans les imprudents qui s'empareraient de la moindre pièce. Une quête qui pouvait paraître bien longue et vaine mais, qu'importe le temps, lorsque l'on est déjà mort ?

Avant même que l'un des membres du groupe ne suggère de nager par-dessus l'armée pour aller jusqu'au trésor, un courant puissant attire leur attention. Ils levèrent à l'unisson la tête pour apercevoir, agitant lentement ses tentacules de la taille de plusieurs navires, une masse imposante qui cachait de leur position les faibles rais de lumière parvenant à percer à cette profondeur. Ils n'eurent pas besoin de réfléchir plus pour comprendre que cette structure aux multiples bras, de la taille de leurs Ecoles, n'était autre que le Kraken. Le trio s'en fut sans demander son reste, bien heureux que leurs amulettes leur aient permis d'échapper à la vigilance des premières lignes de morts-vivants, dont par chance il ne restait pas grand-chose de leur matière grise.
D'un commun accord passé par des gestes, l'Ondin, l'Humaine et le Lycan décidèrent de remonter à la surface pour pouvoir communiquer entre eux.
Une fois la tête hors de l'eau, Gabriel, haletant étrangement à cause de la combinaison de ses poumons et de ses branchies, chercha du regard ses deux amis, qui se trouvaient non loin d'elle. La mer était quelque peu agitée en surface, ce qui rendait leur flottaison particulièrement désagréable. Une vague ou deux venaient parfois tenter de les renvoyer sous l'eau, parmi les morts et les trésors oubliés.

- Ils sont trop nombreux, on ne pourra jamais passer, commenta Gabriel. C'est du suicide.
- Ca ne nous change pas tant que d'habitude, grinça Erwan avec les mêmes difficultés qu'elle pour l'élocution. Elle ne put distinguer s'il s'agissait d'ironie, ou s'il pensait réellement qu'ils pouvaient s'en sortir miraculeusement comme lors de leurs missions dans les Puits du Néant.
- Retournons sur le navire pour le moment, dit Faram en regardant d'un air inquiet la blondinette du groupe.
Katy lui retourna un regard éreinté. Elle articula les mots dont l'Ondin devait se douter à la vision décomposée de son visage.

- Faram... je pourrais pas nager jusque là-bas. J'ai plus la force.
- Je vais t'aider, intervint Erwan qui, malgré les désagréments que lui offrait cette forme aquatique, était bien plus résistant qu'elle à l'épuisement.

La jeune femme tenta de les convaincre de la laisser là et d'aller quérir le navire tandis qu'elle les attendrait entre deux eaux, mais ses deux amis refusèrent avec l'argument qu'il était trop dangereux pour elle de rester seule si près du Kraken et avec toutes les abominations marines qu'ils avaient rencontré jusque-là. Enfin, ils lui dirent qu'ils prendraient leur temps, l'essentiel était de regagner le navire.
Après plusieurs heures de nage pénible, le trio rejoint finalement le Chant de la Sirène, un nom qui leur paraissait bien moins charmant qu'auparavant au vu de leurs dernières aventures. En les voyant réapparaître à la surface de l'eau, l'homme à la vigie héla tous ses camarades, qui leur lancèrent des cordages. Gabriel réunit toutes les forces qu'il lui restait, soutenue par Erwan, pour s'accrocher à l'échelle de corde et se laisser hisser à bord. Une fois sur le plancher du navire, elle retira ses deux amulettes d'un geste brusque et resta prostrée à terre, les muscles tétanisés par la nage prolongée. Elle espérait que Faram, qui n'était pas très endurant non plus, ait encore assez de force pour donner l'illusion qu'elle était un homme.
Ce devait être le cas, car personne ne lui fit de remarque particulière. Les hommes d'équipage, qui l'appelaient
"Gabriel" ou "Gaby", son second prénom ayant l'avantage d'être hermaphrodite, lui vinrent en aide sous les ordres de Barbe Jaune. Ils la portèrent jusqu'à l'intérieur où ils commencèrent à la déshabiller, ce qui éveilla de vives protestations que sa part malgré les "T'es trempé, mon gars, tu vas faire moisir le hamac !". Faram lui vint en aide en disant qu'il allait l'aider. Les autres durent croire à une romance masculine, car ils les laissèrent non sans pester quelques commentaires homophobes. Katy tenait à peine debout. Appuyée contre le mur, les balancements du navire et l'odeur infecte de la salle lui donnant le mal de mer, elle laissa son ami Ondin à faire barrage de son intimité avec une serviette et à l'aider à se changer lorsqu'elle chancelait trop pour ça. Elle s'évanouit plus qu'elle ne s'endormit lorsque celui-ci l'aida à s'allonger dans le hamac.

Plus d'une dizaine d'heures passèrent dans le trou noir le plus complet pour la guerrière, qui émergea très lentement et difficilement de ce sommeil de plomb. Au réveil, son corps n'était que douleurs, son crâne était vrillé par le tournis, comme si elle était dans un manège. Sous la fatigue et la faiblesse, le mal de mer était décuplé, sans compter que la faim lui tenaillait le ventre. Elle prit le premier seau à portée de main pour tenter de vomir, en vain : son estomac était vide. Elle mourrait de soif aussi, sa bouche était pleine de sel. Imperturbable, Erwan ronflait encore du sommeil du brave, non loin d'elle. Faram était présent et vint à son secours. C'était tant mieux, car il était dangereux qu'il s'éloigne trop d'elle, ou la supercherie de son pouvoir pourrait être dévoilé. Il l'aida à se traîner lamentablement jusqu'au pont où elle avala de grandes goulées d'air l'air frais. Il alla très rapidement lui chercher portion de poulet boucané et de légumes marinés dans la cale, avec un pichet d'eau, pour l'aider à reprendre des forces. Elle profita également de l'occasion pour prendre son traitement journalier, qu'elle avait traîné avec elle jusque là.
Lorsqu'elle sentit un semblant d'énergie lui revenir, la jeune femme reprit lentement la parole de sa voix affaiblie.

- Il faut... des tenues de plongée à Erwan et moi... pour les combats sous-marins. Si possibles renforcés, sinon tant pis... Nos vêtements nous gênent... On doit retourner au port en récupérer des nouvelles...
- Il y a peut-être ce qu'il faut à bord.

Gariel haussa ses fins sourcils blonds avec un air sceptique. Barbe jaune et ses hommes, tout comme son navire, semblaient appartenir plutôt à la partie majoritaire archaïque du Velm plutôt que d'être bénéficiaires des fruits technologiques de la Capitale et des Ecoles. Certaines boutiques de Hook Town, en revanche, pouvaient leur être utile pour se trouver ce genre d'équipement. Et puis, il fallait qu'ils soient à la taille de la guerrière plantureuse et du géant loup-garou. Néanmoins pourquoi ne pas essayer ? Après tout, Barbe Jaune avait bien dû s'aventurer dans les profondeurs à un moment ou un autre de sa chasse aux trésors disparus...
Même s'ils réglaient cette problématique, un problème de la plus grande importance persistait toujours : comment diable allaient-ils faire pour passer outre toutes les défenses qui menaient au trésor ? Donner les repères géographiques aux Ecoles serait-il suffisant, afin que celles-ci couplent leurs efforts pour envoyer un assaut digne de ce nom ? C'était tentant, mais ce ne serait certainement pas bienvenu de la part des Traqueurs qui recevrait les nouvelles, ni des membres de l'administration... Ils devaient au moins fournir plus de solutions que cela.
La jeune femme soupira en avalant un peu d'eau qui avait un goût de tonneau. Pourquoi les choses ne pouvaient-elles jamais être simples ?

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MessagePosté le: 11/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Requiem pour des tortues. Je les voyais, au loin, monter à la surface et regarder le Soleil pour la première fois de leurs Non-Vie. Les pauvres, rester au stade embryonnaire pour des siècles, jusqu'à ce que des paladins marins viennent leur ôter ce fardeau, cette malédiction, j'éprouvais une certaine pitié pour elle, ces enfants de la mer n'ayant jamais éprouvé le plaisir de jouer dans la houle, d'avoir embrassé l'infini horizon et apprécié le vertigineux silence de l'onde. Elles semblaient béantes, ces tortues juste écloses, frétillantes dans leurs morts prématurées en scrutant l'aurore. Cette meute sans vie errait là où elles avaient éclos, à quelques mètres non loin du navire, et nageait sans but, en infinis cercles, protégeant ces chaînes maudites.
Barbe Jaune avait refusé de partir dès notre retour, craignant de se rapprocher trop rapidement des côtes, fatales la nuit à cause des invisibles récifs et de la proximité de la ville. Les premiers rayons du Soleil avaient réveillé la machinerie humaine de la masse flottante, chaque être s'exécutait à faire claquer des voiles, à détendre des cordages, à tourner des poulies et hurler des informations sur l'itinéraire ou les vents à affronter.
J'avais repris ma place de la veille, sur la proue, fixant le chemin qui s'offrait à nous, avec seulement beaucoup plus de mal que le jour précédent. Notre entreprise soumarine m'avait épuisé et, naturellement, les toxines oniriques de mes médicaments facultatifs s'étaient estompées. De plus, malgré mon corps rompu à souhait, le sommeil avait été difficile, Morphée, à son ancienne accoutumée, se plaisait à jouer avec son étreinte. Des myriades de questions s'agitaient dans mon cortex, à propos de ces tortues, jeunes ou la gigantesque, de cette armée de Morts qui grouillaient sous les mers, ce Dieu tentaculaire qui auréolait l'épave et ces créatures des Mers qui semblaient me poursuivre jusqu'ici. Je ne savais quels liens unissaient ces différents faits, quelle magie ancestrale unissait une tortue, un kraken et un pirate. Et une ville. N'ayant aucun moyen de faire des recherches, aucune réponse ne grondait après la tempête de question. Rien n'avait pu la calmer, seulement mon imagination débridée et cauchemardesque qui peignait les pires scénarii.

Je vis Katy émerger des cales, sortant avec un teint blafard, digne des plus grands vampires. Les premières nuits sur mer n'épargnaient personnes, pas même les plus grands guerriers. Elle me cherchait du regard, inquiète au sujet de son apparence et de ses attributs féminins trop visibles pour les marins. Je lui fis signe que je la couvrais, bien que chacun était affairé. Nul ne s'occupait de nous. Je lui tendis une orange et une banane que j'avais trouvées plus tôt, pour les repas matinaux, la vie à bord semblait frugale, mais c'était un luxe d'avoir des fruits. J'expliquai brièvement à Katy que je n'avais pas pu chercher des combinaisons de plonger, qui plus est, je n'aurais pas vraiment pu les essayer, Erwan serait celui qui devrait s'en occuper. Si elle s'éloignait de moi, le charme romprait et la douleur dans mes jambes s'intensifiait.
Justement, le loup arriva quelques minutes après, l'air particulièrement grincheux, ne rêvant probablement que d'un matelas confortable (et stable) et d'un litre de café. Peu de chance qu'il en trouvât sur le navire. Après lui avoir fait gober sa banane matinale, Katy et moi lui brodèrent le topo et il se mit en quête d'une combinaison aquatique. Il y passa la journée et ne trouva rien.
Au crépuscule, nous vîmes au loin les lumières de la ville. Nous n'arrivâmes donc pas à temps pour un lit douillet, les vents étaient contraires, le trajet fut plus lent. Cette nuit-ci, je fus pris de cauchemars. Je m'agitais dans mon hamac, me voyant tantôt transformé en guerrier de la mer, tantôt mort et sous le carcan du Pirate, alors obligé de tuer mes coéquipiers. Je me réveillai endolori, la tête sur le plancher, l'arcade éclatée par sa rencontre avec le bois. Je grinçai des dents et poussai plus sur mes bras que sur mes jambes pour me relever. Tant bien que mal, je montai sur le pont, afin de profiter du silence de la mer. Avec un peu de chance, il envahirait mon esprit afin de le faire taire.

Quelques matelots ivres jonchaient sur le sol, filet de bave coulant de la commissure de leurs lèvres. Les vagues et le roulement de l'océan couvraient leurs ronflements. D'autres, bien éveillés, s'activaient déjà sur le pont. La capitaine, au loin, sextant à la main, me salua de son crochet. Quelle vision étrange. J'allais le voir ; il trônait sur son château, seul, l'air guilleret et sobre. La fin de sa malédiction approchait et une joie certaine réchauffait son coeur. Je m'enquerrai des capacités belliqueuses de son navire, autant sa puissance de feu que sa vitesse de pointe. Il en semblait fier mais, sur le ton de l'ironie, cracha un "Mais il ne fait pas de taille en duel contre un Kraken." car, évidemment, les Krakens n'existaient point. Je souris à sa blague avant de retourner à la pointe du navire.
Je frissonnai. Le vent avait tourné. Bien plus frais, voir froid. Je regardai cet horizon, y cherchant des réponses, ou le ciel étoilé, en quête de miracle parmi les astres. L'obscurité de l'éther permit à mon esprit de se vider quelque peu, de chasser les tortues et bannir les abominations marines mais l'anxiété latente demeurait, persistait, et le cri lugubre de l'océan façonna une boule d'inquiétude dans mon estomac. J'observai l'Est s'embraser du Soleil naissant, l'eau semblait brûler au contact délicat des rais de lumière. D'ici quelques heures, la Capitale s'éveillerait et, potentiellement, au même moment, un peu avant le zénith, nous serions sur terre. Mais, plus au Nord, comme une incarnation de mes plus sombres convictions, des éclairs balayait le ciel et une muraille d'ébène barrait la présence bienveillante du Soleil.

Une tempête se préparait. On commença à ouvrir les voiles, de nouveau et, comme la veille, j'aperçus Katy et Erwan sortir l'un après l'autre, un peu plus habitués au sommeil marin. Il fallait que je les avertisse, peu avant l'accostage, je reprendrai de ma médecine alternative pour pouvoir marcher normalement, ils n'approuvèrent guère mais n'avaient, en réalité, pas d'autres alternatives à proposer. Le Soleil venait enfin d'apparaître complètement sur l'horizon que j'entamai de rouler cette merveille de pharmacopée quand le navire sembla frémir. Des murmures et des cris. J'allumai mon fardeau médicamenteux quand on tendit une longue vue à Gabriel. Elle/il se leva et fixa le point qu'on lui montrait, elle/il blanchit. Erwan fit de même pour s'assurer de la véracité des faits.
Un crâne flottait. Comme un nuage. Mon instinct me dit de regarder l'eau, les profondeurs azures, et j'y vis, animés d'une volonté vindicative soudaine, des squelettes et des morts nager dans la même direction que nous. Ils visaient Hook Town.


    "Est-ce que je plane déjà, murmurai-je d'un mirage à amis."


Ils nièrent. La grand-voile claqua et s'ouvrit à son maximum, lançant une course poursuite entre un escadron de Non-Morts et un vaisseau à la pointe de la piraterie. Dans cet environnement absurde apparut alors l'essentiel, le logique.

    "Il faut qu'on aille sur la tortue géante."


Etais-je déjà complètement défoncé ?

    "C'est elle, du moins, c'est d'elle que partent ces Morts-Vivants."


Je me levai d'un bond, signe de l'efficacité de mon traitement, et expliquai au capitaine qu'une fois à terre, il lui faudrait préparer directement le second voyage, vers le nuage en forme de crâne. Son engouement sembla disparaître mais il paraissait tout m'accepter. Quelle aubaine.
Quant à mes camarades, perplexes, je leur intimai de suivre mon plan, à savoir d'aller récupérer leurs tenues de plonger et leurs armes aquatiques, juste après la bataille. De mon côté, j'irais à la bibliothèque. Je leur fixai une heure précise à la Taverne spécialisée dans les huîtres car, si jamais j'avais eu des informations précieuses, je ne souhaitai pas que les marins l'apprennent au fil d'un murmure.

Cependant, d'abord, nous devions affronter une marée de Morts.
Lorsque nous accostâmes, tout l'équipage était prêt et armé, nous aussi, moi peut-être trop intrépide et optimiste. Le bateau cracha quelques boulets de canon dans l'eau, fracassant quelques crânes, ralentissant la progression de l'escouade décédée et, rapidement, la garde de la ville fut ... sur ses gardes. Contrairement à la première attaque, celle-ci fut rapidement gérée puisque nous étions préparés.

Le dernier mort expédié dans les limbes, je me précipitai vers la bibliothèque. Le zénith approchait, signe que le temps jouait en notre faveur, cependant le bibliothécaire me lança un regard noir. Je lui promis de lui rendre ce que je lui avais emprunté, d'ici peu, mais continua à me sermonner en me suivant dans les rayons. Je lui parlai des Dieux païens et des tortues, il se montra concilient et m'apporta un seul et unique bouquin, dont je quémandais un résumé. C'était un conte pour enfant, appelé "La Tortue-Ville", une cité érigée sur une tortue, un jour libérée mais emportant avec elle de nombreuses familles. La légende racontait que la ville était devenue fantomatique, vivant éternellement, coincée à cette époque.

Toute légende était tirée d'une réalité.

Arrivé à l'auberge Huître et Huître Seize, je vis Erwan et Katy chargés en matériel. Je les briefai rapidement sur cette histoire de ville fantôme, emportée dans l'océan, sur le dos de la tortue géante. Par la fenêtre, le crâne se voyait toujours, s'éloignant vers le Nord, où gisait la tempête. D'un signe, nous comprîmes que nous étions prêts. Du fond de mon sac, je pris une banane, pour la route, et pris les devant. Cependant, à la fois trop obnubilé par le pelage de ma banane et des toxines dans mon esprit, ce ne fut moi qui ouvrit la porte, mais quelqu'un de l’extérieur dans lequel je fonçais dedans. Et écrasai lamentablement ma banane. Oups. Et toute ma masse musculaire tenta de le pénétrer. Re-oups. Il ne bougeai d'un iota, malgré ma force et ma précipitation, je ne l'avais ébranlé. Alors je levai les yeux et, sans le reconnaître, je le connaissais.


    "Renji ?"


Quelle belle entrée en matière. Mais, la dernière fois que j'avais pris cette drogue anesthésiante, j'étais seul avec un inconnu. Là, au paroxysme de mon ivresse éthérée, je me trouvais en mission et donc, elle parla pour moi. La drogue.

    "Tu tombes à pic. Rien de mieux qu'un chevaucheur de Baleine pour visiter une tortue géante."


Et déjà, j'étais hors de la taverne, mangeant mon autre moitié de banane. Comme si de rien était.

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MessagePosté le: 12/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Mission, bla bla, poisson, bla bla, navire, bla bla, trésor, bla bla, équipe avec des Illusiens, bla bla bla bla bla, Destructeur, bla, Traqueur, bla bla, Baleine, bla bla, Gabriel.
Le cerveau de Renji n'avait enregistré que partiellement la multitude d'information balancée par Dahlia et Ezek. Les deux le connaissant, ils se doutaient sans grand mal que la tête auparavant blanche n'en avait rien à ciré de la pelleté de mots qu'ils venaient de vomir. Il se contenta de les regarder avec un air totalement blasé, bras croisés. Ils rajoutèrent également qu'ils étaient (presque) désolés de le renvoyer en mission aussitôt, mais Ezek rajouta, sur une pointe d'humour semi-véridique, qu'il serait ravi de se redébarasser pour quelques temps du moins, du grincheux vampire. D'autres explications rapides sont rajoutées, Renji, motivé par le fait d'avoir une échappatoire pour ne pas rester dans la chambre acquiesça leurs dires sans y payer plus d'attention. Il prit quelques secondes pour jeter comme un gros sale ses affaires sur son lit, en récuperer d'autres mais le tout dans un silence austère. La rouquine et l'autre albino-blanc-cul lui matèrent le derrière silencieuse. À moins qu'ils étaient juste surpris de voir un zombie...
Aussitôt rentré, aussitôt sorti (Kira connait, ça s'appelle précocité). Il n'en avait pas grand chose à foutre et n'avait pas envie de s'attarder pour une discussion. D'autant plus que ces deux là n'étaient pas non plus bavards et qu'il voulait éviter le moment gênant du "Ah tu m'as sauvé la vie ! Serais-tu secrètement amoureux de moi ? Kyaaaah" et autres trucs à l'eau de rose que vous pouvez trouver merdiquement dans toute télé-réalité de nos jours.

Bref.
Comme ces deux petits bâtards avaient tant attendu son retour pour lui confier une mission, ils avaient fait le bon geste de l'attendre pour lui offrir un petit portail. Pas si bâtards ces zigotos en fait. Ezekiel s'était rapidement moqué une dernière fois de lui et de son bras, avant de lui jeter une lotion à la gueule. Pour les pervers, non, il ne s'agissait pas de lubrifiant. Il s'agissait de crème solaire. Quand on est blanc comme un cul et que l'on se prépare à aller sur les îles terribles, autant sortir préparé. Pour certains, le soleil des Îles égal se dorer la pilule, pour un albinos blanc bec, ça revenait à se transformer en langoustine prête à être dégustée pour les fêtes de fin d'année...

Mais pas à la banane. Renji dévisagea longuement l'auteur de cette attaque. Mais voilà, cet affreux jojo, en plus de sembler totalement défoncé au bicarbonate ou imbibé au white spirit l'avait reconnu. Un gars qu'il avait déjà vu des années auparavant probablement, sa gueule avait changé, cela dit. Il était passé du beau gosse facilement trouvable sur Grindor au videur de bars gays qui s'amusent à dépoiler ses victimes avant de les jeter dénudés dans une ruelle sombre. L'albinos, dans l'incapacité totale se rappeler du nom de celui-ci se souvenait néanmoins des surnoms qu'il lui avait donné à l'époque : poiscaille, sardine, truc pas frais des océans... Enfin, un truc en rapport avec la mer. Et cette fois ci, une banane.
Peut-être qu'il devait à présent, pour laver l'outrage de la pauvre saucisse végane écrasée sur son torse, enfoncer le reste de celle-ci profondément dans la gorge de son mangeur. Pour certains, c'est un jeu sexuel ; un deepthroat sensuel avec lubie alimentaire. Pour Renji, il s'agissait juste d'un moyen de se débarrasser du gêneur sans avoir à faire couler du sang. Mais avant qu'il ne puisse mettre son plan à exécution, voilà que cette même poiscaille fait une référence à... Gabriel ? La Baleine ? Parlait-il de la même ? Probablement que lui. Peut-être aurait-il du préciser avec ou sans obus pour être plus clair ais... Le vampirefronça les sourcils en entendant cette phrase dont le sens était douteux. C'était probablement dû à son demi-pois-chiche noyé dans de l'éthanol.

Une maigre discussion s'en suivit. Le cerveau trop frit dans de l'huile alcoolisé, la sardine semblait avoir du mal à établir une phrase sans double sens et qui fasse sens. Mais heureusement pour le poisson, Renji ou pour les deux, un, ou plutôt deux sauveurs ne tardèrent pas à arriver. Le kikoo-dark-émo-lycan avec lequel il était au temple de la foudre et qui a un frère un peu trop collant et... Gabriel. Celle-ci, incrédule quant à sa présence commença à le dévisager avec des yeux de merlan frit. Apparemment, tous ou presque, partageait quelques points communs avec les habitants de la mer. Mais bref. Le trio semblait soit trop éreinté, soit trop alcoolisé, si bien qu'après avoir envoyé boulet les deux autres, Gabriel et lui étaient restés en tête à tête quelques instants supplémentaires. Ils échangèrent (et pas que des mots), sur vaguement tout, mais plus précisément la mission.

La tronche de Renji s'allongea d'un mètre lorsque la blondinette déclamait son récit fantastique à propos de zombies, tortue géante et autres détails provenant du cul d'un pirate un peu trop cupide... Dans quelle galère s'était il encore foutu, pour rejoindre sa belle ? Une galère avec bateau, pirates et mort-vivants. Tout pour faire un bon film pour enfants si l'on couple ça à des personnages manquants de charisme et un charmant pirate ivrogne au grand cœur en guise de héros. Mais bref, tout ça pour dire que Gabriel, à la fin de son récit, avait une requête. Voulait-elle le voir dénudé, ou bien torse-nu pour voir l'étendu de sa cybertransformation ? Voulait-elle avoir un moment intime avec lui, avant qu'ils ne soient contraint à exécuter la mission ? Voulait-elle qu'il... fasse du shopping pour elle ?
Sérieusement ?
Des combinaisons de plongée ? On ne faisait plus dans le BDSM et on remplaçait donc le Cuir-Moustache par Néoprene-Tuba et Palmes ? Il grommela. Mais, sympa comme tout (ouais ça arrive tous les trente-six du moins selon la lune et selon le nombre de vierges sacrifiées), il acquiesça non sans râler un peu. Au passage, il lui confia sa muselière ainsi que la clé. Elle était donc désignée comme Maitresse BDSM pour cette mission, ce qui était un peu logique. Safeword ? Ils n'avaient pas encore décidé, mais ça ne saurait tarder.

Bref.
Voilà que le pauvre albinos esseulé de sa compagne se retrouve à chercher les objets de sa demande : des combinaisons de plonger, non pas pour se prêter à quelques ébats et préliminaires intéressants, mais pour aller nager avec des poissons-pirates-semi-vivants...

Fast Forward.
Sautons donc les petites menaces et cassages de dents, des quelques débris de caisse et de bois ornant les rues. Nan, guerrier au grand cœur, Renji ne s'était pas attaqué au pauvre commerçant sans défense pour obtenir des combinaisons de plongée, bien sûr. Bon, d'accord, celui-ci avait été un peu effrayé par la violence dont il avait fait preuve à l'égard de quelques personnes de mauvaise compagnie devant sa devanture... Et... Pour ne pas s'attirer plus amplement des foudres, avait accepté de troquer contre une très maigre poigne d'écus, quelques équipements de plongés. L'albinos avait quand même pris soin d'en demander une extra-large pour la poitrine de sa charmante blonde mais le vendeur insista sur le fait que ces mêmes combinaisons puissent être un peu élastique. Dans un haussement d'épaules désinvolte, il remercia platement le commerçant avant de se diriger vers le lieu que Gabriel lui avait indiqué...

Fast fast Forward.
Pas de détails supplémentaires sur la nuit sulfureuse entre l'humaine et le vampire, votre imagination débordante pourra certainement vous satisfaire... (sinon Kira pourra vous conseiller des sites lubriques bien sympas.)
Les voilà donc à présent sur un navire. Si Gabriel avait oublié le détail important du "par contre la Sardine (aka Faram) doit lancer une illusion pour pas qu'on se fasse jarter par l'équipage hôte... donc... je vais me transformer en homme, dis adieux à mes obus, mes traits angéliques et bonjour à Gabriel masculin aux pectoraux sur-développés, une bouille angélique qui me fait passer pour un enfant avec une carrure de camionneur". Autant dire que le caleçon de l'albinos ne frétillait plus et que sa mine passablement déconfite semblait amusé son entourage.
Mais les voilà donc en direction de l'ïle du Crane, si il avait bien suivit toute leur histoire. Le trio déjà expérimenté sur cette expédition tentait de briefer le guerrier albinos sur les derniers détails, sur ce qu'il devait taper, pas taper... Gabriel semblait hésité à lui mettre sa muselière ; après tout, il avait peu de chance qu'il fasse sauter la jugulaire -absente- ou en putréfaction de quelques pirates. Elle devait plutôt s'inquiéter de ses deux autres coéquipiers illusiens mais Renji ne faisait pas trop dans le chien-loup, ni dans le poisson avarié.

Les minutes voire les heures passaient bien trop lentement pour le vampire qui après sa convalescence avait bien envie de botter des culs. Le dark-emo semblait également dans cette envie. Et c'est donc trépignant d'impatience tout en saoulant la Sardine et la Baleine de"On arrive quand ?"que les deux bourrins du groupe s'impatientaient.
Heureusement pour le duo un peu plus posé, l'île commençait à apparaître au loin.

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Erwan Silver
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MessagePosté le: 15/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Comme si la mission n’est pas assez difficile, je me retrouve en plus avec le vampire antipathique de service, qui semble avoir subit une mise à jour 2.0 avec sa machinerie sur le corps. Voilà donc à quoi ressemble la technologie du Refuge, Raph doit être dans le même état que l’albinos, j’espère que tout va bien pour lui.

Après une éternité à attendre sur le navire à supporter les complaintes de l’Arénien, j’aperçois l’île du crâne, nous avons fini par rattraper la tortue.
Je m’équipe des armes mis à notre disposition, et afin d’éviter de déchirer une énième chemise lors d’une transformation, je profite de la chaleur pour rester torse nu. Je ne peux rater le regard que me porte le vampire, je ne sais pas si c’est du désir ou du dégoût, mais je n’y porte pas attention.
Une fois accosté, le capitaine nous sommes de faire au plus vite, il n’apprécie pas plus que ça de rester proche du repaire du Kraken. Faram le rassure à coup d’illusion, et nous voilà parti pour une escapade suicide sur le dos d’une tortue géante.

Une immense forêt nous accueille. Trop dense pour en voir le bout, nous décidons de nous mettre en formation. Je me mets en tête de colonne pour pister les pièges et les attaques surprises, suivi de Faram pour nous guider, de Renji pour assister en cas d’embuscade, et de Katy pour couvrir nos arrières.
Une odeur nauséabonde me prend le nez depuis que nous sommes arrivés, cette odeur de cadavre est de plus en plus insupportable, j’ai hâte de vite trouver ce qui nous permettra de botter le cul à Davy Jones.

Une heure que nous marchons sans vraiment savoir où nous allons. J’essaye de suivre des pistes en cherchant des traces de pas, un indice quelconque, mais rien de bien intéressant. La seule trace de vie que nous avons croisés, ce sont les mouches, et les moustiques, qui semblent apprécier le repas que nous leur servons.
Faram semble de plus en plus dans les choux. Il essaye de lire les cartes à sa disposition pour trouver le chemin, mais peine à tenir debout, si nous perdons notre guide, on est dans la merde.
Le vampire perd patience, il a passé l’heure à se plaindre, comme un môme, il se décide donc de prendre sa propre route, sans nous demander notre avis. Katy préfère rester avec l’ondin, dont l’état l’inquiète.

Une nouvelle heure de marche, j’ai fini par prendre Faram sur mon dos pour lui faciliter le reste du chemin. Pas de nouvelle de l’albinos, cependant, nous finissons par arriver dans les ruines d’un ancien village. Ce doit être la fameuse ancienne civilisation dont parlait l’ondin, mais il n’en reste plus rien. On dirait que quelque chose à tout rasé, ce n’est pas une dégradation naturelle. Le sol est jonché de squelette, mais pas la moindre trace de zombie ou de trésor caché.
J’en profite pour installer Faram sur un reste de lit afin qu’il se repose, et tente de découvrir où nous sommes. Avec l’aide de Katy, je me mets à fouiller les environs.
Les corps calcinés disposent de bijoux hors de prix, c’était donc une île prospère. On peut voir des chariots remplis de pioche, il doit y avoir une mine pas loin, ce qui explique l’origine du trésor de Davy, il a pillé cette île protégé par la tortue après avoir tué tous ses habitants, et elle lui sert à présent de planque pour son magot.
En fouillant dans les cendres, je trouve un coffre. Réussir à résister à un génocide ainsi qu’à autant de siècle, il doit sacrément être costaud. Je commence donc à essayer de fracasser la serrure à coup de pioche trouvé plus tôt, m’attendant à en chier bien comme il faut, mais le bois céda au bout du troisième choc. Surpris, j’ouvre ma découverte, m’attendant à un truc magique ou de l’or, pour tomber sur un parchemin moisi. Déçu, je le prends quand même, en préviens mes camarades, puis en commence la lecture.

« Crains la main du gardien des enfers
Sa haine viendra pourrir la terre
Son démon pour le protéger
Son armée à ses côtés
Davy Jones reviendra
Et notre monde périra
Des chaînes doivent être brisées
Des âmes purifiées
Une fois son trésor détruit
Vous pourrez vous mesurer à lui »


Super, une énigme, comme si j’avais besoin d’un truc prise de tête en plus du reste. Je balance le parchemin sur le lit de l’ondin afin qu’il y jette un œil, puis, on grondement se fait sentir dans le sol, on dirait que la tortue repart, provoquant une sorte de séisme. Je m’agrippe à ce que je peux pour ne pas me vautrer au sol. Ça ne dure pas longtemps.
Je vérifie l’état de mes collègues, tout le monde va bien. Mais mon regard est attiré vers les squelettes, l’un d’eux se met à bouger. Je me frotte les yeux, mais non, ce n’est pas une illusion, le tas de calcium se lève, accompagné de tous les autres. Ils se saisissent d’armes, et commencent à nous foncer dessus.
Ni une, ni deux, je me transforme, en me remerciant de ne pas avoir pris de t-shirt, puis dégomme les revenants. Je m’en fais quatre d’un coup de patte, ça va être facile d’en venir à bout. Mais alors que je me languit d’un adversaire si simple à exploser, j’entends Katy me hurler quelque chose. Je me retourne et tombe nez à nez avec un squelette trois fois plus gros que les autres. J’ai à peine le temps d’esquiver son estoc et son coup de bouclier. En prenant du recul, je me rends compte que le combattant d’os possède un médaillon, avec le même signe que celui de la pièce maudite de barbe jaune. Je commence donc à lui foncer dessus pour le récupérer, mais je me mange un violent coup de poing en pleine poire, me projetant quelques mètres plus loin. En récupérant du choc, je vois un autre squelette géant, sorti de nul part, apprêté de poing américain, d’où la douleur que je ressens dans la mâchoire.

Je ne sais pas d’où sortent ces deux gars, du moins ce qu’il en reste, mais ils vont me donner du fil à retordre.

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MessagePosté le: 17/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant



Faram. Tout en bloquant un coup d'épée du Golem squelettique de son propre écu, Katy serra les dents, ses inquiétudes toutes orientées vers l'Ondin qui n'était pas en état de se défendre avec la même aise que ses deux amis terriens. Elle espérait que l'Illusionniste fût en état de camoufler sa présence par magie, et que les squelettes avec leurs orbites creuses fussent dupes du subterfuge. Un grognement sourd et une gerbe de sang viennent éclabousser la partie gauche de son visage. Un crochet d'os et d'acier avait projeté Erwan plusieurs mètres en arrière. Katy lui jeta un regard très furtif, pour décrocher le moins possible ses yeux des deux adversaires qui leur faisaient face. Le problème était qu'ils ne se proposaient pas en duel : ils étaient accompagnés de tout un bataillon de revenants, qui envahissaient progressivement les lieux. « Le pendentif » crachota le Lycan en essuyant les commissures ensanglantées de son museau. La jeune femme s'aperçut vite de quoi il parlait, bien qu'elle ne comprenne pas exactement l'utilité de l'objet. Mais elle faisait confiance en ses talents de Traqueur : s'il présentait qu'il s'agissait d'une clé pour résoudre l'énigme de l'île, alors ils allaient s'en emparer coûte que coûte.
La lame de la guerrière claqua en se décomposant, puis siffla dans les airs en dessinant des tourbillons argentés. Le Dard de Scorpion se déploya; il transperça un adversaire de taille humaine qui se précipitait vers elle bras tendus dans un cri infâme. Le crochet de métal s'enroula autour de sa proie et, d'un demi-cercle du bras droit, l'Humaine l'envoya valdinguer sur le géant d'os. Le choc entre les deux trépassés de longue date fit un son étrange, comme un xylophone qui se brise, mais le corps qui céda fut celui du plus petit des deux morts-vivants ; il vola en éclats dans un puzzle d'os. Les pièces qui composaient toujours un assemblage logique, comme cet avant-bras fortement décomposé qui venait d'atterrir malencontreusement sur Faram, pouvaient encore se mouvoir en rampant inutilement, mais le reste était inactif. Il semblait qu'au moins les créatures ne se recomposaient pas par une quelconque diablerie qui aurait rendu leur situation encore plus alarmante qu'elle ne l'était déjà. Laissant Faram se débrouiller avant le morceau de bras qui se débattait sur lui, la guerrière choisit instinctivement comme adversaire principal l'épéiste ennemi, tandis qu'elle laissait le Lycan et la brute osseuse s'échanger feintes et des coups de poings derrière elle. Elle déploya de nouveau Scorpion, pour balayer autour d'elle plusieurs assaillants de petite taille dans une gerbe d'acier, puis son arme s'entortilla le long du bras squelettique de son adversaire, qui tenait la claymore. Elle tira d'un coup sec, mais trouva une étonnante résistance chez son adversaire, qui tenta de la déstabiliser d'un coup de bouclier donné par son allonge impressionnante. La jeune femme résista, à l'abri derrière son lion de métal, les dents serrées, et tira plus fort sur son fouet métallique avec un cri d'effort. Finalement, le poignet du revenant se brisa et tomba en miettes avec la grande épée. Au même moment, le Lycan semblait avoir lui aussi reprit le dessus contre son terrible opposant, puisqu'il l'avait fait voler à bout de bras jusque contre un mur où quelques os avaient éclaté dans un bruit sinistre de bois mort. Rassemblant de nouveau Scorpion sous sa forme unie, Gabriel passa au travers de plusieurs zombies pour aller pourfendre le Champion trépassé. Il fit un grand geste pour tenter de la faucher de son scutum, dont le umbo en pointe manqua de lui crever l'oeil. La Protectrice donna elle aussi un grand coup de son propre écu de métal, qui enfonça la protection de bois de cuir du combattant adverse. Elle le chargea de nouveau, rendant le bouclier inutilisable, et décapita rapidement son ennemi. Malheureusement, celui-ci, même ainsi dépourvu de sa tête et de ses armes, ne s'avoua pas vaincu. Après une seconde d'immobilité, peut-être dû à la surprise - tant est soi peu que les morts puissent encore la ressentir -, une immense main squelettique vint enserrer sa gorge, qu'elle avait par mégarde laissé à découvert en croyant sa victoire acquise. L'étreinte était extrêmement puissante, une force surhumaine habitait la charpente humaine. Katy étouffa instantanément. Elle allait donner un coup de bouclier pour briser cet étau mortel, quand soudain son agresseur fut disloqué comme un simple jouet de bois. Apparut alors derrière, la carrure imposante de Renji, à peine écorché, qui avait défait à mains nues son adversaire.

Gabriel mima des lèvres plus qu'elle ne souffla un
« Merci » à l'albinos, qui eut un regard entendu avant de se camper à l'entrée de leur retraite pour contenir le flot de revenants. Son aide était la bienvenue, car elle permit à Erwan - qui avait fini par terrasser son pugiliste d'outre-tombe -, Faram - qui était parvenu à passer outre la plupart de leurs visiteurs malintentionnés - et Katy de faire un topo sur la situation et d'élaborer un plan d'exécution rapide.

- Je pense que ce pendentif a de l'importance. Il est plus lourd qu'une pièce normale et présente des aspérités et reliefs bien marquées... au début, je pensais que la représentation était la même que sur les pièces du trésor de Davy Jones, mais en regardant bien, il s'agît d'un crâne avec une orbe dans la mâchoire, et des inscriptions incompréhensibles autour. On dirait une clé, ou quelque chose du genre. Si quelque chose est caché sur cette île, je parierai pour la Mine, dit Erwan.

Renji, qui avait entendu la conversation de son ouïe fine de prédateur malgré ses propres préoccupations, leur jeta quelque chose sans crier gare, que le pauvre Faram reçut contre un coin de la tête en bronchant à peine. Il s'agissait d'un deuxième pendentif, différent du premier par sa représentation : sur cette pièce là, seul un tentacule de Kraken, enroulé autour d'une espèce de cor, était représenté sur les deux faces. Cela leur rappela une histoire que leur avait raconté Faram. A propos des artefacts magiques légendaires de Davy Jones : « L'Orbe de Nécromancie, qui permettrait de contrôler la vie après la mort. Le Cor des Krakens, pour invoquer un Kraken géant. L'Oeil de Verre du Dieu des Cyclone, pour survivre ou invoquer des cyclones. Le Crochet du Calmar Géant, afin d'appeler l'animal susnommé. Le Sextant des Tempêtes, pour faire pleuvoir et gronder le tonnerre sur ses ennemis. » Est-ce que tout cela était réel, et préservé sur cette île ? Les pendentifs étaient-il la clé pour les retrouver ?
D'un commun accord, bien que l'idée d'aller de se retrouver enfermés sous plusieurs mètres de roche avec des morts-vivants ne les réjouît pas, ils convinrent de se diriger vers la Mine. Erwan reprit Faram sur son dos et, suivant de près Katy à l'abri derrière son bouclier, s'avancèrent vers Renji.
Dehors, une vue cauchemardesque les frappa : les morts-vivants étaient si nombreux que l'on n'apercevait pas une parcelle d'horizon qui ne soit recouverte par leur présence. Le chemin menant à la Mine était entièrement bloqué par cette marée haute de cadavres animés par des intentions sanguinaires.
« Gabriel » marmonna Renji avec une intonation appuyée. La jeune femme comprit aussitôt ses intentions, qui furent rapidement confirmées par la sortie d'une inquiétante fiole de la sacoche accrochée à son flanc. Le Sang de Méduse. Son aspect violacé sombre, presque noir, évoquait clairement un poison qu'aucun mortel ne devait normalement ingurgiter. Sans frémir, le Bersekir en avala la moitié, probablement afin d'éviter de devenir trop incontrôlable et de représenter un danger supérieur à la menace actuelle pour ses trois autres compagnons. Pendant qu'il était convulsé de léger spasmes liés à la prise de la toxine, Erwan repoussait tant bien que mal à sa place leurs adversaires. Katy, qui soutenait au mieux Faram, fixa la muselière du Vampire autour de sa mâchoire, où les crocs s'allongeaient dangereusement. Il la repoussa finalement d'un geste brusque qui manqua de la faire tomber à la reverse. Il écarta de la même façon violemment Erwan, avant de se projeter au milieu de la vague d'adversaires. Les fantassins de Davy Jones volèrent dans les airs comme des quilles de calcium bousculées par une balle métallique et musculeuse envoyée à toute vitesse. Tant bien que mal, le trio suivit le Bersekir dans son sillage en espérant qu'il gardait suffisamment ses esprits pour les diriger vers la Mine. C'est ce qu'il fit jusqu'à mi-parcours, mais bientôt il bifurqua de direction, probablement attiré par de nouveaux Titans d'os qui s'approchaient dangereusement. Gabriel tenta malgré tout, d'un coup de bouclier porté à distance, de l'orienter dans la bonne direction, une stratégie qui ne porta que moyennement ses fruits. Aussi, ils furent contraints de tracer les derniers mètres qui les menait à la Mine seuls. Une espèce d'ascenseur permettait d'y descendre, quelqu'un devait baisser le levier en extérieur.

- Combien de mètres jusqu'en bas de du puits ? demanda la guerrière, haletante, en repoussant de son lasso et de son épée-fouet les zombies qui s'approchaient de trop.
- Je dirai... une quinzaine, répondit Erwan, en y jetant un adversaire pour en estimer la profondeur.
- Montez dans l'ascenseur !
- Et Renji ?
- Il se débrouillera !

Les adversaires ne faisaient pas le poids contre le Bersekir le plus puissant d'Arena, mis à part leur surnombre vertigineux qu'il parvenait pour l'instant à contenir. Heureusement que le Vampire était aussi difficilement fatigable qu'il était fort, car cela n'était pas près de s'arrêter de sitôt. Il fallait qu'ils trouvent d'urgence un moyen d'arrêter ou d'endiguer cet assaut interminable de morts-vivants, ou bien ils y passeraient tous, vétérans ou non.
Lorsqu'ils furent tous les trois dans l'espèce d'ascenseur de bois, Gabriel trancha la corde qui retenait la plateforme en hauteur. Ils tombèrent aussitôt à l'intérieur du puits.
Ses compagnons voulurent probablement l'insulter pour ce geste presque suicidaire, mais cela se perdit dans leur cri.
Ils atterrirent au fond de la Mine dans le fracas de l'ascenseur éclatant en morceaux. Les trois amis roulèrent sur la roche nue, chacun ayant tenté d'amortir sa chute comme il le pouvait. L'armure de Gabriel lui épargna des os cassés - bien qu'elle perdît son casque dans le roulé-boulé -, mais la mauvaise chute avec son bouclier lui tordit violemment le poignet droit. A la douleur, elle suspecta une entorse sévère. De même, son épaule gauche qui avait pris le premier choc était affaibli, sans qu'elle n'ait l'impression qu'il soit déboité ou brisé. Aux gémissements douloureux de ses deux compagnons d'arme, elle songea avec soulagement qu'ils étaient vivants. Et comme personne ne les attaquait pour le moment, il semblait que les lieux étaient déserts ou du moins, pas aussi peuplés que ne l'étaient la surface. A moins que les gardiens ici ne soient d'une nature légèrement différente ?
Le noir était presque total, lorsque l'on était habitué à la lumière. Mais à ce niveau-là, de la lumière de l'extérieur leur parvenait encore. En revanche, pour la suite...
Finalement, Erwan, presque remit de sa chute, les alarma :


- Vous n'auriez pas entendu quelque chose... ?

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Dernière édition par Katy le 20/10/2018; édité 2 fois
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MessagePosté le: 19/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Faire la course avec le Soleil, telle semblait être notre nouvelle mission ; une faible lucarne, lointaine, une véritable auréole de lumière, dessinait notre unique but. Je souffrais le martyr, ne sachant combien de blessures cette chute presque mortelle m'avait infligé. Dans ce soir presque complet, avec cette lumière au bout du tunnel, je ne pouvais demander à mes amis de m'aider à me porter, je devais le faire moi-même. Fouillant dans mon sac, je poussai les bananes écrasées par cette gravité imposée pour prendre mes pilules anesthésiantes. De plus, je frottais mon arc, comme un héros du désert frotte une lampe dans le but d'invoquer un génie, afin de faire miroiter les runes gravées sur le bois. Mes plaies se résorbèrent aussitôt, mais je craignais que ma cheville ne soit soignée. Fort heureusement, les antidouleurs empêchèrent mon articulation d'hurler sa peine et je pouvais plus ou moins marcher, aidé de ma béquille, sans encombre.
Nous nous relevâmes, chacun à notre rythme, chacun à notre souffle, grognant de douleur, véritable cacophonie tue. Erwan craignait un son lointain, une présence en ces tunnels, en ces artères sous le sol, dans cette ancienne mine. Cela ne semblait guère être un Non-Mort. J'essayais alors d'analyser chacun des bruits.
Des clapotis. Aigus et réguliers. Un orchestre de stalactites en formation, des échos de xylophone tout autour de nous, chacun suivant son propre métronome, sa propre pulsation. De nombreuses flaques au sol marquaient le bruit de nos propres pas, nous ne pouvions les voir alors nous marchions dessus avec fracas, éclaboussant nos vêtements et nos jambes.
Des roulements. Les vagues, si loin, s'écrasant sur les côtes, sur la tortue gigantesque, giflaient nos tympans lorsque nous nous concentrions sur l'environnement sonore. Et d'autres roulements, tels des tambours célestes, irréguliers, aléatoires : du tonnerre. La tempête que j'avais entraperçues la veille paraissait couvrir notre île.
Des sifflements, le vent de cette tempête, qui s'immisçait dans les infinies galeries de la mine, jouant de la roche comme un prodige joue de l'orgue. Malgré les violentes rafales, nos cheveux ne bougeaient pas, triste nouvelle quant à la proximité de la sortie, mais nous pouvions clairement entendre la mélopée d'Eole.

Des grognements, rauques, après des sourds claquements. Pile derrière nous. Mais ce son semblait nouveau, récent. Les Morts nous suivaient-ils ? Étions-nous marqué comme intrus ? La pièce qu'Erwan portait servait-elle de radar pour ces entités vides de vie ? Je bandai mon arc, faisant grincer le bois, et guettait les bruits de pas. Ils nous suivaient, marchaient sur les mêmes flaques, mais n'avaient le même guide. Nous nous dirigions aveuglément vers cette lumière, eux, menés par un sixième sens mystique, nous pourchassaient. Leurs grognements graves les trahissaient. Une flèche décochée et l'un d'entre eux tomba, net. Le corridor de pierre était étroit et même avec une visibilité nulle, il m'était aisé de viser.
Des claquements. Autre que ces Trépassés maudits, comme celui d'une machine, presque métallique. La chute du Mort l'avait alerté. Ce devait être le son que le sens de Traqueur avait repéré. Des pas comme métallisés, proche du clapotis, plus rapides, plus graves et forts. Mais le rythme semblait abscons, comme s'il manquait des notes à la partition. Un être blessé, une créature à qui il manquait un membre, une patte, une jambe.

A mesure que nous avancions, j'essayais d'identifier l'origine du son, qui se perdait dans le dédale d'échos. Mais mon rythme ne changeait guère. A chaque fois que j'entendais un zombie approcher, ou que l'un de mes amis me faisait signe, je tendais ma béquille à Erwan et décochait une flèche. Je ne sais combien de Morts nous suivaient et tombaient dans cet ascenseur infernal, mais peu réussissaient ensuite à marcher. Sur le chemin, je dus décocher une demie dizaine de flèche, j'imaginais un tas de chair rampant là où la Baleine nous fit atterrir. De la chair animée mais immobile, des bras gesticulant, des mâchoires claquant, des corps rampent, mais rien ne fonctionnant correctement.
Néanmoins, je chassai cette image parodique dans ma tête, préférant me concentrer sur une question plus pertinente, laissant le soin à Erwan de repérer les créatures et d'anticiper l'entité blessée. Nous nous trouvions dans une ancienne mine, sur le dos d'une tortue géante. Je pouvais imaginer l'attrait des humains pour créer une île artificielle à partir d'un animal prisonnier, malgré la souffrance que la Bête avait dû subir, je pouvais comprendre que, par un quelconque miracle géologique et biologique, de la terre se soit agglomérée sur le dos titanesque de l'entité marine et qu'une flore se développe dessus. Mais je ne pouvais comprendre qu'une montagne se soit faite sur le dos de la Bête, montagne ensuite minée par les humains. A moins que l'excavation ne soit directement dans la carapace de la tortue. Mais que minerait-on ici ? Et pourquoi le sol semblait-il si rocheux ?

Un signe d'Erwan me fit quitter mes réflexions. Le prédateur handicapé se rapprochait, voir se trouvait juste à côté de nous. Seulement, nous étions très proches de la sortie, de ce cercle de lumière. Une centaine de mètres, peut-être un peu plus. Nous commencions à sentir le vent pousser sur nos visages et des éclats lumineux se distinguaient, que nous eûmes aucun mal à identifier comme étant des éclairs. Afin d'éviter d'affronter la Chose des cavernes, nous accélérâmes le pas.
Ce fut comme au ralenti, un cauchemar en slow-motion. Nous vîmes une première patte passer dans l'encadrement de la sortie. Longue, fine, et barbelée. Une patte d'araignée géante. Puis, une seconde. Et enfin, le corps entier, moins une patte, d'une araignée de mer géante. Enfin, pas aussi géante que la tortue, disons, plus grande que moi. De quoi faire un sacré buffet.
Ses pattes avant claquaient ses pinces, sa bouche criait famine, ses mandibules s'entrechoquait. Lentement, son corps hérissé de piques s'avançait vers nous. Et, toujours, derrière, les Morts qui venaient au compte-goutte. Dans cette lumière, je ne pouvais distinguer avec précision sa tête. Tirer au centre reviendrait à tirer sur sa carapace. Quant à mes illusions, si la Bête avait rejoint les Gardiens, elles ne seraient d'aucun effet puisqu'elles affectaient uniquement les vivants. Il fallait passer en force, avec deux compagnons blessés, et moi-même étant plus un poids qu'une aide, ou vaincre notre ennemi improvisé.
"Tu peux frapper ?", demanda mon illusion à Katy. Elle hocha faiblement la tête, peut-être qu'un seul coup. Scorpion devint un fouet dans sa main gauche, d'un de mes mirages je dessinai une flèche, pointant la deuxième patte de la Créature, précisément son articulation. Elle donna un coup sec tandis que je visais aussi une articulation de la patte arrière de l'Araignée. Deux genoux d'araignée se brisèrent, nous avions visés sur le flanc où il lui manquait une patte, il ne lui en restait donc qu'une unique patte stable et saine. Elle s'écroula en un choc sourd. Il nous suffisait simplement de passer.

La tortue se mit à geindre. Aussitôt, nous nous sentîmes partir en arrière, tombant presque à la verticale, tandis que des cataractes d'eau s'engouffraient par la sortie qui, naturellement, s'éloignait peu à peu. L'Araignée, elle aussi, fut emportée par les flots, tentant de nous pincer et nous mordre dans la chute. Nous esquivâmes les coups létaux mais un nuage de sang s'échappa. Les piques, particulièrement urticant, de la bête déchira le derme des deux hommes du groupe, la seule femme ayant une armure pour la protéger. La blessure me brûlait le torse, malgré la dose d'antidouleurs. Je me retins de hurler, à la place, j'expliquai mentalement à mes compères ce qui venait de se passer.

    ""La tortue vient de plonger."

Aussitôt, j'imaginai Renji flottant à la surface, abandonné par la Tortue, et nageant tant bien que mal dans la tempête. S'il avait un peu de jugeote, ce dont je doutais sous l'emprise du Sang de Méduse, il tenterait de nous rejoindre ou irait sur le navire.
Quant à moi, je défis mon pantalon, l'enfournait, avec mes chaussures et mon boxer, dans mon sac et profitait de la situation pour me transformer. L'Araignée tentait de grimper, aidé de l'eau, dans les tunnels, cherchant à nous dévorer. Mais, surtout, les mille et un morts qui avaient chuté après nous, arrivaient au loin, ondulant grotesquement dans les ténèbres aquatiques. Je pris par les poignets mes deux amis et, de toutes mes forces, les amenaient vers la sortie.

Je pensais m'extraire de là et atterrir à un endroit anodin, au paysage classique. Une prairie, une plage, une ferme, même sous l'eau. Qu'importe. Avec un immense écriteau "Creusez, ici se trouve l'Orbe de Nécromencie".
Non. Clairement, non.
Toujours sous l'eau, je devinais rapidement que nous nous trouvions au centre de la carrière. Tout en bas d'une ancienne carrière, notre sortie se trouvait à une dizaine de mètres du sol, sans l'immersion soudaine de la tortue, je ne sais comment nous aurions sauté. Mais la chose la plus étrange résidait dans la forme et la profondeur de la carrière. Comme si nous étions dans un tube d'une cinquantaine de mètres de profondeurs, voir plus. Un parfait cylindre avec, tout autour, des traces et des restes d'anciens échafaudages, parfois fossilisés dans le sel. Et, de part et d'autres, d'autres entrées, des dizaines d'entrées, vers de nouvelles et d'infinies galeries.
Rapidement, Erwan distingua au sol, au centre de la carrière, un symbole de crâne. Toujours le même. Etant le plus rapide, il me lança la pièce, qui eut une trajectoire absurde dans l'eau. L'instinct me poussa à poser la pièce sur le crâne, peut-être que quelque chose se passerait ? Un mécanisme caché ? La tortue eut une longue plainte, dure et tragique.

Tout devint limpide.
Ce n'était pas de l'or.
La pièce venait de sa carapace.

Je levai les yeux au ciel, abasourdi par l'avidité humaine. Quelque chose me perturba. Je fixai les différentes entrées vers les tunnels. Tous des cercles. Tous identiques. Et ce, malgré la distance, les diamètres ne bougeaient pas. Ils avaient la taille d'une grosse pièce de monnaie. Je regardai celle que j'avais dans les mains, et aperçu des aspérités et des bosses. Ce n'était un cercle parfait. Quelques changements, et je vis que ces entrées possédaient les mêmes altérations, à des endroits différents, naturellement. Je fixai alors chacune des galeries, pièce à la main, afin d'en trouver une identique. La plus haute, à quelques mètres de la surface, paraissait correspondre, comme si la pièce s'insérait dans le tunnel. De nouveau, je m'emparai des compères et nageait vers cette porte. Pour tout avouer, je les pris par surprise, eux qui s'apprêtaient à affronter les Morts sortant des cavernes.
Arrivé dans la grotte, je fus pantois. Un cul-de-sac, la galerie s'était effondrée au bout de quelques mètres. Je leur expliquai alors la raison de notre venue, affirmant que l'Orbe se trouvait ici, dans ce tunnel. Mais, à peine nous commençâmes à chercher que la tortue rejoignit la surface. Nous nous accrochâmes aux parois, je me blottis contre une stalactite, l'eau s'écoula peu à peu, ne laissant comme unique ennemi cette violente tempête. Je me rhabillai.

J'entamai, comme un forcené, à essayer de déblayer le tunnel. Mais tout semblait incrusté. Rien ne bougeait. Nous nous assîmes tous, épuisés, faisant l'inventaire de nos blessures, cherchant à savoir ce que nous devions faire. L'alcôve nous protégeait des ennemis, nullement du froid, du vent et de la pluie. Le sol était encore trempé. Le sel envahissait nos sens. Je réalisai alors que tout, ou presque, était de sel, toutes ces roches, ces cavernes, n'étaient qu'un amas de ce que la mer laissait sécher. Du temps de Davy Jones, l’alcôve ne devait ressemblait à cela. Il fallait simplement imaginer avec quelques siècles de sédimentation en moins. Ou, simplement, un endroit que la magie corrompait.
Il y avait, proche du mur du fond, une énorme stalagmite. Je me disais, peut-être, que l'Orbe en était la base. Je m'emparai du bouclier de Katy et, d'un coup sec, fracassait la structure de sel. Incrusté au plafond, une boule violette gisait. Je continuai à donner quelques petits heurts afin de libérer la pièce, que je récupérai enfin.

    "On a enfin un résultat.
    - Si on la brise, on détruit tout les Morts-Vivants ?
    - J'imagine que oui, du moins, ceux de l'île. Les autres sont directement liés à Davy Jones."

Je m'exécutai aussitôt, fracassant de toutes mes forces l'Orbe au sol. Il n'eut aucune éraflure. Nous essayâmes toutes les façons d'éclater un objet en verre, sauf celui de le lâcher de très haut, et aucunement nous parvînmes à un quelconque résultat.
Je gardai l'objet entre mes mains, et le fixai, incrédule et chargé d'incompréhension, et je fus comme pris d'hallucinations ; miroir falsifié, mon reflet se métamorphosait en celui de Davy Jones. Je lâchai violemment l'objet, terrifié à l'idée d'être maudit mais, comme par flash, comme pour combler les trous de ma propre mémoire, des souvenirs du pirate surgissait dans mon esprit.

Dans mon sac, je pris mon journal, celui de Davy Jones, et allai vers une page précise ; je savais quels mots avaient été écrits. Il dégoulinait, mon sort de protection avait été brisé, idéal pour entreprendre la lecture.
    ""Personne ne touche l'orbe, lâchai-je sur un ton injonctif

Je ne voulais pas que mes amis soient maudits eux aussi, ou qu'ils aient accès à mes souvenirs, à ses souvenirs ? Je trouvai enfin la bonne page.

    "Qui ou quoi entre sur l'île, est lié à l'île. Telle est sa protection, telle sera la barrière qui empêchera les Sociétés d'extraire ce métal pur. Quiconque foule le sol sacralisé par mes soins pourra fragiliser ce qui se trouve sur ce lieu dédié. C'est ainsi que je protège mon ami. "

Nous étions liés à l'île, par ma magie sacrée, la magie du pirate, nous ne pouvions détruire ce qui se trouvait sur l'île. Donc, à moins de rejoindre le navire, l'Orbe était en sécurité ici. Sauf si...

    "J'ai une idée, risquée, mais une idée quand même."

Car pendant ce temps, la myriade de Morts armés devait poursuivre Renji, où qu'il soit. Nous devions vaincre cette malédiction rapidement, afin de laisser une chance au Vampire, malgré sa puissance, il ne pouvait résister éternellement. Cependant, sortir ne fut aisé. Bien que proche du sol, il y avait quelques mètres à escalader depuis la sortie de l'alcôve et, naturellement, un escadron de Macchabées nous attendait, qu'Erwan balaya d'une charge enragée.

    ""Il faut prendre de la hauteur."

La tempête battait son plein. Le vent cinglait nos visages, la pluie s'abattait sur notre peau et les éclairs nous éblouissaient. Et si la pièce attirait quelques Morts, l'Orbe semblait hurler et appeler à une protection ultime. Tandis que nous courions au sommet de la carapace, du moins au sommet de l'île, je vis des hordes de morts se jeter vers nous mais, dans notre malheur, ils ne savaient pas aussi bien que nous gérer la colère des éléments. Certains s'envolaient, d'autres trébuchaient, parfois ils se prenaient des coups de pattes ou d'épée malhabiles.
Une fois à destination, je demandai à Katy son bouclier et son épée, qu'elle me céda à contrecœur. De mon côté, j'arrachai les lames de arc, et je tendis l'arme à distance à Gabriel afin qu'elle puisse approximativement me défendre. Je plantai au sol les trois armes et, par dessus, de manière précaire, posai le bouclier à tête de lion, tête vers le sol. Là, je posai l'Orbe et priai pour que cet amas de métal attire la foudre. Car, une chose était certaine, ici et là des arbres avaient pris des coups d'éclair et, tout autour de nous, des morts s'avançaient. Et nous étions complètement désarmés.

A peine avions nous eu le temps de voir notre vie défiler devant nos yeux, et donc moi d'apercevoir les souvenirs de M. Jones, que la fureur céleste s'abattit sur l'autel improvisé. Une déflagration mauve nous plaqua au sol. Les squelettes animés volèrent en éclat et les cadavres en cours de décomposition tombèrent comme des poupées de chiffon.
Aussitôt, la tortue se mit à chanter. Nulle plainte. Elle plongea, de joie. Effrayés, et toujours au sol, nous nous accrochâmes à tout ce qui pouvait traîner : épée plantée au sol, brindille, branche. Étrangement, la physique ne nous souleva pas. Nous étions liés à la tortue et qu'importaient ses mouvements, nous restions sur son dos. Elle ressortit de l'eau, continuant à chanter, et replongea de nouveau.
Dans ces montagnes russes d'un nouveau genre, éclairé par le tonnerre, nous devions retrouver Renji qui, à moins d'avoir volontairement quitté l'île, se trouvait toujours sur le dos de la tortue, contrairement à ce que mes hypothèses avaient suggéré plus tôt. J'espérais simplement, maintenant que les Morts étaient tombés, qu'il se dirigerait vers le lieu de l'explosion violette, comprenant que nous en étions les auteurs.

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Erwan Silver
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MessagePosté le: 22/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits Répondre en citant

Les choses sont bien faites. A peine l’orbe détruit, la tortue retrouvant un second souffle de vie, commence à nous guider vers le lieu où nous avions trouvé l’armée de Davy Jones. Non pas que je sois pressé de retourner dans ce lieu maudit, mais après tout, le reptile géant ferait un allié de taille face au Kraken de Davy. Cependant, il nous faut un minimum de plan, pas moyen de se ramener face au gardien des enfers en mode bourrin, bien que l’idée ne me dérange absolument pas.
Je commence donc à discuter avec mes collégues de quelle façon nous allons combattre une armée de mort vivant, nous questionnant également sur la position du vampire. La blondinette nous propose de partir à sa recherche. Bien que je n’apprécie pas du tout le personnage, je dois reconnaître que sa puissance ne sera pas de trop.

Nous avons attendu un long moment avant que l’île vivante ne se calme, et qu’ainsi nous puissions nous décrocher de nos attaches de fortune. Nous avons descendu la montagne en observant ce qu’il reste des morts vivants qui, cette fois, sont bien mort. J’essaye de pister l’albinos. D’éventuelles traces de sang ou de lutte. C’est un morceau de tissu imbibé de sang qui finit par m’ouvrir la voie. Des bouts de cadavre déchiqueté partout, le mec, c’est le petit poucet, version gore. Chaque petit bout de viande finit par nous faire arriver dans un ancien temple. A l’intérieur se tient le vampire. Assis sur une montagne de corps, le regard dans le vide, comme s’il nous attendait.
Il se lève, nous lance une pique ou un juron digne de sa personne, puis nous guide vers sa découverte.

Malgré qu’il soit à moitié détruit, le temps possède encore ses quatre murs et un semblant de toit. Renji nous fait traverser l’immense salle de prière, avant de nous montrer un étrange coffre, équivalent à celui contenant le parchemin trouvé un peu plus tôt. La serrure a été fracassé, et un étrange bruit en sort. J’aperçois un médaillon, le même que celui autour du cou du squelette géant, également brisé. Je m’approche avec prudence du coffre, craignant une mauvaise blague de l’arénien, mais je ne peux m’empêcher d’être curieux à l’idée de savoir ce qui fait ce bruit, un « boum-boum » incessant, à un rythme régulier, comme les palpitations d’un cœur. J’ouvre la boite, et y trouve effectivement un cœur, battant comme dans la poitrine d’un être vivant, enrobé d’un tissu bleu. Je suis stupéfait de ce que je vois, et invite mes collègues à voir par eux même ce miracle de la nature. Je questionne le vampire, incapable de me répondre sur le pourquoi du comment, mais ne pouvant s’empêcher de m’insulter. Je ne relève pas sa remarque, et commence à observer les murs encore debout nous entourant. Il y a un reste de fresque. Je tapote l’épaule de Faram afin qu’il puisse m’aider à résoudre ce mystère.

La seule chose que nous savons, c’est que Renji a trouvé un médaillon, le temple, il a éclaté le gardien, le médaillon, et le coffre s’est ouvert. Il nous a ensuite attendu quand il a aperçu la lumière de l’explosion de l’orbe. N’écoutant que d’une oreille, je m’approche des fresques murales, recouvertes de moisissures et de cendre, dû à l’âge de celles ci.
En en frottant une, je vois un dessin représentant un homme et une femme, un couple, follement amoureux. J’appelle les autres pour qu’ils m’aident à nettoyer le dessin, il va sûrement nous aider à en savoir plus.


« Un homme aimait éperdument une femme. Leur amour n’avait aucune limite. Chaque jour passé sur l’île gardienne n’était que bonheur. Un jour, l’homme offrit son cœur à sa douce, en gage de son amour éternel. Cette dernière l’accepta, puis disparue. L’homme sombra dans la douleur et la colère. Il pactisa avec les plus vils créatures, maudissant toute vie croisant son chemin. Il gagna en puissance, et en folie. Il mit feu à son île paradisiaque, et lança une malédiction sur celle ci, envers quiconque y posera le pied. Il prit son navire maléfique, puis plongea dans les méandres des océans, afin de retrouver celle qui lui vola son cœur. Il passa des décennies à voguer sur les mers du Velm, tuant, pillant, détruisant tout ce qu’il croisait, mais rien ne put guérir la plaie. Un matin, il vit une lumière au loin. Il se laissa guider par celle ci, le menant jusqu’à l’endroit où tout à commencé. Il trouva un temple, lieu où les gardiens auraient dû le lier à sa bien aimée. En franchissant le seuil, il vit sa douce. L’attendant sur l’autel, un coffret à la main. La noirceur dont il était rempli ne put lui faire ressentir la joie ou l’amour d’autrefois. Il s’approcha d’elle, puis planta sa lame à l’emplacement de son coeur. Elle ne ressentit aucune douleur, juste de la tristesse. Une larme coula le long de sa joue, avant de tomber sur le coffre qu’elle tenait. Une vague de lumière s’échappa d’elle, des ailes s’ouvrirent, laissant apparaître un être angélique, un Gardien. Elle lui montra le contenu de son coffre, c’était son coeur. Elle attendait que la malédiction de dieu s’arrête avant de pouvoir le rejoindre, mais la noirceur de ce dernier le fit sombrer dans la folie. Pour le punir, elle scella le coffre avec sa puissante magie, le maudit, puis repartie, sans laisser de trace. Afin de protéger son cœur, l’homme protégea le coffre à l’aide de sa nouvelle puissance, et de la tortue. Puis reparti sur les flots, continuer sa basse œuvre. »

« Roh la vache, ce qu’on s’emmerde... »

La remarque de Renji me stoppa dans ma narration, j’ai toujours cette folle envie de lui enfoncer mon poing dans la figure, mais on est pas là pour se battre entre nous, je dois rester calme. Je fais un topo à tous le monde, on a donc trouvé le coeur de Davy Jones, et nous allons pouvoir nous en servir pour le battre. Je m’apprête à me saisir du coffre pour l’emmener avec moi, quand une violente secousse manque de nous propulser hors du temple, ainsi que de le faire s’effondrer. Ni une, ni deux, on décolle du bâtiment pour ne pas finir en purée, juste à temps avant une nouvelle secousse, qui cette fois a raison de la battisse et la fait s’écrouler. La poussière m’empêche de voir correctement, j’entends juste les complaintes de la créature sur laquelle nous voguons, ainsi que des coups de feu. Accompagné de mes camarades, j’accoure vers le bord de l’île pour comprendre ce qu’il se passe, et bordel, j’en reviens pas.
La tortue géante se battant contre le Kraken, tout en subissant les coups de canon du navire de guerre de Davy, on dirait qu’on l’a énervé en trouvant ce coffre. J’accoure vers la tête du reptile pour avoir une meilleur angle de vue, et aperçois le navire de barbe blonde, fonçant droit sur le Belzebuth Volant. J’entends les beuglements de l’équipage malgré le boucan de la bataille, il est bien revanchard ce capitaine. Je somme mes amis de rejoindre le navire afin de les aider à combattre l’armée des morts, mais la chose ne sera pas aisé, comment descendre d’une île, elle même sur le dos d’un animal. Faram mit fin à la réflexion en sautant à la mer, dans une grâce digne de son espèce. J’enfile mon amulette, tout comme mes camarades, et rejoint l’ondin sous l’océan.

La nage jusqu’au navire n’est pas des plus facile, surtout avec un coffre sous le bras, mais nous arrivons à bon port, juste à temps pour l’abordage. Ca braille d’un côté, ça grogne de l’autre, l’ambiance est à son paroxysme, je sens que la fête va être grandiose. Barbe jaune hurle un ordre, des grappins sont envoyé sur la coque du navire adverse. J’aide les marins à tirer les cordes, jusqu’à être assez près pour rejoindre le Belzebuth. Je sens l’adrénaline me monter au cerveau. Je planque le coffre dans la cale, puis, poussant les même hurlement que les membres de l’équipage, je pars à l’assaut du navire maudit, mes camarades à mes côtés.

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MessagePosté le: 22/10/2018    Sujet du message: Trésors Maudits

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